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E-Atelier d’écriture pour le 18 mars 2021

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Exercice : Vous êtes avocat, nommé d’office pour la défense de la belle-mère de Blanche-neige et vous préparez votre plaidoirie.

Grimhilde

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés,
je vais retracer devant vous les épreuves qu’a endurées ma cliente, une femme digne et consciente de ses responsabilités, la reine Grimhilde, souveraine de ce royaume.
Les faits qui lui sont reprochés sont très graves puisqu’il ne s’agit pas moins que de deux tentatives d’assassinat dont une par personne sous ascendant.

On ne peut saisir la forte personnalité de ma cliente sans prendre en compte les contraintes et la pression quotidienne auxquelles elle doit faire face.  Depuis la mort de son époux, elle doit gérer, seule, cet immense royaume et par conséquent faire preuve de fermeté et de rigueur pour mener à bien cette délicate mission. Dans de telles circonstances et pour s’adapter à l’ampleur de sa tâche, elle a dû s’endurcir et à apprendre à faire des choix, certes draconiens, mais nécessaires au maintien de la paix de ce royaume déjà affaibli par la perte de son roi. Ma cliente qui n’a pour sa part jamais enfanté s’est vu contrainte de prendre en charge la jeune Blanche-Neige, fille de son défunt mari. Élever cette enfant qui n’était pas de son sang et qu’elle dit insoumise voire conflictuelle, n’a pas été chose facile d’autant que la ressemblance physique avec son défunt époux lui rendait pénible cette confrontation quotidienne. Or, non contente d’assumer cette difficile responsabilité, ma cliente a dû contrecarrer la perfidie de sa belle-fille. Car oui, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés, cette prétendue timide jeune-fille, sous l’apparence trompeuse de l’innocence, n’a eu de cesse d’exercer un contre- pouvoir susceptible de saper l’autorité de la reine. Prenant des airs de victime, elle a tenté de s’attirer les bonnes grâces du personnel et des innombrables animaux vivant dans l’entourage du château, décrivant avec force la supposée implacable cruauté de la reine Grimhilde, ce qui a grandement nuit à sa réputation.
Il est également reproché à ma cliente d’avoir eu recours à la magie en interrogeant son fidèle miroir et en concoctant des potions destinées à nuire à sa bru.
Quelle femme, Monsieur le Président, n’est-elle pas sensible à la marque du temps sur son visage ? Et n’est-il pas simplement humain de souhaiter rester beau et particulièrement pour une femme dont les traits ont toujours été l’objet d’admiration ? Oui, ma cliente, interrogeait tous les jours son miroir magique afin qu’il lui confirme qu’en ce royaume elle était toujours la plus belle mais n’est-ce pas là une simple faille qu’à toute femme on se devrait de pardonner ? Apprenant qu’il existait en ce royaume une jeune fille mille fois plus belle qu’elle et qu’il s’agissait en fait de sa belle-fille, elle n’a certes pas su contenir sa colère ce qui aurait fait fuir la jeune Blanche-Neige ; mais… ne peut-on pardonner à une souveraine pliant sous le joug de ses responsabilité cet écart de conduite ?
Ma cliente est par ailleurs accusée d’avoir eu recours à une tierce personne, un chasseur, pour exercer ses basses œuvres. Elle aurait, aux dires de l’accusation, mandaté ce chasseur, menaçant sa propre vie, pour attenter aux jours de sa bru et demandé que pour preuve on lui ramène le cœur de la jeune-fille. Effrayante histoire, Monsieur le Président ! Mais … quelle preuve en avons-nous ? Ce prétendu chasseur n’a pu être retrouvé ; a-t-il seulement existé, monsieur le président ? Les témoignages des proches de Blanche-neige ne sont-ils pas sujet à caution ? Nous savons tous combien cette jeune-fille, exceptionnellement belle, a réussi à charmer son entourage. Dès lors, quelle force accorder à de tels témoignages ?
Ses amis, les sept nains, ont déclaré l’avoir trouvé inanimée, évanouie au seuil de leur maisonnette. Blanche-Neige, quant à elle, affirme avoir succombé après avoir croqué dans une appétissante pomme rouge offerte par une très vieille femme. Histoire abracadabrante !  A-t-on retrouvé les restes de ce fruit pour tester son pouvoir de nuisance ? Non ! monsieur le président ! Et cette vieille femme ? A-t-on pu la retrouver pour l’interroger ? Toujours non, Monsieur le Président ! Par ailleurs, comment ne pas légitimement s’interroger sur les causes réelles de cet évanouissement d’autant qu’il serait nécessaire, avant de prendre en considération les propos de la prétendue victime, de s’interroger sur la moralité de cette jeune personne. En effet, après avoir eu des relations inhabituelles avec les animaux de la forêt, recherchant chaque jour d’avantage leur proximité, n’a-t-elle pas cohabité avec sept nains majeurs et vigoureux ; une relation platonique est-elle réellement envisageable ? Quant au prétendu chasseur ? Comment, mandaté par une souveraine excessivement sévère et exigeante, aurait-il pu désobéir au péril de sa vie si un charme ne l’en avait contraint ? Blanche-Neige, par son apparente candeur, n’a-t-elle pas réussi à abuser jusqu’à la sagacité d’un jeune prince prêt à tout pour, après mariage, partager sa couche ? Non, Monsieur le Président, nous n’avons pas affaire à une innocente jeune-fille mais à une jeune-femme corrompue, à la volonté bien affirmée et prête à défendre bec et ongles ses propres intérêts, hélas ! incompatibles avec ceux de ma cliente.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés, voilà donc ce que je souhaiterais que vous reteniez de cette affaire : ma cliente est une femme certes dure mais digne et qui porte sur ses épaules toute la charge de ce royaume alors que Blanche-neige n’est qu’une fille corrompue qui n’a eu de cesse d’attirer l’attention sur elle pour tenter de saborder l’autorité de ma cliente, la reine Grimhilde.  Pour toutes les raisons évoquées, j’entends donc demander la relaxe pure et simple de ma cliente.
Patricia

