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Atelier d’écriture du 24 août 2020

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DEVOIR : inventez une origine à l’expression « décrocher la timbale ».

timbale

Été comme hiver, Le vieux Youri était assis sur les marches de sa pauvre masure d’un quartier populaire de Moscou. De temps en temps, il se mettait à crier :
-  J’ai décroché la timbale !!! Oui, j’ai décroché la timbale !!! les doigts accrochés à un pauvre gobelet d’émail tout cabossé.
Puis il partait d’un rire tonitruant, avant de s’effondrer en larmes et de marmonner des choses que nul ne comprenait.
On disait qu’il avait perdu la raison après la « tragédie de Khodynka ».

Le 16 mai 1896 devait avoir lieu le couronnement de Nicolas II. Comme il était d’usage, des fêtes somptueuses furent prévues dans toute la sainte Russie et plus particulièrement près de Moscou, dans le champ de Khodynka, où des milliers de gens furent conviés. Chacun des convives allait recevoir un saucisson, des noisettes, des raisins secs, des figues et une magnifique timbale en métal émaillé aux initiales du futur tsar Nicolas II et de son épouse Alexandra Feodorovna qu’on avait fabriquée à plus de vingt mille exemplaires ! On disait même qu’il y aurait une pièce d’or pour certains chanceux.
Un cadeau royal pour de pauvres hères comme Youri. A l’époque, il avait vingt ans et était un beau jeune homme.
La veille, par prudence, il décida de prendre sa couverture et de se rendre sur place. A minuit, il y avait déjà plus de deux cent mille personnes. A quatre heures du matin, il y en avait quatre cent mille !
Les organisateurs de l’évènement, peu scrupuleux, ne visitèrent même pas le champ de Khodynka. Or, c’était un terrain vague plein de trous, entouré de cabanes de bois et qui se terminait par un profond ravin. A l’arrière de ce ravin, deux grands puits avaient été rapidement bouchés par quelques planches.
Les festivités devaient commencer à 10 heures du matin, mais dès les premières lueurs de l’aube, la foule, très remontée, décida d’entrer. Alors, une vague humaine, impétueuse se mit en marche.
Croyant la calmer, des soldats jetèrent aux hasard quelques timbales.
Youri eut la chance d’en attraper une. Les mains serrées sur la poitrine, il la protégea comme il put. Il voulut repartir chez lui et résista de toutes ses forces, mais pressé, poussé, bousculé par la foule, il piétina malgré lui, des femmes, des enfants gisant à terre, comme tous ceux qui le suivaient
Le mouvement le poussait inexorablement vers le ravin…
Il vit avec horreur des milliers de gens, tel un gigantesque tsunami, rouler, tomber les uns sur les autres… Alors, il ferma les yeux, les mains toujours agrippées sur sa malheureuse timbale.
On ne sait pas quel hasard, il put s’en sortir. Blessé, inconscient, mais toujours vivant, il fut sorti de ce trou qui devint une tombe pour 1.389 victimes.
Il en perdit la raison.
Les responsables ne furent même pas punis.
En revanche, Youri fut encensé et proclamé comme « celui qui a décroché la timbale »… avant que l’on en oublie définitivement la tragique origine…
Fabienne


Exercice 1
 : histoire à plusieurs mains
Écrivez la première phrase d’une histoire et passez votre feuille à votre voisin. Puis repassez la feuille à un autre voisin pour qu’il termine l’histoire.

