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Atelier d’écriture du 3 mai 2021

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Devoir : figures de style (3)

Périphrase : la périphrase est une figure de style qui consiste à exprimer en plusieurs mots ce qu’on aurait pu dire en un seul terme. Elle est utile pour éviter les répétitions
Zeugme : le zeugme associe généralement un verbe ou un adjectif avec deux termes dont l’un est concret et l’autre abstrait.
Exemple : « sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours ». « Elle était vêtue de probité et de lin blanc ».
Oxymore : consiste à allier 2 mots qui ont des sens contraires : « une douce violence, un silence assourdissant ».

Écrire une lettre de rupture avec 1 zeugme, 2 oxymores et 3 périphrases

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C’est avec une joyeuse tristesse que je prends la plume aujourd’hui pour te dire que j’ai enfin décidé de te quitter, toi, mon ex-futur mari.
En effet, j’ai longtemps supporté tes frasques et tes infidélités. Je t’ai même pardonné le jour où tu es parti avec ma copine et mes économies. J’ai eu la bêtise de te reprendre au bout de trois mois quand tu as eu liquidé les deux.
Depuis, je vis un malheureux bonheur qui ne me satisfait pas.
J’ai beau chercher, je ne te trouve aucune qualité.
Quand je rentre du travail tous les soirs, je te trouve avachi dans le canapé, à regarder le petit écran ou à jouer à tes jeux vidéo débiles.  Jamais tu n’as préparé le repas ou même ramasser ton linge qui git dans tous les coins de la maison.
Tu ne m’aides jamais dans les travaux domestiques non plus…
Tu ne sais te servir d’aucun appareil ménager, j’en déduis que tu es bête : appuyer sur un bouton est à la portée du premier imbécile venu.
Je pourrais fermer les yeux sur tout ça si au moins tu faisais bien et souvent la bête à deux dos, mais là encore, ta fainéantise et ton manque d’enthousiasme me foutent le moral à zéro.
Sans compter que tu as l’humour d’une moule farcie et le charisme d’une huitre.
Bref, tu ne sers à rien !
Par contre, Jérôme, ton meilleur ami, sait apprécier ma cuisine et ma souplesse et me le prouve tous les jours.
Ne m’en veux pas si je poste ce mot sur ton mur FB, mais je voulais vraiment prévenir mes copines. Ce n’est pas la peine de venir chercher tes affaires, je les ai toutes vendues et Jérôme a changé la serrure de la porte d’entrée.
Sans rancune et à jamais !
Fafa

 

Mon cher époux,

Tu sais que je t’ai aimé passionnément au début, avec dévouement pendant ces 30 dernières années. Par cette lettre je vais t’avouer des choses difficiles à te dire les yeux dans les yeux .
Depuis bientôt quatre ans mon sentiment pour toi se dégrade. Le dévouement et la maison que j’entretiens pour nous depuis toutes ces années se consument comme une bougie qui n’aurait plus de cire. Une chaleur froide m’envahit et mon cœur saigne de ne plus pouvoir te regarder avec la même douceur d’antan.
C’est après mûre réflexion que j’ai décidé de partir de notre doux et étouffant foyer construit avec autant de soin et amour de mon côté. Je pars parce que mon sentiment pour toi devient pure fumée et qu’en essayant de comprendre mon mal être, je me suis mise à faire des activités pour moi. Je peux me le permettre maintenant que nos six enfants ont quitté la maison et se sont bien installés de leur côté. Je fais de la chorale et je me suis mise à peindre des toiles. Tu ne l’as même pas remarqué. Pas grave ! Des qualités insoupçonnées ont émergé du fond de la petite épouse soumise et effacée et voilà que je me suis mise à comprendre  que j’étais un être  humain à part entière, pour moi, et non pas au service de mon époux et de sa progéniture.
Ce n’est pas la peine de regretter ce qui est fait. « Alea jacta est ». Mais ça ne vaut pas la peine non plus de continuer à vivre sous l’ombre de qui que ce soit. Ah, je sais ! Tu me diras que je suis ton épouse, bien sûr ! Mais je te dis quand même adieu puisque, toute épouse que je suis (jusqu’à ce que le divorce que je t’exige soit prononcé), je n’appartiens à personne. Je pense avoir accompli la mission qui nous unissait : élever nos enfants. A présent je vais essayer d’autres routes.
Je te laisse dans notre maison et m’installe dans un petit appartement au bord de la Méditerranée. Je l’ai acquis en épargnant tout l’argent qui aurait pu me servir à me faire plaisir pendant les 40 années de notre mariage. Aujourd’hui j’ai de quoi ne plus m’habiller comme une plouc, de quoi me payer mes activités ainsi que de quoi faire face à mes besoins essentiels jusqu’à la fin de mes jours. Je voulais m’excuser pour ce petit secret que j’ai gardé pour moi pendant ces dix dernières années. Mais je ne vais pas le faire. Et tu sais pourquoi ? Parce que j’ai toujours été au courant de tes relations extra conjugales, de tes voyages et petites sorties avec tes nombreuses maîtresses. Sans rancune ! Je te quitte, et en te quittant je te rends avec toute ma générosité ton statu de célibataire afin de te faciliter une drague ouverte et sans remords. Et par cet acte je me rends aussi, et surtout, à moi-même ma très chère liberté.
Une fois de plus, adieu !
Juana Maria

