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Atelier d’écriture du 28 septembre 2020

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DEVOIR : La semaine prochaine, a lieu l’élection de Miss EHPAD. Toute la résidence est en effervescence.

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La maison des Fleurs Bleues organise l’élection de sa miss.
Cinq candidates se présentent et parmi elles notre future heureuse gagnante.
Le jury est composé de Gaston, le spécialiste des femmes, Eugène, le Don Juan de la résidence, Anatole, le chouchou de ces dames et enfin de Gaspard, le plus ancien de nos résidents.
La première candidate à se présenter se prénomme Marcelline.
Vous noterez le décolleté de sa robe de chambre qui va en attirer plus d’un croyez-moi et son déhanché sur son déambulateur… une tuerie !
Notre seconde participante : on applaudit bien fort Georgette qui arrive doucement, mais sûrement dans ses chaussures Scholl aux semelles compensées, vous apprécierez  tout comme moi le galbe de ses mollets fraîchement épilés.
Notre troisième prétendante,plus connue sous le prénom de Violette ,se présente devant nous dans un simple peignoir de soie …. Vous noterez son élégance et son maquillage subtil.
La quatrième postulante est Huguette qui nous arrive tout droit de l’ascenseur sur son fauteuil tout bien décoré.
Elle a chaussé ses bottes et son blouson de cuir, une dure à cuire et ancienne adepte du club de moto de la région.
Et enfin notre cinquième et dernière aspirante, Madeleine, nous fait l’honneur de porter un déshabillé tout en satin…. Très très sensuel tout cela !
Après avoir noté nos candidates sur leur prestation, nous allons leur poser quelques questions pour savoir ce qui a motivé leur inscription.
Comment Gaston, le défilé en maillot de bain ?…. Non ce n’est pas prévu … ça prendrait trop de temps ….
Ces dames ont déjà pris une heure pour défiler devant nous. C’est cela Gaston … on n’en verra pas plus !
- Marcelline bonjour ! Pourquoi vouloir devenir Miss EHPAD ?
- Bein là j’serai la plus belle et fermerai le caquet à tout ce tas de bonnes femmes qui font que de me dire que je plais pas aux bonshommes !
- Excellente réponse, Marcelline. Un mot pour vous décrire peut-être
- Bein fleur bleue romantique quoi !….
- Ah oui nous avions remarqué ! Nous vous souhaitons bonne chance !
Nous accueillons Georgette, notre seconde candidate … très très dynamique ! Pourquoi vous présenter à cette élection ?
- Je n’ai jamais eu de prix, diplôme ou quoi que ce soit dans ma vie et je sais que ces messieurs me trouvent à leur goût. Je serai l’emblème de cette résidence !
- Un adjectif qui vous mettrait en valeur ?
- modeste….
- Plaît-il oui !!! Très bien Georgette, je vous reconduis auprès de vos consœurs.Violette messieurs ! Alors Violette, qu’elle est votre motivation ?
- Dès que je mets ma nuisette ils me zieutent tous derrière leur double foyer… ils attendent que de ça d’me sauter dessus…. Ces morts de faim !!!
- Une de vos qualités ma chère Violette ?
- Bombasse quoi !!!
- En voilà une qualité non moins négligeable messieurs de s’intéresser de plus près à l’inscription de notre troisième candidate. Et maintenant applaudissons de ce pas Huguette, Messieurs ! Alors Huguette pourquoi postuler pour ce titre de Miss ?
- Je suis la femme de la situation y a pas de doute et les hommes me craignent …. Attention à eux s’ils veulent pas être zigouillés et finir comme de la pâté pour chats !!!Elle les fusilla du regard !!! Faut dire que Huguette a le regard qui tue, les yeux revolver ! Les aurait prévenus les loustics !
- Très bien Huguette ! Je crois que ces messieurs ont bien compris vos motivations ! Un trait de votre caractère à nous soumettre peut-être Huguette qui pourrait faire pencher la balance en votre faveur ?
- J’ai du caractère et j’arrive toujours à mes fins !
- Bien évidemment… comment ne l’aurions-nous pas remarqué ma très chère Huguette ! Accueillons comme il se doit notre dernière candidate Madeleine ! Alors Madeleine, pourquoi candidater pour le poste de Miss EHPAD ?
- J’aimerais beaucoup faire plaisir à ma famille et qu’ils soient fiers de moi !
- Un trait de votre caractère très chère Madeleine : ambitieuse ! Très bien très bien !
Nous laissons quelques minutes au jury qui se retire pour délibérer et  nous soumettre son vote.
Le temps est écoulé, Gaston prend la parole et annonce le prénom de l’heureuse gagnante :  Violette, son charme et sa douceur indéniables

