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Atelier d’écriture du 29 juin 2021

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Devoir : Sandwich

Il avait attendu des années pour…
… Le rendez-vous avait été pris.
Commencez par l’une ou l’autre phrase.

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Il avait attendu des années pour savoir. Au début, il n’avait pas osé demander, mais au fur et à mesure qu’il grandissait, l’envie, le besoin de tout savoir devenait impérieux, vital même.
Alors il l’avait questionnée, il l’avait harcelée. Puis, un jour, à bout de forces, elle avait cédé.
Et elle lui avait tout raconté. Comment ils s’étaient rencontrés, comment elle avait craqué tout de suite pour lui et comment elle l’avait aimé, totalement, absolument, bien qu’il fût marié.
Aujourd’hui, elle ne savait toujours pas si lui l’avait aimée et cette incertitude la rongeait. Toute sa vie avait tourné autour de lui. Elle avait tout accepté : les Noëls seule, les nuits, si rares qu’ils avaient passé ensemble, les mensonges, tout.
Puis l’abandon, quand elle lui avait annoncé qu’elle était enceinte. Et surtout
Quand elle lui avait dit qu’elle le voulait, cet enfant, que ce serait désormais lui, le but de sa vie.
Alors, il avait grandi sans papa.
A chaque rentrée, quand la maitresse demandait la profession du père à tous ses camarades, lui disait que le sien était mort. Et il l’avait cru longtemps, tant il était impossible d’en parler à la maison.
Et dès qu’il avait su, il n’avait eu de cesse de le trouver.
Sa mère, elle, tentait de le dissuader, lui disait que ça ne valait pas la peine, qu’il n’y avait rien à attendre de lui. Mais bien sûr, il n’avait pas écouté et avait poursuivi coûte que coûte son idée fixe.
Il avait remué ciel et terre pour finalement s’apercevoir qu’il habitait à quelques kilomètres seulement de chez eux.
Malheureusement, sa mère si fatiguée, avait rendu son dernier souffle la semaine dernière… Pour ça aussi, cet homme allait payer.
Un soir, il l’appela, lui raconta son histoire. L’autre, au bout du fil, fut surpris. Ne parla pas pendant un moment, puis se mit à pleurer. Il lui dit qu’il vivait seul, que sa femme l’avait quitté depuis bien longtemps. Oui, il était seul, bien seul, et serait heureux de le connaitre.
Alors, le rendez-vous avait été pris.
Fabienne

