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Atelier d’écriture du 15 février 2021

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Cet atelier sera sous le thème de l’amour et de la Saint-Valentin

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Exercice 1
 :  histoire d’amour impossible entre : un cœur et un cerveau

Chaque chose que je fais, je la fais pour toi.
J’articule chaque poème en pensant à tes courbes. Je construis mes rêves pour t’en faire la reine, et mes seuls cauchemars sont ceux où tu n’es pas.
Jamais un instant ne passe sans que je pense à toi, tes petites attentions, car il faut prendre garde à ne pas te négliger ; malheur ! Tu me monterais à la tête, tu me battrais à t’en rompre, et tu partirais sans autre forme de procès…
Chaque fois que je sens ta présence, je vibre en chœur avec toi. Je t’aime tant que je te laisse la part du lion ; toute la journée on te couvre de louanges, t’attribuant certains de mes succès, te représentant avec une classe inégalée et me réduisant à un vulgaire bout de viande.
Je sais qui tu es vraiment, je sais qu’ils se troublent tous, que personne ne te connaît mieux que moi. Cela m’enchante et me désolé à la fois.
Notre amour est paradoxal, parce que je fais et l’amour et la haine, puisque tu ne fais rien. Tu te contentes de faire ton habituel labeur. Tu bats, sans cesse en guerre contre sait-on quoi, enchaîné par ton sort autant que par ton ignorance.
Je ne sais qui de nous deux est le plus prisonnier dans sa cage.
Tu martèles désespérément tes barreaux, par rage ou par passion, on pourrait le croire. Je sais que c’est inutile, et je me languis, seul, en haut de ma tour.
Je compense peut-être ton manque d’esprit, mais nous sommes des extrêmes qui s’opposent, condamnés à l’éloignement. Finalement, peut-être suis-je encore plus bête que toi.
Je soliloque dans le presque silence, et ta seule réponse sera toujours le fracas caverneux de ta bombarde : boum, boum, boum, boum…
Loup

 

Certes, cette histoire débute dans un lieu qui n’a rien de romantique, mais où l’amour ne va-t-il pas se nicher ?
Ne jugez pas trop vite. C’était dans une boucherie… Voilà ! Vous jugez et ce n’est pas bien de votre part ! Gardez l’esprit ouvert.
Je vais vous parler amour et vie après la mort, et vous comprendrez mieux.
Ce cœur de bœuf, posé sur l’étal, à la merci de n’importe quelle ménagère carnivore a eu une vie avant d’être abandonné là, nu et sanglant, à la vue de tous. Il a battu dans la poitrine d’un jeune veau, il a grandi, il a espéré, il a aimé.
Oui, on a tendance à oublier que les animaux qui finissent dans nos assiettes savent aimer.
Ce bœuf avait pour amie un moineau, enfin, une moinelle, mais cela ne se dit pas. En tout cas, pimpante et légère, elle venait chaque jour se poser sur son dos pour lui faire la conversation, ou même – la demoiselle étant coquine – lui chanter la sérénade. Elle avait décidé qu’il serait à jamais l’élu de son cœur et que rien ne les séparerait.
Elle l’avait donc suivi, avait pleuré devant l’abattoir et surveillé la boutique. Une dame venait d’acheter le cœur.
Ce dimanche-là, tandis que la famille Andrew plaisantait autour du barbecue, ignorant la tragédie qui allait se jouer, la petite moinelle lança ses dernières trilles avant de se donner la mort en se jetant, tête baissée, dans la gamelle du chat. Elle mourut sur le coup, la nuque brisée…
Le chat entreprit aussitôt de la dévorer, faisant craquer tous les petits os. Repu, il laissa seulement une partie de la cervelle. Et quand madame Andrew jeta quelques morceaux de cœur restant dans la poubelle, personne ne remarqua l’étrange destinée de ce cœur de bœuf et de cette cervelle de moineau, enfin réunis dans l’au-delà.
Vous voyez bien que cette histoire était romantique !
Muriel

