Accueil Non classé Atelier d’écriture du 10 mai 2021

Atelier d’écriture du 10 mai 2021

0
0
55

Devoir : un sandwich

On s’était donné rendez-vous au « Café des Amis »….
… Un jour, je partirai pour être enfin LIBRE !

image

Baby-foot (chronique d’un village)

On s’était donné rendez-vous au « Café des Amis » pour une partie de  baby-foot .
C’est  vrai qu’il n’y avait pas grand-chose à faire dans ce village isolé. Pas de ciné, encore moins de théâtre ni de terrain de sports, même pas une maison de quartier pour nous occuper, nous les jeunes, et pas de boulot non plus, bien sûr.
Alors, à part le baby de Louis La Malle, le propriétaire du café, il ne nous restait que des conneries à faire, souvent sans conséquence, juste histoire de nous marrer un peu… évidemment, avec l’émulation et notre orgueil de jeunes coqs, les petites bêtises devenaient de plus en plus grosses.
Nous étions une bande de six potes, vêtus de jean’s et de blousons noirs, qui semaient la peur et le trouble dans ce village bien trop calme à notre goût. On faisait le désespoir de nos parents et les autres habitants nos regardaient d’un air méfiant dès qu’on se pointait.
Moi, je m’appelle Ange, mais je n’en ai que le nom. Sûr que ma mère ne m’aurait pas appelé comme çà si elle avait su tout le souci que je lui donnerai. Les autres me considérait comme leur chef parce que c’était toujours moi qui avais les idées.
Mais tout aurait pu être tellement différent si j’avais pu faire ce que je voulais.
Depuis tout petit, moi, je rêvais d’être pilote de ligne. Je travaillais dur à l’école pour y arriver. Des avions, j’en avais partout dans ma chambre. Enfin, avant, parce qu’après le bac, quand j’ai su que mes parents pourraient pas me payer les études,  je les ai tous jetés, de rage. A partir de là,  j’ai arrêté l’école et je me suis mis à faire n’importe quoi parce que plus rien ne m’intéressait. Mais bon, n’en parlons plus, c’est de l’histoire ancienne…

Il y avait peu de monde dans le bistrot : quatre ancêtres, bérets vissés sur la tête, veste de velours côtelés et vieux mégot éteint au coin des lèvres qui tapaient le carton pour une sempiternelle partie de belotte. Les mêmes d’ailleurs qui, l’été venu joueraient à la pétanque à l’ombre des grands platanes de la place. Il y avait aussi « Poisson Bouilli », l’ancien croque-mort, qu’on appelait comme çà à cause de ses gros yeux globuleux qui étaient tous rouges parce qu’il buvait beaucoup de vin depuis que sa femme était partie avec le receveur des postes et qu’il n’avait plus goût à rien.  Des fois, il était vraiment pénible et invectivait le monde entier avec de grands moulinets des bras. D’autres jours, comme aujourd’hui, il était complètement apathique.  Les vieux ne voulaient pas de lui parce qu’ils étaient d’un tempérament plutôt calme et çà les perturbait. Mais lui, il venait tous les jours les regarder jouer, attendant secrètement que l’un d’entre eux meure pour le remplacer.
Louis La Malle essuyait les verres derrière son comptoir.  Il n’était pas mécontent qu’on vienne. Sûr qu’on allait mettre un peu d’ambiance dans son troquet !!! Mais il nous avait prévenus : de l’ambiance, d’accord, mais pas de bagarre comme la dernière fois, sinon, même le regarder en photo,  le café, on pourrait plus.
Faut dire, on avait fait fort, le mois dernier. On avait donné rancard aux jeunes du village voisin pour leur mettre la pâtée au baby.
On ne les aimait pas les jeunes d’à côté, enfin, les gars, parce que  les filles elles, elles étaient super sympas avec nous ; elles disaient que ces gars étaient des DMM (comprenez des débiles mentaux moches).  C’est sûr que c’était pas des lumières ni des prix de beauté.  Les filles non plus d’ailleurs, et si on sortait avec, c’était plus pour faire enrager les gars d’en face que par véritable envie. Remarquez, ils faisaient la même chose avec nos filles.  Parce que les belles et les intelligentes, elles partaient toutes tenter leur chance à la ville. Quelquefois,  l’une d’entre elles revenait au bout de quelques années, seule, ou avec un mioche… comme quoi, elles étaient pas si intelligentes que ça…