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Il avait attendu des années pour réaliser son rêve. Il y avait eu tellement d’obstacles à franchir. Pourtant, l’envie tenace était là depuis l’enfance. Depuis l’âge de cinq ans environ, quand il chaussait les escarpins de sa maman, si élégante, quand elle les portait avec ses robes de soirée moulantes comme un fourreau de soie ou au contraire, bouffantes qui s’ouvraient comme une corolle sur ses longues jambes fines dont son fils avait hérité.
Vers l’âge de dix ans, il lui arrivait de s’enfermer dans le dressing de sa mère et d’enfiler une de ses jolies robes qui lui tombait à mi-mollet. Puis il passait dans la salle de bain et se maquillait avec son mascara noir et un rouge à lèvres grenat qu’il affectionnait en particulier.
Seulement voilà, il devait se cacher de la famille pour le faire. Une fois, alors qu’il était en cinquième, son père l’avait surpris dans la salle de bain et grondé fortement, accoutré comme il était en danseuse de music-hall. Il l’avait ridiculisé devant ses deux sœurs et sa mère, Juliette, Charlotte et Carole. Seule Juliette l’avait consolé quand il avait rejoint sa chambre en larmes. Elle l’avait serré contre elle en l’assurant de tout son amour, même déguisé en bonne femme, disait-elle.
En grandissant, il avait été obligé de cacher son travers. Au lycée, la mode des cheveux longs l’avait un peu aidé à apprivoiser son visage. Les filles le trouvaient plutôt mignon et charmant. Il était moins macho que les autres et avait d’autres sujets de conversation que le foot ou la dernière course automobile. Il s’intéressait à l’art par exemple et ça, ça fonctionnait bien auprès des filles. C’est ainsi qu’il avait rencontré sa femme Giulia, qui adorait la peinture italienne du quattro cento.
Paradoxalement c’est sa femme, justement, qui avait été l’obstacle majeur depuis ces vingt dernières années car il y était attaché mais, en même temps, il se rêvait dans un corps féminin. Alors il avait fallu lui faire comprendre doucement la chose.
Cela ne la choqua pas. C’est elle qui l’avait persuadé de prendre un rendez-vous avec un chirurgien.
Un soir, elle lui avait même proposé une de ses robes pour sortir. Elle l’avait longuement maquillé. Il avait fallu acheter des sandales à talon à sa taille. C’est elle qui en avait fait l’achat toute seule.
Au cours de la soirée, au restaurant elle lui avait avoué avoir eu une petite amie très proche dans son adolescence mais ça n’avait pas tenu par manque d’affinités de caractère.
Le soir en rentrant, il l’avait aimée d’autant plus pour son ouverture d’esprit. Pour l’instant les hommes ne l’attiraient pas spécialement. Il était toujours attiré par Giulia.
Il ne restait plus qu’à faire avaler la pilule à ses parents. Giulia et lui, n’avaient pas voulu avoir d’enfants donc pas de souci de ce côté-là.
Il était maître-artisan et ne dépendait de personne, non plus.
Quant à ses sœurs, Charlotte lui avait demandé comment sa femme supportait la chose et avait cessé de le voir. Elle s’était moquée de lui comme à son habitude.
Juliette lui avait avoué que ça faisait des années qu’elle s’y attendait et l’encouragea en lui offrant un sac à main très tendance.
C’est ainsi que, deux semaines plus tard, Giulia avait appelé un chirurgien spécialisé dans ce type d’intervention plastique. On allait commencer par la poitrine avec des hormones. Et le rendez-vous avait été pris.
Claude

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Il avait attendu des années pour lancer les recherches.
Adopté à l’âge d’un an par des personnes qui n’attendaient que lui pour être pleinement heureuses, il avait été gâté et choyé. Oui mais voilà, il n’était pas vraiment serein car la question de ses origines le taraudait :
« Comment était mon père ? Et ma mère, pourquoi m’a-t-elle abandonné ?  Suis-je le fruit d’un viol ? d’un acte inconséquent ou bien un enfant de l’amour qu’on n’a pas pu élever faute de moyens ? ».
Il se regardait dans les miroirs, essayant de s’imaginer plus vieux. « Suis-je le portrait de mon vrai père ? Est-ce que mes traits ressemblent à ceux de ma mère ?  Et si j’avais des frères et des sœurs qui ignorent mon existence ? Ce serait bien de les retrouver… ».
Rattraper le temps perdu était impossible mais on pouvait toujours créer de nouveaux liens et le jeu en valait la chandelle. S’il avait attendu si longtemps pour débuter les démarches, c’est qu’il ne voulait pas blesser ses parents adoptifs.
Mais il y a tout juste six mois, au terme d’une longue maladie, son père adoptif était décédé et par peur qu’il advienne la même chose à ses parents biologiques, il s’était décidé. Il avait bien sûr dû rassurer la femme qui l’avait si tendrement élevé car, même si elle comprenait ce besoin irrépressible, elle craignait qu’au final, les liens du sang soient plus forts que ceux qu’elle avait patiemment tissés. Par chance, son jeune frère adoptif le soutenait dans ces démarches et c’était bon de savoir qu’il pouvait compter sur lui et sur sa maman de cœur.
Hélas ! Que de difficultés rencontrées ! Les investigations s’étaient avérées vaines : les registres de la DASS n ‘avait donné aucune piste sérieuse. Il avait cependant appris que sa mère se prénommait Clara et depuis, ce prénom dansait en permanence dans sa tête.
De découragements en découragements, il avait failli tout abandonner, puis, finalement avait repris les recherches.
On lui avait récemment parlé d’une émission de télévision qui tentait de retrouver les parents biologiques d’enfants adoptés et de susciter une rencontre.
Plein d’espoir, il avait contacté la production. S’en étaient suivi de nombreux échanges. Et voilà qu’hier on avait frappé à sa porte pour l’informer d’une invitation à se rendre sur le plateau de la célèbre émission. Dans un premier temps, il n’avait pas osé y croire vraiment, mais comme les responsables étaient des gens dignes de confiance, son cœur avait battu très fort : on avait retrouvé sa mère biologique et, apparemment, elle acceptait la rencontre… Le rendez-vous avait été pris !
Patricia