Cœur  : – Dès que je l’ai aperçue un trouble étrange s’est emparé de tout mon être…
Cerveau : – Hum ! manque de self-control tout simplement !
-       Je me suis mis soudain à frétiller… à pulser de manière irrégulière…
-        Tachycardie ! Rien de rare ! Tu verras, ça va passer quand tu la connaitra mieux.
-       J’ai eu brusquement l’impression de m’arrêter de battre ; c’était flippant mais délicieux…
-       Là, tu exagères ! tu ne vas pas te mettre en péril pour un regard, fut-il appuyé ou discrètement intéressé ou même brillant voire comme étoilé. Ce doit être simplement un reflet, un effet de ce soleil d’été au zénith.
-       Oh ! toi ! tu fais encore ton intelligent ! tu réfléchis, tu analyses, tu dissèques, mais au fond, tu n’y comprends rien. Comment, cartésien comme tu les, pourrais-tu appréhender les effets bouleversants d’un coup de foudre ?
-       Coup de foudre, coup de foudre ! Comme tu y vas ! Prends un peu de recul ! Et elle, tu penses que tu lui a réellement tapé dans l’œil comme on dit ? Peut-être a-t-elle simplement joué les coquettes, s’essayant à tester son charme juvénile, voulant en quelque sorte être déjà femme, alors qu’elle n’est qu’une gamine…
-       Mais tu n’y comprends rien, je te dis. Peu importe ce qu’elle a ressenti (en fait, pas tout à fait …) ce qui compte vraiment c’est ma propre réaction, ce trouble, ce bonheur intense et immédiat…
-       Tu débloques complet mon ami ! reprends un peu ton souffle et tes esprits, que diable ! ET… tu comptes la revoir ? tenter quelque chose ? Sais-tu au moins qui elle est ? Ce qu’elle fait de ses jours ?
-       Oui ! c’est la fille de la voisine de mon oncle et il tient cette jeune-fille en haute estime. C’est une étudiante brillante. À à peine dix sept ans, elle démarre sa troisième année de fac de philo et elle vise le doctorat.
-       Ah bon ! alors là, tu m’intéresses !
-       « je » t’intéresse ou « elle » t’intéresses ?
-       – That is the question…  « Être ou ne pas être amoureux ? », telle sera le sens de ma réflexion du jour.
Pour une fois, cœur et cerveau semblaient miraculeusement être en accord, alors, plus serein, François repris sa promenade dominicale, commençant à élaborer une stratégie destinée à se retrouver rapidement sur le chemin de la jeune-fille.
Toujours en plein rêve, il se remit à palpiter doucement…
Patricia

 

Je ne t’ai jamais vu – tu es si loin de moi – mais dès le premier de tes battements, je suis tombé amoureux de toi, mon coeur !
Avec une régularité de métronome, tu es toi aussi, un chef d’orchestre. Peut-être plus important que moi.
Aux temps des premiers émois, j’ai souvent ralenti tes emportements, même si quelquefois, je te laissais faire, par amour, comme on accorde à un enfant de jouer à un jeu défendu.
Ensuite, évidemment, la raison l’a emporté. J’ai toujours le dernier mot.
Une fois, pourtant, malgré toutes mes réticences et mes appels à te calmer, tu t’es emballé. Je savais que ce n’était pas une bonne idée, mais toi, sourd à tous mes discours, tu as foncé. Finalement, grâce à toi, nous avons vécu une belle histoire, transportés, illuminés, grandis tous deux.
Mais quand cette histoire s’est terminé, tu étais en miettes et j’ai bien failli perdre la raison. Alors, très lentement, très doucement, j’ai repris le dessus, il fallait bien que le corps vive…
A l’automne de notre vie, notre amour l’un pour l’autre est devenu puissant. Nous étions enfin en harmonie. Tes battements me berçaient, me réconfortaient.
Nous allions enfin du même pas, lentement, savourant chaque instant.
Et puis subitement, la nuit dernière, tu t’es arrêté… Et moi, j’ai continué, mais la vie sans toi, n’est pas la vie, alors, j’ai décidé de tout arrêter, moi aussi, pour te rejoindre dans cet ailleurs où tu es parti.
Je t’aime, mon cœur.
Fabienne

 

Devoir : Prenez le livre que vous êtes en train de lire. Ouvrez-le à la page 93 et copier la 3ème phrase. Inventez-en une suite.

