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ATELIER D’ECRITURE DU 15 JUIN 2020

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DEVOIR : texte fendu

Seulement la moitié d’une page d’un livre est visible. Il faut tenter de rétablir l’autre moitié !

C’est un extrait de « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

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Ceux qui pensaient que cette attaque serait la dernière car les ennemis seraient
tous morts depuis longtemps en furent pour leurs frais.
Aussi, en octobre, Albert repartit pour le front. Malgré le septi-
-cisme les rumeurs annonçant la fin des hostilités persistaient mais il ne leur accordait
pas plus de crédit qu’à la précédente campagne de désinformation ; il compre-
-nait par exemple, que les bases alliées étaient si mal protégées, si faibles et si
molles qu’elles s’écrasaient sous les assauts des allemands ; la seule vue de leurs
uniformes, faisait hurler d’horreur le pauvre homme épuisé. En
quatre ans, Albert en avait connu des batailles et des batailles.
Il s’en rendait bien compte avec cette guerre, il n’y aurait aucun gagnant.
L’approche d’un armistice tenait de la gageure. Bien sûr, comme ces compagnons, Albert
espère la paix, moins on donne de faux espoirs, mieux c’est, disait-il. Même si les radios
l’annoncent, manière de conjurer le mauvais sort,
jour après jour, ces informations se révèlent inexactes et les bombes pleuvent de
plus en plus serrées et que deviennent nos femmes dans tout ça ? Est-ce
que la guerre allait vraiment changer les rapports entre les hommes et les femmes ? Tous ces
discours, c’était à peine croyables ! ils annonçaient qu’on allait démobi-
-liser les soldats les plus vieux, ceux qui luttaient vaillamment
depuis des années. Quand l’armée vaincrait, enfin ! Ils en parlaient comme d’une pers-
-pective raisonnable, l’espoir d’une démobilisation générale germait ; Albert, n’y croyait plus.
Patricia

 

Ceux qui pensaient que cette épidémie n’était qu’une grippe étaient
tous morts depuis longtemps. C’est là que la psychose commença.
Aussi, en octobre, Albert refusa de sortir de chez lui. Il reçut avec scepti-
-cisme les rumeurs annonçant un virus innocent et ne leur donna
pas plus de crédit qu’à la prévision d’une mesure qui ordon-
nait, par exemple, que les baisers seraient interdits. Ces lois étaient si
molles qu’elles s’écrasaient face à l’incompréhension de ces moutons en
uniformes, faisant hurler de rage même les enfants de moins de
quatre ans, Albert en avait vus à la télé et sur les réseaux sociaux.
Il s’en rendait bien compte, les temps étaient en train de changer,
l’approche d’un armistice tenait en peu choses : moins on
espère la paix, moins on donne d’amour et de tolérance. Tous
l’annoncent, manière de conjurer le mauvais sort et de faire en sorte que,
jour après jour, ces informations soient diffusées dans les milieux de
plus en plus serrées et que, de toute façon, tous mourraient. Il faut dire
que la guerre allait vraiment en être une. Ce que disait le président, ses
discours, c’était à peine croyable ! Il prenait les gens pour des cons. Coa-
liser les soldats les plus vieux, de cette fausse guerre, les pauvres oubliés
depuis des années. Quand l’argent viendrait à manquer, plus aucune pers-
pective raisonnable, l’espoir de s’en sortir serait mort à jamais.
Fabienne


Texte original :

Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt
étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement.
Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepti-
-cisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta
pas plus de crédit qu’à la propagande du début qui soute-
-nait, par exemple, que les balles boches étaient tellement
molles qu’elles s’écrasaient comme des poires blettes sur les
uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En
quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts.
Il s’en rendait bien compte, son refus de croire à
l’approche d’un armistice tenait surtout de la magie: plus on
espère la paix, moins on donne de crédit aux nouvelles qui
l’annoncent, manière de conjurer le mauvais sort. Sauf que,
jour après jour, ces informations arrivèrent par vagues de
plus en plus serrées et que, de partout, on se mit à répéter
que la guerre allait vraiment prendre fin. On lut même des
discours, c’était à peine croyable, sur la nécessité de démobi-
-liser les soldats les plus vieux qui se traînaient sur le front
depuis des années. Quand l’armistice devint enfin une pers-
pective raisonnable, l’espoir d’en sortir vivant revint.