On s’était donc retrouvé une vingtaine dans le café : six de notre bande, six de la bande adverse et quelques admiratrices des deux camps.  Il y avait presque une demi-heure que nous avions commencé à jouer. On était à égalité 1 à 1, et, à part quelques petites injures, l’ambiance était plutôt bonne, quoiqu’un peu électrique. On sentait qu’une étincelle aurait suffi.
Je pense que c’est à cause du grand Mamade que tout a commencé.  On l’avait surnommé comme ça depuis qu’il était tout môme et qu’il parlait pas bien, il disait, je suis « mamade » au lieu de malade, et ça lui était resté. Il a marmonné quelque chose à Hamed, on n’a pas trop compris quoi, seulement que ça avait rapport avec sa sœur. Hamed, il a vu rouge subitement et a foutu un coup de boule sur le nez à Mamade qui s’est tout de suite mis à pisser le sang. S’en est suivi une bagarre générale . Même les filles se sont mises à se crêper le chignon. Les vieux, dans leur coin, continuaient à jouer aux cartes. Ils étaient un peu durs de la feuille. C’est quand les chaises se sont mises à voler qu’ils ont décidé, à contrecœur, d’un repli stratégique.
C’est aussi quand ça commençait à chauffer vraiment que Louis La Malle s’est mis à hurler un « ASSEZ ! » d’un voix de stentor, tout de suite suivi d’un silence ponctué du gémissement des blessés.
Tout le monde s’est arrêté de se battre illico. Il nous a mis à la porte à coups de pieds où vous pensez. On est repartis, penauds, panser nos blessures. Le Père Louis était sévère, mais on savait qu’il ne dirait rien à nos parents. C’est aussi pour ça qu’on le respectait. Mais c’est surtout parce que c’était un dur, un vrai, pas une balance.  Il était né au village et y avait passé toute sa jeunesse. Et lui, des conneries, il en avait fait. Et pas des petites.
Les gens disaient même qu’il avait fait de la prison pour un mauvais coup qu’aurait mal tourné, et qu’il avait acheté le café avec l’argent du casse. Ils disaient aussi qu’il avait eu une fiancée quand il était jeune et qu’au bout d’un moment, elle n’était plus venue le voir au parloir parce qu’elle était partie avec son meilleur ami à lui. Le même qui l’avait lourdé aux flics. Tout ça, c’était que des rumeurs  mais y a pas de fumée sans feu, comme on dit et puis,  ça expliquait un peu son caractère renfermé, voire asocial et l’aura dont il bénéficiait auprès des jeunes. Le seul qui arrivait à quelque chose avec nous, qui savait nous parler et nous motiver.
Louis ne nous jugeait jamais. Il comprenait. Il donnait quelques conseils, mais ce qu’on préférait par-dessus tout, c’est quand il nous parlait de sa jeunesse. Ah ! sûr qu’il aurait pu en faire un bestseller de sa vie, le Louis, s’il avait su arranger les  phrases. De quoi prendre une honnête retraite. Mais c’était pas son truc à lui, de se mettre en avant. Et ses histoires, il nous les distillait au compte-gouttes, comme une récompense, si on se tenait bien. Alors, on faisait des efforts… Et puis, si on avait un problème, un souci, ou même une joie à partager, c’était lui qu’on allait voir. Depuis toujours, il m’aimait beaucoup, un peu comme un fils qu’il avait pas eu. Je parlais plus avec lui qu’avec mes parents. Eux, à part me crier dessus, ils savaient pas trop communiquer.

