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Atelier d’écriture du 1er février 2021

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Exercice 1 :  photo
Écrire une histoire à partir de cette photo

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Clémentine était fière d’avoir dénicher ce job. Après plus de trois ans de chômage et à son âge, on lui avait bien fait comprendre que ce serait dur… très dur. Pourtant elle avait un CV en béton ! Alors, le jour où elle avait posé sa candidature dans cette grande société de cosmétiques qui l’avait convoquée, elle avait bien préparé son entretien.
Elle avait remarqué que les hommes qui étaient chauves, en effet, elle ne s’intéressait qu’à la pilosité des hommes, ne perdaient jamais les poils sous les aisselles. Alors, dans sa petite maison de banlieue qu’elle avait transformée en un véritable laboratoire, elle avait cherché, étudié, expérimenté toutes sortes de possibilités. Et finalement, ses efforts avaient payé !
Le but était simple :  implanter des poils des aisselles sur la tête. Ce qui n’était qu’une idée farfelue, voire complètement folle au départ, comme le lui avaient bien fait remarquer ses rares amis, était devenu pour elle une véritable gageure.
Et après plus de deux ans, son acharnement avait été récompensé. Elle avait mis au point une méthode infaillible pour transformer n’importe quel chauve en véritable Samson ! Elle s’était aussitôt empressée de faire breveter cette découverte.
Elle fut donc embauchée avec enthousiasme car cette société de renommée mondiale avait une véritable carence dans ce domaine.
Les premiers clients arrivèrent très vite, suivis de centaines, de milliers d’hommes chauves. Le traitement marcha bien, très bien même.
Cependant, au bout de six mois, les avis furent partagés. Les hommes supportaient mal d’avoir des cheveux si drus, si crépus et surtout qui sentaient aussi mauvais !
Fabienne

Quand arriva l’épidémie, il fallut se rendre à l’évidence, les gens mouraient en trois jours à partir du moment de leur contamination. Il leur poussait aux aisselles des bubons infects, et lorsque les bubons étaient sortis, c’était déjà trop tard, tous étaient condamnés à échéance de trois jours.
Il n’existait qu’un seul moyen de détecter la maladie à temps. Juste avant la poussée bubonique, le malade développait une forte odeur de champignon au niveau des aisselles. C’était une cueilleuse de champignons qui s’en était rendu compte au contact de son époux contaminé, puis de son unique fils.
Il fallut alors recruter des « nez », c’est-à-dire des hommes et des femmes à l’odorat subtil, capables de détecter les personnes contaminées à leur nez et aux champignons.
Le malade était alors plongé dans un bain de chaux diluée pendant vingt-quatre heures et c’est ainsi qu’il ne développait pas la maladie. On en perdit un certain nombre avant de trouver la solution adéquate mais les gens se résignèrent.
Il y avait « un nez » particulièrement efficace : une femme d’un certain âge qui avait travaillé à Grasse dans une entreprise de parfumerie réputée.
Elle posait sur l’aisselle du suspect une sorte d’amplificateur de senteur qui avait la forme d’un petit gobelet blanc. Elle pouvait traiter ainsi jusqu’à soixante patients par jour.
C’est ainsi que l’on réussit à sauver plus de la moitié de la grande métropole méditerranéenne.
Claude

Au KGB, l’Innovation est l’un des pôles les plus subventionnés.
Sa mission : élaborer de nouvelles technologies et techniques permettant aux espions de soutirer des information le plus discrètement possible, ou encore de faire parler les otages les plus précieux…
Karina n’était pas peu fière d’y être rattachée. Elle étudie actuellement l’extraction de phéromones  masculines pour développer un parfum destiné à ses compatriotes espions.
Ce parfum permettrait d’attirer la sympathie immédiate des personnes qu’ils côtoyaient lors de leurs missions.
Louise

