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ATELIER D’ECRITURE DU 22 JUIN 2020

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DEVOIR : 5 mots extraordinaires
Sépale – polatouche – agarie – éfrit – chassie

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Il aimait se lever aux premières lueurs de l’aube. Il prenait ses médicaments (il n’était plus tout jeune et avait son lot de petits tracas) et partait tout de suite marcher, en compagnie de son fidèle compagnon Black, qui, comme son nom ne l’indiquait pas était tout blanc.
Il se dirigeait toujours du côté de la forêt. Il adorait la voir s’éveiller. Tous les matins, c’était une fête ! Les sépales des plantes relevaient la tête pour accueillir le jour nouveau.
Au loin, les éfrits, perchés sur les grands arbres, lançaient leurs cris stridents. Black s’arrêtait, inquiet, puis repartait joyeusement courir après un polatouche qui, pour lui échapper, plongeait dans l’étang.
Quelquefois, il croisait les chassies au long bec ; les pieds dans l’eau, elles cherchaient des vers ou des petits coquillages dont elles étaient friandes.
Notre homme souriait, sans s’en rendre compte. Il était heureux. Il faisait le tour de l’étang puis s’asseyait sur l’herbe tendre. Black le rejoignait et lui léchait les mains et le visage, preuve de son amour indéfectible.
Les papillons et les abeilles se posaient délicatement sur les fleurs sauvages. Le soleil commençait à chauffer, les mouches bourdonnaient.
Il était temps de rentrer. Il se levait péniblement. Quelquefois, il sifflait et Black se mettait à chanter une drôle de chanson, accompagné par le chant des agaries argentées.
Quand le maître arrivait chez lui, il était bien, en accord avec lui-même, paisible, content de l’effort accompli.
Il se disait que, tant qu’il pourrait promener ainsi, avec son chien, sa vie aurait un sens.
Fabienne

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Le jardin était tout rabougri. L’été s’en était allé ; l’automne s’enfuirait bientôt. Les derniers sépales des asters et des dahlias viraient au brun. Seule, l’agarie, encore vivace, mêlant son jaune pâle à des beiges ocrés, éclairait de timides polatouches le triste jardinet. Semblant trouer un ciel trop lourd quelques vols d’éfrits animaient la scène.
Pour garder avant l’hiver un souvenir de ce week-end à la campagne, j’avais amené mon appareil photo, un Chassie 54 muni d’un puissant objectif, une folie que je m’étais permise grâce à une rondelette prime de fin d’année. Profitant sans remords des avantages du numérique, j’essayais au mieux de capter ce tableau naturel et me laissait doucement bercer par la mélancolie de l’instant.
Soudain, un vent frisquet se leva. Frissonnante, j’abandonnais toute velléité artistique et rentrais bien vite me réchauffer avec une bonne tasse de thé et quelques biscuits. demain, je prendrais sans doute encore quelques clichés. Demain, peut-être, il ferait beau…
Patricia

 