Quand j’ai commencé à jouer au baby ce soir-là, c’était sans conviction.  Au bout d’un moment, Mamade m’a remplacé. Tout d’un coup, j’ai été submergé d’un immense dégoût. Dégoût pour ce trou, sans avenir ni espoir, pour mes parents qui étaient devenus des étrangers, pour mes copains, si nuls, et puis dégoût pour cette vie longue et inutile que je voyais s’étirer devant moi. Alors, j’ai eu pitié de moi, du pauvre enfant perdu que j’étais. Les larmes m’en sont montées aux yeux.
Louis a vu que je n’allais pas bien. Il s’est approché de moi. Mais je n’avais pas envie de parler ou alors j’avais peur d’éclater en sanglots, moi, le petit dur… Alors, j’ai fait un vague geste de la main pour dire au revoir.
-  Bye, Ange, passe me voir ce week-end, m’a dit Louis au passage.
J’ai hoché la tête en guise d’acquiescement puis je suis parti.
Je suis rentré direct. Même ma mère en est restée comme deux ronds de flan que je rentre si tôt.

J’ai pas dormi de la nuit. Et  puis au matin, un autre jour est venu.
Il faisait beau, le soleil faisait danser des poussières d’or à travers les persiennes. Il y avait longtemps que je m’étais pas levé aussi tôt. J’ai ouvert les volets et j’ai vu toute la beauté du monde : les gouttes de rosée qui scintillaient, les oiseaux qui chantaient, les feuilles qui bruissaient au vent léger…
Et là, l’espoir est revenu. Sûr que je m’en sortirai. Je sais pas quand ni comment mais je resterai pas dans ce trou. Un jour, je partirai pour être ENFIN LIBRE !!!
Fafa

 

On s’était donné rendez-vous au « Café des Amis ».
Je m’en souviens ! On s’était dit rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure, mêmes pommes.
On allait tous sur nos trente ans. On avait roulé notre bosse depuis l’université. On n’avait pas vraiment flotté sur l’eau, plutôt coulé sous les flots.
Je me demandais ce qu’ils avaient fait de leur vie.
Sam devait être toubib. C’était la voie qu’il s’était choisie.
Nora, la belle Nora, qui me faisait de l’ombre, qu’était-elle devenue ? Et les jumeaux, les inséparables ? Ils sont peut-être tous mariés, pacsés, divorcés. Ils sont surement parents. Ils vivent toujours en France. Ils ont des maisons de rêve. Ils sont plein aux as.
Ils sont hétéros, homos, bouddhistes, athées. Ils ont peut-être, comme moi, connu des périodes sans journées ensoleillées. Des nuits effrénées. Des vies défroquées. Des pansements sur leurs plaies .
Je me demande ce qu’ils sont devenus . Ce qu’ils ont de plus ou de moins que moi.
Je redoute ce jour où dix ans après, on va se retrouver. On aura changé. On va se retrouver dans ce café.
Y aura t-il toujours l’amour qui nous unissait ? Serons-nous toujours liés par cette amitié ?…
Je ne le saurai jamais car je ne suis jamais venue à ce rendez-vous.
Quelques jours avant, je me suis rendue dans ce café. J’ai laissé un mot au garçon du troquet. Un mot où j’expliquais mon geste, mon départ. Un mot pour leur demander de ne pas être tristes, de ne pas m’en vouloir. De ne pas me juger.
Que j’avais choisi ce voyage. Que ce jour, était arrivé une lettre qui clôturait le débat.
Elle finissait comme cela : un jour, je partirai pour être enfin LIBRE !
Fabye

image

On s’était donné rendez-vous au Café des Amis un matin de février. Une brume épaisse noyaient les voitures du parking. Le froid pénétrait mes os, se moquant des vêtements chauds que je portais. Heureusement que je connaissais l’endroit pour l’avoir fréquenté quotidiennement dans ma jeunesse. J’y suis donc arrivée sans trop de peine. Une suave chaleur parcourut mon corps des pieds à la tête en entrant.
Ce n’était pas seulement le changement de température, mais surtout une vague de doux souvenirs qui m’enveloppait comme les ailes d’un ange gardien : temps lointain d’insouciance et de bonheur, temps des copains et des rêves où tous les projets étaient possibles. Un espace incommensurable de liberté s’ouvrait dans ma tête, dans mes pensées et dans mon cœur. Un espace si grand que rien ni personne ne pouvait le réduire. Bref, dans ce café de mon village j’avais rendez-vous avec une amie.