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Dépareillées

 D’après une histoire vraie

La vieille femme secoua la tête lentement et regarda les pieds nus de son petit-fils d’un air perplexe.
-       Mais enfin, Wa Tho Huck – ce qui voulait dire « Sentier Brillant » – que t’arrive-t-il ?
Sa grand-mère l’appelait toujours de son nom indien, pour les autres, il s’appelait Jim.
Et ce matin-là, plus rien n’allait pour Jim.
-       Nokomi, on m’a volé mes chaussures !!!
Nous étions en 1912 et Jim avait été sélectionné aux  J. O. pour représenter les États-Unis au pentathlon et au décathlon. Il devait courir dans une heure et il venait de s’apercevoir qu’on lui avait volé ses chaussures.
-       Viens, mon petit, il faut absolument trouver une solution.
Nokomi était sa plus fervente admiratrice, alors elle partit en trottinant, le plus vite que ses vieilles jambes le pouvaient. Elle se dirigea directement dans les vestiaires et cria à haute voix :
-       Mon petit-fils vient de se faire voler ses chaussures. Est-ce que quelqu’un parmi vous peut lui prêter les siennes ?
Mais là, tout le monde baissa le nez, semblant tout d’un coup très occupé. Nokomi éclata :
-       Ah ! C’est ça, l’esprit sportif ? Vous savez bien qu’il est le meilleur… Il rapportera sûrement une médaille d’or à notre pays et la gloire en rejaillira sur chacun d’entre vous !!! Alors ?
Un athlète unijambiste s’avança alors, retira son unique chaussure et la prêta à Jim.
-       Je suis désolé, c’est tout ce que j’ai…
La grand-mère remercia brièvement le seul qui avait pu les aider et sortit en trombe, tirant son petit-fils par le bras.
Elle se mit alors à fouiller fébrilement dans les poubelles. Jim l’aida, conscient qu’il jouait sa carrière. Ils finirent par trouver une vieille chaussure trop grande – ce qui fit une moyenne avec celle prêtée, qui était trop petite – mais avec quelques paires de chaussettes, elle pourrait sûrement faire l’affaire.
Jim arriva essoufflé sur la ligne de départ, moins d’une minute avant que le 1.500 mètres commence.
Ce jour-là, pour la plus grande fierté de sa grand-mère, Jim Thorpe gagna deux médailles d’or – le pentathlon et le décathlon – avec des chaussures dépareillées !
Fabienne
« L’Apothicaire » de Henri Loevenbruck

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Elle s’y était engagée : hors de question de se détourner du devoir à la moindre sollicitation
.
Ce nouveau planning devait, sans faute, être présenté à toute l’équipe dès demain matin ; la dernière restriction de personnel s’imposait.
Et pourtant… ce bouquin qui l’obsédait… Toute la nuit l’intrigue avait tourné sans cesse sous son crâne : et si c’était … mais non ! impossible ! Elle n’aurait pas pu agir de cette façon… C’est contraire à la psychologie du personnage !
Oui mais… cette attitude soudaine laisserait penser…
Bon ! Ça suffit comme ça ! j’ai du boulot moi ! je vais enfermer ce bouquin à double tour dans le tiroir du bureau ; il ne faut plus que j’y pense jusqu’à demain soir. Après c’est le week-end, j’aurais tout mon temps.
Bon, alors, ce planning…
Et si c’était son père le coupable ?  Depuis le début, je ne le sens pas bien ce type-là. Avec son côté faussement débonnaire, je pense qu’il me cache quelque chose. Qu’il « Me » cache quelque chose ! Je débloque ou quoi ? Qu’il cache quelque chose comme une sorte de secret… Depuis qu’il a fait semblant de ne pas reconnaître ce vendeur… et puis, cette manie de toujours éluder les réponses… Oui ! Ça pourrait bien être lui…j’en suis presque certain. Mais alors, pourquoi sa femme a réagi comme ça l’autre jour devant leur fille ?
Oh ! Et puis zut ! je donne juste un petit coup d’œil à la fin du bouquin et puis, promis ! je me remets au boulot.
Patricia
« La prisonnière du temps » de  Kate Morton

