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Atelier d’écriture du 14 septembre 2020

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DEVOIR : amenez un objet dont vous raconterez l’histoire, vraie ou imaginaire…

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C’est le père de ma grand-mère, mon arrière-grand-père Jean, que je n’ai jamais connu, qui a ramené ce drôle d’objet de la Grande Guerre.
Assez insolite de trouver un tel objet dans une guerre, car cet objet est typiquement féminin et encore plus insolite, il sert à ranger le khôl des danseuses orientales.
Mon grand-père l’a reçu le 15 octobre 1917 de celle qui était devenue un mythe vivant pour toute une génération d’hommes.
Après avoir vécu un mariage malheureux sur l’ile de Java, cette femme divorce et arrive à Paris au tout début du XXème siècle.
Grande, élancée, le teint mat, les yeux ténébreux, la chevelure de jais et la bouche sensuelle, cette Néerlandaise n’a aucune difficulté à se faire passer pour une princesse javanaise. Elle s’invente alors un passé de princesse et se fait appeler « l’œil du jour », en indonésien ; ses danses exotiques et érotiques mettent le feu à son public masculin.
Peu à peu, les danses orientales passent de mode et notre belle en vient à vivre de la générosité de quelques amants fortunés.
En août 1914, elle se trouve à Berlin, par hasard. Comme elle parle plusieurs langues et qu’elle a beaucoup de charme, un officier de renseignement allemand lui propose de suivre une formation pour devenir espionne de l’Allemagne. Son nom de code est H-21.
Elle revient à Paris où elle rencontre un officier du contre-espionnage qui lui demande de devenir également espionne, mais pour la France. Elle accepte également.
Elle s’amuse beaucoup, mais ne fournit finalement aucune véritable information pour l’un ou l’autre camp.
Arrêtée en 1917, son procès est expéditif. Il devait servir d’exemple.
Elle est exécuté au Fort de Vincennes le 15 octobre et devient une légende vivante.
Pendant son autopsie, plusieurs de ses organes ont été volés comme « souvenirs », comme reliques.
C’est durant sa courte incarcération que mon arrière-grand-père l’aurait connue. Il fut très humain avec elle, alors, pour le récompenser, elle lui aurait donné en souvenir, cette petite boite qui lui aurait été offerte par un émir fou amoureux d’elle.
Elle lui a dit : « Merci, Jean, gardez ceci, en souvenir de Mata-Hari ».
Était-ce la vérité ? Allez savoir avec une femme qui imaginait sa vie !
Fabienne

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C’est une boîte à rouler les cigarettes, ouvrez-la avec délicatesse, il y reste du tabac qui n’a plus aucune odeur, des feuilles et une cigarette : j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux.
Cette boîte appartenait à Roger Mahut, vieux monsieur de mon enfance. Dans la famille on l’appelait affectueusement Papy Mahut, bien qu’il ne fût pas notre grand père. C’était le papa de l’ami d’enfance de mon papa. Papa l’adorait.
Les histoires de famille racontent qu’il voulait m’apprendre à marcher. Ma petite main à peine posée sur son doigt je marchais, s’il l’enlevait, je tombais. Et un après midi, alors qu’il n’était pas encore passé à la maison, les parents l’ont appelé :
- Descendez vite ! Domi marche !
Il paraît qu’il en fut tout ému, et ne me tint pas rigueur de ne pas  l’avoir attendu pour crapahuter sans ma main posée sur son doigt.

Gamine j’étais littéralement subjuguée par la magie de cette boîte. Je le revois humidifier le bord du papier à cigarette (parfois il me laissait faire), mettre le tabac dans la feuille, faire glisser la feuille pour commencer à former la cigarette, la poser délicatement dans le tissu, fermer la boîte : la cigarette ressortait à l’extérieur. Il la portait à sa bouche et moi j’attendais avec impatience qu’il décide de rouler une autre cigarette.
Papy Mahut s’en est allé pendant mon adolescence. il avait roulé une dernière cigarette qu’il n’a jamais fumée. La famille est restée très proche de Marcelle, sa femme.
Je ne sais plus en quelle année, nous avions convenu de fêter l’anniversaire de Papa avec elle, et quelques jours avant je suis allée la voir :
- Mamie Mahut, vous avez toujours la boîte à rouler les cigarettes de Papy Mahut ?
- Oui Dominique, pourquoi ?
- Je suis sûre que Papa adorerait l’avoir
- Bien sûr Dominique, on la lui offrira ensemble.