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Il avait attendu des années pour la retrouver.
Il l’aimait depuis le premier jour que leurs regards s’étaient croisés. Il se rappelait de ce jour-là comme si c’était hier.
Il était monté dans le même ascenseur qu’elle, l’habitacle affichait complet. Il ne l’avait pas remarquée au début. Elle était adossée contre la paroi du fond. Quelques grands types en costard cravate l’occultaient.
Quand les usagers descendirent au fur et à mesure des arrêts à tous les étages, ils finirent par se retrouver à trois, puis seuls.
Ses grands yeux noirs l’avaient interpellé, si bien qu’il avait fini par laisser glisser les feuilles de son dossier.
Elle avait ri aux éclats ! Un large sourire lui mangeait le visage.
Il se sentit quelque peu embarrassé et intimidé. Il se souvint qu’elle avait pris les devants. Elle l’avait aidé à ramasser tout son bardât. Il avait du mal à se concentrer sur sa tâche. Ses yeux ne quittaient plus sa bouche. Il s’imaginait déjà l’attirer à lui et l’embrasser comme jamais elle ne l’avait été auparavant. Il lui avait même frôlé les mains, il se souvint de l’électricité qui était passée entre eux. Et son parfum, mon dieu, il était transporté …
Quand elle referma le dossier dans un clap de fin, il retrouva la réalité.
Ils prirent congé.
Toute la journée et les jours suivants, il avait songé à elle. Elle occupait ses pensées H24. Elle s’invitait au petit déjeuner et au dîner. Il ne l’avait jamais recroisée dans l’immeuble ni dans l’ascenseur. Elle lui manquait douloureusement.
Quand il se décida enfin, faute de la revoir, de la sortir de sa tête, elle réapparut !
Alors qu’il était en réunion sur le fameux dossier qui avait été classé cause d’infructuosité du marché,  il fut surpris de trouver une carte de visite qui affichait un prénom, une adresse mél et un numéro de téléphone. Elle s’appelait Ana. Il n’avait alors plus aucun doute sur ses sentiments, Ana était la femme de sa vie. C’était un signe du destin, pas une coïncidence ou un hasard !
Elle avait sciemment glissé sa carte de visite dans le dossier, c’était un rendez-vous !
C’était décidé, il l’avait appelée, il allait enfin oser aller vers elle…. Le rendez-vous avait été pris.
Fabye