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- Monseigneur de Navarre est-il en sa demeure ? demanda d’une voix à peine contenue Isabelle. J’ai à lui parler dans les plus brefs délais.
- Je crois bien madame, répondit la servante, monseigneur est revenu de la chasse royale de ce matin. Étant pressé, il a dîné sans vous. Voulez-vous que je le fasse mander ?
- Laissez, répliqua la dame. Je dois traiter avec lui en personne. Vérifiez que nul ne nous écoute.

Alors que la jeunette hochait de la tête, Isabelle traversa d’un pas vigoureux les couloirs du château. Elle qui d’habitude ne se lassait pas de tout admirer, les commodes baroques, les lustres dorés, les admirables peintures, elle n’avait en tête que de trouver son mari, Louis de Navarre. Dieu, que Versailles pouvait sembler grand et vide, dès lors que l’on cherchait quelqu’un ! Elle finit tout de même par atteindre les appartements de son époux, et fit irruption à l’intérieur sans même frapper. L’homme, qui scellait une lettre à la cire rouge, leva la tête et s’aperçut de l’état de sa conjointe ; délaissant ses occupations, il courut l’attraper avant qu’elle ne tombe et explose pour de bon. Le serrant fort, Isabelle ne retint pas ses larmes :
- Ah, le fourbe ! se lamenta-t-elle. Le vil, le sournois, l’ignoble ! Ah, cher époux, la peste soit de cet être abject, cette engeance démoniaque qui ne vit que pour nuire !
- Madame, voyons, calmez-vous… Prenez place sur le divan, et expliquez plutôt que de jurer.

Ces quelques paroles lui mirent déjà du baume au cœur. À défaut de lui donner de l’amour, son mari lui donnait tout le reste, à savoir l’amitié et la compréhension. Isabelle n’avait pas voulu s’y marier, mais la décision émanant de ses parents, la contestation n’avait jamais été une option. Elle s’était dit qu’elle finirait par l’aimer, mais monseigneur de Navarre lui avait expliqué très tôt que rien d’amoureux n’aurait lieu entre eux. Elle avait apprécié son honnêteté, à défaut de pouvoir apprécier autre chose. Elle avait fini par accepter son mari, et surtout sa forte inclination pour les hommes. Ils étaient complices, confidents l’un de l’autre. Se maîtrisant un minimum, Isabelle exposa :
- Mon cher, vous êtes celui qui de tous connaît le mieux mes affects et amours… C’est l’un d’eux qui cause ma détresse et mon ressentiment.
- S’il y a un art dans lequel les hommes sont aussi doués que la guerre, c’est le massacre des cœurs. Ma chère, poursuivez.
- La félonie vient du pire, mon ami… Le second fils du roy Louis ! Philippe-Charles de France, voilà le nom de mon malheur ! Vous n’êtes pas sans savoir son union, ironie cruelle du sort à mon encontre…
- En effet, dit-il d’un air sombre. Votre sœur Marie-Thérèse, si je ne m’abuse ?
- Elle-même. Nous nous étions entendus tous les trois, le lien entre Philippe-Charles et moi étant connu de ma sœur… Je leur avait fait promettre, surtout je LUI avait fait promettre de ne pas consommer le mariage. Je voulais qu’il soit mien, qu’il me reste fidèle…
Or, ce matin, alors que vous chassiez en compagnie du roi, le médecin de la cour a été formel : elle est enceinte ! Louis, mon mari, je fus trahi de la pire manière qui soit !