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Une lettre de plus à ajouter à ton dossier : « Le beau sexe qui m’a sincèrement aimé mais que j’ai oublié de respecter pour mon petit bonheur et ma démence » !  Je renonce à toi, à notre avenir, à une famille, à une maison, à nos conversations, à notre vie en commun, à notre amour ! Ces choses qui font le bonheur de l’homo sapiens sapiens depuis la nuit des temps mais nous, toujours pas !
Pour l’instant j’ai de la Haine envers toi, mais j’espère qu’elle passera vite pour que je ne ressente absolument plus rien pour toi.
Ne t’avise plus d’essayer de me voir physiquement, même en te cachant dans un coin comme tu sais bien le faire. Matin, midi, soir, nuit… JE NE VEUX PLUS JAMAIS QUE TU T’APPROCHES DE MOI !
Je te considère comme une sous-merde, une raclure, une pourriture, une vraie, celle qu’on a envie de dégager au karsher.
Tu m’as délibérément menti, trompée, prise pour une conne. Et tu continues… Tu es un lâche sans courage, fierté, amour propre, amour tout court ! Mais quel pauvre type tu es !!!
Tellement de choses deviennent plus claires aujourd’hui.
Je vais faire tout mon possible pour t’oublier pour toujours.
Je vais donner le meilleur de moi-même pour vivre ces émotions par lesquelles je vais devoir passer, puis je te négligerai jusqu’à la fin de mes jours.
Adieu !
Satu

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Mon amour,

Je n’ai pas le courage de te le dire dans les yeux alors je te laisse cette lettre.
Et je sais bien que si je t’avais fait part de ma décision, tu m’aurais convaincue de rester. Alors que je sais bien que cela nous aurait nui à tous les deux. Nous et nos souvenirs heureux.
Je t’écris aurevoir en observant une dernière fois cette maison qui renferme nos souvenirs les plus précieux. Notre merveilleux cocon qui regorge de nos objets chinés et de tous ces instants de bonheur partagé ensemble.
Je te vois encore, lorsque nous marchions la semaine dernière, dévorer tendrement des yeux ce couple avec leur jeune enfant. Leur cruel bonheur m’anéantit intérieurement. Il me rappelait,  une fois de plus, que jamais je ne pourrai t’offrir le plus beau fruit de notre amour.
En poursuivant notre chemin ensemble, tu aurais immanquablement regretté de ne pas avoir eu d’enfant. Et tu aurais fini par nous le reprocher : à moi d’être telle que je suis, et à toi de ne pas avoir eu le courage de me quitter.
Alors c’est à moi qu’incombe la responsabilité d’être courageuse pour deux.
Pour que de notre histoire ne demeurent que les impérissables souvenirs de notre vibrant bonheur.
Avec tout mon amour.
Anne
Louise

