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Atelier d’écriture du 12 avril 2021

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Premier atelier depuis le déconfinement ! Nous étions 14. Je crois que cet atelier nous a fait beaucoup de bien !

Exercice : Je vous propose 2 photos d’Édouard Boubat (photographe français 1923-1999).
Choisissez l’un ou l’autre de ces photos (ou les 2, si vous êtes inspirés) et écrivez l’histoire qu’elle vous évoque.

Photo 1 :

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LASSITUDE

J’étais assise là, sur un banc se trouvant dans un des quartiers préférés de ma jeunesse. A l’époque, ce quartier était un lieu de fêtes, la musique et les rires coulaient à flot, sans se soucier de l’avenir, avec une envie de vivre et une confiance en notre monde.
Que restait-t-il de tout ça ?
Des souvenirs plein ma tête qui m’aidaient à traverser les épreuves et qui, en même temps, me faisaient souffrir. J’étais submergée par ma solitude et mon aigritude. Où était passée ma joie ? La lassitude était comme une sangsue, elle pompait mon énergie, mon souffle. Pourtant, j’essayais de me raccrocher à chaque parcelle de beauté de la Vie, mais après avoir vu tant d’atrocités, c’était difficile.
Depuis un mois, tous les jours je venais sur ce banc, comme un pèlerinage. Mon corps avait vieilli bien vite. Quand je me regardais dans une glace, j’avais la sensation de paraitre dix à vingt ans de plus que mon âge. Je continuais à faire attention à ma tenue, ma coiffure ; tous ces petits gestes quotidiens m’aidaient à continuer mon chemin. Chaque jour, j’espérais revoir un ami de cette époque qui avait peut être eu la même idée que moi. Ma tête était remplie de questions : qu’étaient ils devenus, étaient ils vivants ?
Et chaque jour, rien. Devais je abandonner ?
Ce rituel était devenu ma force de vivre, de renouer avec la confiance et peut être la joie. Je devais me réjouir : la guerre était finie. Je martelais cette phrase en boucle afin qu’elle s’insère dans chaque cellule de mon corps, de mon esprit. Je voulais chasser ces images morbides comme si c’était un mauvais rêve. Mais à chaque fois, je ne pouvais pas le réfuter, c’était la réalité et non une illusion. Le temps n’avait plus la même pulsation, la même fréquence. J’avais la sensation que chaque minute était une éternité. Je pouvais passer des heures sur ce banc, à attendre, à me réfugier dans mes questionnements et la turpitude de mon esprit . Je me laissais aller tel un bateau à la dérive, mon gouvernail était de revoir mes amis chers.
Peut être qu’un jour, ce vœu se réaliserait-il ?
Sonia

 

 Ils m’ont licenciée !!!
Parfaitement !
Les Banks m’ont licenciée, sous prétexte que je suis trop vieille ! Non, mais je rêve !
Ils disent que je ne peux plus voler sur un nuage. C’est faux ! J’ai encore essayé hier. Bon, j’ai un peu perdu l’équilibre et je suis tombée, heureusement sur ce banc.
Il faut dire aussi que Jeanne et Mickaël ont respectivement quarante-trois et quarante-cinq ans et que, forcément, ils n’ont plus besoin de nounou.
Je voulais en parler avec Bert, mon grand ami de toujours, mais il est un peu Alzheimer depuis deux ans, et ça ne va pas en s’arrangeant. Chaque fois que je vais le voir, il me dit :
-       Bonjour chère Madame, mais qui êtes-vous donc ?
-       Mais enfin, Bert, je suis Mary !
-       Mary… Mary ? Fait-il en fronçant les sourcils, signe d’une grande concentration.
Puis soudain, ses yeux s’éclairent et en souriant, il s’écrie :
-       Ah oui ! Mary Christmas !
Même vieux et malade, il trouve le moyen de rigoler.
Un peu plus tard, je suis allée au syndicat des nounous, mais ils n’ont pas voulu me recevoir parce que, soi-disant, je n’avais pas payé ma cotisation.
J’étais découragée. Je suis retournée sur le banc et, en soupirant, je me suis dit :
-       T’es foutue, même ton parapluie il ne veut plus voler, ma pauvre Mary Poppins…
Fafa