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Elle avait terriblement faim ce matin-là, quand elle s’éveilla. Il faut dire que ça faisait un moment qu’elle n’avait pas mangé ! Il n’y avait plus personne dans les rues et même la grand-place était vide. Les bénévoles des maraudes qui, habituellement lui donnaient des sandwiches et un café chaud ne venaient pas non plus. Mais que se passait-il ?
Elle imagina un mal mystérieux qui aurait disséminé toute la population de cette petite ville… Elle seule serait encore vivante.
Elle s’étira et se leva. Même Gaston qui habituellement dormait sous le porche voisin du sien n’était pas là…
Aucun bruit dans la petite ville… Plus de voitures… pas même le chant des oiseaux…
Une angoisse l’étreignit… Mais elle se reprit vite. Elle avait survécu à tellement de choses.
Allons voir si les magasins ou les bars sont ouverts, peut-être qu’une bonne âme me donnera quelque chose à manger… ou à boire.
Les grilles des magasins étaient baissées, les chaises et tables des terrasses des cafés étaient entassées dans un coin.
C’était de plus en plus surprenant.
Perplexe, elle attendit un moment.
Au loin, enfin, elle vit venir une silhouette… tout de noir vêtue… elle fronça les yeux, fut effrayée que ce soit la mort qui s’approche… la silhouette avança encore, et elle découvrit avec soulagement que ce n’était qu’Édith Piaf ; elle l’entendit chanter, et fut tout à fait  étonnée lorsqu’elle reconnut la chanson « emportée par la foule … » quoi quelle foule ? il n’y avait pas un chat ! décidément le monde ne tournait pas rond ce matin.
Fabienne

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Marie n’aurait jamais pensé qu’elle était tombée enceinte si Jean ne s’en était aperçu.
Svelte, élancée, la taille toujours fine, elle se pavanait au bal du village, vêtue d’une robe légère dont le décolleté laissait entrapercevoir une poitrine généreuse.
Bizarre se dit Jean, qui, amoureux de longue date de cette donzelle, connaissait presque par cœur les courbes de son corps. Marie avait toujours eu une poitrine, certes gracieuse, mais toute menue ! Aurait-elle, sans lui en parler, eu recours à la chirurgie esthétique ? Impossible ! il était son ami et connaissait tous ses secrets. En plus, si elle avait été absente, plusieurs jours d’affilée, il l’aurait remarqué.
Intrigué, il l’observa les jours suivants, scrutant attentivement tout nouveau changement. Deux semaines plus tard, alors qu’elle avait revêtu une robe de jersey pastel un peu moulante, il eut la nette impression que le ventre de son amie, toujours parfaitement plat, prenait une petite ampleur qu’il jugea suspecte. Un affreux doute s’ immisça en lui…Se pourrait-il ?… Non ! Impossible ! Elle habitait toujours chez ses parents, ne sortait que très rarement et surtout ne baguenaudait pas avec des étrangers ! Il était son meilleur ami, son confident, le seul à qui elle pouvait tout dire…Il voulut en avoir le cœur net et  l’interrogea franchement ; Marie parut profondément troublée.
Moralité : « Femme qui rit, à moitié dans ton lit
Femme amie, doit rester loin du lit ».
Patricia

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Quand elle arriva, elle vit que le chat était perché. Dans la plus haute caisse de l’animalerie, le sphinx se débattait, poussait des miaulements erratiques, tentait de défoncer l’entrée, puis d’un coup se ravisait et dormait quelques heures. Puis, nouveau quart d’heure de folie.
- Ce mâle a définitivement un pèt au casque, avait informé la gardienne. Je ne crois pas en avoir vu un qui soit plus bizarre et lunatique que celui-là.
- C’est parfait, avait répliqué l’acheteuse, je vous le prends immédiatement !
- Merci, Madame, mais… Vous savez ce qu’on dit… L’animal est à l’image de son propriétaire…
- Justement ! Il me faut un chat qui soit aussi perché que moi, comprenez…
Sans un mot de plus, la vendeuse hocha de la tête et utilisa son escabeau pour descendre la bête, qui par miracle se tenait tranquille pour le moment.
- Il a un nom ? demanda la cliente,
- Euh… À y bien penser, non, on l’a toujours appelé « le dix-huit », puisque c’est le numéro de sa cage.
- Dix-huit… Parfait ! C’est perché au possible ! Dix-huit, je sens qu’à défaut de nous comprendre, nous allons bien nous entendre !
Très vite, 18 prit l’habitude de répondre à son étrange patronyme et s’essaya à différentes sortes de miaulements répondants à des besoins distincts que, comme par enchantement, sa nouvelle propriétaire déchiffra sans problème. La communion entre ces deux êtres fut immédiate et si intime que plus jamais on ne vit cette femme sans son chat. Plus le temps passait et plus le phrasé de l’étrange femme s’étirait et devenait aiguë, comme par mimétisme avec l’animal. Je l’ai rencontrée récemment et tout de suite son regard vert à la pupille élastique m’a troublée. Se pourrait-il ?…
Loup


Exercice 2
 : Allez, reste !