Exercice 1 :  écrire un texte à partir de cette photo

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Je m’appelle Kurt Cobain, j’ai sept ans, l’âge de raison dit-on. Maman est partie travailler et Papa m’a laissé tout seul à la maison. Il fait de plus en plus souvent ça alors qu’il est sensé s’occuper de moi quand maman s’absente. Pour se faire pardonner et en échange de mon silence face à maman, il me laisse m’amuser avec le casque « Télémecanica ».
Avant, il ne me le permettait jamais… alors je ne dis rien, je profite de l’occasion inespérée. Dès qu’il sort de la maison, je m’assois sur ma petite chaise après avoir donné à manger au « mange-disque ». Et là, la magie opère ! J’écoute, je me concentre, je pose mes mains sur mes genoux. De temps en temps je ferme les yeux pour encore mieux profiter de la musique. Surtout quand Jimi Hendrix fait hurler sa guitare.
Je l’adore, je l’admire ! Un jour je serai comme lui, je vivrai de ma musique et le monde entier sera à mes pieds. Je serai une étoile !
Satu

 

- Maman, demanda Jean, pourquoi ils lui mettent le fer sur la tête à Louis ?
- Chut mon chéri, s’affola Monique, tout va bien aller. Va jouer dehors avec Martine et Dominique. Allez, va !
Une fois le bambin parti jouer avec ses sœurs, la mère en sueur retourna vers son premier-né. Son attitude plutôt placide contrastait avec l’agitation anxieuse de la génitrice. Le docteur Bernstein s’occupait de ses réglages, l’oreille collée à ses grandes machines qui avaient violé l’intimité du foyer. Cette invasion rendait la maîtresse de maison folle, et elle finit par s’exclamer :
- Alors, docteur, vous pouvez en dire plus ? Qu’est-ce qui ne va pas à la fin ? Oh mon dieu, et mon mari qui n’est au courant de rien !
- Attendez une seconde ! Je vais bientôt trouver la fréquence harmonique, maintenant que j’ai la période. Mon petit, tout va bien ? Dis-moi tout de suite si tu as mal, ok ?
Le garçon hocha timidement de la tête, puis demanda des gâteaux avec du lait. Ne recevant pas de contre-indication de Bernstein, Monique s’engouffra dans sa cuisine et apporta avec diligence un goûter digne de ce nom.
- Ha ha ! triompha l’expert médical. Ça y est, j’ai un truc à peu près clair ! Mettez le deuxième casque, madame. Louis, écoute bien toi aussi.
Les trois firent silence, et dans les écouteurs s’éleva un singulier gargouillis.
- Ça gargouille normal, commenta la mère. Il a juste faim, hein mon bébé ?
- Vous plaisantez ? Il vient de descendre une dizaine de cookies, il mange autant d’habitude ?
- Euh… non, c’est vrai.
- Maman, réclama le jeune, j’ai faim ! Il reste des cookies ?
Juste après la déclaration, le gargouillis se fit plus distinct, grave, presque vibrant. On eut dit que quelqu’un tentait de leur parler. Plus ça allait, plus Louis se tortillait sur sa chaise, plus la voix se faisait nette. « Faim… Manger… Besoin… Faim… Manger… Besoin… » Les adultes, jusqu’alors gênés par la promiscuité imposée par la machinerie, se jetèrent des regards mi-curieux mi-effrayés.
- Maman… J’ai mal au ventre ! Il faut des cookies !
- Attends mon chéri, on écoute.
- Non, tu comprends pas ! Il faut à manger ! Vite !
- Louis, on ira au restaurant si tu veux, mais là…
- Non ! Il le veut maintenant ! J’ai mal à la tête, il cogne pour me faire manger !
L’enfant arracha les fils de son casque et sortit vers la cuisine. Le docteur et la mère le poursuivirent et se firent mordre en tentant de lui faire lâcher le gros jambon de Bayonne dans le garde-manger.
Plus effrayant, la voix affamée était clairement audible, sans masque, alors que la bouche de Louis était pleine de viande. Quand il eut fini de se rassasier, Monique l’appela d’une voix tremblante :
- Louis ?
Pas de réaction.
- Chéri, calme-toi s’il te plaît. Viens, on va jouer dehors, on… on va aller à la plage, tu vas voir, ce sera bien, mon chéri reviens s’il te plaît…
Elle tenta de lui toucher l’épaule. La créature qui se retourna n’avait rien d’un enfant ; ses yeux se réduisaient maintenant à deux étincelles rouges emplies de violence, un grognement rauque et une puanteur moite émanaient de sa gorge. Sa bouche s’était mue en une gueule inhumaine, une mâchoire de baudroie aux dents longues et effilées. Monique tourna de l’œil, Bernstein eut un mouvement de recul. La bête mugissait les trois mots en continu : « Faim ! Manger ! Besoin ! ». Se mettant à quatre pattes, elle sauta et s’enfuit de la maison par la fenêtre. Personne ne revit Louis depuis.
Loup