Ben m’y voilà. A six mois de nos 50 ans de mariage tu t’en vas.
Non pas qu’il y eût encore quelque chose de jouasse à célébrer, m’enfin. Je m’y étais habitué à ta présence, à ta voix parfois trop bruyante, parfois trop silencieuse, à tes cigares. Je rouspétais par entretien, mécaniquement, mais je n’y pensais point. Puis te voilà en terre mon Fernand. C’était avant qu’il fallait m’offrir des fleurs de temps en temps. Je n’aurais peut-être pas fané si vite comme tu m’enquiquinais à le dire.
Tu n’étais pas le plus fin des amants mais tu ne m’a jamais rejetée non plus. Je ne suis pas la plus charmante ou la plus aimable, on s’est bien trouvé chacun. On s’est bien loupé, ensemble.
Tout ce temps pour me retrouver seule sur un banc. Repliée. Je n’ai même plus l’impression d’exister. Ce monde me paraît trop grand, trop vivant, trop changeant. J’ai même peur de ne pas pouvoir me relever de ce banc.
J’ai oublié qui j’étais mon Fernand, qui suis-je seule et indépendante désormais… ? Je ne suis plus capable de me rafraîchir l’esprit. Je ressemble à ce bouquet sec sur la table de la cuisine. L’on aurait beau l’arroser il ne reprendra jamais ses couleurs et sa texture. J’ai vécu chichement, sans essayer, sans me tromper, sans jouir de la liberté et l’insouciance des enfants que l’on a oubliés. Par peur d’échouer, ou par orgueil déguisé ?
Tu sauras peut-être me le dire et m’aider maintenant que tu as pris du recul mon Fernand. Tu es parti, je ne peux plus me cacher, mais je vais continuer à me reposer sur toi, pour de meilleures raisons cette fois.
Amen
Marceau