Le jour venu, j’ai vu une grande joie dans les yeux de mon père ainsi que dans ceux de Marcelle. Il l’a conservée sur sa table de nuit, signe de la profonde affection pour Papy Mahut.
Papa s’en est allé à son tour en 2011, je suis rentrée en urgence pour être aux côtés de la famille. Au retour j’ai voulu ramener un peu de Papa avec moi à Nouméa, la boîte à rouler les cigarettes était une évidence . J’ai demandé à mes sœurs et à Mam si je pouvais l’emporter, ce qu’elles m’ont accordé. Elle a depuis un peu souffert du climat tropical, mais je l’aime toujours autant. Lorsque Fabienne a donné le thème de l’exercice, je n’ai pas eu d’autre inspiration que cette boîte.
Dominique

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Le nounours de Mamie

Bientôt âgé de cent ans, le petit nounours avait rempli de bonheur trois générations de femmes bretonnes.
Mémé Anna l’acheta dans un marché parisien et le posa sur une commode dans son séjour. Il était rose dragée et décorait magnifiquement la pièce.
Quelques temps plus tard, dans les années 20, nait sa fille, Lucienne. Elle adorait le petit nounours, et s’en servait de doudou. Elle lui inventa un périple merveilleux, à travers l’Australie, passant par la jungle amazonienne, découvrant le désert du Sahara, escaladant la grande muraille de Chine.
Au milieu du siècle nait Françoise puis, deux ans plus tard, Martine. Elles adoraient le nounours tout autant que leur grand-mère et leur mère. Il découvrit la France : le Sud, la Bretagne, la Provence. En 1967, Françoise quitta la France pour parcourir le monde et emmena le petit nounours avec elle.
Ils vécurent en Angleterre, sur un bateau à travers l’océan, à Sydney, sur la Gold-Coast, puis finalement, ils s’installèrent en Nouvelle-Calédonie, une petit île paradisiaque. Depuis, le nounours a perdu ses couleurs, mais il conserve en lui ces périples, imaginaires comme réels.
Chloé

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Je ne sais plus. Ne me souviens. Avait-elle treize, quatorze ans ?
Parmi les élèves de sa classe, il y avait eu un choix. Tous ne pourraient partir.
Pour découvrir Aotéaroa. Ao le nuage, téa blanc, roa long. L’île du long nuage blanc.
Ce séjour linguistique organisé par l’école serait un envol de l’oisillon. Une expérience. Un bref éloignement du nid. Le cœur qui se serre quelques minutes au décollage des bras des parents, de l’avion. Et puis les rires, les copines et les copains. L’envie de l’inconnu.
Que s’est-il passé ? Quelles ont été les joies, les peines ? Depuis Monsieur de la Pérouse, les nouvelles sont rares dans les îles du Pacifique.
Nous l’avons retrouvée en bonne santé. Toujours aussi souriante, à l’exemple de sa mère. Un peu secrète ainsi que son père. Les progrès en anglais ont justifié le voyage. Les copines sont devenues des amies. Si elles ne l’étaient déjà. Jolies fleurs de tiaré.
Elle avait grandi.
Dès le retour dans sa chambre douillette elle a ouvert sa valise. Elle avait pensé à chacun. A sa maman, à sa nounou. Je ne me souviens plus, égoïstement. Pour moi, un T-shirt, juste à ma taille. Dorénavant, mon torse garderait les mêmes dimensions. Dix ans plus tard, c’est encore vrai. Le vert olive du tissu est devenu jade clair.
Aotéaroa y est bien lisible, New Zealand.
Je porte ce vêtement très souvent. Cette nuit aussi.
Merci à toi, petit bébé un peu jaune qui a très vite agrippé les doigts de ton père. Surtout le petit doigt tordu, comme tes auriculaires. Merci à tes rires gracieux, à ton babil sérieux, à ta première dent plantée dans ma peau. A ton appétit de vie. Tu as tout de suite compris qu’une peau pouvait être noire ou blanche. L’important était qu’elle soit douce à la tienne. Merci à la danseuse, à la musicienne, à l’élève studieuse, à l’amie sincère.
Merci à ces moments de temps arrêté. Le bain commun. Les doigts de pieds qui saisissent mon grand nez. Les petits doigts et les poils de mon torse entremêlés. L’étonnement d’entendre une grosse voix. Et la peur jamais, probablement.
Je ne sais pas, je ne sais plus. Et pourtant je ressens tout.
Ce T-shirt décoloré est sur moi. Je sais qu’il est aussi à l’intérieur de ma peau, aussi neuf qu’à son retour maori.
En moi, je porte cet enfant, qui est maintenant une femme.
En maori père se dit… papa !
Bertrand