 

Bonjour !
Comment ? Vous ne me reconnaissez pas ? Mais enfin, c’est moi qui ai joué dans le film E.T. !
Ce que personne n’a su, c’est que E.T. était vraiment un extra-terrestre. Tout le monde a cru que c’était un effet spécial juste pour le film, et heureusement ! Sinon, vous imaginez… Mais heureusement, le secret a été bien gardé.
Car, moi, je peux vous dire que E.T. a vraiment existé et que depuis qu’il est parti, j’essaye d’entrer en contact avec lui. Pourtant, il m’avait juré qu’on se retrouverait, qu’on pourrait parler ensemble et il m’avait bien donné son canal, mais rien à faire… Juste un grésillement… Peut-être traverse-t-il  des zones de turbulences et tout est brouillé…
En tout cas, tous les matins, je me branche et j’attends au moins une heure. Je sais bien qu’un jour je le retrouverai et que nous vivrons encore des aventures incroyables.
Mais j’ai pensé à un truc, faudrait peut-être qu’une fois, je me branche la nuit, on ne sait jamais…
Fafa

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Le jeune Bobby n’aurait manqué ce direct pour rien au monde. Le garçon qui, d’habitude, ne tenait pas en place était une image. Il attendait patiemment la fin de tous les commentaires des scientifiques et spécialistes. C’était à qui délivrait l’information la plus étonnante et la plus fracassante.
Le stress de Bobby était à son comble. Son père était à bord et il avait tellement peur pour lui !
On avait acheté cet ampli spécialement pour lui et cet événement dont il ne voulait absolument rien manquer.
Un point pub… suivi de la voix de David Bowie qui fredonna ses paroles à Major Tom. Cette musique acheva d’angoisser Bobby qui tentait de garder son calme en plaquant ses mains contre ses cuisses.
La chanson est interrompue ! Où en sont-ils ? Quels sont les derniers messages ?
« Ils viennent de se poser! »
Bobby inspira et expira bruyamment en levant les yeux au ciel. C’est tout ce qui compte, papa est sain et sauf.
Bobby relâcha enfin ses tensions et hurla à sa mère:
- Il l’a fait Maman ! Papa a réussi !
Toute sa famille s’exclama et poussa des cris de joie. Oncle Théodore sabra le champagne.
Bobby reprit son casque pour écouter l’équipage s’exprimer et entendit la voix de son père déclarer que cet exploit « est un petit pas pour l’homme et un grand pour l’humanité ».
Louise

Exercice 2 : en vérité, rien ne serait arrivé si…

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Version 1, en prose :
en vérité, rien ne serait arrivé si… tu ne m’avais pas énervée comme ça ! Surtout quand j’ai une casserole à la main. C’est TOUJOURS ta faute si tu m’énerves ! Parce que c’est ta faute si tu as cette tête à claques !
Non, mais regarde-moi ça, tu es en train de saloper toute ma moquette avec ton sang, que n’ai nettoyé hier !
Hé, je te parle ! Arrête de faire le mort, on y croirait presque… Mais… Mais… pourquoi tu ne réponds pas… Pourquoi tu ne bouges plus ?
Ben, voilà, je te l’ai déjà dit, c’est encore ta faute, mais je crois que cette fois, c’est la dernière…