Elle ne pouvait se résoudre à rentrer. On lui avait accordé une sortie d’une demi-heure pour se rendre à la pharmacie du quartier et ce temps touchait à sa fin. Jeanne  avait acheté des somnifères car elle avait compris en franchissant la seuil de sa nouvelle chambre, si étroite, où elle n’avait pu emporter que le portrait de son défunt mari et un petit bibelot, représentant une vierge de Lourdes, que c’était un peu dans un tombeau qu’elle entrait, comme une mise en scène de sa fin proche.
Le ciel était menaçant mais elle restait prostrée sur son banc, son parapluie à la main en revivant la journée de la veille.
Elle habitait un deux-pièces depuis vingt déjà, rue Joseph Dijon, au 3ème étage mais son cœur ne lui permettait plus de monter ces fichus escaliers. Alors M. Jean, son bon médecin, à peine plus jeune qu’elle, avait contacté les services sociaux et on lui avait trouvé, une vraie chance dans ces années de pénurie immobilière, une place dans un hospice du XXème arrondissement.
Alors, elle avait appelé un taxi pour dix heures du matin et avait préparé sa modeste valise… Elle savait qu’elle n’aurait plus besoin de grand-chose. Elle y disposa en plus de quelques effets personnels, le parapluie au tissu vichy, offert par son cher Ferdinand trente ans auparavant qu’il avait déniché aux Galeries. Elle prépara quelques billets pour le chauffeur qui allait la conduire à sa dernière demeure.
Manolo fut ponctuel. Il sonna au 12, rue Joseph Dijon pour annoncer son arrivée. Jeanne se pencha par la fenêtre. Aurait-il l’amabilité de monter au troisième étage pour prendre sa valise ? Manolo gara tant bien que mal son véhicule et s’exécuta.
Quand elle ouvrit, il découvrit une femme frêle, amaigrie, sans âge, au regard doux dans des yeux humides de larmes retenues. Jeanne se tenait prête depuis un moment déjà, avec sa valise à ses côtés. Il fut frappé par le dénuement de l’appartement. On apercevait juste un lit dans un coin et un chevet en acajou.
Alors il la prit sous le bras et ils descendirent les marches de l’escalier en bois qui serpentait vers la cour une dernière fois pour elle.
Il lui ouvrit la portière et l’aida à s’installer puis il déposa la valise dans le coffre arrière.
Lorsqu’il se mit au volant, il décida de bloquer le compteur du taxi discrètement.
Jeanne lui donna sa nouvelle adresse, 110, avenue Gambetta, dans le XXème arrondissement.
Poliment, elle lui demanda alors s’il pouvait passer  devant les lieux qu’elle avait aimés dans sa vie parisienne. Il acquiesça volontiers.
Ils firent alors un tour du côté du jardin du Luxembourg, dans le fond du jardin, contournant la fontaine des quatre parties du monde où elle aimait se promener avec Ferdinand quand ils habitaient boulevard Edgard Quinet.
Puis il l’emmena à Montmartre, place du Tertre. Elle revit le café où elle avait eu son premier rendez-vous amoureux. Il prit la rue Ronsard jusqu’au marché Saint-Pierre et elle lui montra le magasin de tissus où elle avait travaillé pendant trente-cinq ans. Manolo lui fit remarquer que rien n’avait changé. La devanture conservait le charme d’antan.
Elle s’excusa plusieurs fois pour le retard qu’elle occasionnait au chauffeur. Il lui répondit dans un français approximatif que cela lui faisait très plaisir et qu’il  aimait découvrir une ville qu’il ne connaissait pas encore très bien. Alors elle raconta Montmartre et le Bateau Lavoir, le Moulin de la Galette et Renoir.
Il prit soin ensuite de longer les quais en rallongeant le chemin à suivre.
Enfin, deux heures plus tard, il fallut se résoudre à rejoindre l’hospice des Sœurs de la Charité, rue Gambetta. Jeanne avait un visage radieux car son esprit était plongé dans ses souvenirs. Elle sortit son porte-monnaie pour régler la longue course. Alors, il se retourna et lui annonça doucement que, pour elle, c’était gratuit et que cela avait été  un plaisir partagé.
Elle protesta énergiquement mais Manolo ne céda pas. Il avait refusé net qu’elle le paye. Il fit le tour de sa 403, ouvrit la portière et glissa ses bras vigoureux sous les aisselles de Jeanne, légère comme un oiseau de paille. Il la déposa juste devant le portail de l’hospice avec sa valise en carton. Puis, il la serra très fort dans ses bras en lui souhaitant bonne chance et Jeanne rit.
Elle le remercia. Elle lui fit un signe de la main en souriant. Elle avait compris que c’était la dernière étreinte chaleureuse qui lui était donnée de partager.
Elle sonna au portail et un vasistas s’ouvrit devant elle.
Claude

Photo 2 :

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Hé ! tu me fais la gueule ou quoi ? Pas un mot depuis ce matin… C’était bien la peine de m’amener avec toi ! Tu m’en veux encore pour hier ?  J’ai pas fait exprès de la renverser cette gamelle, c’était un accident. Oouh ! Un A-CCI-DENT, tu m’entends ? Et puis, là, tu exagères. Tu me fais crapahuter comme un malade et toi tu t’installes peinard, tu bois un coup, tu lis ton journal… Et moi alors ? Pas même une soucoupe d’eau et en plus ce verre devant moi qui me nargue ! Tu crois peut-être que je vais me mettre à boire à la paille ? Je ne suis pas un chien de cirque, moi !
Hé ! Regarde-moi un peu. Tu vois pas comme j’ai l’air triste ? Non, tu ne vois rien malgré ton monocle. D’abord, tu ne pourrais pas mettre des lunettes comme tout le monde. Tu veux faire style ? À ton âge… Il ne manquerait plus que tu nous ramènes une poulette à chien-chien manucurée, petit manteau et collier en strass. Une qui m’empêcherait de te rejoindre sur le canapé et qui ferait des manières quand je rentre un peu crotté de promenade.
Allez ! Viens !  On rentre à la maison, tu me files ma gamelle et à boire et toi, tu t’installes confortablement sur ton fauteuil avec ta pipe et ton journal. Moi, j’en profiterait pour faire un petit roupillon sur ma vieille couverture. On va pas changer une équipe qui gagne, hein ?
Allez ! Ouste ! On rentre !
Patricia

