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Atelier d’écriture du 17 août 2020

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DEVOIR : un sandwich

Là, on pouvait dire qu’il était sur un coup !…
alors, un vide immense, infini, s’ouvrit devant lui.
« Colère » Denis Marquet

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Là, on pouvait dire qu’il était sur un coup : son dernier roman allait lui rapporter des millions. Certes, il ne gagnerait pas le Goncourt, mais il s’en fichait. Cette institution était un ramassis d’idiots snobinards…
Lui était un auteur populaire et il s’en vantait. C’était son public qui l’aimait, se jetait sur le dernier de ses livres et… faisait sa fortune.
Son héros, Ned Carson, était une mine d’or.
Ce n’est pas lui qui l’avait inventé, non, lui n’avait aucune imagination. Même pour le nom, il n’aurait pu trouver mieux. Un nom qui évoquait à la fois l’archéologue curieux et l’aventurier intrépide.
Non, tout était sorti de l’imaginaire débridé de l’un de ses patients,  car il était psy. Et son métier était d’écouter les autres. Ce qu’il faisait, à  merveille.
Jean Dupont était un homme banal… trop normal disait-il lui-même. Même son nom était d’une banalité désobligeante. Il était fonctionnaire dans une administration inutile, célibataire et timide.
Sa vie, il la rêvait la nuit. C’est pour ça qu’il était venu voir notre cher psy, trouvant sa situation pathologique.
Ce dernier ne l’avait pas contredit, oh non !… Il l’avait enregistré.
A chaque séance, Monsieur Dupont racontait ses rêves trépidants, utilisant un vocabulaire aussi riche et foisonnant que les aventures de son « avatar » nocturne.
Notre écrivain par procuration n’avait plus qu’à retranscrire. Il en fit un premier roman que la première maison d’édition à qui il présenta le manuscrit publia. Ce fut un succès foudroyant, immédiat.
C’était sa vocation, se disait-il, sauf qu’il n’avait pas la plus petite idée pour commencer une page.
Il avait arrêté d’être psy, ne gardant que ce seul patient qui lui apportait la célébrité et la fortune.
Il se demandait toujours comment Jean Dupont pouvait inventer tout ça alors qu’il ne lisait jamais, ne regardait pas la télé ni les journaux. Heureusement d’ailleurs car la sortie des troisièmes aventures de Ned Carson venait de sortir et on ne parlait que de cet évènement dans les médias.
Quand notre patient rêveur arriva dans la salle d’attente, vide comme d’habitude depuis quelque temps, la radio diffusait une chanson stupide. Puis, un flash d’un commentateur vint le sortir de ses pensées :
-       Mesdames et Messieurs, c’est aujourd’hui que parait le troisième tome des aventures de Ned Carson. Dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde ! L’auteur sera à partir de 18 heures à la Grande Librairie pour une séance de dédicaces et une rencontre avec son public chéri.
Et là, un résumé succinct du roman ne laissa plus de doute à Jean Dupont : son cher psy, lui avait volé tous ses rêves !!! Et ce n’était pas la première fois.
Il entra dans une colère froide : l’homme en qui il avait le plus confiance l’avait trahi, s’était servi de lui. Il se leva et alors, un vide immense, infini, s’ouvrit devant lui.
Fabienne