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Plaidoyer pour une pomme

 

Mesdames, Messieurs les jurés, Madame le Juge, Messieurs les assesseurs,

Je ne vais pas vous le cacher, il s’agit de mon premier procès d’Assises.
Et la cause que je défends n’est pas la plus aisée : défendre une belle-mère !
Fort heureusement, à ce titre, j’ai une expérience des plus solides. J’en suis à ma troisième belle doche. Oui ! J’ai à peine trente ans et je suis trois fois marié.
Vous savez ce que l’on dit. Regarde la mère de ta fiancée, dans vingt ans, ta femme lui ressemblera. Eh bien ! Pour moi, mes deux premières épouses ressemblaient à des sorcières au bout de deux ans seulement !
Oui, Madame le Juge, j’y viens, j’y viens.
Où en étais-je ? Vous voyez, vous me faites perdre le fil.
Ah, oui ! Mes belles-mères ! La troisième n’a pas l’air d’une sorcière. Pas encore. N’empêche qu’elle peut encore se transformer !
Oui, Madame le juge, au fait, au fait.
Justement, vous faites bien de le rappeler. Les faits !
Quoi, comment, pourquoi, où, quand, que reproche-t-on à ma cliente ici présente ?
S’adressant à la justiciable : pas de problème pour vous, chère madame, ma cliente bien-aimée ? Êtes-vous bien installée ? Pas trop froid. Ce palais est celui des courants d’air, vous savez. Ce n’est pas comme le vôtre, si beau, si confortable ! Si elle vous gêne, vous pouvez poser votre couronne sur la tablette.
Pourrait-on mettre un carré de velours pour la couronne de ma cliente, s’il vous plait greffière ? (En aparté : ma chatte !).
Ah ! Je m’égare ! Vous avez de bonnes oreilles, Madame le Juge !
Oui, au fait, au fait.
Eh bien, j’y arrive ! J’ai ici une enveloppe. Je vous la montre. Format A4 en papier kraft. Assez légère ma foi. Mais lourde de conséquences.
Que contient-elle ? Eh bien : je ne vous le dirai pas.
Que si vous le méritez !
Non, non, bien sûr, Madame le Juge. Je comprends.
Outrage à Magistrat ? Déjà ?
Comment ?
Vous méritez tout, sauf de m’écouter !
Oui, d’accord. Nous y allons.