Exercice 1
  : Un feu orange rivé à sa routine en avait marre de clignoter bêtement ; il décida de se mettre au vert, histoire de se changer les idées.

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Un feu orange rivé à sa routine en avait marre de clignoter bêtement :
- On me prend toujours pour un indécis, un feu banal, sans conviction personnelles ; j’en ai vraiment assez !  Je sais bien que les autos hésitent en me voyant : passer ou ne pas passer, telle est la question ! Du même coup, les piétons désorientés par une trop longue attente prennent des risques insensés pour atteindre le Graal : l’autre côté de la chaussée !  Cependant, ne pouvant indéfiniment résister à l’appel de ce « presque interdit », ils finissent tous par foncer à un moment ou un autre. Certains atteignent l’autre rive, d’autres succombent, victimes de leurs pulsions.

Bien que répondant strictement à la tâche ingrate qu’on lui avait assignée, le pauvre feu orange se sentait responsable de cette effroyable hécatombe. En lui une violente révolte se mit à gronder et il en devint rouge de colère :
- Je ne suis plus un petit feu débutant tout de même ! j’ai besoin d’un peu d’autonomie et de changement ; ne faire que clignoter pour moi, ça n’a plus aucun intérêt !

Comme il avait brusquement viré au rouge le plus éclatant, les automobilistes, surpris, pilèrent net provoquant un carambolage épouvantable. De mémoire de feux de circulation, c’était bien la première fois qu’on pouvait voir autant de voitures encastrées les unes dans les autres !  Tout confus, il se remit bien vite à clignoter mais bientôt repris par une incoercible envie de nouveauté, il décida de se mettre au vert, histoire de se changer les idées. Après tout le vert était sa couleur préférée, celle de la nature au printemps, celle de l’espérance…
Désormais, vert, fier et bien droit, il régulait avec enthousiasme une circulation redevenue fluide ; les autos libérées avançaient toutes à vive allure, plus rien ne les empêchant de foncer. Hélas ! quand son regard se porta sur les côtés de la chaussée, il constata, interloqué, que les piétons amalgamés formaient deux impressionnantes montagnes !
- Feu de circulation, quel métier éprouvant pour un jeune feu sensible comme moi ! Je pense que ma carrière de citadin vient à son terme ; dès demain je demande ma mutation et à moi le bon air de la campagne !
Patricia

Un feu orange, rivé à sa routine, en avait marre de clignoter bêtement. Il décida de se mettre au vert, histoire de se changer les idées. Ce fut la zizanie totale. Le reste des feux oranges, en besoin de révolte, suivirent leur leader. Les feux rouges, complètement perdus, se mirent au vert aussi. Les verts, écolos comme jamais, ne changèrent pas de couleur pour ne pas gaspiller d’électricité. Les automobilistes tout comme les piétons s’énervèrent très vite :
- Non mais c’est quoi ce bordel ?
- On est tous au vert ?
- Ça ne va pas du tout !
Plus personne ne savait quand traverser ni quand avancer.
Le chaos s’installa, et ce durant plusieurs semaines. Les autorités avaient beau embaucher les ingénieurs les plus compétents, personne ne savait comment re-régler les feux :
- J’ai tout démonté plusieurs fois ! Je ne comprends pas.
- Nous avons même appelé l’usine en Chine ! Personne ne sait nous expliquer pourquoi les feux sont tous verts.
Au bout de trente-sept équipes différentes et trois confinements pour éviter les accidents, la mairie décida de se débarrasser des feux :
- On en achètera des nouveaux, des plus modernes !
Apeurés et surtout déboussolés, tous les feux se remirent à leur couleur d’origine. Ils se promirent de ne jamais plus semer la zizanie et surtout, de ne pas changer de couleur du jour au lendemain histoire de ne pas terminer au dépotoir.
Chloé