Notre gagnante vient recevoir son prix sous les applaudissements du public et les embrassades du jury.
C’était sans compter sur Huguette qui fonça dans le tas et fit tomber Violette qui dans sa chute perdit son dentier.
Le fauteuil roulant écrasa l’appareil dentaire !
Le déambulateur d’une autre concurrente tangua et notre candidate s’affala sur les autres prétendantes.
Dans la cohue générale, les candidates se crêpèrent le chignon et les coups fusèrent d’un peu partout !
Il fallut faire appel à la sécurité pour séparer tout ce beau monde !
Les infirmières s’occupèrent de tous les bobos et rétablirent l’ordre dans la maison.
Après un sourire quelque peu édenté de Violette, le jury revint sur sa position et concéda le prix à Miss Huguette, la seule et unique représentante de la résidence des Fleurs Bleues !
Depuis ce jour-là,  à la résidence des Fleurs Bleues , on attend patiemment la mort de Huguette pour remettre en jeu son titre.
Fabienne C.

Plus que sept petits jours aux ORANGES BLEUES avant le grand évènement que tous les pensionnaires attendent avec impatience : l’élection de miss EHPAD.
Les candidates les plus valides minaudent devant leur petite armoire à glace, essayant avec frénésie robes, gants et chapeaux, bien à l’abri du regard inquisiteur des autres postulantes.
Les dames en fauteuil ont été réunies dans le réfectoire, transformé pour l’occasion en salon de beauté. Aidées par le personnel de l’établissement, les essais de maquillage vont bon train. On s’échange des tubes de rouges à lèvres, on fait des mimiques, la bouche en cul de poule devant de quasi-précieux miroirs de sac, on expérimente de nouvelles coiffures (la raie, plus sur le côté ou une mèche coquine recouvrant un sourcil ou à force d’épingles, un chignon audacieux). Impossible de pénétrer dans ce salon de beauté éphémère sans éternuer ! Des parfums désuets se mêlent aux senteurs plus connues de l’eau de Cologne du Mont Saint Michel et des volutes de poudre de riz dansent dans toute la pièce rendent l’air quasi-irrespirable.
Les Messieurs, interdits de séjour dans ces lieux réservés à la gent féminine, commencent à trouver le temps long et à se languir de leurs partenaires de scrabble ou de belote. Néanmoins cette éprouvante attente stimule agréablement leur imagination et certains sont même surpris par le réveil d’une libido un peu indiscrète.
Pour ce grand jour, la directrice leur a conté les mérites d’un repas amélioré : mousse à la framboise et coupette de mousseux accompagné de tendres biscuits, un régal en perspective ! « Et il y aura de la musique ! » m’a confié une fringante octogénaire.  « Et même, pour ceux qui le peuvent encore, nous pourrons danser jusqu’à au moins dix heures du soir ! ». La soirée s’annonce magnifique !
Néanmoins, les préparatifs ne se passent pas toujours dans la sérénité : quelques esprits un peu mesquins parfois s’échauffent, anticipant la réaction des messieurs : et si Hortense plaisait plus que Rose-marie à ce cher Édouard ? La jalousie pointe parfois dans des propos fielleux ou dans quelques regards entendus. Heureusement que Mémé Jeannette, toujours positive et enthousiaste, est là pour calmer les tensions et remonter le moral des troupes, redonnant à chacune (ou presque) « sourire » et surtout « espoir ».
Cependant, pour tous, la question reste entière : qui de l’élégante Émeline à la toujours charmante et distinguée Rose-France obtiendra le plus de suffrages ? Et il ne faudrait pas oublier les outsiders, populaires grâce à leur heureux caractère et leur figure avenante ?
Tous les cœurs frôlent la tachycardie en attendant le grand jour ; le suspense reste total !
Patricia