Ce matin, j’ai un peu sorti mon humain, il y avait longtemps et il n’avait pas très bonne mine. Nous nous sommes arrêtés au moins trois fois pour qu’il fasse ses besoins. J’ai tourné ostensiblement la tête. Je sais qu’il est pudique et qu’il n’aime pas que je regarde. Il commence à vieillir et j’ai senti que sa prostate faisait des siennes. J’ai été obligé de tirer sur sa laisse sinon, on y serait encore !
Je voulais lui faire plaisir, je sais qu’il aime bien s’asseoir à la terrasse d’un café, à côté de moi, pendant que je sirote mon petit blanc. Il m’a fait comprendre qu’il voulait lire le journal. Vraiment qu’elle façon primaire de communiquer… Il ne sait pas, comme nous, utiliser la télépathie et son odorat.
Il était tranquille pour un petit moment, alors, j’en ai profité et j’ai sorti ma pipe pour savourer pleinement ce moment.
Je me souviens encore quand je l’ai trouvé, errant, dans mon quartier. Il est tout de suite venu vers moi et il n’a jamais cessé de me suivre depuis. Je l’ai appelé Médor. Oui, je sais, pas très original, parce que c’était un humain très ordinaire. Pas d’une grande race, ni même très beau. Mais depuis, il est devenu très spécial pour moi.
Puis des pensées tristes me sont venues. Je pensais qu’il était vraiment très vieux et que, bientôt, il allait falloir s’attendre au pire. Je sais que ça me brisera le cœur quand il faudra le piquer. Mais je resterai près de lui, jusqu’au dernier moment. Il y a si longtemps que nous partageons notre vie, nous nous sommes habitués l’un à l’autre.
Allons, il faut que je chasse ces mauvaises pensées car enfin, quelle belle vie, nous avons eu, depuis que je l’ai adopté !
Fafa

 

Exercice 1 :  Sur un oreiller, un cheveu rencontre un poil…

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-       Salut toi, ça va ? T’es qui ?
-       Je suis un cheveu, ça ne se voit pas ? Je suppose que tu es un poil… Mais un poil de quoi ?? fit le cheveu d’un air dégouté.
-       Un cheveu, tiens, tu es le deuxième que je rencontre. La semaine dernière, j’ai rencontré un cheveu sur la langue, on a bien rigolé. Ah, pour info, moi, je suis un poil dans la main… Tu vois, rien de sale. Toute la journée, je m’étale sur cet oreiller et je ne fais RIEN ! Le pied.
-       Moi, je suis un cheveu d’ange… Et j’avoue que l’endroit est génial, avec le miroir en face, nous avons une vue panoramique de toute la chambre. Et je peux me regarder. J’adore me regarder, je suis tellement beau !
-       Tu sais que l’autre jour, j’ai vu un autre poil. J’étais super content. Mais quand je me suis approché, et que je lui ai dit « salut toi, enfin quelqu’un de ma race », là, il s’est tout de suite vexé, c’était un cheveu… tout frisé… Que veux-tu, l’erreur est capillaire… En tout cas, j’espère qu’on va devenir potes parce qu’on est là pour un bon moment…
A peine le poil avait-il prononcé ces paroles qu’une tornade entra dans la chambre, souleva draps, couvertures et oreillers et mit tout à la fenêtre, au soleil matinal. Le poil et le cheveu tombèrent longtemps et atterrirent sur le dos d’un gentil toutou qui passait par là. Pour eux, de nouvelles aventures commençaient.
Fafa