Version 2, un poème :

En vérité, rien ne serait arrivé
Si tu ne m’avais pas énervée
Avec ta tête à claques
Et tes manières braques

Fallait pas m’énerver
Quand je cuisinais
La poêle est partie toute seule
Pour atterrir dans ta gueule

Tu es tombé sur le tapis
Et tu l’as tout pourri
Je venais de le nettoyer
Et ton sang coulait

Alors j’ai continué
De taper, de taper…
Jusqu’à ce que tu cesses
De bouger une fesse

Maintenant, je ne suis plus énervée
Mais c’est bête, tu es décédé…
Fafa

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En vérité, rien ne serait arrivé s’ils ne s’étaient pas rencontrés. Elle aurait eu une vie plan-plan, à travailler cinq jours sur sept, faire des repas de famille le week-end et attendre la retraite pendant quarante-cinq ans de vie active.
On l’aurait applaudie, une si jeune et belle jeune fille, Doctorante de surcroît ! On l’aurait bassiné assez pour qu’elle se marie et se fasse faire deux gosses. Elle aurait fini par divorcer, évidemment trop tard pour retrouver vraiment la fougue de la jeunesse.
Elle serait passée de docteur à nounou pour petits-enfants. Elle se serait éteinte sereinement, sans se rendre compte de la morosité intrinsèque de son parcours.

Mais elle l’avait rencontré. Mis en fac de médecine par des parents richissimes, branleur de première.
Bad boy teigneux et ombrageux, dont le corps s’obscurcissait de tatouages au fur et à mesure de l’année. Aussi envie que détesté, toujours le premier à boire et le dernier à rouler sous la table, habitude oblige. Ils s’étaient retrouvés côte-à-côte sur les bancs de l’amphi. Elle avait d’abord dédaigné son apparence de pseudo-rebelle. Il avait d’abord détesté son air suffisant et supérieur.
Le destin les avait contraints à travailler ensemble pour un travail en binôme. Après les initiales disputes et mésententes, elle avait fini par apprécier son penchant peu conventionnel, et il avait fini par apprécier son attention et son savoir. Ce fut lui qui osa faire le premier pas en amour, elle ne se fit pas prier pour suivre.
Au grand dam de tout le reste du monde, elle se mit à lui ressembler plutôt que la transformation inverse ne s’opérât.
Quoi qu’il en fut, tout le reste du monde leur importait peu. Ils obtinrent leurs diplômes à force de chantages, pots-de-vin, tricheries et compagnie. Jamais ils ne furent médecins, dilapidant la fortune familiale dont il avait hérité après la mort malheureuse de ses parents. Tout les avait opposé, et au final ils s’aimaient plus que tout.
Il avait trouvé la part d’ombre dans sa beauté, elle avait trouvé la beauté dans sa part d’ombre. Se corrompant l’un l’autre, on ne comptait plus leurs brouilles avec la justice ; qu’est-ce qu’un livret de lois peut faire contre deux âmes qui chantent ensemble ? Ils animaient les soirées, menaient les manifestations, profitaient de leur vigueur mutuelle…
Ce soir, c’était le grand soir. Le saut d’Icare. Ils s’aimaient bien trop pour laisser leur passion se faire délaver par la routine. Pour leurs dix ans de relation et leur entrée dans le club des 27, ils avaient prévu un bouquet final. Ils sauteraient d’un gratte-ciel, tout en enclenchant des feux d’artifice dignes d’un nouvel an américain.
En souriant béatement, ils s’embrassèrent en pleurant de joie. En même temps, leurs deux mains unies pressèrent le bouton qui allumerait le feu aux poudres.
Dans les bras l’un de l’autre, ils sautèrent en arrière dans le vide. L’explosion écarlate les fit vibrer en chœur. Se jetant un dernier regard, ils répétèrent leur credo encore une fois :
« J’ai vécu pour toi, je mourrai pour toi ».
Loup