Elle ne put contenir quelques sanglots. Louis, perplexe, continua de l’enlacer en guise de consolation. Il finit cependant par se lever et regarder à la fenêtre, pensif. Après avoir laissé sa femme essuyer ses larmes, il déclara :
- Ma mie, le prince vous a fait une offense grave. Votre sœur de même. Nous devons nous venger.
- Mon cher, j’apprécie votre implication, mais ils ne vous ont rien fait. Laissez-moi régler l’affaire, je m’en voudrais de vous faire haïr des puissants.
Il se retourna et plongea son regard d’azur dans le sien.
- Au contraire, l’affaire est pour moi plus que personnelle. J’ai moi-même essayé d’initier le prince aux plaisirs que peuvent s’offrir les hommes. C’était bien avant que vous ne le connaissiez. Malheureusement, Philippe-Charles n’a pas aimé cette « tentative de détournement » et a violemment réagi ; il existe depuis une inimitié entre nous qui ne s’est jamais vraiment estompée. Il est grand temps de prendre ma revanche. Et je sais comment.

Il s’assit tout près de son épouse, sur le divan, et lui prit les mains avec passion.

- Figurez-vous que je m’entretiens avec le chevalier de Lorraine, et surtout avec Monsieur, le duc d’Orléans.
- Le frère du roy ?
- Lui-même. J’ai eu des aventures avec l’un et l’autre, mais ça n’est pas le sujet. Vous vous souvenez certainement de l’affaire des poisons, qui a secoué Versailles il y a quelques années de cela ? Monsieur s’en est inspiré, et il m’a justement parlé d’une poudre qu’il a fait mander de Chine en secret. Cette substance puissante donne des nausées et malaises semblables à ceux que pourraient ressentir une femme enceinte, au centuple. Une femme affectée par de tels maux ne pourrait que faire une fausse couche… Et nous nous chargerons ensuite de forger une réputation aux deux traîtres, un châtiment divin est si vite arrivé…
- Ma foi, chuchota Isabelle, Monsieur serait prêt à nous rendre tel service ? Pour quelles raisons ?
- Disons que nous sommes en bons termes, sourit Louis de Navarre, et qu’une faveur en amenant une autre, un paiement en nature coule de source… Un prix bien léger pour une pareille vengeance.
- Mon époux, que je sois foudroyée si je trouvais d’aventure meilleur mari que vous !

Ils s’empoignèrent et partagèrent un baiser paradoxal, étrange et naturel, signe d’une amitié adamantine. Après quelques secondes, il finit par laisser échapper dans un soupir :
- Peut-être devrions-nous songer à avoir une descendance, après tout…
Loup
« Les Rois maudits » de Maurice Druon

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Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir accoutumance. Ça c’était dans les livres, dans les films, mais pas en vrai, pas pour moi, tu comprends ? Sinon, je n’aurais pas commencé. Je ne t’aurais pas touché. J’aurais observé de loin, comme ça, sans doute de façon un peu trop appuyée sans le vouloir. Puis j’aurais eu honte en croisant ton regard, peur d’être mise à nue dans mes intentions avant même d’avoir osé les formuler dans ma tête. J’aurais rougi peut-être, baissé les yeux, et je me serais détournée de toi. Et de nous deux, rien alors n’aurait jamais existé.
On ne leur aurait pas laissé une chance à ces deux gamins déguisés en adultes, fracassés soudain par le désir.
Mais je n’ai pas pu tourner la tête. J’étais pétrifiée. Et j’ai pensé qu’on ne m’avait jamais regardée, jamais vraiment regardée ainsi, comme si j’étais nue dans le soleil, avec mes courbes, mes creux, mes bosses, comme si on embrassait mes cicatrices pour les guérir, comme si on caressait des yeux mon corps tout entier de la pointe chatouilleuse des pieds à mes cheveux ébouriffés en glissant doucement sur l’arrondi des hanches, comme s’il n’y avait plus en moi ce vide soudain comblé d’attentes et d’espoirs.
Et quand timidement tu m’as souris, j’ai senti mon cœur affolé trébucher et se reprendre, avant de tomber, définitivement, sous le charme.
Alors ton sourire s’est épanoui, satisfait de son effet, rassuré sans doute, moqueur et tendre. Je me suis sentie fondre et j’ai pensé qu’il m’était maintenant impossible de simplement passer à côté et qu’il serait parfaitement inadmissible que tu m’échappes.
Muriel