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Le rendez-vous avait été pris deux mois auparavant : la star était très occupée, elle n’accordait pas d’interview, elle ne voulait pas être vue en compagnie d’un obscur journaliste de province, elle ne vous connaissait pas, bref, tous les prétextes avaient été donnés pour refuser de vous voir…
Et puis un beau jour, voilà que sa tournée l’avait amenée dans ce trou perdu au fin fond de la campagne auvergnate et son attachée de presse se demandait quels plaisirs elle pourrait bien programmer pour distraire la star : il n’y avait rien à faire, rien à voir, et probablement personne qui soit capable de lui parler intelligemment de son travail (oui, l’attachée de presse avait une piètre opinion de la province en général et des bouseux auvergnats en particulier, elle savait de quoi elle parlait, elle venait de là…)
C’est alors qu’elle se souvint de vous, qui aviez tant insisté pour la voir et lui parler. Une aubaine, voilà ce que vous deveniez à ses yeux.
Rendez-vous avait donc été pris pour le 2 octobre.
Vous auriez aimé une rencontre un peu intime, chez vous, au coin du feu, dans votre ferme, mais l’attachée de presse craignait le piège : est-ce que tous vos voisins n’allaient pas débarquer ? Serait-ce chauffé ? Propre ?  Aviez-vous un canapé confortable ? Bref, elle préféra vous convoquer à l’hôtel où logeait la star : on pourrait avoir l’œil sur vous et vous chasser au besoin dès que la star manifesterait la moindre contrariété.
A 19 heures, vous arrivez et êtes introduit auprès de mademoiselle A.
L’émotion vous étreint, Vous ne pouvez prononcer aucun mot, vous la regardez intensément, cette Isabelle qui fut votre premier amour, celui de vos 17 ans, celui qu’on n’oublie pas. Elle est toujours aussi belle, mais une moue de dédain est posée sur sa bouche pulpeuse et son regard est absent. Il vous traverse, ce regard bleu marine, et la bouche prend  un air ennuyé pour laisser tomber :
- Si c’est tout ce que vous avez à dire, monsieur, faites vite votre photo et vous pourrez disposer, je suis épuisée…
Elle ne vous a pas reconnu ! Ou bien elle a fait semblant. Vous ne le saurez  jamais. Vous n’avez pas le temps d’en dire davantage. Déjà l’attachée de presse surgit et vous pousse dehors :
- Merci monsieur, vous avez votre photo, c’est bien non ?
Vous remballez vos souvenirs, le cœur gros d’espoirs déçus.
Et dire que pour oser  la revoir vous aviez attendu des années
Huguette


Exercice 1
 :  écrire une histoire à partir d’une photo de Henri Cartier-Bresson (1908-2004)

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Le commissaire Bravant courut le long de la rue, accompagné de son fidèle stagiaire Jean-Louis.
- Il est là, Commissaire !
- Silence ! Il ne doit pas nous voir ou nous entendre. Ne faites pas tout capoter, Jean-Louis, ça fait des semaines qu’on tente de le coffrer ! J’ai donné des ordres aux autres agents, on devrait le coincer près de l’opéra. On le suivra s’il bouge.
- Mais, Commissaire, s’il nous voit ?
- Faisons en sorte que… Attention, il vient vers nous ! Vite, je ne sais pas, faisons semblant de pisser !
Les deux hommes se collèrent au mur. Le suspect en cavale ne les remarqua même pas. Lentement, Bravant osa un coup d’œil.
- Il est passé. Il vient droit dans notre filet, Jean-Louis ! Allez, on le suit.
- Pas possible chef ! Ma… ma braguette s’est coincée à un rivet du tuyau !
- Quoi ? Comment ?
- Ben j’avais la vessie pleine, donc je me suis dit que quitte à faire semblant…
- Bon Dieu, Jean-Louis, dépêchez-vous ! Si on le rate, vous ferez vos besoins dans un pot-de-chambre pendant deux semaines !
- J’essaie, Chef, mais elle est coincée ! Je peux pas y aller sans…
- Sans quoi ?
- Sans laisser le reste indemne, Chef ! Entre les pots de chambre et la colère de ma femme, le choix est vite fait.
- Vous me mettez les nerfs en pelote, Jean-Louis. Je vais vous la décoincer, votre braguette, moi ! Et dès que c’est bon, on le rattrape !
- Hein ? Pas comme ça chef, vous… AÏE !!!!
- Il s’enfuit ! Vous pouviez pas crier moins fort, non ? Restez là, incapable, je vais le coffrer !
Après une poursuite effrénée, le commissaire Bravant a finalement réussi, avec ses hommes, à coincer le malandrin, qui fut immédiatement réincarcéré. Le stagiaire Jean-Louis fut emmené à l’hôpital dans une ambulance.
Selon les passants, témoins de la scène, il se tenait le scrotum à deux mains, tremblant et gémissant « Marguerite, ma fille, tu n’auras pas de petit frère ».
Loup

 