Un bandage usé

J’ai pris ce bandage dans une chambre d’hôpital à Adelaïde, lors de l’une de mes nombreuses visites.
Ce matin le portable a sonné, j’ai oublié de le mettre en mode avion hier soir. Je me réveille, il est 4h et un numéro s’affiche. Je décroche :
- Houla, on dirait que j’te réveille !
- Ohh Fabio… Ça va bien ? Ouais il est 4h ici mais y a pas de souci, vieux.
On discute deux heures, comme d’habitude. J’ai rencontré Fabio il y a à peine 30 mois à Tanunda dans une auberge de jeunesse, au sud de l’Australie. Dans le dortoir nous dormons à l’écart d’un lit, autrement nous ne sommes pas si proches, mais c’est un bon gars, on a même une artiste bien aimée en commun.
Quelques mois passent.
On se lève à 4h, on quitte l’usine à 17h. Fabio est bâti comme un super héros. Il pense aux dollars australiens qu’il commence à accumuler, à l’aventure devant lui et à ne surtout pas revenir en France qu’il fuit et méprise. Il pousse les heures de travail, pousse de la fonte aussi, bois et fume un peu, réjouit quelques filles. Il tire sur la corde. La corde a cédé. Probablement fatigué, il s’écrase, lui et sa petite voiture dans un arbre, à 15 minutes de la maison. Deux semaines de coma, chaque jour est peut-être le dernier. Tout est cassé, tout est gonflé.
Au regard de la situation, j’ai décidé de m’investir, il n’avait personne ici, ç’aurait pu être n’importe qui. Je n’aurais pas supporté cette solitude et cette impuissance à sa place. Le personnel de l’hôpital est extraordinairement compétent et humain. Ses parents viennent en urgence quelques jours, au cas où, et doivent repartir avant son réveil.

En lui rendant visite, entre deux parts de pizza, on travaillait sa mémoire brisée, probablement encore scotchée à l’écorce de cet arbre solitaire à quelques mètres de la route. On fait le point, on réorganise le passé, présent, et futur. Il a besoin d’espoir, de réalisme aussi. Et d’une force incroyable comme la vie sait l’exiger. Non, Fabio, il est peu probable que tu sortes en courant à la fin de l’année… C’est un miracle d’être en vie, tu peux le faire je le sais, mais ça va te demander une patience impensable et de suer comme jamais ton âme n’eut à suer, vieux. Mais tu peux la faire cette réforme physique et psychologique. Doucement mais sûrement cher ami.
Aujourd’hui Fabio est dans sa chambre, isolé, chez sa mère, en France. Il n’est plus fort physiquement mais il marche à peu près. Sa volonté s’est érodée peu à peu, face au système de soin français, chirurgien après chirurgien, kiné après kiné. Des hauts, des bas, des fonds d’océan. Il y a 6 mois avec les emails, les appels et messages que l’on t’a envoyés des quatre coins du monde, j’ai cru que tu allais reprendre du poil de la bête et te fixer but après but, comme on s’était dit !
Tu n’es pas à blâmer, mes espoirs mes déceptions. Tu es si fort malgré tout pour être revenu traverser l’enfer. 99% ne l’auraient pu. Tu es comme cette bougie dont la flamme s’amenuise. Ce matin au téléphone, j’ai cru sentir la fumée d’une flamme soufflée.
On discute mais tu ne réponds pas directement à mes questions, cher ami, comme d’habitude depuis nos coups de fils ces deux dernières années. Tu passes du coq à l’âne, tu digresses, mais tu as la lucidité de le laisser entendre parfois. En effet tu n’as plus la force de travailler sans kiné. Tu as perdu l’envie de combattre. Ce matin, moi aussi je n’ai plus eu envie, j’ai égaré la volonté que tu récupères toutes tes fonctions et tout ton esprit. Ma peine est ridicule face à la tienne. Et mes attentes illégitimes. Mais ta volonté éteinte m’attriste. Je redécouvre en direct ce qui est plus désagréable que la mort, c’est l’absence de vie.
Marceau

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Ce flacon de verre biseauté appartenait à mon arrière- grand-mère maternelle, Augustine, dite Jeanne, comme en attestaient ses papiers d’identité. Petite et bien rondelette, Mémé Jeanne, comme nous la nommions, été née « Legras » mais par chance les liens du mariage l’avaient en quelque sorte affinée puisqu’ils en avaient fait une « Madame Legrand ».
Gourmande invétérée flirtant sans vergogne avec le diabète, cette charmante vieille dame, parigote et rigolote, adorait la compagnie de la jeunesse et appréhendait les visites, heureusement rarissimes de sa vieille cousine. Ce farfadet grassouillet et jovial n’en était pas moins très croyant, voire superstitieux et le flacon contenant l’eau de Lourdes faisait figure de relique. Je ne sais qui de ma chère maman ou de mon arrière- grand-mère a collé l’étiquette mais les bienfaits de l’eau miraculeuse s’arrêtent apparemment aux portes de l’orthographe ! Mémé Jeanne qui avait, du moins partiellement, élevé ma chère maman, lui confia le flacon avant de tirer sa révérence, flacon que ma mère conserva tout au long de sa vie avec les égards qui lui étaient dus.
Quand ma mère à son tour nous quitta, au milieu de tout un bazar hétéroclite, j’ai retrouvé ce flacon, objet de tant d’attentions et chargé d’un pouvoir quasi-magique. Je ne sais si son puissant fluide peut encore m’être bénéfique, l’eau de lourdes s’étant depuis longtemps évaporée, mais je garde ce talisman dans un tiroir de mon bureau. Après tout, on ne sait jamais…
Patricia