 La guerre des Miss

La semaine prochaine, a lieu l’élection de Miss EHPAD. Toute la résidence est en effervescence.
Comme chaque année, quatre concurrentes, mais néanmoins ennemies, s’affrontent. Il y a :
-       Miss Déambulateur, Proserpine
-       Miss Alzheimer, représentée par…. ? Elle ne se souvient plus de son nom
-       Miss couche-culotte, Micheline
-       Et Miss LDP, la Terrible Germaine
Dans les couloirs, dans le parc, dans le réfectoire, on ne parle que de ce grand évènement.
Plusieurs fois, les candidates ont failli en venir aux mains. Heureusement que le personnel était là pour les séparer…
Proserpine a poussé son déambulateur à toute allure dans Germaine qui a eu une marque rouge sur sa jambe. Elle a aussitôt crié que c’était foutu pour elle ! Que c’était du sabotage : elle ne pourrait pas défiler en maillot.
La candidate sans nom a crevé les pneus du déambulateur de Proserpine. Quand on lui a demandé pourquoi, elle a dit qu’elle ne s’en souvenait pas…
La Terrible Germaine va voir tous les autres pensionnaires et raconte tout un tas de choses sur les 3 autres candidates, alors que Micheline dépose des couches culottes pleines devant leur porte, ensuite, elle y met le feu. Quand les candidates ouvrent la porte, elles tentent d’éteindre le feu en tapant des pieds dessus. Vous imaginez !
La directrice, Mme Lavieille (et non, ça ne s’invente pas !) les a convoquées toutes les quatre dans son bureau ce matin et leur fait la leçon. Cette élection devait être un évènement fédérateur et inciter les autres EHPAD de la région à faire de même, mais là, franchement !
-       Vous vous êtes vues !!! C’est une honte pour tout notre établissement ! Sans compter que maintenant, les messieurs aussi se disputent. Il y en a même qui se sont battus l’autre jour pour soutenir l’une ou l’autre d’entre vous !
Elles ont baissé la tête, comme si elles regrettaient, se sentaient coupables, mais pas du tout ! Au fond d’elles, elles cherchent encore comment faire perdre les autres.
La directrice continue :
-       Devant tant de violences, j’ai décidé d’annuler l’élection de Miss EHPAD !
Passée la surprise, les candidates se regardent sournoisement et tacitement décident que l’aventure ne s’arrêtera pas là !
Fabienne

Exercice 1 : logo-rallye
-       Bien qu’elle donnât sur le jardin, la pièce était plongée dans la pénombre
-       Chaque chose est au bon endroit, chacun à sa place et le monde sera plus beau
-       Il doit y avoir une explication logique à cette disparition
-       Tout le monde se sent libre de faire ce qu’il veut quand il le désire
-       Un léger frémissement parcourt son visage lorsqu’il appuye sur la touche d’envoi.
Le paradoxe de Vasalis (Raphaël Cardetti)

Je donne une phrase toutes les trois minutes et les participants doivent l’intégrer naturellement dans une histoire.

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Bien qu’elle donnât sur le jardin la pièce était plongée dans la pénombre. Les propriétaires avaient donc imaginé un jeu de miroirs et de câbles pour que la lumière du jour puisse y entrer : il suffit de savoir orienter astucieusement les différents éléments pour que la magie opère, la pièce resplendit.
Chaque chose est au bon endroit, chacun à sa place et le monde est plus beau.
Néanmoins tous les membres de la famille n’étaient pas si doués, et régulièrement la configuration des miroirs aboutissait à un résultat similaire  : on retrouvait un tas de cendres encore fumant au centre de la pièce et certains objets étaient alors introuvables.
Le petit Anatole, sept ans, chercha partout son pantin de bois. Sans succès. perplexe il se dit « Il doit y avoir une explication logique à cette disparition. ».
Aucune remontrance n’était jamais faite à quiconque et ce, quelle que soit la valeur de l’objet absent. Le règlement intérieur de la maison était très clair « article 1 : tout le monde se sent libre de faire ce qu’il veut quand il le désire », y compris donc réduire en cendre un objet qui ne lui appartient pas.
Il ne restait donc à Anatole qu’une seule option pour avoir de nouveau un joli pantin : le commander sur internet et guetter le passage du facteur dans les prochains jours.
Il s’y attela sans perdre une minute, Un léger frémissement parcouru son visage lorsqu’il appuya sur la touche envoi.
Dominique