Il y avait longtemps qu’on s’était perdues de vue et la revoir me fit grand plaisir. Cette amie d’enfance avec qui j’avais partagé tant de batailles et qui, un jour, décida d’épouser le meilleur des maris. Et pourtant, peu de temps après son mariage elle commença à mener une vie d’obligations imposées.

Elle m’attendait assise à notre table préférée, celle des parties de cartes à quatre, avec des mises et des tricheries amicales. La joie de nos retrouvailles était partagée. Les liens de l’enfance et de l’adolescence sont étonnamment forts, à tel point que je n’avais absolument pas conscience de ne pas l’avoir vue depuis quinze ans. On s’est raconté nos vies en quelques phrases : de mon côté, le nomadisme permanent comme pilier de mon existence. A croire que, dans une autre vie, j’étais une étoile errante du désert se déplaçant sur un chameau légendaire, brunie par la réverbération du sable sur ma peau. C’est comme ça que je me vois parfois dans mes rêves : je me déplace toujours sur un chameau légendaire à travers des paysages époustouflants où les dunes se dessinent en noir et rouge au coucher du soleil. Pourquoi le désert ? Parce que, je cherche toujours la chaleur des tropiques ou de l’équateur.

Elle, de son côté, un mariage réussi, deux beaux enfants en pleine santé. Mais aussi deux parents dépendants et un frère handicapé dont elle devait s’occuper. Etant la seule fille de la famille, le rôle de « soignante » lui revenait de plein droit, selon la plus ancestrale tradition hispanique. Malgré tout le travail pour s’occuper d’une famille aussi fragile, elle ne se plaignait pas. Quand je lui ai demandé si elle se sentait épanouie dans ce qu’elle faisait, elle n’était pas mécontente d’avoir rempli son rôle de mère, de fille et d’épouse. Son mari était présent et l’amour inondait son foyer. Son point de vue de la liberté ne coïncidait pas tout à fait avec le mien. Elle ressentait la paix ou la liberté intérieure de la tâche accomplie. Elle faisait ce qu’elle avait à faire et pour elle, la liberté c’était justement cela.  J’étais sincèrement heureuse pour elle, même si en réalité je n’ai jamais tout à fait cru que l’amour puisse couler comme un flot rose de pluie tropicale dans aucun foyer de plus d’un membre. Je me réjouissais que mon amie se sentît libre.
Très heureuse qu’elle n’ait jamais à dire : « un jour je partirai pour être enfin LIBRE ».
Juana Maria