 

Quatre roues

Ah ! Te voilà ! La voix était joyeuse, rieuse. Si c’était possible, je dirais plutôt, souriante. Sans vraiment se rendre compte de cette délicate attention, Jack s’assit sans répondre, évidemment. Pas de mauvaise humeur. Non, mais, dans cette position son ventre proéminent était comprimé. Maudite hernie hiatale. Il déclencha une éructation sonore, qui lui fit reconnaître l’odeur des œufs au bacon de son petit déjeuner. Le reflux acide le fit tousser. Aussitôt le dossier s’inclina un peu et sa bedaine prit ses aises. Tu as mangé trop vite, susurra la voix féminine. De quoi j’me mêle, pensa-t-il. De ta santé, gros balourd, dit la voix suave. Tu sais bien que je lis dans tes pensées. Mais là, c’est trop facile. Le premier algorithme alpha y suffit. Je me soucie aussi de ton emploi du  temps. Inutile de me dire où nous allons, j’ai consulté ton agenda au bureau, comme toujours. Ton premier rendez-vous est dans un quart d’heure. Consulte l’écran devant toi. Tu as le choix entre deux trajets. Pas le bord de mer, c’est trop long. Bon choix, Jack, par la Place des Cocotiers. Les flamboyants sont magnifiques. On y va. Non, je n’ouvre pas la vitre. Tu es légèrement fébrile ce matin, 37°9. Si si, recta ! J’ai réglé la température intérieure à 22 °. A droite de ton siège, dans le gobelet en carton recyclable, il y a un gramme de paracétamol dans de l’eau à 20°. Je te conseille de boire le plus rapidement possible. Je ralentirais dans les virages pour que tu ne mouilles pas ta cravate. Comme d’habitude, elle est de travers. Veux-tu que je refasse le double nœud ? Détends-toi, comme tu voudras… Ta secrétaire va encore te reprocher d’être célibataire. Elle repasserait bien tes cols de chemise, l’amoureuse transie. La caméra installée dans le secrétariat montre nettement son érythème de jeune fille quand tu ouvres la porte de ton cabinet. Au fait, sois plus prudent quand tu examines Mme Célestat. Elle a les tétons extrêmement sensibles. Sa sérotonine grimpe de manière inquiétante quand tu l’auscultes. Elle croit que tu le fais exprès. Non ! Je ne suis pas jalouse. Seulement tu sais bien que ma finitude est que tu sois heureux. Que tu ne te trompes pas. Cette femme n’est pas malade, tu le sais bien. Elle vient seulement pour… Bon, d’accord, je n’insiste pas. Tu as vu : sur la droite, la façade de ta banque a été ravalée. Avec vos sous, qu’est-ce qu’ils font pas comme travaux. Leur algorithme fiscal est au point, c’est un ami. Au fait, tu recevras demain au courrier la confirmation que j’ai placé 77 % de tes économies en Huans. Ils encore trouvé des gisements gaziers en mer de Chine et des terres rares chez les Ouïgours. Tu feras ton voyage au Canada plus tard. L’année prochaine, tu pourrais plutôt aller à Shangaï, avec tous tes Huans ! Oui, je sais, mes sorties d’humour doivent être améliorées. J’y travaille sur les big datas de Big hard. Au fait question humour, Trump a été réélu. Les hackers russes m’avaient prévenue, c’était couru d’avance. Pas le temps pour d’autres nouvelles, nous arrivons, remets tes chaussures. Je m’aperçois que tu n’avais pas changé de chaussettes. Je t’en ferai parvenir une paire neuve assortie à ta cravate. Et demain matin tu changeras la lame de ton rasoir. Ce n’est pas parfait, ça fait pas net. Pas trop d’after shave, ça fait vieux dragueur. N’oublies pas : n’accepte qu’une seule urgence par demi-journée. Après tu n’es plus efficace et je suis obligée de revoir tes dossiers pendant la nuit en relation avec tes ordinateurs. Et puis la nuit, ne regarde pas n’importe quel film, à ton âge. Tu vois ce que je ne veux pas dire, hein ! Il est primordial que tu tiennes le coup. Ta santé d’abord, ta notoriété et… ton compte en banque. Tu le sais, je veille sur tout. C’est grâce à nous, moi et mes algo, que tu as pu t’acheter mon dernier modèle intelligent. Allez, vas-y. Au boulot, Doc chéri. Oui je reste et je serai toujours ton objet. Ta bagnole, comme on disait avant.
Bertrand