 

Un feu orange rivé à sa routine en avait marre de clignoter bêtement.
C’est vrai, quoi, toute la journée, clignoter comme un malade pendant quelque secondes, puis partir en pause pour attendre la prochaine fournée de véhicules… Tout cela ne lui plaisait pas du tout et il se tuait à la tâche, tous les autres feux l’avertissaient qu’il allait griller une diode tôt ou tard, mais il devait toujours répondre :
- Si c’est pas moi, qui le fera ?
Petit à petit, il s’épuisait : il brillait de moins en moins fort, les réparations étaient de plus en plus nécessaires… Bientôt, soit on le remplacerait, soit il la péterait pour de bon, sa diode. Et alors, on pouvait dire qu’il se fâcherait tout rouge.
Pourtant, un matin, comme par miracle, personne sur la route ! Pas un chat, à part rarement quelques camions de pompiers et quelques voitures de SAMU, qui ne requéraient pas son intervention. Il fut en pause toute la journée, les doigts d’ampoule en éventail, à profiter du silence de la ville d’habitude si bourdonnante. Il avait trouvé son vrai métier : feu noir, celui qui ne s’allume pas et qui ne fait rien de toute la journée (et toute la nuit).
Malheureusement, cette crise du « coronavirus », comme le lui avait rapporté le câble-à-boîtier, ne durerait pas éternellement. C’est pourquoi il décida de changer de secteur dans tous les sens du terme. Sa demande de mutation au centre ville fut acceptée, et maintenant il est feu vert.
Là où il est, c’est la position rêvée : peu d’heures de présence, et malgré cela il est si attendu par les automobilistes enragés qu’ils klaxonnent pour qu’il revienne. Un tel travail ne fait qu’étendre sa réputation. Lui qui était autrefois connu comme « celui qui clignote à l’orée des panneaux » est devenu autrement plus connu en tant que « celui qui s’allume au carrefour des autos ».
Loup

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Je suis un feu orange, rivé à ma routine, et j’en ai marre de clignoter bêtement. Surtout que je suis dans une rue quasi déserte.
Une seule voiture passe dans la journée. C’est celle d’un homme politique qui habite juste en face de moi, une grande villa à gauche. C’est un centriste. Un peu comme moi, en fait. Et il ne fait jamais attention à moi.
Un jour, j’ai mis toutes mes forces à devenir rouge… Niiiiiiiiiiaaaa !
Mais je n’y suis pas arrivé. J’ai essayé plusieurs fois, mais sans succès.
Je ne sers à rien. Je déprime, normal, quand un peu plus loin, au carrefour, je vois mes confrères changer constamment de couleurs… Rouge, vert, orange… Rouge, vert… Pour eux, l’orange dure à peine quelques secondes.
Comme je les envie ! J’envie même les panneaux « céder le passage », parce qu’eux, au moins, ils servent à quelque chose, même si on ne les respecte pas beaucoup.
Une fois, j’ai même tenter de devenir vert. Calme, reposé, zen, je respirais bien comme il faut, avec le ventre…
Mais ça n’a rien donné. Alors, vous comprenez que j’en ai vraiment assez et aujourd’hui j’ai décidé de me mettre au vert, histoire de me changer les idées. Alors, je suis parti. Je me demande s’il y en a qui remarqueront mon absence… pas sûr !
Fabienne