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- Oh ! bonjour Monsieur ! Monsieur…comment ? je ne pense pas que nous nous soyons déjà rencontrés… Oui, je sais. Mon physique est avantageux : mince, blond et soyeux mais n’en soyez pas gêné.  Habitué à ne fréquenter que mes congénères, Il m’est intéressant de côtoyer la diversité. N’étant pas dans mes meubles, je suis un peu désemparé.
Vous comprenez cette situation a pour moi un caractère exceptionnel et notre rencontre inopinée m’a donc surpris d’où ma froideur d’un prime abord.  Cependant, bien qu’étant pour la première fois invité en votre demeure, je me suis, je le reconnais, un peu laissé aller, bercé par le plaisir de la découverte.  Me glissant dans votre couche, et vous découvrant si fort, si dru j’ai été autant charmé que dérouté par tant d’exotisme. Votre parfum si viril m’a troublé et j’en ai perdu toute bienséance.
Lascivement étendu dans vos draps frais, je m’y suis abandonné, m’immisçant sans autorisation dans votre intimité. Je vous prie de bien vouloir excuser cet impardonnable sans-gêne ; je ne comptais pas m’incruster sur votre territoire. Vous comprenez, j’appartiens à une tête bien faite et non à une évaporée et n’ai aucune expérience de ce genre d’escapade. Vous, par contre, votre présence ici est légitime puisque vous partagez vos nuits avec le maitre de céans, ce vieux loup solitaire qui, d’ordinaire ne dors qu’avec Toby, son fidèle compagnon à quatre pattes.
Patricia

Vestiges d’une jeuness’ depuis longtemps fanée,
Reliques archaïques d’un temps bien plus velu,
C’est tige à tige sur un oreiller brodé,
Que s’enlacent sans hont’ cheveu et poil de cul.

L’un réminiscence d’une crinière de hippie,
L’autre attribut honteux d’une puberté précoce,
Tout près du septième ciel sur ce si doux lit,
Cette couche en soie fine est un parfait carrosse.

Fruits des amours humaines, déchus par la passion,
Arrachés à ce faible corps, sans permission,
Les fils du gai malheur se consolent au plus vite

Ils braveront les dieux, leurs lois et la logique,
L’un contre l’autre quand leurs parents forniquent
C’est une histoire d’amour née d’une histoire de bite…
Loup

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C = cheveu
P = poil

C : Bonjour monsieur.
P : Bonjour très cher.
C : Bien dormi ?
P : Pas vraiment.
C : Je comprends. Encore une nuit bien agitée.
P : Ben ça ! Des sauvages, prétendument civilisés allant même jusqu’à nous éradiquer dans certains pays, nous, les poils ! Penses-tu, des animaux savent mieux se tenir. C’est qu’on est précieux, on a une vocation hygiénique capitale contrairement aux capillaires, sans vouloir vous offenser.
C : Certes cher monsieur, aucune offense n’est retenue. Je comprends votre désarroi, mais veuillez noter cher confrère que ce pas sur leur cul que repose les couronnes des rois.
P : Et bien voilà, encore un noble susceptible, ça faisait longtemps tiens ! Perchez sur vos hauteurs, au moins vous avez le sens de la formule. Sachez au moins que je ne suis pas issu d’un cul cher voisin, bien que cela ait peu d’importance.
C : M’en voilà ravi.
P : C’est souvent comme ça chez vous ?
C : Et bien, disons que monsieur a ses jours.
P : C’est-à-dire, notre bon roi n’a pas l’habitude de taper dans la paysannerie ?
C : A mon grand regret, si. Parfois plus souvent que la cour débauchée, mais… disons que notre rencontre est un goût d’un genre nouveau,  plutôt capillotracté, si je peux me permettre un peu d’autodérision.
P : Je vois, ce que vous voulez dire sans oser, et avant que vous ne vous coupiez en quatre, c’est que votre bon sire, bien qu’habitué à la paysannerie, n’a pas l’habitude de bouffer des couilles.
Marceau

Exercice 2 :  écrire un texte avec les mots suivants :

Aimer, dépareiller, saumon, foncé, chocolat, machinalement, bleu, vitesse.