Exercice 1
 : Ce matin-là, le soleil ne se leva pas…

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Ce matin-là, le soleil ne se leva pas…
Les oiseaux ne chantèrent pas…
Un grand silence, inhabituel envahi tout.
Les hommes et les animaux se serraient, tremblants…
Il commença à faire froid, très froid…
Un homme se dit qu’il fallait soudain quelque chose d’aussi inhabituel pour se rendre compte de la chance qu’ils avaient eu, tous les matins, à voir le soleil se lever, la vie recommencer.
Qu’allaient-ils pouvoir faire maintenant ?
Quelques-uns, belliqueux, et ne comprenant pas ce qui se passait, commencèrent à se rejeter la faute, les uns sur les autres.
D’autres restaient silencieux.
Les enfants pleuraient doucement, serrés contre leurs mères anxieuses.
Comment vivre désormais dans le noir ?
Alors que la grotte résonnaient de colère, une femme, soudain, cria…
Au loin, un trait d’or se profilait.
Alors, tous se turent et attendirent…
Ils attendirent la fin de la première éclipse de l’humanité.
Fabienne

Ce matin-là, le soleil ne se leva pas. Étonnés les gens ouvraient en vain leurs persiennes mais… aucun rayon ne venait éclairer leur demeure !
Dans les rues, les lampadaires restés allumés, ponctuaient avec régularité cette nuit sans fin.
- Il doit y avoir une éclipse mais.. C’est tout de même curieux que nous n’ayons pas été prévenus ! s’exclamaient les rationalistes.
- C’est un signe ! disaient les superstitieux.
Mais… quel était donc le message caché ?
- C’est la fin du monde ! S’égosillaient quelques extrémistes en quête du plus sinistre sensationnel.
La surprise passée et cet étrange phénomène persistant, il fallut bien s’organiser.
À l’hôpital, les équipes de nuit succédèrent donc à d’autres équipes de nuit. Les allumeurs de réverbères furent mis au chômage tandis que les gérants de cabarets se frottaient les mains : « spectacles à toute heure ! Spectacle à toute heure ! s’écriaient-ils, leur fortune assurée.
Pour fuir l’angoissante noirceur, il fallait bien se divertir, que diable ! Les écoliers, eux, n’étaient guère à la fête. La cour de récréation, quasi plongée dans l’obscurité, semblait bien triste et ce n’était pas la vieille lampe murale qui allait pouvoir éclairer leurs jeux ! Quant aux leçons… pas facile de se concentrer quand tout vous rappelle l’heure du coucher ! Au village, Monsieur le curé fut mis à contribution pour dire quelques messes, des fois que le Seigneur y soit pour quelque chose mais le ciel, imperméable à ces sollicitations, restait imperturbablement noir.
Au bout de quelques semaines, les gens commencèrent à s’habituer à la situation et il y eut même quelques personnes pour trouver ce changement bénéfique mais le premier jour de la quatrième semaine, un soleil éblouissant se leva, éclairant joyeusement villes et campagnes.
Eh bien, croyez-moi, il y eut malgré tout quelques grincheux qui trouvèrent motif à rouspéter : que les hommes sont complexes et difficiles à contenter !
Patricia