Bien qu’elle donnât sur le jardin, la pièce était plongée dans la pénombre.
J’avais eu du mal à ouvrir la porte et une fois à l’intérieur, elle s’était violemment refermée sur moi.
J’essayai en vain de l’ouvrir … rien n’y faisait ! Elle était bloquée de chez bloqué !
Il faisait noir comme dans un trou à rat.
J’avançais à tâtons me cognant partout contre les meubles.
Je jurai comme pas possible !
Si ma mère était encore de ce monde, elle me fusillerait du regard et elle me dirait :
Chaque chose est au bon endroit, chacun à sa place et le monde sera plus beau ! Arrête donc de jurer et écoute tes sens, pénètre doucement et essaie de visualiser là où tu vas !
Tu parles de voir quelque chose ou de sentir quoi que ce soit dans ce noir complet. Je n’arrivais même pas à positionner les fenêtres pour aller tirer les rideaux et ouvrir les volets
Mais quelle galère !!!!
Il doit y avoir une explication logique à cette disparition. Cette disparition soudaine de clarté et d’ouverture !!!! Une explication logique !!!!! Tu parles d’une explication logique ! La pièce est dans la pénombre complète et je n’arrive ni à trouver ni les interrupteurs ni une quelconque porte ou fenêtre susceptible de laisser pénétrer un rai de luminosité. Je pestai comme pas possible !
Ma main à tâtons contre le mur que j’avais réussi à atteindre doucement mais sûrement toucha ce qui ressemblait à un interrupteur. A ma grande joie, ma tension chuta et je recouvrai le sourire et l’optimisme.
J’appuyai avec délicatesse et à ma grande surprise, aucune lumière ne s’alluma.
C’est pas possible, y avait pas en plus une coupure de courant ou les plombs qui avaient sauté ? Je rageai comme un lion en cage.
Un son se fit entendre… on aurait dit la radio. Une voix disait :
« Tout le monde se sent libre de faire ce qu’il veut quand il le désire »
Ben voyons ! Elle est bien bonne celle-là ! Tu te retrouves dans le noir dans une piaule que tu connais pas parce que t’as un rencard et t’as une bonne femme qui te sort « tout le monde se sent libre …. Patati patafoin !
Et l’émission se poursuit et enchaîne avec : un léger frémissement parcourt son visage lorsqu’il appuie sur la touche d’envoi !
Il a de la chance, lui ,de pouvoir appuyer sur une touche et que ça fonctionne !
Il arrive à l’envoyer au moins son message ? Parce que moi, je suis toujours bloqué dans cette pièce à la noix et j’arrive à rien.
Je décidai de m’asseoir et m’assoupis contre un mur.
Au petit matin, je fus réveillé par un agent immobilier qui faisait visiter la villa à de potentiels acquéreurs.
Je ne donnai aucune explication, attrapai mes jambes à mon cou et m’enfuis.
Dès que je fus rentré chez moi, je mis la main sur mon portable et appelai mon rendez-vous.
Elle se demanda comment j’avais pu me retrouver là dans cette demeure !
Je n’étais pas à la bonne adresse !!!!!
Fabienne C.

 

Bien qu’elle donnât sur le jardin, la pièce était plongée dans la pénombre. Il faisait déjà un peu frais pour un mois d’octobre. Hortense sortit de sa chambre et, ouvrant la salle à manger, s’écria sentencieuse : chaque chose est au bon endroit, chacun à sa place et le monde sera plus beau.
La famille, réunie pour l’occasion, sembla un peu interloquée par un tel discours. Tous s’interrogeaient sur le motif de cette convocation inhabituelle. Oncle Jules, un peu gêné, caressait sa barbe avec la régularité d’un métronome mettant ainsi mal à l’aise son épouse Albertine, qui rougissant, devint le centre d’intérêt général. C’est alors que, rompant le mystère, Hortense expliqua qu’elle ne parvenait plus à mettre la main sur son coffret à bijoux, la petite boite se trouvant habituellement sur sa vieille commode en bois de rose.
-       Il doit y avoir une explication logique à cette disparition dit cousine Berthe. Amélie, votre employée de maison, n’aurait-elle pas déplacé le coffret pour faire un grand ménage comme elle le fait chaque début de mois ?
-       Hélas non, s’apitoya Hortense. C’est affreux ! Mon collier de perles fines qui me venait de grand tante Augustine… Et le petit oiseau en or aux yeux de rubis de Mamie Suzanne… Quel drame !
-       Nous allons tous vous aider à rechercher ce précieux trésor dit oncle Jules. Il faudrait se répartir en équipes, chacune étant en charge d‘une des pièces de la maison.
-       Tout le monde se sent libre de faire ce qu’il veut quand il le désire aussi, je n’accepterais pas qu’on me donne des ordres s’écria le cousin Paul.
-       Il ne s’agit aucunement d’un ordre mais seulement d’une suggestion. Ne prenez-pas ainsi la mouche ! Quel soupe-au-lait vous faites oncle Jules !
Pendant ce temps, un peu à l’écart dans l’encoignure du vieux buffet, Gaston mit discrètement la main dans la poche intérieure de son veston. Un léger frémissement parcourut son visage lorsqu’il appuya sur la touche d’envoi.
En fervente adepte des séries policières, aucun détail ne pouvait m’échapper et, bien entendu ce geste, pourtant discret, je l’avais aussitôt remarqué. Quel pouvait bien être l’objet du message envoyé par Gaston à l’insu de tous ? comme je le fixais attentivement, je le vis blêmir. Pour se donner une contenance, il prit un air dégagé et toussota dans son mouchoir de baptiste.
Hélas pour lui, un petit bout de papier sorti malencontreusement de sa poche en même temps que le mouchoir, avait glissé sur le plancher. Profitant de son inattention, je me penchais, faisant mine de relacer mes souliers et m’emparais du papier. Je vous le donne en mille ! il s’agissait d’un reçu correspondant au dépôt d’un coffre à bijoux dont le contenu était parfaitement détaillé. Plus besoin de chercher plus avant, le voleur était démasqué ! Quant aux querelles familiales, elles ne faisaient que commencer…
Patricia