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Comme tous les matins depuis une semaine, j’aimais  prendre mon chocolat chaud dans la tasse bleu foncé dépareillée, sur la terrasse du chalet qu’un ami m’avait prêté. Je regardais machinalement le paysage, pourtant magnifique. La rivière tourbillonnait, éclaboussait les rives en de millier de petits arcs-en-ciel et prenait de la vitesse. Soudain, je vis un saumon sauter hors de l’eau et remonter le courant, à la recherche du lieu qui l’avait vu naitre. Était-ce un signe ? Fallait-il que moi aussi, je retourne sur mes traces, à la recherche de mes origines ?
J’étais venue ici pour réfléchir et maintenant, ma décision était prise, il fallait désormais que j’agisse.
Fafa

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Trois magnifiques saumons bleus remontaient de concert l’embouchure d’une large rivière. Ils se faufilaient, habiles, parmi les algues vert foncé, évitant les branches mortes qui jonchaient ça et là le lit de terre chocolat d’où émergeaient quelques rochers tranchants. Soudain, une loutre luisante s’interposa sur leur chemin. Souhaitant éviter cet obstacle importun, machinalement, ils prirent de la vitesse. Rapides comme l’éclair, ils aimaient à se jouer des courants et se lançaient dans d’interminables course-poursuites. Plus ils avançaient, plus ils semblaient heureux de s’ébattre et peu leur importait que les berges dépareillées aient perdu leur ombrage de roseaux au profit d’âpres buissons épineux. Seul comptait à présent leur but ultime.
Patricia

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Le portable de Sonia se mit à vagir, comme tous les lundis matin.
Comme presque tous les matins en fait, quelle arnaque !
Il lui fallut mobiliser toute sa volonté pour se retenir de propulser l’appareil contre le mur, de hurler à la mort et de tout plaquer pour vivre en Afrique, où elle n’entendrait plus jamais ce jingle horripilant. Sonia se redressa et, machinalement, se mit debout et quitta la chambre, sans même ôter ses chaussettes dépareillées.
Mue uniquement par son instinct (il valait mieux garder les yeux fermés pour éviter un choc trop brutal), elle fit son chemin jusqu’au frigo. Elle ouvrit la porte et reçut une vague de froid peu opportune après une nuit à la clim. Elle tenta de scruter les tréfonds de son garde-manger. Les baies de goji exagérément onéreuses de sa sœur, qui la tuerait si elle osait poser le regard dessus. Une pomme d’un vert trop foncé pour être saine. Des œufs de Pâques en chocolat, subtilement dérobés à ses neveux peu généreux. Soudain, l’odeur du port autonome envahit son conduit nasal ; alors qu’elle refermait à toute vitesse la porte, elle se souvint de sa plaque de saumon, en théorie frais, qui datait de dimanche. Pas dimanche hier, dimanche il y a huit jours.
Désireuse de se remettre de ce traumatisme olfactif, Sonia rampa jusqu’à sa cafetière. La machine mit trois heures à faire sait-on quoi avant de montrer qu’elle était prête ; la fille eut tout le temps de penser à tous ses mauvais choix de vie, qui la hantaient encore aujourd’hui. Elle aurait dû faire médecine et pas compta, aller en Espagne plutôt que de rester dans son boui-boui français, sortir dans sa jeunesse avec le fils du maire plutôt que celui de la bouchère…
La pernicieuse cafetière se laissa finalement traire. En pressant le bouton, Sonia apposa ses nasaux au bord de sa tasse et huma profondément. Comme le disait Héraclite, le café est un second soleil pour celui qui le reçoit.
Dès la première inspiration, les mains fébriles et appuyées sur le plan de travail, le reste du monde s’éclipsa. Rien ne comptait à part la senteur divine. Sonia était peut-être une toxico d’appartement, mais elle aurait tué pour son café du matin. Elle l’aimait au point de lui vouer une dévotion aveugle. Mais l’exaltation de son fix de 6 heures la secoua d’émotion ; ses mains glissèrent et le nez plongea en piqué dans la brûlante mixture. L’inhalation de l’élixir était un niveau d’adoration que Sonia n’avait jamais osé effleuré. Le destin en avait apparemment décidé autrement. Outre le sniff douloureux, la coupe brisée lui avait coupé la lèvre, et elle gisait maintenant, agonisant à moitié, sur son parquet qui ne faisait pas de cadeaux aux invités trop brusques. Une bonne chose qu’elle soit vieille fille, tout compte fait, étant donné le ridicule de la situation. Sans compter que ses poignets endoloris arboreraient sans doute de glorieux bleus pour les semaines à venir.
Ivre de douleur et de rage, elle se releva tant bien que mal, saisit sa louche et fracassa avec ressentiment l’affreuse machine. Enfin, héroïne tragique dont la fatalité se jouait, prise par l’élan de son ire, Sonia se précipita vers la fenêtre pour l’ultime saut, oubliant qu’elle habitait au rez-de-chaussée.
Loup