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Ce matin-là, le soleil ne se leva pas.
Personne ne broncha.
Pas une âme ne pointa le bout de son nez dehors. Tout le monde resta chez soi. Les plus superstitieux, par peur que le soleil ne rattrape le temps perdu et ne les grille sur place. Les plus expérimentés, parce qu’ils savaient que ça ne changerait rien. La vie ici était particulière, et les nouveaux venus trouvaient vite déconcertant ce que les vieux de la vieille considéraient comme l’évidence.
Ce manque de soleil venait avec un froid mordant, raison pour laquelle les plus frileux restaient eux aussi au logis.
Luther était arrivé il y a peu, et s’habituait encore au mode de vie local. Heureusement, le confinement avait été un bon entraînement, en outre, la réserve de chocolat chaud et de grog était encore honorablement remplie. Souvent, se mettant à sa fenêtre, il essayait de voir ses voisins d’en face, malgré les ténèbres et la confusion extérieures. Il n’avait encore vu personne en face, juste lui et sa radio. Il communiquait avec le reste de la colonie, sécurité oblige, mais au manque de chaleur thermique s’ajoutait celui plus pénible de la chaleur humaine.
Il aimait imaginer ce à quoi ils pouvaient ressembler, en face. Il savait qu’ils étaient arrivés parmi les premiers. Des mois et des mois comme ça… Comment ne pas devenir fou ? Peut-être avaient-ils la chance d’être un couple réuni ? Il songea à sa belle, loin, si loin à présent. Malgré ça, il ne regrettait pas son départ. « Je finirai bien par voir le bout du tunnel », se répétait-il en dessinant des bonshommes bâton en exhalant sur la vitre.
Un autre jour, il entendit un bruit dehors.
Un hurlement.
Et il lui avait semblé apercevoir un rai de lumière. Incrédule, il traversa son habitation parasitée des fruits de ses occupations : bouteilles vides en tout genre, paquets déchirés et variés, sémaphores engendrés par l’ennui…
Il arriva à sa fenêtre. Il faisait toujours très sombre, oui, mais l’astre roi commençait timidement à faire émerger de l’horizon sa courbe radieuse. Il reçut des instructions du centre de commande : la première sortie était prévue dans cinq jours.
Tout impatient qu’il était, Luther se prépara autant que faire se peut, et pour ne pas se gâcher le suspense, se défendit d’aller jeter un œil vers le reste du monde. Il se rasa et se parfuma ; n’ayant pas le nez le plus fin (ni les glandes sudoripares les plus motivées), il prit sa première douche de la semaine… Il finit par sortir au moment prévu.
Bien habillé, lourdement couvert, il posa doucement son pied dans le sol mou. Ses yeux furent éblouis par la lueur naturelle du soleil, qui frappait de ses rayons divins les visages de ceux qui émergeaient. Luther rencontra pas mal de gens, et serra plus de mains qu’il n’en avait jamais serré.
Enfin, il vit sortir son voisin d’en face, qui était une voisine, Laureline. Il ne l’avait jamais vue, et pourtant il se sentait naturellement relié à elle, et c’était manifestement réciproque ; il s’avouèrent en même temps qu’ils s’imaginaient derrière le plexiglas, durant cette retraite nocturne. Et tranquillement, comme deux amis de toujours, ils se serrèrent dans les bras et pleurèrent ensemble devant la parhélie naissante, la première depuis six mois en Antarctique.
Loup

La lune avait décidé de camper dans les cieux
Et refusait de lever le rideau.
Les étoiles en profitaient pour scintiller.
Ce matin-là,
La nuit n’avait pas quitté son lit,
Elle se sentait si bien dans ses draps de satin,
Pourquoi se lever et laisser la part belle au jour ?
Et puis le soleil brillait trop souvent à son goût
Et connaissait davantage de succès qu’elle.
Ce matin-là, c’était décidé,
Le jour ne se lèverait pas,
Et le soleil ne brillerait pas !
Cet astre ne l’éblouirait pas,
Les nuages s’amoncelleraient dans le ciel,
Et ce serait comme ça
Un point c’est tout !
La nuit voulait durer et ne jamais se réveiller.
Dans le noir la nuit se voyait briller
Fabienne C.

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Nous venions d’observer toute la nuit avec les copains de l’association calédonienne d’astronomie, et attendions l’aurore pour aller nous coucher, mais ce matin là, le soleil ne se leva pas.
Bien qu’un peu fatigués, cela ne nous gêna pas plus que ça : notre observation des galaxies, amas globulaires et nébuleuses planétaires s’en trouvait ainsi rallongée. Pendant la soirée et la nuit nous avions vu Jupiter, Saturne, Neptune, Uranus et mars. Nous pouvions maintenant  égrener le chapelet complet des planètes en attrapant Mercure et Venus au petit matin . Nous avons même jeté un coup d’œil espiègles à nos pieds en nous écriant de concert « oh regardez ! Voilà la Terre maintenant ! La boucle est bouclée ».
Puis nous avons exploré les constellations restées cachées pendant la nuit et avons entrepris un tour des galaxies toutes plus spectaculaires les unes que les autres : des barrées et des spirales, des irrégulières.
Nous sommes aussi allés saluer les objets de la saison opposée puisqu’ils nous faisaient l’honneur d’être visibles à ces heures improbables.
Le jour d’après, nous publieront notre plus long CROA (compte rendu d’observation astronomique) en même temps que nous rentreront dans le livre des records : la plus longue observation astronomie nocturne de tous les temps : 36 heures d’affilée !!!!
Dominique

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Ce matin, Germaine s’éveilla, comme tous les autres jours, pensa-t-elle.
Cependant, la chambre était dans le noir le plus total.
Elle appela son Gaston, mais personne ne répondit. Elle tâta la place à côté d’elle : elle était froide.
Un profonde angoisse l’étreignit. Le soleil ne s’était pas levé…
Tous les matins, il venait lui dire bonjour dans sa chambre sans rideau qui lui permettait de se lever aux premières lueurs.
Or, ce matin, rien… Le silence !
Germaine eut peur, très peur, alors, elle se mit à crier.
Gaston ouvrit la porte et là, soulagement !!! Une lumière vive traversait le couloir.
-       Ben, la Vieille, pourquoi tu cries comme un cochon qu’on égorge.
-       Mais Gaston, le soleil…
-       Ben quoi, le soleil ?
-       I s’est pas levé !
-       Arrête de dire des conneries, et vient’en dans la cuisine…
-       Mais quoi qu’il arrive, mon Gaston ?
-       Ben, tu disais toujours que tu ne pouvais pas dormir un peu le matin, avec ce soleil qui se lève si tôt, alors, hier soir, j’ai mis des barricades aux fenêtres. Et ça a marché ! Nom de dieu, l’est plus de huit heures !
Fabienne