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Un feu orange, rivé à sa routine, en avait marre de clignoter bêtement : un clin d’œil par ci, un clin d’œil par là… Ce vieux séducteur connaissait son affaire !
Les voitures charmées ralentissaient pour le regarder, puis restaient un temps à l’arrêt devant ses œillades.
Les rouges, les blanches, les bleues, toutes sans exception, de la jeune Clio pimpante à la vieille Deux Chevaux fatiguée, du Dodge qui s’assume au Truck un peu déjanté, tous et toutes s’y laissaient prendre.
Mais voilà, notre feu orange, s’il faisait tourner les têtes, ne savait pas garder les cœurs. Et elles finissaient par repartir comme elles étaient venus, l’abandonnant à sa solitude, au carrefour de sa vie.
Las ! Histoire de se changer les idées, il décida de s’engager pour de bon avec une jolie camionnette qui lui avait fait du rentre-dedans un soir de pluie et de se mettre au vert, loin de la ville et de ses vaines tentations. Alors seulement il vécut pleinement les feux de l’amour.
Muriel

A la croisée des chemins, chaque intersection peut-être un tournant dans la vie de chacun. Est-elle satisfaite de son itinéraire rectiligne ? A-t-il la force nécessaire pour briser sa routine ?
Dans un monde où hommes et femmes n’osent rafraichir ni leur conduite, ni leur destination.
Ce jour-là, un ingénieur de Tokyo frustré par sa vie et ses pairs, intégra la notion du choix au célèbre carrefour de Shibuya. Ce fut une révolution, les feux automates avaient pris vie. L’ingénieux technicien était ravi du résultat. Bien qu’apparemment dangereux, il eut confiance, en l’absence de libre arbitre et de rebondissement chez ses compatriotes face à une situation incongrue. Il n’y avait aucun risque. Malgré son expérience il aurait eu bien plus de peine à régler cette problématique culturelle. Ce jour-là, il retrouva son esprit vif, ce côté canaille de son enfance qu’il avait dissimulé en grandissant, derrière ses costumes, derrière ses écrans. Shibuya vivait de mille feux.
Le feu rouge était lassé d’interdire aux autres, de froisser, d’imposer. Alors, avec cette nouvelle capacité de choix, il put choisir.
Il choisit de vivre et de laisser vivre les citoyens ! Il voulait du mouvement ! Il leva sa propre interdiction et décida de clignoter pour la première fois, non pas au vert, chaque chose en son temps.
Il enviait son collègue et vira à l’orange, flamboyant.. Le collègue verdoyant lui, n’en pouvait plus de ne pas avoir d’autre choix que d’illuminer gracieusement et de ne jamais voir le visage des automobilistes qu’il servait de bonne grâce. Statique, il vivait pourtant dans le changement et une dynamique permanentes. Il avait aujourd’hui le choix d’écouter ses besoins. Et son besoin le plus pressant était de ralentir. De s’arrêter et d’apprécier, peut-être que ses clients en feront de même avec lui ? Pour vu que le rouge lui donne bonne mine, et puis après tout, il était libre de varier.
Quant au tiède, l’indécis, qui pense l’herbe toujours plus verte ailleurs, alors que son jardin était envié lui aussi… Un feu orange rivé à sa routine, qui en avait marre de clignoter bêtement, décida de se mettre au vert, histoire de se changer les idées.
Un coup j’existe, un coup je n’existe pas. Il était las de sa vie intérieure faussement mouvementé, de son statisme avéré et de tout laisser passer, sans trancher jamais, laissant les autres faire des choix à sa place. Puis qui sait, un jour peut-être saura-t-il dire stop ?
Marceau

Exercice 2 : Il était environ 22 h, hier soir, quand un adjectif circulant en état d’ivresse sur un parchemin de traverse a renversé un point d’interrogation. La victime a été transportée d’urgence à l’hôpital Robert Larousse où on lui a fait trois point de suspension.
Selon plusieurs témoins…