J’ai ici une autre enveloppe, papier kraft aussi, mais plus petite.
Si, Madame le juge, je m’en vais vous dire ce qu’il y a dedans.
Rapidement ? Laissez-moi au moins rassembler mes documents, mes idées et mon courage. Je vous rappelle que c’est ma première. Et que j’ai trois belles-mères. Dont au moins deux sont des sorcières. Et que je crains le pire pour la troisième ! Elle est médium. Elle travaille avec un grand miroir. Elle lui parle et il répond.
Ah ! Selon vous, ça n’a rien à voir.
Au fait, au fait.
Alors, dans cette deuxième enveloppe… Il n’y a rien !
Ce doit être ma secrétaire. Elle a dû confondre. A moins que ce soit de la magie ?
Non, Madame le Juge, ma secrétaire n’est pas magicienne. Ce n’est pas ce que je sous-entendais. Elle est charmante, vous savez. Non, pas ce charme-là ! Un peu étourdie, seulement. Avec des yeux verts, je ne vous dis pas !
Comme ma cliente, si vous avez remarqué.
Chère cliente, un café, un thé, une décoction, un philtre ? Enfin, quelque-chose qui vous ferait plaisir ?
Oui, Madame le Juge, vous devez aller chercher les enfants à dix-sept heures.

Bon, je rentre dans le sujet. Métaphoriquement, sinon euphoriquement.
Ah ! Vous n ‘aimez pas les adverbes.
Bon ! Alors, j’ai ici une troisième enveloppe. Comme on dit, jamais…
Oui, j’écourte. J’écourte.
Dans cette enveloppe normale, il y a les témoignages de plusieurs personnes es qualités.
Non, Madame le Juge, je ne les ai pas produits plus tôt.
Non, ma secrétaire, vous savez, celle aux yeux de jade.
Non, elle ne s’appelle pas Jade. Seulement les yeux ! Je vous l’ai dit, elle est un peu étourdie. L’autre jour, je plaidais en correctionnelle…
Oui, au fait.

Il s’agit de témoignages de membres du Syndicat International des Sorcières Innocentes. Le Sisi. Si, si, c’est le nom de ce vénérable groupement professionnel. Reconnu par toutes les instances, même l’Unicef qui défend les enfants et a reconnu les sorcières d’utilité publique.
Vous savez, avec la psychologie enfantine, il faut les bons et les méchantes, les uns ne vont pas sans les autres. Moi-même, Madame le Juge, quand je suçais mon pouce à treize ans…

Oui, oui ! Au fait.

Une amende pour outrage ?
Vous savez, j’ai du mal à payer mon loyer. Vous savez ce que c’est quand on est commis d’office, on est payé à six mois et au tarif minimum.
J’y vais. Calmons-nous !
Non, je parle pour moi, Madame le Juge. Je sais bien que vous êtes calme.
Enfin, encore un peu !
Le premier témoignage est celui de Mme Ursula, sorcière sous-marine qui vole à la fois la voix et le fiancé d’Ariel. Un grave délit.
Le deuxième est celui de Mme de Trémaine. Son chat, Lucifer est mieux logé que sa belle-fille. La liste des corvées qu’elle impose à cette pimprenelle mal chaussée est impressionnante. C’est une faute.
Mme Médusa, cette cupide harpie, canarde tout le bayou avec son tromblon pour atteindre Bernard ou Bianca, tout en ayant peur des souris ! Mise en danger de la vie d’autrui.
Mme la Reine de Cœur, laide et grossière, veut couper la tête de tous ceux qui lui déplaisent. Intentionnalité criminelle.
La merveilleuse Mme Mim, est coupable de transformisme. Certes se changer en laideron ou en bimbo est à la portée de toute femme…
Non, bien sûr, Madame, le Juge. Je retire cette parole malheureuse.
Est à la portée… de toutes les bourses !
Mais tricher pour se transformer en Dragon. Un méchant projet, vis à vis d’un enchanteur plus très jeune, obligé de se transformer en covid !
Et Mme Cruella, la si bien nommée d’Enfer. Cette pyromane en fourrure, si mal coiffée. Une tueuse de bébés chiens.
Enfin, que dire de Mme Maléfique, qui, par jalousie monstrueuse, laissa tomber une jeune fille en quenouille, mettant un contrat sur sa tête. Crime mafieux.
Mesdames et messieurs les jurés (je crois que vous ne dormez pas tous), que, quoi reproche-t-on à ma cliente, ici arrogante ?
Je vous le demande !
Rien à côté de ce syndicat du crime organisé.
De, de… de s’enlaidir en vieille femme avec un énorme bouton sur le nez.
Vous vous imaginez, Madame le Juge, avec un énorme comédon sur le pif ?
Comment donc ?
Ah bon ! Le bâtonnier ?
Non, du bâton ! Aie !