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1502 La pointe Sainte Barbe

 

J’y suis allé une ou deux fois. Lorsque je parviens au sommet de cette falaise de Saint Jean de Luz, je me sens le roi de l’univers.
Comment ne pas être ébloui par tant de beauté ?
Partout où porte le regard, c’est le bleu qui éblouit d’abord.
Non, pas le bleu, mais des bleus purs, profonds, légers, une palette infinie qui attire les peintres, les photographes, les rêveurs.
Le bleu du ciel et celui de l’océan s’enlacent indéfiniment, puis le blanc de l’écume et des nuages qui se mêlent, en une danse harmonieuse et sauvage.
Le vent essaie de s’interposer, dans l’espoir de  briser ces accouplements, mais rien n’y fait.
Il a beau mugir, cingler les joues des promeneurs, rien ne peut arrêter cette sarabande endiablée.
Il veut jouer les vedettes, le vent, pour capter notre attention.
Il aimerait bien qu’on le touche, comme on caresse du regard le spectacle qui nous entoure et nous subjugue.
A la pointe Sainte Barbe, on redevient l’enfant innocent qui ouvre les yeux au monde.
Devant nous, la petite chapelle se dresse fièrement au sommet du promontoire.
Il y flotte un air d’Irlande, avec les flancs verts tendres d’herbe moussue qui la soutiennent vaille que vaille.
Des chemins blancs caillouteux l’enrubannent : on s’y promène gentiment, même si la pente est raide. On fait l’effort de grimper au sommet pour tutoyer d’un peu plus près les mouettes qui nous provoquent de leurs cris moqueurs.
A notre droite, l’océan infini, majestueux et semble t’il inaccessible.
Devant nous, le fort de Soccoa, premier signe de présence humaine,  nous rappelle tout à coup qu’on est sur terre.
A gauche, la magnifique baie de Saint Jean de Luz  nous tend déjà les bras, en une grande et belle accolade en forme de coquillage.
Il suffira de dévaler la pente pour regagner le bord de mer, ses longues plages accueillantes, la fraîcheur vivifiante des rouleaux qui claquent sur le sable dur.
On terminera cette belle parenthèse en croquant des churros bien chauds et croustillants plongés dans un chocolat chaud.. à l’espagnole !
Marie-Pierre
« Le Maître de la lande» de Ruth Rendell

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La tête cachée sous un turban
La kalachnikov en bandoulière
Une arme dix fois trop lourde
Pour ton corps frêle d’enfant

Tu es la génération future
Des guerrières courageuses
Tu poursuis le combat les poings serrés
Tu embrasses ta destinée
Comme l’ont fait tes ainées

Tu n’as pas l’âge pour t’exposer
Te jeter corps et âme
Dans cette bataille, dans cette boucherie
Dont tu sais que tu ne sortiras pas indemne
Dont tu connais l’issue fatale

Comme tes sœurs d’armes
Tu as fait serment
De te battre pour ton pays
De vouloir changer les mentalités
D’imposer la femme comme entité