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Là on pouvait dire qu’il était sur un coup ! Elle lui avait souri, il en était à peu près certain. Il n’y avait personne aux alentours, alors…
Élancée, la taille fine, un doux visage encadré de longs cheveux blonds. Ella avait vraiment tout pour lui plaire. C’était son type de nana, ça c’est sûr ! Mais pour pécho, il n’était pas trop fortiche, alors ce sourire…  C’était la première fois qu’il apercevait cette fille.  Elle se promenait sur le front de mer trainant en laisse un petit roquet bien propret affublé d’un manteau écossais (vous savez ce genre de chien-saucisse qui n’ont jamais l’air content). Lui, il n’aimait pas beaucoup ça les cabots mais bon, il faut parfois savoir faire des concessions.
La semaine suivante, il avait essayé en vain de la croiser mais aujourd’hui, miracle ! Elle était là, au bord de la plage (toujours avec son animal !). Elle avait troqué son chemisier et sa jupe à fleurs contre un jean moulant et un tee-shirt rouge qui ne laissaient aucune place à l’imagination. Il en reçut comme un choc dans le ventre. Tous ses sens brutalement aiguisés, il en bavait presque après deux longs mois d’abstinence suite à une rupture qu’il avait somme toute vite digérée, la fille le gonflant prodigieusement.
Il fallait absolument qu’il ait le courage d’aborder cette nana, un vrai canon ! Mais… de quoi allait-il bien pouvoir lui parler ?
-       Hum ! Hum ! Heu… il a l’air sympa votre chien ! Ma mère avait pratiquement le même quand j’étais enfant (il omit de préciser que la sale bête l’avait plusieurs fois mordu jusqu’au sang). Ce type de chien n’aiment pas rester trop longtemps enfermé, hein ! vous le sortez tous les jours ? La plage pour ça c’est bien… Ils ont de la place… et en cette saison, ils ne dérangent personne, c’est pratique…
Ce n’était pas une bêcheuse et de fil en aiguille, la conversation se poursuivit avec fluidité. Il était aux anges !  Pour une fois sa drague fonctionnait… il l’invita à prendre un verre et elle accepta. Ils passèrent un moment délicieux et se donnèrent même rendez-vous le jour suivant.
Le lendemain, les choses se corsèrent rapidement et ils se retrouvèrent en un rien de temps dans son petit appartement de célibataire.
Il n’avait pas eu le temps de bien ranger, forcément il n’avait pas prévu de conclure si vite, mais elle ne sembla pas s’en offusquer.
Après quelques verres, ils se dirigèrent, main dans la main, en direction la chambre. C’est à ce moment précis que tout bascula : la longue chevelure n’était qu’une perruque. Quand au soutien-gorge, il était entièrement garni de coton !
Et je vous laisse imaginer ce que contenait, tant bien que mal, la petite culotte de dentelle noire…  Il s’était fait piéger comme un perdreau de l’année !
Alors, un vide immense, infini, s’ouvrit devant lui…


Exercice 1
 : Chaque nuit, il rêvait qu’il avait un pied dans la tong. Tourmenté par ce sinistre présage, il consulta une voyante…

 

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Chaque nuit il rêvait qu’il avait un pied dans la tong.
Son récent anniversaire n’arrangeait rien à cela : puisqu’il était connu comme étant maladroit, sa grand-tante eut le bon goût de lui offrir des claquettes « pour ne pas se blesser en entrant dans la cuisine », je cite.
Il ne dormait plus de la nuit. Il se réveillait en sueur, après avoir visualisé des lanières de tong le pendant haut et court, et il sentait dans son placard à chaussures une présence surnaturelle, voire maléfique. Traumatisé, il ne savait pas qui appeler sans que la personne ne reparte en riant (à part sa psy, mais il n’est jamais bon de renouer avec ses ex par désespoir).
Il se résolut à consulter. Madame Catherine Vanderbeck (et non pas madame Irma), voyante de profession et plus connue comme « Cathy » tout simplement, avait déjà une certaine réputation dans le coin, aussi prit-il le soin de se couvrir en partant. La mise était doublée : il serait déjà ridicule si on le voyait dans ce genre d’endroit, alors en plus si c’était avec une cape Batman synthétique, oubliée chez lui par son neveu depuis une éternité…
L’extralucide bonne femme le reçut à l’heure convenue. Elle lui ouvrit et lui fit traverser son cabinet-appartement. Grande-tante aurait sans doute dit une saloperie du genre « la maison est à l’image de sa propriétaire » : les étagères étaient recouvertes de livres plus ou moins colorés et de cristaux plus ou moins mystiques, les rideaux, tapis et canapés arboraient d’étranges symboles, et le chat sphinx épia leur passage sur son territoire d’un regard aussi vicieux que ceux des tongs. Les humains s’assirent à la grande table, Cathy éteignit les lumières et alluma ses candélabres. Elle commença par lui amener une bassine d’eau froide dans laquelle il plongea ses mains, après quoi elle tenta de lire les lignes de sa paume ; la lecture n’étant pas concluante, elle vira le récipient et sortit son « orbe de vision » ainsi qu’elle le nommait. Le cristal lui donna la piste :
- Vous avez un problème lié au pied », déclara-t-elle. Plus précisément aux chaussures, je crois même discerner… une tong ?
Aux grands mots les grands moyens ; les cartes parleront plus clairement ! » Elle dégaina son jeu de tarot et lui fit un tirage, qui lui permit d’affirmer :
- Votre phobie « tongienne », si j’ose dire, est liée à une autre peur plus profonde, plus générale : vous ne voulez pas vieillir. Le cadeau de votre grand-tante vous a atteint, mais pas là où vous pensez : vous n’avez pas peur des claquettes, vous avez peut de vous rencarder avec le grand barbu pour le dépôt de bilan !
Impressionné par tant de sagacité là où il n’en attendait pas, il demanda la solution à son problème. La seule réponse que la dame put lui fournir fut :
- C’est 120 balles !
Loup