 image

On s’était donné rendez-vous au café des amis à 19h00, ce samedi soir. En perspective, il y avait de belles retrouvailles, de la joie et de la bonne humeur, le tout arrosé de nôtre vin préféré, le pinot noir. Le Café des Amis, c’était notre café ! Et ça, depuis notre rencontre. J’étais tellement heureuse de t’y retrouver.
J’attendais déjà depuis vingt longues minutes. Elles paraissaient une éternité…  Je commençais à perdre espoir quand j’ai reconnu tes beaux cheveux bruns et le Perfecto que je t’avais offert pour conduire ta moto.
Une heure de retard… tu ne m’avais encore jamais fait ça, jamais !
J’ai eu un mauvais pressentiment.
Tu t’es approché de moi, sourire aux lèvres, tu m’as pris dans tes bras tout en me demandant de te pardonner ce retard.
A une table voisine de la nôtre, un couple auquel je n’avais pas prêté attention, a commencé à se disputer. Ils parlaient  très fort. L’homme t’a  interpellé. Il t’a dit que tu ferais mieux de me quitter tout de suite. Que je n’étais qu’une bonne femme…
Tu lui as souris tout en enlevant ta main de la mienne.
Sa femme me regardait avec compassion et même avec douceur. Cela m’a troublée. Je me suis levée pour aller aux toilettes et elle m’a aussitôt emboité le pas. Je me poudrais le nez face au miroir.  Elle s’appuyait nonchalamment contre la porte des toilettes tout en m’observant.
La lumière froide des néons lui donnait un air lugubre. Elle me faisait presque peur et le mauvais pressentiment est revenu me narguer.
Elle m’a dit tranquillement :
- Ton amoureux te trompe avec mon mari depuis un an, je voulais que tu le saches au plus vite. Je viens juste de le découvrir moi-même.
Elle est sortie des toilettes en laissant claquer la porte. J’entendais le bruit de ses talons s’éloigner.
Je me suis mise à trembler et je me suis regardée dans le miroir tout en me disant :
- Un jour je partirai pour être enfin libre.
Satu

 

Exercice 1 :  histoires croisées

Chacun prend une feuille et fait une fiche personnage. Puis, fait tourner la feuille où le voisin donne une action. Puis la fiche tourne une dernière fois pour créer un autre personnage.

Personnage 1 : nom, prénom, âge, profession, meilleure qualité, pire défaut
Action
Personnage 2 : prénom, âge, description physique, rêve.

 

Exercice 2 : Écrire une histoire avec ces personnages et cette action

image

Personnage 1 :
Jean Carillo, 45 ans, coach de Muy Thaï et en développement personnel
Qualité/défaut : franc parler – élitiste
Action : se met  à rougir
Personnage 2 :
Séraphine, 35 ans, belle, sportive, blonde aux cheveux courts
Rêve de partir sur une île du Pacifique pour y faire du surf

Ce matin-là, quand Jean Carillo ouvrit la porte de la salle de sports, il eut un mauvais pressentiment. Ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps car, en toutes circonstances, il se devait d’être zen, souriant et détendu. C’était un peu obligé dans son métier : il était coach en développement personnel et accessoirement en muay thaï. En fait il avait commencé par cette discipline, mais avec le temps, de plus en plus de filles venaient à la salle pour lui demander des conseils en développement personnel. Alors, comme c’était surtout des bourges ou des filles à papa et qu’elles payaient bien, il en avait désormais fait le cœur de son métier. Et ça marchait bien pour lui ; pourtant,  il ne se gênait pas pour leur dire qu’elles étaient trop grosses, trop molles, trop bêtes parce que ce qu’elles adoraient, c’était son franc parler. Elles n’avaient pas l’habitude qu’on les bouscule, au contraire, tous étaient obséquieux devant elles car elles avaient le pouvoir de faire ou de défaire une vie en un claquement de doigts. Mais Jean avait pour lui une beauté insolente, et inaccessible, même à l’aube de ses quarante-cinq ans et toutes étaient secrètement amoureuse de lui.

Ce matin-là, donc, Jean sentait que quelque chose n’allait pas, ce qui ce confirma quand il vit un corps allongé devant la porte de la salle. Quand il le retourna, il vit que c’était une femme. Aussitôt, elle ouvrit les yeux quand il mit les doigts sur son cou pour voir si son cœur battait. Elle se leva d’un coup et le regarda droit dans les yeux. Il se mit à rougir violemment et lui demanda :
-       Mais que faites-vous là, devant ma porte ?
-       Ah bon, c’est chez toi ? dit-elle d’un ton désinvolte. Je savais pas où dormir cette nuit alors…
Il se rendit compte qu’elle était vraiment belle, dans les 35 ans, blonde, les cheveux courts, sportive. Ça le changeait vraiment de sa clientèle habituelle.
-       Je m’appelle Séraphine, poursuivit-elle, d’un ton radouci. J’habite juste à côté… enfin, j’habitais, avec mon copain. Mais hier soir, j’en ai eu marre. Il m’a reproché tout, comme à son habitude, il m’a même frappée. Alors, j’ai claqué la porte et je suis venue me réfugier ici. Je savais que vous veniez de bonne heure, je voulais juste me reposer un peu, mais je me suis endormie.
Il la regarda. Ses yeux pleins de larmes l’émurent. Elle poursuivit :
-       Mais je vais partir. J’ai toujours rêvé de faire du surf en Australie, et là, c’est le moment.
Alors, il se mit à rire et, sans hésiter, lui prit la main en lui disant :
-       Tiens, pour moi aussi, c’est le moment !
Fafa