Tu y crois dur comme fer
Tu œuvres pour les générations futures
Tu sais que la femme peut changer ton pays
Que la femme peut changer le monde
Le faire évoluer dans la bienveillance

Tu as foi en elles, en toi
Et tu sacrifies ton enfance
Ta jeunesse, ton adolescence
Tu renonces à ton insouciance
Tu bousilles ton innocence
A une seule lutte
Celle de faire avancer
Les femmes dans ton pays
La place des femmes dans le monde !
Fabienne C.
« Sous le vent des mots » – Pierre Melendez

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Les ordres, les tripes qui remuent, couvrir les potes, tuer – évident, pas besoin de réfléchir bien loin, ce qu’il y a de difficile, c’est l’attente.
On est embusqués souvent dans la boue et il faut observer et écouter le moindre frémissement de feuillage et réagir au quart de tour. Mais parfois l’attente peut durer des heures. Alors le passé te rattrape.
Je repense à Lotus en Géorgie quand je travaillais dans l’immense propriété de Mister Honey. C’était un travail abrutissant, douze heures par jour dans les champs de coton ou les plantations de canne. Nous avions les pieds entravés par une chaîne pour ne pas nous sauver, comme des forçats. Comment avais-je pu avoir si chaud dans cet état du sud alors qu’ici nous pourrissons dans l’eau littéralement ? Il règne une chaleur lourde qui vous colle à la peau et oppresse votre poitrine comme pour vous empêcher de respirer.
Soudain, le capitaine gueule un ordre et il faut s’y plier, même s’il vous en coûte de vous arracher de votre trou, même si vous savez qu’il va falloir tirer et tuer. Tu tires au hasard et tu entends un cri qui déchire la pénombre du sous-bois de jungle.
Je revois la mort de ma mère dans notre petite bicoque en bois en bout de terrain. Nous étions tous disséminés aux quatre coins de la propriété pour éviter les rassemblements et les protestations. Il n’y avait que le dimanche qu’on pouvait un peu échanger, au temple du révérend Lenock.
Ma mère se plaignait de mal au ventre et puis un jour, elle ne se leva plus. Je lui portais sa nourriture frugale mais plus rien ne passait. Elle suçait de petits morceaux de pastèque rouge et sucrée, mais même ça, elle se mit à le rejeter. Elle mourut un samedi 29 février, bien tranquillement, sans rien demander.
Je n’aime pas ces moments de planque où le passé ressurgit pour combler le vide du présent. Ordre avait été donné de nous libérer. Il fallut faire notre balluchon. Je partis sur la route du nord à pied avec ma sœur cadette Cee. Le révérend nous avait donné un sac de patates que nous échangions le soir dans les fermes où nous tombions en échange du gîte.
Cee trouva un emploi de bonne chez un médecin de Caroline du sud. Et moi, j’ai décidé de m’engager pour la Corée.
Ce que je gagne, je l’envoie à ma sœur. Nous avons décidé de nous acheter une petite bicoque au nord, à Chicago, où vit l’oncle Abraham.
J’espère que je reviendrai pour essayer de vivre.
Claude
« Home » – Toni Morrison 

 

Exercice 2 : les petits papiers
Piocher 1 ou 2 substantifs et 1 ou 2 adjectifs et écrire un texte dans lequel les adjectifs se rapportent aux substantifs

Promesse                                                  farfelu
Bague                                                          capricieux
Bouquet                                                     déterminé
Fête                                                              clinquant
Fiancé                                                         ébouriffé
Cadeau                                                       hésitant
Mariage                                                      bancal
Tête-à-tête                                                vulgaire