Il y avait un certain temps que le complexe immobilier avait été détruit et que le terrain vague était à l’abandon.
Depuis trois semaines, une toile avait été tendue tout autour du terrain. La jointure des deux bouts servait d’entrée et, pour l’instant était bloquée par une énorme chaine et un gros cadenas.
Les quinze premiers jours, les badauds et habitants du quartier entendaient des bruits de moteur, d’extraction et des cris.
Depuis la semaine dernière, plus un son ne sort de cet enclos.
De l’autre côté de l’entrée, des curieux firent des trous dans la toile pour observer.
Howard et John, deux petits voleurs des bas-fonds, connaissaient ce point d’observation. Ils avaient un avantage sur les autres passants : ils savaient ce qui était en train de se tramer derrière la bâche, ce qui les incita à devenir copains pour pouvoir mettre au point un plan qui leur permettrait d’agir en toute tranquillité et voler tout ce qu’ils pourraient.
A ce moment, c’est John, avec la casquette qui observait, tandis qu’Howard, avec le chapeau melon, faisait le guet, sans soupçonner qu’ils étaient en train d’être
photographiés.
Arnaud

Un agent de la Gestapo se mit à crier violemment : un homme avait tenté de s’échapper à la descente du bus. Il avait jeté sa petite valise sur le sol et était parti en courant. Mais une balle l’avait atteint à la jambe. Ils avaient dressé un camp de fortune au milieu du jardin du Luxembourg, entouré de grandes toiles pour cacher ce qu’il s’y passait.

Firmin était arrivé tôt au jardin et avait percé un minuscule trou aux ciseaux, à la hauteur de ses yeux. Sa sœur, mariée à un Juif l’avait appelé le matin aux aurores pour lui dire que la Gestapo allait les emmener au jardin du Luxembourg mais qu’elle n’avait pas d’autres précisions. Alors, il était venu dès l’ouverture comme d’autres, préoccupés par le sort de leur famille.
Ce qu’il vit le stupéfia. Les familles devaient faire la queue puis un par un, ils devaient se déshabiller, On les auscultait, on fouillait leurs cheveux à la recherche de parasites. Ils passaient de bras en bras comme des poulets dans un élevage de poules en batterie. Les enfants pleuraient. On séparait les mères de leur bébé.
Ce fut bientôt le tour de la sœur de Firmin. Il chanta un peu fort une chansonnette qu’ils connaissaient tous deux et qu’ils aimaient fredonner dans cet été 42.
Elle se retourna vers la tenture avec un sourire triste et fit un petit signe de la main. Firmin fredonna de plus belle. Elle se laissa manipuler sans oser réagir, passa de main en main et tendit son bras pour un terrible vaccin auquel ils étaient tous soumis. Elle entra alors sous une tente plus petite et Firmin la perdit à jamais du regard.
Claude

 

-       Psitt ! Hé ! je ne sais pas ce qu’il regarde avec tant d’attention mais je vais le surveiller ce gars-là.  Toi, essaie de passer de l’autre côté du mur et tu me feras un compte-rendu.
-       De l’autre côté du mur… surveiller… faire un compte-rendu… je devrais même dire plus : faire un compte-rendu précis ! Hum ! Hum !
-       Allez oust ! Dépêche-toi !
-       Se dépêcher… Hum ! Hum !
-       Et bien oui, qu’est-ce que tu attends ? Il n’a pas l’air bien net ce type ; je parie qu’il matte les petites fillettes… Faut faire attention avec ces maniaques.
-       Un maniaque oui, je dirais même plus : un vrai maniaque ! Bon ! J’y vais. Ah ! voilà que ce type s’agite. Mais bon sang ! Qu’est-ce qu’il regarde avec tant d’attention ? L’autre revient en courant puis ralentit brusquement, un peu comme s’il freinait et prenant un air dégagé s’arrête à un mètre de la scène pour reprendre le dialogue.
-       Tu ne devineras jamais… de l’autre côté du mur il y a… un montreur d’ours ! Seulement, tu vois, après chaque tour, il passe entre les spectateurs avec sa casquette à la main pour récupérer un peu de monnaie. Je parierais bien que ton voisin est un gros radin qui veut profiter gratos du spectacle.
-       Ah oui ! profiter du spectacle… je dirais même plus : profiter du spectacle sans rien débourser. Profiter gratos quoi !
Et c’est ainsi que s’acheva cette énième enquête des Dupont Dupont.
Patricia