A la Clinique Sainte-Geneviève, les médecins font régulièrement appel à Irma, guérisseuse et voyante de surcroit.
Cette dame d’un certain âge a le don de déceler des maladies de la peau, cancer, stérilité et autres, tout cela seulement en reniflant les aisselles de ses patients.
Elle est également capable de prédire, toujours à l’odeur, si le malade se dirige vers une guérison ou non.
Elle sent –  et c’est le cas de le dire –  pour ne point faire un pied de nez, la condamnation, l’issue inexorable pour certains de ses patients.
Le corps médical utilise ses prédictions ou plutôt ses reniflements pour doser la médicamentation.
Irma, comme quelques-unes de ses consœurs, utilise un petit entonnoir qu’elle appose contre l’aisselle du patient et snife, snife encore et toujours.
Elle en voit passer des odeurs, des fragrances et tout lui rappelle sa jeunesse quand elle était un nez chez Fragonard.
Ah ! comme il est révolu ce temps, ce bon vieux temps où elle reniflait des essences, des embruns, des parfums dont on n’aurait même pas imaginé l’existence.
Fabienne C.

 

On connait tous plus ou moins les pratiques des Allemands et des collabos excentriques des années 40, trouvant des méthodes appuyées par la « science » permettant de déceler les personnes aux origines tziganes, juives, ou encore celles et ceux qui, en avance sur leur époque, s’étaient libéré de l’hétérosexualité divine et des constructions sociales autour de leur sexe naturel.
Par exemple, le docteur autrichien Alexander Shwerbar avait réussi à prouver que les nomades réagissaient à certaines vibrations musicales. D’après ses nombreux tests en triple aveugles, les orteils, les doigts, et la gorge des Gitans se contractaient, comme des spasmes refoulés, lorsqu’un joueur de guitare pinçait frénétiquement les cordes de son instrument collaborateur.
Dans le même registre, dès 1937 en Allemagne, le physicien Carl Zeiss a mis au point un appareil permettant de visualiser le réflexe pupillaire. Toute personne suspectée d’être de confession juive avait d’après lui, une succession de myosis accompagné de réflexes palpébrales incontrôlables et presque imperceptibles à l’œil nu, dès lors qu’ils entendaient le bruit de pièces de monnaie qui tintaient dans une poche ou tombaient sur le sol.
Les documents déclassifiés d’après-guerre permettent de savoir que les chiens des familles hébraïques possédaient les mêmes réactions oculaires. Preuves irréfutables de la complicité communautaire, même chez les canidés.
La plus loufoque des études se retrouve en France occupée, le professeur Didier Raël avait réalisé la prouesse de détecter l’homosexualité chez les patients via l’odorat ! Chaque aisselle progressiste dévoilait une subtile odeur de vanille lorsqu’elle était en contact avec des arômes de café. Sous le patriarcat ambiant, c’était souvent l’ingrat travail des infirmières qui, après leur petit déjeuner, conservaient leur tasse à café afin de vérifier les orientations sexuelles de leurs patients.
Marceau

 