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Il était environ 22 heures hier soir quand un adjectif circulant en état d’ivresse sur un parchemin de traverse a renversé un point d’interrogation. La victime a été transportée d’urgence à l’hôpital Robert Larousse où on lui a fait trois points de suspension.
Selon plusieurs témoins
, ce n’est que plus tard dans la soirée que son état s’est brutalement détérioré et qu’elle a succombé à ses blessures. Le fautif, l’adjectif « ivre », a lui-même dû être recousu et un trait d’union le relie maintenant à la mort à laquelle il a échappé. « Ivre-mort », comme il l’a confié à la police grammaticale, avait perdu son emploi peu de temps auparavant et, malgré les efforts conjugués de ses proches, sans fonction, d’une nature assez veule, il était depuis à la dérive.
Les points levés s’étaient rassemblés à la sortie du commissariat : des points d’exclamation indignés ; des points de suspension en attente du verdict ; des points d’interrogations pleins d’angoisses et de doutes ; des points à la ligne pétris de certitude et bien décidés à en découdre… Tous, ils l’attendaient de pied ferme.
On le qualifia de « meurtrier», on lui attribua des circonstances aggravantes. Ivre-mort, n’y tenant plus, titubait sous les quolibets. Heureusement, un auxiliaire vint, avec son accord, se placer devant lui pour l’aider à passer, devant son avocat qui, le verbe haut, tenait tête à la foule :
- Il était impératif de mettre ce passé imparfait derrière lui. De l’assumer certes, mais de regarder à présent vers le futur.
Ils visaient la liberté conditionnelle.
Ivre-mort n’écoutait plus. Réfugié dans la voiture, ses pensées valsaient bien au-delà de la réalité sordide, dans un vertige si continuel et déroutant que, chantonnant la ritournelle de Piaf, il se croyait ivre d’amour, « emporté par la foule qui nous traîne, nous entraine… Hips ! »
Muriel

 

Il était environ 22 heures hier soir quand un adjectif circulant en état d’ivresse sur un parchemin de traverse a renversé un point d’interrogation. La victime a été transportée d’urgence à l’hôpital Robert Larousse où on lui a fait trois points de suspension.
Selon plusieurs témoins, l’affaire ne sera pas simple à résoudre : en effet, maintenant que le point d’interrogation est dans un état critique, Qui va devoir poser les questions. L’adjectif responsable n’ayant toujours pas été identifié, il faut bien que la conjonction de subordination Qui le trouve. Il est possible que le fugitif se cache dans le Larousse, c’est pourquoi l’enquêteur a fait épeler la zone à ses subordonnés : ils n’ont trouvé que Dalle, et puisque Dalle est un nom, ça ne peut être lui.
Qui s’est ensuite rendu sur les lieux du crime, le parchemin de traverse où tout est arrivé, et ici il a trouvé un enregistrement des caméras de surveillance qui lui a été fort utile : on y voit l’adjectif, qui est bien sûr Ivre, qui semble en total désaccord avec un autre de son espèce, lui évidemment Sobre.
Ah la la ! ces antonymes, pas moyen d’en trouver un en bons termes avec l’autre. Aussitôt, Qui va voir Ivresse, le nom auquel Ivre est rattaché, puisqu’il est mineur dans la phrase jusqu’à ce qu’il devienne attribut du sujet. Une féminine pas méchante, cette Ivresse (En effet, le foyer méchanceté vit dans un tout autre champ lexical), mais toujours confuse. Qui mène un petit interrogatoire, rendu difficile par le manque de ponctuation adéquate et les propos embués voire imbibés de la matrone (Imbibé d’ailleurs n’est pas loin, et a eu le bon sens d’inviter son ami Discret).
Il est conclu que, comme Ivre est encore adjectif, Ivresse prendra en charge les dédommagements de sa faute. Naturellement, elle ne s’en préoccupe pas trop, à demi-consciente qu’elle est. Depuis déjà des mois une tentative d’expulsion a été lancée à l’encontre de ce mauvais nom-mère, mais c’est le père Lenteur qui a pris le dossier, alors on peut encore attendre longtemps… Reste tout de même à trouver Ivre, qui s’est enfui après le délit. Il est trop hasardeux pour avoir des semblables juxtaposés qui le soutiendraient, et il est encore trop jeune et imprévisible pour qu’un nom le prenne derrière sa virgule…
Le seul lieu restant est la zone interdite. Un espace maudit, où traînent de grosses expressions qui n’ont aucun sens et d’autres étrangetés, comme Gens ou Amour qui ne peuvent pas s’empêcher de changer de genre, les paroles des chansons de la terrifiante Aya Nakamura, ou les mots de patois incompréhensibles tels que Peuchère ou Tabarnak’.
Qui rase les murs et fait profil bas ; il remonte le fil d’Ariane et finit par arriver comme un cheveu sur la soupe chez Ivre. Il lui fait une clé de bras pour le mettre au tapis, et le ramène au bercail comme une lettre à la poste. Ivresse va lui passer un sacré savon ! Oh, mais… Qui a pensé en expression, hors de cette zone de fous ! Malgré son service, on le boute comme un malpropre, et il faut bien qu’il retourne dans la zone interdite. La décision vient d’en haut, lui ont dit ses collègues, point final.
Mais ces Noms propres et ces Verbes sur leurs grands chevaux ne perdent rien pour attendre ! Qui n’a pas encore dit son dernier mot…
Loup