image

Personnage 1 : Gaston Gaviscon, 52 ans, pharmacien, qualité : très sérieux, défaut : beaucoup trop sérieux.
Action : Décide de partir sur le champ en laissant tout tomber.
Personnage 2 : Joris, 39 ans, grand, mince, brun, veut devenir un professionnel de la gâchette.

Gaston n’était pas à plaindre. Il avait hérité sa pharmacie de son père, vingt-cinq ans auparavant quand celui-ci avait fait une attaque et le jeune homme avait pris l’affaire en main et l’avait fait prospérer avec brio. Il avait embauché trois pharmaciens et la pharmacie s’était agrandie avec la clientèle. Gaston avait une excellente réputation dans cette petite ville des côtes d’Armor. Tout allait pour le mieux si ce n’est qu’il n’avait jamais eu de relation amoureuse. On ne lui connaissait pas de compagne. Pourtant il n’était pas vilain garçon, mais il faut dire qu’il n’était pas très rigolo. Il n’avait aucun sens de l’humour, n’aimait pas danser, ni boire et n’aimait que la musique classique. Il se déridait donc rarement.
Sa seule passion était le tir à la carabine. Il faisait partie d’un club de tir et s’y rendait chaque samedi matin avec assiduité. C’est un samedi du mois d’avril qu’il y rencontra Joris, bel homme qui devait avoir la quarantaine, brun, mince aux beaux yeux verts. Gaston fut troublé dès le premier regard pour ne pas dire subjugué. Il se sentait affreusement mal, lui qui menait sa petite vie austère de pharmacien rangé. Que penserait-on de lui à Erquy ? Joris l’admirait surtout lorsque Gaston tirait à la carabine. C’était toujours un carton plein. C’était un véritable tireur d’élite. Cet homme si sûr de lui et solitaire l’attirait incontestablement. Joris fit le premier pas lors d’un repas copieusement arrosé autour d’huîtres plates délicieuses. Leur idylle dura six mois pendant lesquels le pharmacien s’efforça de cacher la liaison, la maquillant en amitié.

Mais un matin, Gaston prit une décision radicale. Il proposa à Joris de partir en Argentine. Il lui raconta qu’il en rêvait depuis très longtemps. Joris hésita quelques jours puis se laissa convaincre. M. Gaviscon vendit son fond de commerce, rassembla toutes ses économies, amassées depuis vingt-cinq ans. Et la somme était rondelette. Erquy n’en revenait pas quand elle sut que le pharmacien s’expatriait avec un homme.
Ils décidèrent de monter un ranch avec élevage de chevaux et stand de tir. Ils embarquèrent donc pour la Pampa et trouvèrent un ranch à l’achat. Il acquit le bien en communauté avec sa moitié si chère, pensant à un futur paisible. Gaston, pour la première fois de sa vie, affichait un sourire d’homme heureux.