Martine s’approcha discrètement de la porte. L’air de rien, elle pressa la sonnette. Elle se mit à sourire et prendre un air de femme respectable, incognito. Finalement, la porte s’ouvrit ; la vieille entra si vite qu’on eut dit qu’elle s’était faite aspirer par quelque force mystique. Une fois à l’intérieur, Martine reprit son habituel faciès de dogue prêt à mordre. Julien referma avec précaution avant de se tourner vers sa collègue. Celle-ci demanda avec agressivité :
- Les chiennes ouvrent leur gueule…
- La fourgonnette passe, finit l’homme. C’est vous Martine ?
- Et tu veux que ce soit qui ? J’ai la tronche d’Adjani ? Bordel, les poids légers comme toi, j’en graille treize à la douzaine, mon poulet ! Joue pas à ça avec tata Martha.
Ignorant les brimades, le jeune retira son t-shirt et leva les bras. La vieille lui jeta un regard plus noir qu’un Congolais.
Finalement, elle sortit de son imperméable un gobelet en plastique à usage unique. Le calant contre la cavité velue du jeune, elle laissa s’échapper son souffle d’entre ses chicots jaunâtres. Puis elle inspira violemment par le nez, et introduisit ainsi dans son conduit nasal la poudre blanche stockée ni vu ni connu dans les poils d’aisselle. Reculant un peu, sa caboche se mit à valser un peu ; reprenant ses esprits, elle admit :
-Ah ouais, c’est de la bonne. C’est du quoi
- CuSO4, de la bombe.
- Sulfate de cuivre anhydre ? Bah putain, il rigole pas ton patron ! Oh la vache, j’en avais pas pris depuis mai 68. Attends, je vais m’hydrater le blase, le centre antipoison j’ai déjà donné.
La mégère se pencha près de l’évier, faisant couler un filet d’eau dans ses narines asséchées. Alors que Julien, interdit, observait un silence gêné, elle questionna :
- Dis, freluquet, où vous avez dégoté cette saloperie ?
- On l’a pas dégoté, annonça-t-il avec fierté. On l’a fabriqué nous-mêmes ! Je suis étudiant en pharma.
- Ah ouais, ça explique le dosage de siphonné… Bon, ton patron, on peut le voir quand ?
- Euh… Quel patron ? Je veux dire, c’est moi le patron.
Le choc fut tel que tata Martha inspira par le nez et rafraîchit brutalement ses poumons. Après une quinte de toux trop violente pour ne pas être surjouée, elle marcha jusqu’au petit et planta son regard dans le sien. Elle se sentit rapidement ridicule ; il avait une tête de plus qu’elle. Elle cracha finalement :
- Mon gars, si tu me mènes par le bout du nez, tu finiras la morve plein les doigts. Tu bosses pour qui ?
- Mais pour moi ! J’ai juste fait des trucs avec des potes de pharma, et je veux vendre ! On a un labo et tout.
- Alors vous faites tout ???
- Bah oui ! Méth, Amphét, Codéine, Sulfate de cuivre… Aussi, des fois on mélange les déchets chimiques, c’est de la balle ! Matt s’est toujours pas relevé !
Tata Martha s’éloigna et réfléchit un moment, se prenant la perruque à deux mains. Enfin, saisissant son chapelet, elle fit volte-face :
- Oh seigneur, tu sais que le livre de ma vie est lourd, et je sens qu’un nouveau chapitre s’ouvre. Mais si tu m’avais dit que ce serait « Martine fait du baby-sitting »… Ah et puis merde, c’est qu’il fait de la bonne le corniaud ! On parle thune plus tard, ok ? Francis me colle au fion pour ses gélules !
- Oh merci ! Vous verrez, on en a plein, pas trop cher !
Loup

 

- Bon, Caporal, reprenons les choses dans l’ordre. Vous me dites que vous n’entendez plus de l’oreille gauche, c’est bien cela ?
Tout intimidé par Régina Poutine (la mère du dictateur trop bien connu), l’infirmière en chef qui a décidé de le prendre sous son aile, le caporal Rudi Gorbatchev (le petit-fils du célèbre homme politique soviétique) bredouille un oui hésitant, tout en levant bien haut le bras.
Au bout d’un petit entonnoir, l’infirmière se concentre.
Le silence est complet dans la tente de consultation, alors que dehors, les chars vrombissent et les hélicoptères rugissent.
- C’est curieux tout cela, je n’en crois pas mon nez, ne bougez pas !  S’exclame tout à coup Régina, en respirant à pleins poumons dans l’entonnoir.
Rudi est tétanisé, il s’attend au pire. Qu’a t’elle découvert ?
Une tumeur ? Un abcès purulent ? La COVID ?
- Madame, je vous en supplie, dites-moi tout, je serai fort.
- Oh, caporal Poutine, rien de grave, rassurez-vous.
C’est juste un bonzaï de fleurs de jasmin qui vous a poussé dans l’oreille interne. Ça sent délicieusement bon, vous en avez de la chance ! Vous allez avoir un succès fou auprès de la gent féminine !!
- Mais… mais… et mon audition ? Bégaye Rudi qui ne sait plus à quel sein se vouer.
- Ah, écoutez (enfin, essayez !), lui répond sèchement Régina en reposant son entonnoir d’un coup sec. On ne peut pas tout avoir dans la vie, Caporal !
Revenez me voir dans un mois, je vous ferai une jolie taille de bonzaï, et vous me raconterez comment cela se passe avec vos copines !
Au suivant ! Conclut l’infirmière en chef, pas mécontente de son nouvel entonnoir acheté sur le Bon Coin. Il n’y a pas de petites économies, en ces temps de crise sanitaire…
Rudi se rhabille en vitesse.
- Il faudra que je pense à bien m’arroser !
Marie-Pierre

Devoir : Inventez une « origine originale » à l’expression « se mettre sur son trente et un ».