Perrine était particulièrement de bonne humeur aujourd’hui. Le repas de la veille, spécialité végétarienne de sa grand-mère Anaëlle avait consolé ses peines. Cette dernière avait même pris le soin de décorer le dîner de quelques agaries, radieuses et comestibles qui sont les préférées de son petit ange terrestre.
L’instinct maternel, mêlé au souvenir encore frais de son enfance sur l’île de beauté, lui avaient soufflé la confection d’un bouquet généreux au retour d’une promenade matinale dans la forêt, sa « Majesté verde », qui laissait passer les premiers rayons dorés de son amant, entre les arbres, le vol des oiseaux et sa chevelure feuillue, réchauffant le sol par endroit, et illuminant par caresses ces «champi-fleurs» violacées, tant appréciées par Perrine. Pour pousser sur le sol forestier elles avaient besoin de cette alchimie naturelle entre l’humidité fraîche de la forêt, et le regard perçant, chaleureux de leur père Soleil, qui trônait dans le ciel. Avec les siècles et les coutumes, elles avaient hérité du nom de cette scène magique, cette noce entre la mère et son partenaire céleste.
Perrine aussi aimait confectionner des bouquets sépales, comme lui avait montré sa grand-mère. En associant les ambiances, les textures, lorsqu’elle nouait son travail avec une herbe longue ou une fine racine, elle apprenait qu’elle manifestait à la place de la terre, un nouveau lien pour ces bouquets. Elle appréciait amener la nature dans la maison mais pas trop souvent : elle avait conscience que ces plaisirs étaient éphémères.
Puis toujours en remerciant le sol, en lui donnant une raison de  lui prélever quelques cheveux, elle se souvient de la phrase de son grand père, peu après son septième anniversaire un doux soir de printemps. Près du grand tilleul derrière la maison, à quelques pas du feu :
- Si tu aimes une fleur, ne la cueille point ! En la déconnectant elle commence à cesser d’être ce que tu aimes.
Perrine se souvient de la scène complète, comme imprimée dans ses cellules. Elle visualise les vieux canapés, les oreillers jaunes et les couvertures ocres, les chats et les chiennes qui dormant d’un œil dans l’herbe ou sur la terrasse en bois. Elle entend le souffle du vent et même les chauves-souris qui jouent, de bon matin. Et surtout, elle voit les yeux brillants de son aîné – qu’elle appelle par son prénom, Guy-Léon – ses yeux vifs, rivés sur le feu qui crépite vivement dans le chassie, comme pour communiquer avec nous, nos compagnons et le lieu.
Guy-Léon parlait en enlaçant sa compagne Anaëlle, comme s’il s’adressait à lui-même, à elle, au tilleul, à l’univers de l’instant, pas seulement à l’enfant. Comme le feu. Il caressait le visage endormi de son amante, y posa ses yeux pleins de gratitude avant de contempler silencieusement les étoiles. Ses yeux se ferment et il sourit discrètement. Comme le feu.
Anaëlle comprenait bien sa petite fille, son intuition affûtée la connectait toujours à l’ambiance actuelle. Elle pouvait sentir l’atmosphère rêveuse qui entourait l’enfant, tout comme son caractère éfrit lorsqu’elle était contrariée. Elle proposait alors les outils et les tournures d’esprit les plus adaptés au développement de la jeune fille, qui, de nature déjà curieuse et agarie, ne craignait pas les mystères de la vie, de son esprit, et de leurs étude. Comme la forêt elle était encline à la lumière et à l’introspection.
Anaëlle, grand-mère jeune déjà mûre, faisait de son mieux afin de ne pas lui imposer ni par la force, ni par la ruse des choix qui auraient plutôt servi sa propre tranquillité, au détriment de l’apprentissage de la jeune fille.
Ce matin-là, à peine la brume levée, après quelques pages de lectures pour se réveiller et quelques étirements câlins avec les chats, Perrine nourrit ses compagnons. Les trois félins, les deux chiennes et la chèvre, les sept poules, et les petits oiseaux qui viennent régulièrement au beau perchoir près de l’atelier de Guy-Léon, derrière la maison à mi-chemin du tilleul et du chêne qui offrait de l’ombre aux poules et à la chèvre. Il l’avait fabriqué dans cet atelier d’ailleurs il y a onze ans, après son voyage éprouvant pour récupérer Perrine l’oisillon.
Elle prit un peu de nourriture en prévision de combler son appétit, lors de sa visite rendue à l’Océan indien. Celui-ci la berçait durant les soirées venteuses, alors elle descendait le voir régulièrement. Sur le pas de la porte, elle appela et siffla les deux chiennes pour l’accompagner :
- Anouchka ! Yona ! Venez, on va voir les copains !
Les copains ce sont les amis de Perrine et leurs chiens quand elle descend au village, à un ou deux kilomètres de chez elle.
- Perrine !
- Oui mamie ?!
- Je suis à l’étage ! Prends des mirabelles et des confitures pour Babir s’il te plaît, il adore ça !
- Ah oui, merci mamie ! J’ai nourri tout le monde !
- Merci ma belle tu es super. Je te souhaite une belle journée au village, on vous rejoint tantôt pour préparer le diner. Amuse-toi bien au polatouche, bientôt tu pourras peut-être battre Géhel ! » (GL, surnom du grand-père)
Perrine s’était rapprochée des escaliers avec un grand sourire.
- Oui ! Mais c’est l’un des meilleurs joueurs de l’île !
Anaëlle descendit quelques marches de l’escalier et Perrine aperçut ses belles jambes nues et distingua la malice dans sa voix diminuée.
- C’est vrai ma grande, mais il va prendre de l’âge, et toi aussi. Je vais le fatiguer un peu pour cet après-midi, bisous !
Perrine sourit.
- Merci mamie, grâce à toi j’ai mes chances ! Bisous et bonjour Guy !»
Anaëlle, femme ravissante et pleine de vie, retourna dans la grande chambre qu’elle avait laissé grande ouverte.
- Mon chéri, j’ai fait une promesse à Perrine.
Guy-Léon qui écoutait les oiseaux, posa son livre et ses lunettes, le regard souriant vers son amie. Tandis qu’Anaëlle sobrement vêtue escaladait le lit pour se retrouver au-dessus de lui.
- Oui ma puce, tu dois me dire bonjour. Et sache que c’est peut-être grâce à ta tendresse matinale que je ne faiblis pas au polatouche… !
Marceau