 

Bien qu’elle donne sur le jardin, la pièce est plongée dans la pénombre. L’obscurité n’est traversée que par de rares rayons de soleil, rayons divins qui laissent voir quelques vestiges de cette remise. Des armoires en teck qui valent une fortune. Des tentures exotiques qui témoignent d’expéditions en Asie du Sud-Est. Il y a même une canne mystérieuse de derrière les fagots, dont le pommeau est un orbe de cristal translucide.
Sur la porte, le message suivant, imprimé en Times New Roman police 12 : « Chaque chose est au bon endroit, chacun à sa place et le monde sera plus beau ». C’est un chaos organisé : les clés sont entassées sur le fauteuil rococo, enrobées dans un manteau ayant prétendument appartenu à un SS du troisième Reich. L’étagère style XVII ème, juste à côté, regorge de pierres plus ou moins grosses, certaines des belles garniérites calédoniennes, d’autres de minuscules rubis africains.
Tout est censé être verrouillé, cependant une chose continue de jouer des tours et de se volatiliser, puis réapparaître : le téléphone, une pièce des années 50 en bakélite.
Il doit y avoir une explication logique à cette disparition puis réapparition.
Un jour retrouvé dans les pensées de la jardinière, le suivant réapparu à sa place, à côté du cendrier, celui avec un portrait de femme gravé pour les sadiques… En même temps, tant que le mal ne s’étend pas au reste des artefacts, pas de panique, pourrait-on penser. Mais apparemment, la plume du turban d’un émir au nom imprononçable se met à faire des siennes. Décidément, tout le monde se sent libre de faire ce qu’il veut quand il le désire. L’édition 1795 de l’encyclopédie en brûle presque (d’impatience évidemment) ; un peu d’air frais, enfin, après presque 200 ans de stockage ?
Oui, en effet, le lendemain elle se réveille avec la lumière du jour, posée dans la salle à manger. Les autres se demandent quand va venir leur tour, rarement avec appréhension, souvent avec délectation. Le bordeaux de 1993, rangé dans le frigo, se réchauffe enfin les fesses quand il arrive au fond de la piscine. Le morceau du mur de Berlin voit sa première aurore depuis longtemps, sur le toit.
Aux colocataires du pot de chambre de Charles X (jamais lavé), il ne manque que les mains pour applaudir son départ, même momentané. Un jour, un item, un voyage. Quelle est donc la cause de ces clignotements spatiaux ? Morgan, le voisin d’en face, prof d’histoire-géo à la retraite. Depuis la fenêtre de son bureau, il voit chaque jour le petit carré que constitue la remise, juste en face du jardin.
Chaque jour les splendeurs immuables le narguent, alors que les propriétaires ne font rien et n’ont pas donné signe de vie depuis fort fort longtemps.
Il y a des années, Morgan s’est introduit chez les voisins, et y a subi un émerveillement sans précédent. Dans la précipitation, il a attrapé la chose la plus proche, la télé cathodique et le set clavier-souris dessus. Pas le plus pratique à déplacer, mais il devait faire vite, il a failli se faire prendre d’ailleurs.
Il a expérimenté avec l’objet, et ce faisant a découvert son rarissime pouvoir : le code saisi dans l’appareil a des répercussions sur la réalité. Morgan s’est ainsi rallongé l’espérance de vie, a guéri le cancer de son ex-femme (ce qui n’a pas empêché son départ), a fait gagner son petit-fils au loto, et d’autres petites choses du quotidien qu’il a réparé ou embelli.
Il pourrait donner un futur plus lumineux à l’humanité, vivre dans le stupre et le luxe… Mais il n’en a juste pas l’ambition. Son petit plaisir restera de faire voir du pays aux objets d’en face. Un plaisir des plus simples, et donc des plus heureux. À chacune de ses interventions, un léger frémissement parcourt son visage lorsqu’il appuie sur la touche d’envoi.
Loup

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