 

-       C’est cinq francs les cinq minutes. Et en plus, je fais le gué GRATUITEMENT !
-       Cinq cents francs ? (sifflement) Ben c’est cher….
-       Mais ça les vaut !
-       Oui, mais quand même…
-       Bon épargnez-moi votre cinéma. Voilà cinq jours que vous venez, alors, aujourd’hui, on pourrait abréger. Vous voulez ou pas ? Si vous ne voulez pas, pas de problème, il y a tous ces messieurs là-bas qui attendent…
-       Bon…. D’accord, mais quand même…
-       Allez-y !
-       Je vois pas bien…
-       Vous vous foutez de moi, ou quoi ?
-       Ah si… Oh ! Ah ! OOOOOOh… Ben dis donc !
-       Surtout, ne dites rien, il faut laisser la surprise aux autres.
-       Ho là là !
Cinq minutes après :
-       Allez, suivant !
-       Quoi ? Déjà ? Ben, c’est cher quand même !
Fabienne

Exercice 2 : Grand-Mère avait pris de la bouteille, aussi décidèrent-ils de la jeter à la mer avec une lettre d’accompagnement…

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Grand-Mère avait pris de la bouteille.
Maintenant, elle tenait toute la place à la maison. Elle mangeait tout ce qu’il y avait dans le frigo, à tel point qu’il avait fallu y mettre un cadenas. Elle était toujours dans les pattes, trainant sa vieille carcasse, comme si ces pas allaient être les derniers, puis subitement, partait en courant dans la campagne. Il fallait aller la chercher parce qu’elle ne se rappelait jamais du chemin de la maison. Les petites-enfants, Jules et Jeanne, deux ados de 15 et 16 ans, n’en pouvaient plus non plus. Elle fouillait dans leurs affaires, envoyaient des posts sur leur compte Facebook, et surtout, elle les espionnait à chaque fois qu’ils sortaient et même, à leur grand honte, elle venait les attendre devant la sortie du collège. C’en était trop !
Aussi décidèrent-ils de la jeter à la mer avec une lettre d’accompagnement, quelques mots qui ne permettaient surtout pas de l’identifier et feraient pleurer le pauvre idiot qui allait la trouver.
Et c’est Gustave, un vieux marin pêcheur à la retraite, mais qui, tout de même, sortait de temps en temps qui la trouva un matin dans ses filets. Elle lui sourit… La lettre qui l’accompagnait était illisible.
Gustave était un vieux solitaire grincheux et méchant, toutefois, il trouva Grand-Mère à son goût et, pauvre fou, la ramena chez lui, un petite cabane au bord de la mer. Tous deux firent les 400 coups. Ils inventaient tout ce qu’ils pouvaient pour emmerder les gens et ça les faisaient marrer comme deux gamins.
On dit qu’ils vécurent longtemps heureux, et que, pour le bonheur de tous, ils ne firent pas d’enfant.
Fabienne