Ce soir, c’était la fête ! Et une fête des plus clinquantes !!!
C’est ce que se disait, avec fierté,  la mère d’Adeline.
L’intéressée, quant à elle, se cachait, comme elle le pouvait derrière son père. Oui, ce soir, c’était ses fiançailles. Mais elle aurait tant voulut se trouver à des kilomètres de là !
On allait la fiancer à Claude. On peut dire que ses parents, à ce pauvre Claude, ne manquaient pas d’humour,  car il était bancal. Il aurait pu pallier à cette déficience physique par de l’esprit ou une belle figure. Mais non ! La nature ne l’avait vraiment pas gâté.
En revanche, ses parents étaient riches, très riches même, et c’est ce qui faisait que Mère se rengorgeait dans sa robe gris souris qui la boudinait.
Père quant à lui, était mitigé. Il voulait bien sûr le bonheur de sa fille, et il sentait bien que ce benêt ne serait pas à la hauteur, mais en même temps, il pensait qu’avec tout l’argent qu’elle aurait, elle pourrait bien se débrouiller pour trouver quand même des… palliatifs.
Mais quand Claude arriva en claudiquant, encadré par ses parents, c’en fut trop pour Adeline qui prit ses jambes à son cou, en criant à sa mère :
-       S’il te plait tant que ça, tu n’as qu’à te marier avec lui, toi !
Elle ne revint jamais dans son village. Mais certains dirent, sous le manteau, qu’elle habitait la ville voisine et qu’elle y faisait un drôle de métier !
Fabienne

 

- Hé, dis… Ils sont pas très doués, les deux tourtereaux !
- Bah tu m’étonnes ! Il est particulier en même temps, prêt à épouser au premier rendez-vous, c’est un peu extrême.
- Roooh, dis pas ça, je suis sûr que ça pourrait marcher. Elle est pas très à l’aise socialement elle non plus, mais au moins elle a ramené un bouquet.
- Et comment ! Je suis le strict minimum ! C’est un signe qu’elle lui envoie, une femme, c’est comme un bouquet… C’est beau à la première rencontre, mais ça peut se faner si on l’oublie, donc il faut s’en saisir à la première occasion ! Et ils ont intérêt à me mettre de l’eau minérale, parce que je suis le premier d’une longue série !
- Oui, c’est bien cette motivation, faut rester positifs ! Moi je suis toute belle, pleine de diamants et en argent massif ! Reste plus qu’à espérer qu’elle ait de petits doigts par contre, les plus grosses étaient très chères… Hé, regarde, ils vont nous offrir l’un à l’autre !
Bilan après coup : il était allergique aux fleurs, et elle a fait une réaction à l’argent. Le premier rencard fut malheureusement le dernier. Si vous voulez offrir une bague déterminée ou un bouquet capricieux, réfléchissez à deux fois !
Loup

Le marié était tout ému et se tenait bien droit tout au bout de la nef.
Le temps passait trop lentement et tout affolé, il jetait désespérément des coups d’œil sur l’entrée principale, là très précisément à l’endroit où aurait dû apparaitre sa promise depuis au moins un quart d’heure.
Ses parents, inquiets, toussotaient. Quant à ses parents à elle, très énervés, ils sautaient discrètement d’un pied sur l’autre. Elle ne leur avait tout de même pas fait le coup de changer d’avis au dernier moment, comme dans certains films à deux sous ?  Non ! Impossible ! Ils l’avaient trop bien élevée pour ça. Il devait certainement y avoir une raison valable à ce contretemps qui s’éternisait !
Subitement, les battants de la porte tant observée claquèrent bruyamment et une bourrasque particulièrement puissante s’engouffra dans l’église en même temps que la jeune mariée. Elle tenait à deux mains sa longue traine qui, derrière elle, s’entortillait sans grâce. Quant à son voile, emporté par ce vent violent, il reposait inélégamment sur ses épaules dénudées.
Un peu gênée mais déterminée, elle avança dignement, un léger sourire plaqué sur ses lèvres roses. Après tout, pour elle, c’était le grand jour et elle se moquait bien de l’intensité des rafales et des salves de pluie. Ce n’était pas ça l’important ! Et bien, ce serait un mariage ébouriffé et c’est tout !
Patricia

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