Chaque nuit, il rêvait qu’il avait un pied dans la tong. Tourmenté par ce sinistre présage, il consulta une voyante qui le rassura aussitôt :
- Pourquoi pensez-vous que c’est un sinistre présage ?
- Eh ben, vous savez, quand on dit un pied dans la tong… C’est qu’on n’est pas riche…
- Pourquoi ?
- Ben passe que si qu’on était riche, on mettrait pas des tongs, mais de belles chaussures.
- Mais, au contraire, cher Monsieur, les tongs sont les chaussures de vacances. Alors, ça veut dire que vous allez partir en vacances ! Et au bord de la mer, en plus ! C’est pas bien ça ?
- Ah, pit-être… Si vous le disez, mais j’avais pas vu ça comme ça !
- Rassurez-vous, tout va bien, et si vous voulez bien tirer une carte, je vous en dirai plus.
- OK, je veux celle-là !
- Une dame de cœur ! Vous allez rencontrer l’amour en vacances ! Tirez-en une autre…
- Je veux celle-là !
- Le roi de cœur, mais c’est vous ! Et en prince charmant. Je vous le répète, votre santé est resplendissante, tout va bien et votre avenir s’annonce radieux. Ça fera 30.000 francs !
Le client se leva et en entendant le prix, s’écroula, raide mort !
Fabienne

Exercice 2 : Premier rendez-vous…

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Il ne la connaissait pas encore. Il l’avait appelée et elle lui avait donné un rendez-vous pour le surlendemain.
C’était rapide, trop rapide pour lui ! Il n’avait pas encore eu le temps de se faire à l’idée. Et qu’allait-il pouvoir lui dire pour se justifier ?
Anxieux et dubitatif, il se rendit tout de même au jour, à l’heure et au lieu fixés.
Il sonna et entra dans une pièce vide, parsemée çà et là de chaises.
- Ah ! Elle a l’habitude de recevoir, se dit-il un peu déçu, mais rassuré quand même par l’absence d’autres « clients ».
Quand tout à coup, il entendit un hurlement qui venait de la pièce à côté.
- Mais enfin, Monsieur, je vous ai à peine touché, dit une voix féminine passablement en colère.
Alors, n’écoutant que son courage qui ne lui disait plus rien du tout, il prit ses jambes à son cou… Non, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’il allait se faire charcuter par une dentiste !
Fabienne

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Il avait eu un rendez-vous grâce à cette boîte novatrice, dont il ne parvenait pas à retenir le nom (des Suédois, ou un pays dans ces eaux-là). Il ne savait pas trop à quoi s’attendre, mais fut quand même déçu. Une quarantenaire nommée Karen l’attendait. Il essaya tant bien que mal de s’intéresser à elle, mais tout dans ce monstre était détestable. Ayant eu quatre enfants de son mariage (fait par intérêt avec un homme riche et sans aucune volonté), cette mère célibataire blanche se revendiquait fièrement comme anti-vaccin et républicaine (car elle venait évidemment des USA), et elle aurait volontairement admis tout un tas d’autres discriminations s’il l’avait laissé continuer. Il décida de la laisser en plan, mais elle le poursuivit en exigeant de voir ses parents, bien que ceux-ci fussent morts depuis longtemps. Il arriva finalement à l’agence où il avait pris rendez-vous, Karen toujours collée à ses basques.
- Qu’est-ce que c’est que cette folle que vous m’avez fichu ? explosa-t-il.
- Folle ? répéta l’intéressée. Je suis outragée ! J’exige de voir le patron sur-le-champ !
- Calmez-vous, Madame, demanda gentiment le réceptionniste. Monsieur, écoutez, nos services sont très spécialisés, nous pouvons comprendre qu’ils ne vous conviennent pas, mais…
- J’ai demandé un rendez-vous galant ! Vous vous rendez compte de la morue que vous m’avez refilée ?
- C’est normal Monsieur, c’est une Karen. Nous sommes une agence archétypale, nous proposons des rendez-vous avec des personnages archétypaux. Karen est juste l’une d’entre eux. Nous proposons des gens comme Madame Irma, voyante myope aux prix encore plus hallucinés qu’elle, Kyle, adolescent colérique adepte de Red Bull et autres cochonneries… Vous-même, vous êtes un archétype, ça se voit.
- Pardon ?
- Ça crève les yeux, vous êtes un homo refoulé qui est venu pour se prouver qu’il est hétéro, c’est ce qu’on appelle dans le jargon un « downlow man ». Écoutez, on est une agence de rencontres amoureuses, pas un cabinet de thérapie. Vous êtes nouveau, vu que c’est votre première fois ici, tachez de ne pas devenir un vieux de la vieille : revenez dans cinq ans quand vous ne serez plus en conflit avec vous-même. Au plaisir de vous revoir, ciao !
Loup

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