Mais tout ne se passa pas comme prévu. Au bout de trois mois, le pauvre homme vit arriver une jeune femme ravissante d’une trentaine d’années. Elle annonça qu’elle était la compagne de Joris et qu’elle voulait tenter de le reconquérir.  Gaston Gaviscon ne supporta pas l’offense. L’homme si sérieux qui avait tout misé sur cette découverte de l’amour à un âge déjà avancé, se sentit floué, trahi.
Le lendemain matin, on le retrouva dans le stand de tir avec une balle dans la tête et son pistolet à la main. Il avait choisi de mettre fin à ses jours de cette manière, radicale.
Claude

image

PERSONNAGE 1 :
Nom : Détrangler
Prénom : Norbert
Age : 61 ans
Profession : tueur à gage, nouvellement à la retraite
Meilleure qualité : très calme
Pire défaut : trop perfectionniste
ACTION : tombe amoureux pour la première fois
PERSONNAGE 2 :
Prénom : Axathane
Age : 172 ans
Description physique : grande blonde aux cheveux bouclés avec un nez de la taille de ses pieds mais une peau aussi lisse qu’une flaque d’eau
Rêve : Elle rêve de se faire une chirurgie émotionnelle pour agrandir sa joie

Norbert Détrangler, âgé de soixante et un ans est assis dans sa chambre. Il caresse une énième fois sa barbe rousse. Il se trouve beau, très beau.
Il faut dire qu’il a taillé sa barbe à la perfection ce matin. Pourtant, il a toujours été un homme de l’ombre. Il ne fallait pas qu’on le remarque. Les femmes, il n’avait jamais pu en avoir une à ses côtés. Il était tueur à gage depuis son plus jeune âge, le meilleur évidemment. Aujourd’hui, il était à la retraite.
« Bien méritée celle-là » : dit-il à voix haute tout en se levant pour refaire son lit. Il n’avait jamais supporté  que le drap ne soit pas plié de façon symétrique et le dessus de lit devait tomber exactement à la même hauteur des deux côtés du lit.
« Là… » ! Le lit est parfait, enfin presque, il manque quelque-chose, ou plutôt, quelqu’un. Il n’est encore jamais tombé amoureux. Il aimerait bien partager son lit avec une femme avant de mourir.
Il décide de chercher une compagne sur le site de rencontre pour seniors, « MarsAttac ». Chercher l’amour est une affaire sérieuse. Il y trouve plusieurs femmes à son goût, mais il y en a une qui attire particulièrement son attention. Son prénom est Axathane…  elle a fait une description physique d’elle-même qui l’émoustille au plus haut point : « grande, blonde, aux cheveux bouclés, ayant la peau aussi lisse qu’une flaque d’eau ».
Il valide son profil et lui envoi sa photo.
Ça matche !!!
Il lui plait aussi apparemment. Elle ne lui a pas envoyé de photo d’elle en retour. Qu’importe, ils se donnent rendez-vous au Café des Amis le lendemain soir. Il la reconnaît au premier coup d’œil. Elle est assise sur un tabouret de bar. Elle est de profil. Son nez, aussi grand que ses pieds est une véritable œuvre d’art. Elle se retourne et le voit. Ses cent soixante douze ans lui vont tellement bien !
Elle est encore plus belle que ce qu’il avait pu imaginer. Mais ce qui l’attire encore plus que son incroyable beauté, c’est la découverte de son plus grand rêve. En effet, elle rêve de se faire une chirurgie émotionnelle pour agrandir sa joie. Et ça… ça il est capable de le lui octroyer sans problème.
Doucement, calmement, méticuleusement et jusqu’à l’apothéose… la mort !
Satu