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En vérité, rien ne serait arrivé si tu n’avais pas pris le risque de prendre ton vélo ce vendredi 29 janvier au soir…
La police a trouvé douze canettes de bière vides chez toi le lendemain de l’accident. Les vendeuses de Leader Price leur ont confirmé te les avoir vendues juste avant la fermeture du magasin. Tu as tout avalé d’une traite et tu es sorti ivre. Une voiture t’es rentrée dedans par derrière… le conducteur ne t’avait peut-être pas vu, ou alors c’est toi qui t’étais jeté sous ses roues en perdant l’équilibre. On ne le saura jamais, il n’y avait pas de témoins. Tu as passé deux semaines dans le coma suite à un sévère traumatisme crânien. Les médecins t’ont donné très peu de chance de t’en sortir. Mais tu t’es battu ! Malgré une hémiplégie du côté gauche, tu arrives à te déplacer de mieux en mieux trois mois après. Aujourd’hui tu peux te considérer comme un miraculé.
Tu délirais beaucoup quand tu es sorti du coma. Tu passais du temps avec des personnes décédées et tu discutais avec elles devant nous, tu les voyais. Tu avais un rendez-vous d’affaires avec Bernard Tapie ou d’autres célébrités, tu te croyais à Londres, à Marrakech ou à Rome en fonction des jours. Tu parlais avec ta fille dans un coin de ta chambre, comme si elle avait toujours quatre ans. Il n’y avait personne devant toi. Et tu ne la reconnaissais pas quand elle t’appelait… mais aujourd’hui elle a vingt ans.
Aujourd’hui tu es au CSSR, en fauteuil roulant certes, mais tu es un autre homme. L’ancien Christophe est mort. Le nouveau a du chemin à faire encore mais tu vas y arriver ! Tu es enfin un fils, un frère, un père et un compagnon aimant. Tu n’aurais pas compris la valeur de la vie et de l’amour sans cet accident.
Satu

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En vérité, rien ne serait arrivé si
la cloche de la cathédrale n’avait pas tinté à ce moment-là…
Les ouailles écoutaient religieusement le prêche du curé en charge du sermon du dimanche. Ils allaient en prendre pour leur grade et se doutaient bien que le père François ne mâcherait pas ses mots ce dimanche-là.  Il était connu pour ne pas avoir la langue dans sa poche, ce jeune calotin bondissant au sourire gourmand et à la voix de stentor qui ne manquait jamais une occasion de leur remonter les bretelles à ces paysans qui n’en faisaient qu’à leur tête.  Des têtes de lard, comme leurs cochons, disait-il quand il se confiait à sa bonne, qu’il retroussait dans la cuisine quand il avait trop bu de ce vin de messe dont il raffolait. Un petit Angélus de derrière les fagots… Du 12 degrés juste ce qu’il lui fallait pour qu’il monte en chaire, sans zigzaguer.
Apprêté dans sa belle soutane noire repassée avec amour et sa chasuble dominicale étincelante, il avait enfilé une pierre violette et un enfant de chœur, dans le confessionnal. Il se sentait en veine.  On lui avait confié tous les secrets du village.  Aucun de ces moutons dont il était le berger ne pouvait se douter qu’en leur confiant leurs péchés véniels il pouvait obtenir d’eux ce qu’il voulait.
L’un avait cocufié son épouse légitime, l’autre avait omis de lui confier qu’il aimait aussi les garçons. Celui-ci avait dérobé un jambon dans une maison car il avait faim, celui-là avait détroussé un manant dans son genre pour offrir un bouquet à la belle dont il était tombé amoureux fou. Certains décidé refusant de servir de chair à canon, s’étaient cachés dans les granges pour aider leurs parents au champ. Déserteurs, ils auraient pu être dénoncés mais le curé les protégeait sous sa soutane en échange de quelques gâteries nocturnes dont il ne se privait pas.
Ce dimanche-là, il avait décidé de mettre certaines choses au point. Les bruits avaient fini par courir sur son compte et les cloques qu’il avait sur les mains  semblaient en confirmer d’autres qu’il avait fait disparaître… Le jardin autour de l’église en était tout retourné… Et si un paysan n’avait pas voulu planter un arbre qu’il voulait offrir à la paroisse, personne ne l’aurait su. Lui ne se doutait de rien. Enfin, pas de ça.
Il commença donc par les réprimander sur cette mauvaise habitude qu’ils avaient de s’arsouiller pour un oui pour un non : un baptême, un mariage, un deuil et moult autres occasions qui leur servaient de prétexte… Mais il les fustigeait surtout pour leur avarice. Ils oubliaient le tronc qui ne se remplissait plus. Rome se faisait tirer l’oreille pour envoyer de quoi subsister aux administrateurs de la foi, éloignés du centre du Christianisme d’Occident.  Il en était à l’acmée de son prêche, voulant fustiger les travers de ses contemporains et oubliant les siens, quand au moment où il éleva la voix pour leur reprocher leurs péchés, la cloche se mit à s’ébranler, à tinter soudain alors que le bedeau était parmi eux…
De sa chaire, il tomba de tout son long devant le retable sous les yeux éberlués des ses ouailles dont la plupart se réjouissaient en se poussant du coude, hilares… Ils se signèrent et sortirent en laissant le gisant gésir au pied du crucifié qui leva les yeux au ciel en soupirant. Incorrigible, décidément !
- A quoi ça sert que je me décarcasse, mon père ?
Aline