Je disais donc, une pauvre vieille, qui offre une jolie pomme à une jeune femme qui cohabite avec sept homoncules triviaux. Vous connaissez le proverbe : une pomme par jour, la santé pour toujours.
Franchement, une femme qui ressemble autant à Joan Crawford ne peut pas être vraiment mauvaise.
Mesdames et Messieurs les jurés, je demande pour la Reine de mes clientes la peine minimum pour une belle-mère : la réclusion perpétuelle à son domicile.
Dans son palais, où j’irais, en personne, lui amener… des pommes !
Bertrand

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Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés,

La femme que vous avez devant vous, ma cliente, n’est pas à sa place.
En effet, cette femme n’aurait jamais dû se trouver là car c’est une victime.
Oui, c’est la victime d’une odieuse machination ourdie par sa belle-fille Banche-Neige !
Je vais reprendre scrupuleusement les faits et vous ne verrez plus cette « pure jeune fille » du même œil.
La mère de Blanche-neige est morte pendant l’accouchement. Vous n’êtes pas sans savoir que c’était une grossesse tardive et que le SAMU, appelé sur place n’a rien pu faire.
A partir de là, le bébé, une petite fille, a éprouvé un amour exclusif et malsain pour son père, à tel point que le pauvre homme a dû quitter son travail qu’il adorait – il était le maire de sa ville – pour se consacrer exclusivement à l’éducation de son épouvantable rejeton.
Aussi, lorsque ce papa a rencontré Grimhilde, femme d’une grande beauté, sur un site de rencontre, Blanche-Neige a tout fait pour les séparer.
Ma cliente aurait connu les années les plus heureuses de sa vie, sans la bru qui piquait des colères noires – aux dires des employés de maison – dès que les amoureux tentaient de s’éloigner un tant soit peu. On m’a rapporté que lors d’un week-end qu’ils s’étaient permis au bord de la mer, cette jeune fille a simulé (déjà !) un empoisonnement afin de faire revenir son père au plus vite.
Elle était très active sur les réseaux sociaux et a fait croire que sa belle-mère voulait la tuer et avait employé un tueur à gages, qui aurait soi-disant dû lui ramener son cœur. Or, comme vous le savez, il n’y a rien dans le dossier d’accusation qui puisse infirmer ceci.
Blanche-Neige a affirmé aux services de police qu’elle avait dû fuir de la maison familiale afin d’éviter la haine de Grimhilde.
Auparavant, elle s’était assurée la complicité des Frères Nains, au nombre de sept, bien connus dans le milieu de la pègre. Et c’est tout naturellement chez eux qu’elle est allée se réfugier. Les Frères Nains, comme tout le monde le sait, tiennent une boite de nuit : « La Mine » où notre « héroïne » s’exhibait tous les soirs. Elle continuait le travail de sape de sa belle-mère en postant sans arrêt des fakes, notamment en disant que celle-ci était une sorcière et avait un miroir magique qui lui parlait. Non, mais franchement, à part quelques débiles de followers, qui pourrait croire encore aux sorcières à notre époque ?
Il était prévu que les Frères Nains demandent une rançon pour rendre la jeune-fille, mais ils n’en ont pas eu le temps car, lors d’une folle nuit, Blanche-Neige, ayant bu plus que de raison tomba dans un coma éthylique. Pour suivre le plan de leur égérie, ils mirent une pomme empoisonnée près d’elle et firent croire que Grimhilde était venue dans le seul but de la tuer.
Comme je vous l’ai dit, Mesdames et Messieurs les jurés, le dossier d’accusation est terriblement vide et ne repose que sur des on-dit et des fakes.
Aussi est-ce la raison pour laquelle je demande un non-lieu pour ma cliente et la condamnation de Blanche-Neige pour harcèlement moral sur un réseau social (il y en a qui se sont suicidés pour moins que ça !), une obligation de soin pour cette « perverse narcissique », ainsi qu’une mesure d’éloignement à son encontre.
Voilà certainement un revirement de la situation auquel cette pimbêche de Blanche-Neige ne s’attendait certainement pas, sûre quelle est qu’on la croit toujours sur parole !
Fafa