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Depuis qu’ils étaient tout petits, ils étaient promis l’un à l’autre.
Jean et Amélie ne se quittaient jamais. Main dans la main, on les voyait partir à l’école, insouciants et souriants, leur cartable sur le dos.
Ils partageaient tout : leurs jeux, leurs goûters, leurs rêves.
« Quand on sera grand, on se mariera : moi, je serai une maman et toi, un papa ».
Amélie embrassait Jean sur la joue et lui serrait fort la main.
Leurs yeux brillaient de toutes ces promesses de bonheur.
Les années ont passé. Les deux amoureux ont grandi et leur amour aussi.
Le 31 mars prochain, Amélie et Jean vont se marier, à l’aube de leur vingt ans.
Aujourd’hui, Amélie s’est rendue en ville pour un dernier essayage de sa robe de mariée.
Jean doit venir la chercher pour la ramener chez ses parents.
Tout s’est bien passé, la robe est parfaite, et la jeune fille la tient désormais soigneusement pliée dans un grand sac blanc fermé de rubans de satin.
Amélie, patiemment, attend Jean devant le magasin qui vient de fermer ses portes.
Il pleut, la nuit est déjà tombée. Jean est en retard, comme d’habitude, soupire Amélie.
Et soudain : des pneus qui crissent, des phares qui éblouissent les vitrines, une voiture qui surgit et se déporte… Un sac blanc déchiré, tâché de sang, des rubans de satin qui s’envolent…
Chaque 31 mars, Jean a rendez-vous avec Amélie devant le magasin.
Il a revêtu son costume de marié, et va déposer un bouquet de roses blanches là où sa douce l’attendait.
Se faire beau, chaque 31 mars, c’est ce qui permet à Jean de tenir, un jour après l’autre, en attendant de retrouver celle qui l’attend, patiemment..
Marie-Pierre

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Lorsque les Portugais prospéraient sur les mers au XVe siècle, ce n’était pas sans risques.
Nombreux étaient les marins qui perdaient la vie sur les navires, et beaucoup de parents, de femmes et de futurs orphelins craignaient ces voyages qui pouvaient durer entre 3 à 9 mois dans des conditions extrêmes.
Les hommes ne passaient pas toujours le mois, chaque semaine supplémentaire était une victoire. Le commerce fructueux, l’aventure et le rhum étaient à ce prix.
Le roi en place, Papacito del Guimarães, pour soutenir moralement son peuple avait décidé d’organiser un mois sur deux, des festivités au trente et unième jour du mois, afin de célébrer dans l’enthousiasme la vie des fils, des époux et des pères, et dans l’espoir de leur retour pour ces fêtes. Toutefois, le roi avait également établi dans tout le pays des obsèques communes, tous les trentièmes jours de chaque mois. Car la nation recevait trop régulièrement de tristes nouvelles de ses braves grâce aux pigeons voyageurs. Précieux volatiles que les fiers habitants ne voyaient pas comme de mauvaises augures, mais plutôt comme des messagers fidèles, racontant l’histoire de leur pays.
Marceau