- Ho, Albaert, vas-tu donc venir ? C’est daingue, viens donc voir le machein ! (avec l’accent québécois)
- Minute, minute, veux-tu donc me laisser enfiler mon falzar ?
L’équipe québécoise de la plateforme 23-7 avait repêché un drôle de poisson. Il était 3 heures du matin, et les capteurs avaient signalé la présence d’un naufrage non loin. Alertés, tous les membres de l’équipage avaient cherché des naufragés, mais n’avaient pu trouver qu’une vieille renfrognée, dont le physique sphérique avait assuré la flottaison.
Ils l’avaient ramené à bord de la station et l’avaient séchée. Elle grommelait des paroles incompréhensibles. Albert accourut et l’équipe fut ainsi au complet, alignée devant la vieille désormais sèche. Albert, le moins analphabète du groupe, posa la première question :
- Baonjour Madame, est-ce que vous parlez français ?
- Je veux ! Manquerait plus que je me mette à parler latin ! Fada, celui-ci. (avec l’accent du sud)
- Pardonnez-moi de vous demander ça, Madame, mais d’où est-ce que vous sortez ?
- Rion-Des-Landes ! J’aimerais bien savoir pourquoi vous parlez tous comme des gogols. Vous vous êtes crus au Canada ou quoi ?
- Eh bien, c’est-à-dire que… on est au Canada, Madame. Au large de la Nouvelle-Écosse plus précisément, mais on est bien au Canada.
- Oh bonne Mère, tu tenterais pas un peu de te foutre de ma gueule toi ? Je suis vraiment au Canada ? Oh de Dieu, ils vont entendre de mes nouvelles à la maison…
- Sans vouloir vous presser ma bonne Madame, il est trois heures du matin ici, est-ce qu’on peut savoir pourquoi vous êtes là ?
- C’est mes petits-enfants, les petits salopards ! Ils m’ont fait une farce, et une qu’on mange hein ! Ils m’ont attirée hors de chez moi lors d’un repas de famille, et m’ont poussée dans la rivière, derrière le jardin. Sauf que j’ai pas pu me rattraper ! J’ai nagé, mais le courant était trop fort. La rivière s’est jetée dans la Garonne et j’ai traversé l’Atlantique apparemment. Je dis apparemment car il faisait sommeil donc j’ai dormi tout du long. Bon, maintenant où est le repas ?
- Je vous demande pardon, Madame ?
- Eh bien oui, j’ai une faim de loup ! C’est le petit déjeuner pour moi ! Je vous préviens, se baigner ça donne faim, et je mange comme quatre ! Vous, là, vous avez bien une gueule d’Américain, amenez-moi à la cave, il doit bien y traîner un jambon ou deux quand même. Ah, j’oubliais, on est au Canada. Vous allez me faire goûter la poutine quand même, non ? Allez mon brave, menez-moi au jardin des délices !
Alors qu’elle accompagnait de force son guide, une enveloppe waterproof tomba de sa robe. Albert la ramassa et lut un message d’avertissement des enfants :
« Notre aïeule a un caractère exécrable et mange tout notre pognon ! On l’envoie en Amérique pour qu’elle se nourrisse de burgers et nous laisse tranquilles ! Si elle arrive chez vous, abandonnez-la dans un McDo ou elle vous ruinera ! »
Le collègue d’Albert lui jeta un regard inquiet et déclara :
- Tarbarnacle mon Béber ! On est dans la marde ! La grosse marde ? Comment qu’on va faire ? Je veux pas mourir de faim en haute mer à cause d’une grosse Landaise !
- Calme-toi donc mon Dédé, ça va s’arranger. Il faut une solution… Hé, j’ai une nièce à Montréal qui est agent de star. On peut peut-être lui refiler la grosse ?
- Ça c’est une bonne idée ! J’m’en vais la sortir avant qu’elle bouffe tout, va préparer la barque !
La grand-mère fut envoyée à Montréal à bord d’une barque. Contre toute attente, la senior, qui s’appelait Marie-Agnès, perça sur internet et devint une star internationale. Rion-Des-Landes subit une croissance économique fulgurante et un musée fut dédié à Marie-Agnès dans sa ville natale !
Loup