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Mesdames et messieurs les jurés,

Vous êtes ici pour juger cette femme, que l’on a nommée devant vous la méchante reine, la sorcière maléfique, l’horrible marâtre…
C’est irrespectueux et indigne car cette femme est un être humain qui a un prénom, Grimhilde, et un passé que je vais vous dévoiler ce qui vous permettra de comprendre et, je l’espère, d’excuser son comportement.
Grimhilde est née belle, c’est de là qu’est venu tout son malheur : d’une beauté renversante, affolante, qui troublait même ses propres parents, petits suzerains de province. Tous, du pauvre paysan au courtisan le plus noble, ne voyaient que cette qualité en elle.
A quinze ans, elle perd sa mère chérie et que fait alors son père ? Il cherche à se remarier avec la plus belle femme de son royaume, comme c’était la coutume en ces temps reculés. Il achète un miroir magique afin de connaître le nom de sa future épouse. Le miroir, inlassablement interrogé lui révèle chaque fois le même nom : celui de sa fille ! Il se décide, après quelques hésitations, à la prendre pour femme. Oui, vous avez bien entendu, mesdames et messieurs, la pauvre Grimhilde est initiée aux choses de l’amour par son propre père ! A 15 ans ! Il me semble qu’aujourd’hui ce père serait poursuivi pour inceste et sa fille suivie par des psychologues et des psychiatres afin de tenter d’annuler les conséquences désastreuses de ce traumatisme.
L’adolescente est choyée, certes, mais pour quelle unique raison ? Sa beauté ! Elle est pourtant futée, intelligente même, et avide de connaissances, cela ne compte pas.

Elle a dix-huit ans lorsque son père meurt, il faut qu’elle se marie : les prétendants ne manquent pas, tous la veulent pour sa beauté, elle n’est pas sotte, elle sait qu’elle est devenue plus qu’un objet de désir, une marchandise, un trophée : le seigneur qui obtiendra sa main aura démontré sa puissance et tous les autres l’envieront. Nous sommes là comme dans une meute de singes : les plus forts possèdent les plus belles femelles !

C’est à ce moment-là que le père de Blanche-Neige entre en scène : il est roi, à la tête d’un royaume puissant et, devenu veuf, il cherche une nouvelle femme. Il veut la plus belle, évidemment, pour flatter son ego démesuré…Que lui importe qu’elle soit intelligente, cultivée !
Lui aussi dispose d’un miroir magique capable de lui révéler le nom de sa future femme : Grimhilde !
Elle accepte de l’épouser et le jour des noces que lui dit son époux ? :
-       Ma chère femme, vous êtes la plus belle de mon royaume et vous me flattez, mais si un jour vous deviez perdre ce statut, j’épouserai aussitôt votre rivale.
Il nous dit maintenant que ce n’était qu’une boutade, une manière de lui demander de prendre soin d’elle, mais quel effet ce genre de remarque peut-il produire sur une jeune femme, presque encore une enfant ?
Elle est terrorisée, car si le roi son époux la répudie, elle est perdue : plus de parents pour la recueillir, personne pour veiller sur elle.
Alors elle interroge chaque jour, inlassablement ce miroir, pour être rassurée. C’est bien compréhensible, n’est-ce pas ?
Arrive le jour fatal où le miroir lui apprend que Blanche Neige, la fille du roi, est plus belle qu’elle. Il faut à tout prix éviter au roi de devenir incestueux et à cette pauvre enfant le traumatisme qu’elle a subi. Voilà pourquoi elle s’acharne à la faire disparaître. Si j’osais je dirais qu’elle commet l’impardonnable par charité…Voyons un peu maintenant la personnalité de Blanche-Neige :