 

Exercice 2 : Blanc et noir

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Une petite courte :
-       Dis, Grand-mère, c’est vrai qu’à ton époque, on vivait en noir et blanc ?
Fabienne

Blanc et noir, il parait que ce ne sont pas des couleurs ; pourtant l’homme noir et l’homme blanc ne sont pas transparents ! Un noir vaut-il un blanc ? Un blanc vaut-il un noir ?
Si on se réfère aux notes de musique, la balance penche pour le blanc mais si on pense au « tir à la carabine », un tir à blanc n’est pas très efficace. Idem pour un mariage blanc (là aussi, pas de tirs efficaces…).
Mais… il ne faudrait pas que vous me preniez pour une oie blanche ou une âme noire qui cherche à prouver la suprématie d’une race sur l’autre. Non, pour tenter de répondre à cette question il n’y a qu’une solution : se résoudre à regarder sous cette carapace, objet du litige, qui entoure notre corps. La peau une fois ôtée, tous les écorchés se ressemblent étrangement. Si on attend suffisamment, leurs os finiront par blanchir et bien malin, alors, qui verra la différence !
Patricia

Aujourd’hui était l’ultime ordalie. Lana saurait où allait sa loyauté, elle aurait la confirmation qu’elle était une jeune fille normale. Sa famille l’avait bien préparée. Les grands-parents lui avaient cousu une robe digne d’une mariée.
Elle avait été amenée un peu plus tôt dans la journée à la Grande salle, avec un grand G. Un peu de méditation avait eu raison de son stress, pour ne laisser qu’une minuscule question, insignifiante mais dont le manque de réponse lui laissait un picotement dans la nuque.
« Et si j’étais l’une d’eux ? ».
Impossible, statistiquement les probabilités étaient dérisoires. Elle ne pouvait s’empêcher toutefois de garder cette question dans un coin de sa tête. On l’appela, et elle arriva face à l’assemblée. Sa famille lui lançait, au premier rang, un regard plein de soutien. La Haute Mère, avec un grand H et un grand M, se contenta du haut de sa chaire de réciter les solennelles paroles.
Elle expliqua que comme tout citoyen, à l’anniversaire de ses 18 ans, elle devait passer le Test chromatique, avec un grand T mais un petit C. Elle hocha la tête et s’installa sous la demi-sphère de verre, qui se referma. Elle décida de rabattre ses paupières, pour éviter le poids des yeux de tous les autres. La question lui chatouilla un peu plus l’arrière du crâne. Une lumière la traversa, comme elle l’avait vu pour ses prédécesseurs. Elle se mit à léviter sous la cloche, doucement, puis… retomba lourdement.
Ça n’était pas prévu.
Elle se caressa douloureusement les reins, et sentit la question s’affoler et danser comme la flamme d’une bougie au vent. Elle se décida à ouvrir les yeux. Elle vit l’agitation de la foule, l’horreur de ses parents… et ses mains, souillées d’une couche de noir de jais. Stupéfiée par ce résultat, elle tenta de les frotter sur sa robe et sur le verre, mais au contraire, le noir se répandit comme un virus.
Certains commencèrent à quitter la pièce. Elle tapa sur la paroi et cria vers ses parents, qui fuyaient en cachant leurs larmes. La petite question, elle, était passée d’un innocent tintement à une bombardement assourdissant, digne d’une cloche de cathédrale.
Lana se mit à paniquer et à frapper encore, répandant la noirceur. Elle s’appuya contre cette surface d’onyx, corrompue par ses soins. Elle qui n’avait pas pensé plus que ça au Test… Elle donna un dernier coup rageur, voulant envoyer valser toutes leurs grandes lettres.
À sa plus grande surprise, elle passa à travers du noir et se trouva de l’autre côté. Le public hurla et une émeute vit le jour. Ne sachant que faire, perdue, elle fonça sur la sortie de secours, qui était à son grand dam verrouillée. Par instinct, elle tartina tout de ses paumes indignes. Quand le noir fut assez répandu, elle arriva à le traverser. Elle se retrouva dans la rue. Entourée de son élément, puisqu’il faisait nuit, elle ne savait où aller.
Malgré l’omerta qui planait sur le sort du noir, elle savait ce qui l’attendait si elle s’attardait. Elle arracha le bas de sa robe, plus tellement blanche, et disparut dans les ténèbres, sans se retourner.
Loup