Grand-mère avait pris de la bouteille, aussi décidèrent-ils de la jeter à la mer avec une lettre d’accompagnement.
La missive, roulée dans un fin tube de plexiglas, était attachée à son cou par un ruban de soie qu’on avait pris soin de ne pas trop serrer. Deux brassards amplement gonflés étaient arrimés à ses bras chétifs. Et oui, ce n’était pas très rationnel mais il est parfois difficile de s’abstenir d’une certaine sensiblerie.
Voilà donc Mémé à la dérive, flottant tantôt sur la crête des vagues tantôt dans le creux et buvant, il faut l’avouer, souvent la tasse. Et dire que durant toute sa longue vie, elle avait toujours détesté l’eau…
Tout cela est bien cruel me direz-vous et vous aurez raison. Seulement, avec la surpopulation, nous n’avions plus trop le choix. Nous avions, dans un premier temps, évoqué l’idée, comme cela se passait ici au temps jadis, de la faire grimper à un cocotier et de le secouer pour voir si on pouvait la garder encore un peu mais avec ses douleurs aux jambes, nous n’aurions jamais réussi à la faire grimper, alors…
Il faut parfois être pragmatique ; nous avons donc opté pour cette dernière balade en mer. Avec un peu de chance, Mémé allait rapidement croiser un requin- bouledogue et la chose se ferait très vite.
Pour s’en assurer, Oncle Jean avait amené sa longue vue et l’objet passait à présent de main en main, chacun d’entre nous ayant à cœur par cet ultime regard d’accompagner l’aïeule jusqu’au bout du voyage.
Patricia

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Grand-mère avait pris de la bouteille. Aussi décidèrent-ils de la jeter à la mer avec une lettre d’accompagnement.
Elle devenait de plus en plus encombrante, exigeante, casse-pied. Aucun de ses quatre enfants ne voulait s’occuper d’elle. Aucune maison de retraite ne l’avait acceptée, malgré son pécule. Ils mirent au point un stratagème : on irait à la plage ce week-end ; il y avait un bon petit vent. On l’emmènerait un peu au large faire un tour dans le petit bateau pneumatique à l’heure de la sieste. On chargerait à bord un sac de provisions et de l’eau puis on l’embarquerait et ses deux petits- fils vigoureux de 14 et 15 ans la pousseraient vers le large en prétextant de la promener au frais avec la chaleur qu’il faisait. On la fit un peu boire au pique-nique ; on chanta Santiano et dans l’allégresse générale, on l’embarqua.
Sa fille aînée avait pris soin de mettre dans le sac à provisions une lettre qui portait ces mots :
« Ci- gît la mère la plus insupportable du monde, l’épouse la plus râleuse, la grand-mère la plus sorcière. Prière de ne pas la secourir. Gardez-la si vous la trouvez vivante. Nous, on n’en veut plus ! ».
Le vent s’était levé sud- est.
Avec un peu de chance, elle dériverait vers les îles anglo-normandes.
Ils la poussèrent fortement vers le large, elle s’était assoupie et souriait aux anges.
Claude

Grand-Mère sait faire un bon café…
Grand-Mère sait faire un bon café…

Atelier d'écriture du 29 juin 2021 dans Atelier d'écriture de la Maison du Livre

Il faudrait peut-être que tu lui dises d’arrêter de rabâcher cette chanson car maintenant, c’est café bouillu, café foutu. Elle n’est même plus bonne à ça, la seule responsabilité qu’elle avait encore. J’ai accepté ton idée de recevoir ta grand-mère chez nous pour nous aider dans les tâches ménagères, l’éducation des enfants et nous soulager financièrement.
Maintenant, plus elle prend de la bouteille, plus elle coûte.
Tu sais qu’on ne peut pas se permettre de combler sa petite retraite pour payer un EHPAD.
Comme tu es sa seule famille, il n’y a que nous qui paierons. Nous ne sommes pas non plus des insensibles, on ne va pas la laisser attachée à un arbre, comme un chien qu’on abandonne. Il a plus de monde qui traine sur les plages, on l’amène à la mer.
Tu as fait attention que, sur elle, dans sa valise, il n’y ait aucune information sur nous.
Montre-moi la lettre… C’est parfait ! Si avec ça, on ne trouve pas quelqu’un d’assez sensible pour la recueillir, c’est que je ne m’y connais pas en humain.
Bon, allez, va appeler ta grand-mère et l’aider à monter en voiture. Je ne voudrais pas être en retard et rater le plus gros des touristes dominicaux. En plus, je n’aimerais pas revenir trop tard, il y match de foot, à la télé, à 18 heures.
Arnaud

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