Si elle avait été un peu plus maligne elle aurait pu facilement déjouer les pièges de sa marâtre, quitter le royaume et sauver sa peau, mais c’est une sotte, il faut bien appeler un chat un chat…
Quand le chasseur lui sauve la vie, elle aurait dû comprendre qu’il ne fallait pas s’éterniser dans le royaume, mais elle n’est pas très éveillée, c’est le moins qu’on puisse dire…
A trois autres reprises, elle se montre d’une niaiserie incommensurable : alors qu’elle est à l’abri chez les sept nains, elle se laisse abuser par une marchande de colifichets (ce qui révèle la futilité de son esprit), puis par un peigne (mon dieu, quelle bêtise crasse !) et enfin par la couleur appétissante d’une simple pomme !
Je serais tentée de dire qu’elle méritait bien son sort ! Et que sa belle-mère a tout fait pour lui faire comprendre qu’il fallait s’exiler pour échapper au pire. Si elle ne l’a pas compris, c’est qu’elle est stupide.
Dans cette affaire, voyez-vous, ce sont d’abord les hommes de pouvoir qui sont responsables, avec leurs coutumes ancestrales qui maintiennent les femmes dans un état de dépendance. Il est grand temps de reconnaître que la valeur des femmes ne dépend pas de leur beauté et de tout ce qui la magnifie.
Dame Grimhilde est une femme en colère (comme le dit l’étymologie de son prénom) contre la domination masculine, elle a ouvert la voie vers la libération de son sexe : c’est pourquoi je vous demande sa relaxe.
Huguette

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Mesdames, Messieurs les jurés, Madame le Juge, Mesdames Messieurs les assesseurs,

Ma cliente, de son nom d’artiste Grimhilde, n’a pas sa place dans ce tribunal.
L’artiste Grimhilde, dont j’assure la défense ce jour devant vous, travaille dans le même club de striptease que celle que l’on surnomme Blanche-Neige, sobriquet qu’elle s’est vu attribuer tant elle snife de la poudre.
Oui, je vous le dis sans égard : cette jeune fille est une camée, une droguée !
Ma cliente a passé la nuit au poste et est suspectée d’avoir empoisonné Blanche-Neige que l’on a retrouvée inanimée au club hier au soir.

Que nenni !

Ma cliente est une femme respectée dans la profession tant par sa renommée que par le spectacle qu’elle dispense dans ce club.
En aparté, je vous invite d’ailleurs à assister à une de ses performances et vous affirme, pour l’avoir vue plusieurs fois sur scène, qu’elle est la meilleure… malgré son âge avancé.
Elle danse devant un miroir et le spectacle est détonant ! On ne se lasse pas !
Euh, je reprends Madame le Juge… venons-en aux faits… cela va de soi !
Étant présent le soir de l’incident, j’ai été nommé d’office pour la représenter.
Après avoir recueilli témoignages et faits ma propre enquête, je peux vous l’assurer : ma cliente est hors de cause dans cette affaire.
Cette jeune stripteaseuse, j’ai nommé Blanche-Neige, a passé la nuit avec sept types, des chippendales, « les Sept Nains » qu’on les appelle, au vu de leur petite taille et petit cerveau si vous voyez ce que je veux dire.
Une partouze géante !!!

Et la soirée a fini comme d’habitude dans le sexe, l’alcool et la drogue.

La pomme que l’on a retrouvée auprès de la jeune fille est un godemichet qui appartient à ma cliente… voilà qui explique la raison de ses empreintes sur l’objet.
Blanche-Neige l’a subtilisé à Grimhilde pour jouer avant de se taper la bande des Sept Nains.
On trouva énormément de poudre blanche sur le nez de la jeune perverse et des traces d’injection dans ses bras. Rien ne laisse présager que cette poudre venait de la pomme ou que c’est le fameux objet en personne qui aurait causé la mort de cette trainée.
Je vous le dis et je le répète Blanche-Neige est morte d’une overdose, ni plus ni moins, et ma cliente est étrangère à cet état de fait.

Je demande la relaxe sans condition de ma cliente.
Fabye

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