Blanc et noir

Ce soir-là elle s’était habillée de blanc.
Elle dénoterait parmi les invités.
C’est sûr on ne remarquerait qu’elle.
Elle se disait le blanc c’est pur
Le blanc, c’est angélique !
C’était sans compter sur le déroulement de la soirée.
Son carrosse la laissa en carafe à moitié chemin,
C’est une bétaillère qui la prit en stop,
Et pas n’importe laquelle :
Le fourgon transportait des cochons,
Et avant de descendre,arrivée à bon port
Juchée sur ses talons flambant blancs,
Elle s’affala sur le bord de la route.
Nul besoin d’expliquer comment elle se releva
Elle était couverte de boue et sentait fort.
De blanc elle passa au noir,
De propre elle devint sale.
Morale de cette histoire :
Si tu veux briller en soirée,
Habille-toi de noir
Et laisse la couleur blanche aux fées.
Fabienne C.

 

À  vous de jouer si vous avez un échiquier ou un damier
À vous de chanter : du Michael Jackson ou le titre composé par Gainsbourg pour l’Eurovision ou encore Amstrong de Nougaro
À vous d’être nostalgique du temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : je vous parle du poste télévisé en noir et blanc, c’était avant les années 70
Si vous êtes déprimés, veuillez coucher vos idées noires et laisser les hommes en blanc vous passer l’étrange gilet avec les grandes manches.
Assoiffé ? Commandez vous un Black & White
Si vous êtes férus de nature, vous nous parlerez des manchots et des zèbres.
À l’opéra vous danserez black Swan, au conservatoire vous écouterez du piano
Écrivain vous écrirez des romans noirs, restaurateur vous laisserez à disposition de vos convives un livre blanc.
Alors ne me dites surtout pas que vous ne savez que faire de ce thème : je viens de mettre quelques idées noir sur blanc pour vous aider !
Dominique

Ce soir-là, j’étais ivre, saoul, noir… Me rendant quand même vaguement compte de la situation, je voulus renter chez moi… Et là, grand blanc ! Je ne savais plus où j’habitais.
Un homme passa, c’était un Noir immense. Je le hélai, comme je pus, pour lui demander mon chemin… Mais il dit qu’il ne me répondrai que si je lui donnai un chèque en blanc ! Je me mis en colère et il s’enfuit.
Je rêvais d’un petit noir, bien fort et serré… Un autre passant… Cette fois, je fis patte blanche. Mais devant mes explications alambiquées, il devint tout blanc et me répondit :
-       Mais vous être complètement noir, mon pauvre !
-       C’est parce que j’ai passé une nuit blanche…
Mais il ne voulut rien entendre et disparut dans un coin noir.
Je ne savais plus quoi faire, et me posais mille question quand tout d’un coup : GRAND NOIR !
Fabienne

Couleur

Écrire noir sur blanc a toujours été discutable. Blanc sur noir est maintenant plus qu’une photo en négatif. Les mots qui vont suivre n’ont rien d’une épreuve définitive. C’est plutôt un examen blanc. Et pan ! Me voilà condamnable, de but en blanc.
Le tableau noir est celui du maître. Mais de quelle école ? Pas celle des donneurs de leçons.
De quel droit m’en mêler. De quoi je m’emmêle ? De l’expérience de mon âge. De mes cheveux blancs.  Qui me rendent capable de vous regarder dans le blanc des yeux.
Je ne pars pas d’une page blanche et je ne suis pas une oie. Me dira-t-on : mieux aurait valu laisser un blanc. Tout en broyant du noir ?
Ce point noir qu’il faut extirper. Encore, une phrase ambiguë. Un appel à l’arme blanche, à saigner à blanc.
Non, je refuse toute violence. Et je refuse de voter blanc. Tant que le vote existe !
Mais personne ne m’a donné de chèque en blanc… approvisionné avec de l’argent gagné au noir. Pas de carte blanche à l’absurde.
Un proverbe hongrois dit : « même le lilas blanc a une ombre ».
Pourquoi la magie blanche serait-elle toujours bénéfique et la magie noire maléfique ? La peur du noir est un fantasme. Elle vous rend blanc comme un linge ? Ce qui est cousu de fil blanc fera certainement chou…
Non, la neutralité ne suffit pas. Il faut afficher une couleur. Ne pas sortir le drapeau blanc. Refuser la haine. Récuser le racisme.
Pour certains ce court texte ne sera pas à marquer d’une pierre blanche. Il ne permet pas non plus de voir tout en noir.
L’espoir est dans la nature. Comme tous les humains, l’homme blanc descend d’un ancêtre né dans le Rift, à la peau noire.
Le meilleur vin blanc peut découler d’un pineau noir : un champagne.
Bertrand

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