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Des années sans se voir, quinze ans peut-être. Un amour de jeunesse insatiable. Dès que leurs regards se croisèrent, ils comprirent que jamais ils n’avaient cessé de penser l’un à l’autre, et de s’aimer, comme promis.
Elle se figea une seconde et ses lèvres décollèrent, elle crut perdre l’équilibre et voir son âme dépareillée. Elle détourna son regard la première, deux secondes lui ont suffit à retourner sa mémoire et son cœur. Lui, on aurait dit qu’il avait vu un fantôme, ou un soleil apparaître sous son nez, c’est pareil pour le palpitant. Il déglutit et un courant d’air chaud et froid lui parcourut les bras et le dos. Il voulait l’enlacer fougueusement et se sentir entouré. En se réfrénant il se sentit un peu malade, avant même d’avoir digéré les canapés de saumon avarié qui avaient été présentés en hors d’œuvre.
Quelle joueuse la Vie. Se retrouver invités au même mariage parce que leurs conjoints étaient cousins ou amis du couple à l’honneur.
La farce n’était pas vraiment de leur goût. Il la regardait de temps en temps mais il faisait le nécessaire pour l’éviter, il y a longtemps il lui avait fait une promesse de silence et de distance, et il eut peur de la briser, de la briser encore.
Il essaya de se plonger dans ses yeux foncés sans qu’elle s’en aperçoive. C’était peine perdue !
Elle se sentait observée comme une luciole en pleine nuit, ou une étoile pulsante, c’était pareil pour son palpitant.
Au dessert, un peu de répit, toutefois une connexion singulière se créa. De petits gâteaux fruités sur coulis de chocolat étaient servis, il était gourmand, elle s’en souvint, elle savait pouvoir l’observer à son tour plus curieusement, grâce à la concentration sucrée de son ancien partenaire.
A la surprise de ses voisins de table elle lâcha un éclat de rire machinalement sans retenue et sans explication. Car lui de son côté, à deux centimètres de sa bouche réussit tout de même à tacher royalement sa chemise bleue en voulant enfourner à toute vitesse une cuillère aussi grosse que sa maladresse.
En entendant son fort et bref éclair de rire à plusieurs mètres, il reçut une décharge de bonheur, une tempête solaire de plaisir, il sourit à son assiette, la bouche pleine et recroisa en coin son regard pétillant.
Il finit son repas, arborant fièrement sa tâche. Et plus il était confiant, plus elle se sentait détendue et relâchée à l’idée de mêler son regard au sien, ou d’entendre sa voix. Vue d’en haut, depuis la toiture de la chapelle sur laquelle j’aimais me poser quand les carillons résonnaient, cette scène inhumaine était aussi délicieuse qu’atroce, on aurait dit qu’ils étaient simplement repartis pour quinze ou trente années de bonheur frustré.
Marceau

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