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N’avez-vous jamais entendu cette fameuse formule :
« On ne va pas attendre tous les trente-six du mois pour se mettre sur son 31 ».
Pas pour rien que le 31 décembre, dernier jour de l’année, le soir de la Saint-Sylvestre, on soit habillé élégamment pour entamer un nouveau cycle.
En fait, tout commence dans le fameux milieu de la mode vestimentaire française.
Il fallut 31 prototypes de complets à Yves Saint Laurent pour présenter le premier costume pour femme.
31 modèles pour n’en retenir qu’un, au final… le premier smoking féminin.
Mais ce n’est pas tout, 31 mannequins défilèrent, puis 31 étoffes, 31 coloris et enfin 31 jours !!!
Et pas loin de 31 humeurs si on pouvait toutes les répertorier !!!
Cette création laborieuse a révolutionné le genre et bousculé les codes qui régissaient le vestiaire féminin.
Depuis cette conception est née l’expression « se mettre sur son 31 » pour désigner le fait de s’endimancher avec raffinement et coquetterie.
Le fameux smoking d’Yves Saint-Laurent s’arracha aux quatre coins de la planète.
Les américains reprirent l’expression « get in its 31 »
Fabienne C.

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Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’Histoire, le Jeu a toujours existé. Et dans toutes des cultures, aux quatre coins du globe. Avec quelques variantes certes, mais toujours avec les mêmes bases. A ce titre, il ne porte pas de nom et est désigné par « le Jeu » avec un j majuscule.
La légende raconte que le Jeu a été offert par les dieux eux-mêmes à la grande prêtresse Zana, émus par le rituel qu’elle leur avait consacré pour célébrer la naissance de sa fille.
Les Dieux décidèrent que le Jeu aiderait les humains dans leurs prises de décision, trouver des solutions à leurs problèmes, et remercier les Dieux pour leurs bienfaits selon leurs volontés.
Le Jeu consiste en un plateau de 156 cases, chacune correspondant à un conseil à suivre ou une action à accomplir. Les cases sont retenues selon le principe ci-après : le joueur rassemble entre ses deux mains fermées des coquillages, des osselets, de pierres précieuses ou autre selon ses origines et croyances. Puis, il élève ses mains au-dessus du plateau et les fait sauter toutes ensemble de façon à ce que les pièces tombent sur les cases.
On y joue toujours avec une pointe de peur mélangée à de l’excitation. C’est ainsi que chacun reçoit les messages des dieux qui lui sont destinés. Le joueur peut alors être invité à brûler de l’encens (avec une pierre qui se met sur la case 19), réciter un chapelet de prières (la case 83) ou encore revêtir sa plus belle tenue (la case 31) – , d’ailleurs d’où vient l’expression de se mettre sur son 31.
Depuis, le jeu connu plusieurs évolutions, dont un format en cartes, chaque carte correspondant à une case du plateau. Le joueur les bat, les coupe ou les mélange toujours selon sa coutume. Enfin, il tire le nombre désiré de cartes pour recevoir ses messages divins.
Louise

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Depuis le petit matin, ils faisaient le pied de grue, tous au garde-à-vous, dans la cour d’honneur de la caserne par ce froid dimanche du 31 janvier 1846. Ils avaient été prévenus la veille et avaient dû nettoyer à fond les chambrées et tout le reste. Aujourd’hui, le général passait en revue ses troupes.
Quand il arriva, la tension est palpable. Les pauvres soldats tremblaient de froid et de peur.
La « haute autorité » s’avança à pied et s’arrêta devant chacun d’eux qui baissait les yeux devant son regard sévère. Et pour chacun, il eut quelque chose à dire, à reprendre, à critiquer : des chaussures pas très propres, un béret de travers, un bouton qui manquait…
A la fin, il les informa que, désormais, il passerait la revue tous les 31 du mois, et qu’il vaudrait mieux pour eux que tout soit parfait la prochaine fois.
Contre toute attente, il leur annonça également qu’une prime leur serait accordée et qu’ils allaient avoir un nouvel uniforme, spécialement pour ces revues, le T31 (tenue pour les 31). Il conclut son discours par :
-       Désormais, quand je viendrai, il va falloir vous mettre sur votre 31 !
Fabienne

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Le seigneur des Baux de Provence