Le sens des mots :
Sépale                     : les sépales composent le calice d’une fleur
Polatouche           : écureuil volant
Agarie                     : 1 – ville du Japo
2 – plante aromatique
Éfrit                          : génie malfaisant dans la mythologie arabe
Chassie                    : sécrétion visqueuse des yeux

 

Exercice 2 : Logo rallye

Je donne la première phrase, puis une nouvelle phrase toutes les 3 minutes. A vous de les insérer naturellement dans votre texte !

 1       Elle s’asseyait toujours à  la même place, à l’angle sud-est, pour avoir une vue dégagée sur le potager
2        Ce n’était pas très passionnant, mais ils s’imposaient ce moment ensemble, pour ne pas se perdre de vue.

3        Il suffisait d’ouvrir le journal ou d’allumer la télé pour s’en rendre compte.
4       Contre toute attente, elle y avait éprouvé du plaisir.
5       Au-dessus, l’araignée descendait à son fil.
(Ces phrases sont extraites de Un(e) secte de Maxime Chattam)

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Elle s’asseyait toujours à la même place, à l’angle sud-est pour avoir une vue dégagée sur le potager : elle aimait regarder pousser les légumes et s’ouvrir les fleurs des champs. Parfois elle était seule, d’autres fois, elle invitait à cette observation son cousin Paul ; de cet endroit elle pouvait alors le voir arriver.
De prime abord, ce n’était pas très passionnant, mais ils s’imposaient ce moment ensembles pour ne pas se perdre de vue.
Le silence et la quiétude étaient à chaque fois propices à l’introspection et des conversations hallucinantes surgissaient de ces moments.
Il suffisait d’ouvrir le journal ou d’allumer la télé pour s’en rendre compte : malgré les flots des informations en continu et la folie des hommes, malgré les artistes et événements loufoques, jamais une news n’arrivait à la cheville de leur imagination débordante et prolifique.
Certains soirs de mélancolie, Maud, maintenant âgée, se remémorait le potager, et son cousin Paul, ces moments innocents du haut de leur treize ans. Contre toute attente elle y avait éprouvé du plaisir. Ce doux souvenir la remplissait de joie, même après toutes ces années : elle décrochait alors son téléphone et appelait Paul.
S’il ne répondait pas à son appel elle lui laissait un message énigmatique : elle savait qu’il comprendrait et qu’elle aurait bientôt de ces nouvelles.
Elle l’appela, laissa sonner, la messagerie de Paul se mit en route. Elle maquilla un peu sa voix et dit « Au dessus, l’araignée descendait à son fil », puis elle raccrocha.
Dom

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