image

Personnage 1 :
Anna Letzinska
35 ans
Danseuse classique
Meilleure qualité : persévérance
Pire défaut : avarice
Action : rempli une jarre d’eau dans le puits du village et tombe dedans
Personnage 2 :
Odile
68 ans
Très maigre, rousse, calvitie, grosses lunettes, yeux verts
Son rêve: avoir un jour la chance de botter les fesses de sa belle fille
Cette fois-ci c’est au tour d’Anna d’aller cherche de l’eau pour la paroisse. Cela lui prendrait au bas mot trois heures. En réalité, elle pourrait torcher sa corvée en une heure et demi. Mais c’était pour elle un moment privilégié de solitude au cours duquel elle pouvait s’entrainer entre ses deux leçons de danse classique. Ainsi, elle travaillait sa posture, ses jetés, mais également sa souplesse et ses muscles profonds.
Aujourd’hui, Anna décida de travailler sa souplesse car – selon elle – ses mouvements manquaient de fluidité. Elle maîtrisait parfaitement le grand écart facial mais elle voulait gagner en amplitude. Histoire de donner plus de panache à ses grands jetés. Elle posa sa jarre remplie d’eau et se glissa à l’intérieur du puits, chaque jambe tendue à l’opposé de l’autre tout en se tenant par le bord.
« Aaaah…. voila! là ça tire! Mais que n’y ai-je songé plus tôt » pensa Anna.
Et comme toujours, c’est lorsque l’on est le plus occupé que surgissent les plus grandes crampes. Cette loi ne fit pas défaut à notre danseuse qui, prise d’une douleur virulente dans le mollet, dût lâcher sa prise et tomba dans le puits.
Anna remonta à la surface avec une grande inspiration tout en dégageant les cheveux de son visage. Paniquée, elle s’agrippa à la corde qui retenait le seau. Sa première pensée fut de vérifier qu’elle n’avait pas perdu ses bijoux durant sa chute. Les yeux fermés, elle poussa un soupir de soulagement quand elle eut fini de compter ses bagues.
Anna avait repris ses esprits et récitait ses prières quand elle entendit le grincement d’une roue mal huilée, accompagné de jurons à faire rougir Coralie, la poissonnière :
- Odile ? Odile c’est toi ? reconnut Anna.
Odile lâcha sa brouette, et du bout des doigts, glissa ses cheveux roux derrière les oreilles, se retournant pour voir qui l’appelait. Ne voyant personne, elle essuya ses grosses lunettes, des fois que…
- Odile ! Odile ! Je t’en prie je suis dans le puits !
Odile se pencha au-dessus du puits, ses yeux verts écarquillés :
- Anna ? Anna Letzinska ? C’est toi ?
- Oui Odile ! Mon Dieu que je suis contente de te voir, je suis tombée dans le puits !
- Effectivement c’est ce que je vois ! Que s’est il passé ? Comment as-tu fait ton compte ?
- Je te raconterai Odile, aide-moi d’abord à sortir de là !
- Tu n’as pas fait pipi dans l’eau j’espère ?
- Mais non Odile, enfin !
- Je te demande mais de toutes façons, qu’est ce que j’en saurais…
- Vas-y Odile aide moi, tire sur la corde que je puisse monter, comme en rappel.
- Anna, tu m’as vue ? Maigre comme je suis, je ne vais jamais réussir à te sortir de là ! Et en plus, mon fils et sa femme arrivent dans une heure, et je ne peux pas les louper.
- Odile, tu vas pas me laisser comme ça dans le puits quand même ?!
- Mais non. Je rentre au village, je vois mon fils et sa femme, ensuite je vais voir l’officier pour qu’il vienne te chercher.
- Mais Odile va d’abord voir l’officier ! Me laisse pas attendre comme ça dans l’eau !
- Ah non très chère ! J’ai l’occasion de rabattre le caquet de ma belle fille, et Dieu sait que j’attends ce moment depuis des lustres. La connaissant, elle ne se laissera pas faire et je pourrai enfin lui botter les fesses.
- Odile je t’en supplie, je suis terrifiée là dedans…
- Mais au fait, la coupa Odile, il paraît que tu t’es moqué de moi en disant que j’avais une calvitie, c’est vrai?
Anna resta mortifiée, se cramponnant plus fort à la corde.
- J’en déduis que c’est donc vrai, repris Odile. Bon et bien, je te dis à demain !
Et Odile repartit au village en réorganisant sa journée du  lendemain car elle devrait retourner au puits pour y chercher son eau.
Louise
Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par joie55
Charger d'autres écrits dans Non classé

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Atelier d’écriture du 2 septembre 2019

Devoir : un sandwich « Son génie n’avait d’égal que sa folie…. … Voilà comment cette histo…