Il y avait, à la fin du XVIème siècle, dans le pays des Baux de Provence, un seigneur redoutable qui était en guerre contre le pape et contre tous les seigneurs avoisinants. Il vivait retiré dans son château, construit à même la falaise de calcaire, ce qui assurait ses arrières et d’où il dominait tout le pays à deux lieues à la ronde. Il terrifiait toute la contrée et était très exigeant envers ses sujets.
Il fallait entre autres choses que, tous les 31 du mois, soit sept fois dans l’année, se présentent au château sept jeunes hommes et sept jeunes filles que les gardes avaient auparavant sélectionnés parmi les plus nobles de visage et éduqués afin qu’ils deviennent pages et servantes du seigneur des Baux.
Lesdits jeunes gens étaient priés de se vêtir de leurs plus beaux atours afin d’arriver au château sous leur meilleur jour pour cette revue bimestrielle. Cette exigence coûtait beaucoup aux recruteurs du seigneur qui ne regardaient pas trop à l’âge pourvu que le minois et la mise fussent acceptables. Aussi dès l’âge de dix ou onze ans, on vit arriver au château les 31 du mois, de charmantes créatures qui n’avaient pas choisi leur sort.
Leurs familles n’étaient pas trop regardantes car on les exonérait de lourdes taxes qui leur étaient infligées par le seigneur des lieux. Ils pouvaient également garder de leur récolte, ce qui les nourrirait à peu près toute l’année. Après tout, c’était une charge en moins quand la fratrie montait à douze ou quinze rejetons qu’on peinait à nourrir.
Ce qui était étrange, c’est que tous mourraient de variole, de dysenterie ou de la peste qui sévissait alors dans le pays proche d’Arles, durant les deux ou trois mois qui suivaient et qu’aucun ne donnait jamais de nouvelles à ses proches.
Un jour, un père qui tenait à la jeune fille qui avait été sélectionnée par les soldats du seigneur, eut l’idée de lui substituer l’enfant simplette de la famille, dont on ne pouvait pas tirer grand chose malgré sa robuste constitution. On lui fit porter une voilette attachée à sa coiffe pour masquer la supercherie et on l’envoya au château le 31 du mois de juillet.
L’enfant était à la lingerie où elle s’occupait des diverses tenues du seigneur. On s’était attaché à elle car elle travaillait bien et nul n’avait entendu le son de sa voix. Vint le temps de la lessive de fin de saison où l’on faisait bouillir les pièces de drap à la cendre avant de les rincer à la rivière.
La fille qui n’était pas si simplette malgré ses traits disgracieux, eut l’idée de dérober deux pièces de drap qu’elle déchira en bandes pour en confectionner une corde.
Vint l’heure où le seigneur appela la laideronne auprès de lui par une chaude nuit de septembre. Quand il la vit arriver, le seigneur s’en moqua et la brutalisa de son fouet, la croyant muette et quitta sa chambre, courroucé pour aller corriger celui qui avait osé rapporter la créature au château.
La laideronne qui n’était pas non plus si muette, se précipita alors au balcon de fer forgé de la fenêtre où elle noua solidement la corde dissimulée sous son jupon. Elle se laissa couler au bas de la falaise et courant à toute vitesse grâce à sa grande corpulence, gagna son logis qui n’était qu’à une demi-lieue de distance. Elle eut soin d’ameuter les gens sur son trajet, dénonçant le bourreau d’enfants qui tuait ses victimes et les jetait dans un puits du château où la malheureuse avait tenté de puiser de l’eau malgré l’interdiction d’en approcher.
Tous se réunirent et décidèrent de demander la protection du comte de Provence dont dépendait le seigneur des Baux. Le bon duc de Savoie, comte de Provence envoya ses hommes d’armes qui délivrèrent pages et servantes.
On pendit haut et court le seigneur des Baux pour les soixante-dix crimes qu’il avait déjà perpétrés. Certains se souvinrent du terrible Gilles de Rais, non loin de Challans, en pays nantais qui, dans son château de Saint-Etienne-de-Mer-Morte, avait fait passer de vie à trépas plus du double d’enfants.
On se souvint longtemps au pays des Baux, de cette triste histoire et c’est ainsi qu’entra dans la langue française l’expression « se mettre sur son 31 » n’en déplaise à ceux qui soutiennent d’autres versions de cette expression si galvaudée de nos jours, qui n’avait rien d’une réjouissance en cette fin de XVIème siècle.
Claude

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