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- En vérité rien ne serait arrivé si tu n’avais pas flippé comme ça ! hurla Pablo en enlevant son masque.
- Je te l’avais dit ! Je te l’avais dit que je le sentais pas ! Répondit Olaf en démarrant la voiture complètement paniqué.
- Allez allez ! Accélère! Olaf se retourna pour voir s’ils étaient déjà suivis.
A leur grande surprise, et dans un vacarme de tôle froissée, ils furent projetés en avant, en percutant la voiture derrière eux.
- Mais putain ! mais qu’est-ce que tu fous en marche arrière ? Passe la première nom de Dieu ! Mais pourquoi je t’ai laissé conduire ?!
Olaf passa la première et s’engagea enfin sur la voie avec un grand bruit de courroie. Le tout en coupant la route à un véhicule qui s’arrêta in extremis en klaxonnant copieusement les deux bandits.
Pablo était penché en avant les deux mains sur le tableau de bord, comme pour aider Olaf et la voiture à rouler plus vite. Ils rejoignirent la grand-route et, constatant que personne ne les suivait, sortirent sur une voie de campagne puis s’arrêtèrent sur le bas côté.
Olaf étendit sa nuque sur l’appui-tête en respirant bruyamment.
- Ça va ? s’inquiéta Pablo.
- T’inquiète, on n’a pas été suivis.
Il tendit le bras vers la banquette arrière pour saisir le grand sac qui contenait leur butin. Olaf reprenait ses esprits pendant que Pablo s’esclaffait en regardant leur prise. Euphorique et entre deux fous rires, il répéta plusieurs fois à Olaf :
- Tu est le meilleur ! en le prenant dans ses bras.
Et la petite berline reprit tranquillement sa route vers le garage abandonné qui dissimulait un autre véhicule.
A eux la liberté !
Louise

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En vérité, rien ne serait arrivé si l’abbé ne s’était pas entruché avec une cacahuète alors qu’il riait à gorge déployée à la blague de tonton Henry.
Ce fut Tonton Jules qui lui appliqua très fort un point de compression sur le sternum. L’abbé recracha la cacahuète qui alla se loger dans le corset de la mère de la mariée. Elle en fut très surprise, se mit à tanguer et tomba sur son voisin de derrière qui bouscula à son tour sa voisine et ainsi de suite jusqu’au marié qui s’écroula sur la table des desserts.
En tout, vingt-cinq invités furent impliqués dans cet effet de dominos humains.
Mamy, avec son caméscope avait filmé toute la scène.
Un mois plus tard, son film passa à l’émission « Vidéo Gag ». Il remporta le premier prix, un chèque de 15.000 euros qui nous fit grand plaisir, à l’inverse de la suite du mariage de ma grande cousine qui fut très ennuyeuse.
Arnaud

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