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- Allez, reste ! On commence à peine à s’amuser !
- Non, sérieux, je le sens pas, je…
- Mais tu vas pas mourir sans faire une dernière fois la fête, quand même !
Humour déplacé : la mort de demain, c’était le bac de philo. Elle voulait danser comme si il n’y avait aucun lendemain, et lui voulait rentrer comme si sa vie se jouait sur son heure de coucher.
- Écoute, faut vraiment que je révise Pascal, si ça tombe sur ça je suis mort, et franchement je…
- Ah, j’emmerde Pascal ! Ça fait longtemps qu’il a crevé !
Elle tira sur le joint d’un ami qui passait par là et reprit :
- Puisque t’es dans ton moment L, « quoi que puissent dire Aristote et toute la philosophie… ?
- …qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre », finit-il, je sais. Et moi, j’emmerde Molière, lui aussi, ça fait longtemps qu’il s’est rencardé avec le grand barbu pour le dépôt de bilan.
- Écoute, trancha-t-elle, je suis trop défoncée pour comprendre tes machins, là. Alors c’est simple : tu restes et on s’aime, ou tu pars et je te quitte. Marre de vivre avec un curé de poche.
Sa seule réponse fut une gifle vibrante, qui l’ébranla et la laissa en plan au milieu des convives imbibés.
Loup

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La pièce était sordide.  De vieux rideaux dépareillés pendouillaient de chaque côté d’une étroite fenêtre. Au plafond, un fil nu prolongé par une ampoule de faible amplitude diffusait une lumière blafarde. Un papier peint fleuri tout défraîchi tentait vainement d’égayer la tête de lit en bois qui avait connu de meilleurs jours. Quand au lit lui-même un vieux sommier déglingué, une sorte de ravine que le matelas à ressorts ne parvenait pas à combler, il n’était guère engageant malgré un couvre-lit flambant neuf et deux oreillers de velours écarlates qui tentaient en vain de racheter l’ensemble. Face au lit, un grand miroir à bords dorés tranchait sur un mur noir. Un peignoir de satin, négligemment posé sur l’unique fauteuil complétait le tableau.

Tout timide, il pénétra dans la chambre, inquiet de savoir s’il aurait assez d’argent et si, malgré son jeune âge, elle l’accepterait comme client. Indulgente, face à son inexpérience qu’elle devinait sans peine, elle lui sourit et, tel un sésame, prononça les mots magiques qu’il n’osait espérer :   allez, reste…
Patricia

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-       Allez, reste… lui chuchotai-je, alors qu’il venait tout juste de m’aimer.
-       Mais non, tu sais bien que je ne peux pas !
-       Ah oui, ta femme…
-       Ben oui, ma femme…
J’en avais plus qu’assez de passer toujours après tous ses impératifs, ses obligations, sa vie à lui ! Et moi, que me restait-il ?
Des miettes.
Des miettes qu’on offre à un mendiant affamé.
Bien sûr, ma meilleure amie, qui n’était plus si meilleure depuis quelques temps, n’arrêtait pas de me seriner :
-       T’avais qu’à pas choisir un mec marié !
Comme si c’était moi, qui l’avais choisi… Comme si on choisissait ce genre de situation.
Je me disais aussi que le genre humain est bizarre et ne veut que ce qu’il ne peut avoir.
Au moment où il franchissait la porte, je lui murmurais encore une dernière fois :
-       Allez, reste… encore un peu…
Mais il était déjà parti…
Fabienne

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