Il était 22 heures hier soir, quand un adjectif circulant en état d’ivresse sur un parchemin de traverse a renversé un point d’interrogation. La victime a été transportée d’urgence à l’hôpital Robert Larousse où on lui a fait trois points de suspension.
Selon plusieurs témoins, l’adjectif avait fait un retour à la ligne intempestif occasionnant l’accident. La fracture, une césure tranchante entre les deux hémistiches, a contraint le blessé à mettre sa vie entre parenthèses pendant deux longs mois. Comme le sujet avait un fort caractère, il pestait du soir au matin : cette immobilisation excessive ne rime à rien ; je vais contraindre ces prétentieux docteurs es lettres à mettre un point final à cette stupide hospitalisation. Je n’hésiterai pas à mettre les points sur les emails de ces charlatans ! Ou ils me signent un bulletin de sortie en bonne et due forme ou je suis bien capable de leur mettre mes deux points dans la figure !
j’ai hâte de sortir d’ici, de tirer un trait sur ce triste épisode et de tourner la page.
Cet accident n’a ni queue ni entête, je veux retourner à mes questions existentielles ; que serait ma vie sans interrogation ?
Quelle conclusion tirer de cette pénible histoire ? Que les adjectifs, ivres ou sobres, tout comme leurs cousins les adverbes et les pronoms trop possessifs, sont des gens infréquentables. Et si par malheur, au détour d’une phrase, je rencontre ce fichu adjectif, je lui ferais, à grands coup de pieds, dégringoler toutes les didascalies. Et pas besoin de répétition pour cette chute finale. Ce sera son dernier saut de page.
Patricia


Selon plusieurs témoins, l’adjectif avait retrouvé son pote le verbe dans un bar, place de la Dictée. Un stylo s’était joint à eux et ils avaient bu de l’encre plus que de raison. Vers 22 heures, alors que le verbe et le stylo décidèrent de rentrer en « Trousse express », l’adjectif lui, préféra prendre son auto… satisfaction.
Comme il circulait, en état d’ivresse, dans un parchemin de traverse, il a renversé un malheureux point d’interrogation qui ne savait même pas pourquoi il était là. La pauvre victime inconsciente a été transportée d’urgence à l’hôpital Robert Larousse où tous les meilleurs spécialistes de la dialectique se sont penchés sur son cas. Finalement, Les dégâts furent moins importants que ce que l’on aurait pu croire. Le point d’interrogation s’en tira avec trois points de suspension.
Lui, qui, avant l’accident était malheureusement dans un état de confusion mentale assez compliqué, finit par se suicider.
Les points d’exclamation vinrent manifester devant le poste de la police de caractères, en complet désaccord et demandèrent la tête de cet adjectif irresponsable, le traitant « d’épithète ». Les guillemets firent barrière et en vinrent aux pattes de mouche et même aux points avec la police. Les accents qui n’étaient pas en reste prêtèrent mains fortes aux substantifs.
La police, complètement débordée, arrosa tout le monde de fautes d’orthographe et ferma ses portes.
Le pire dans cette histoire c’est, qu’à ce jour, aucune plainte n’a été retenue contre l’adjectif qui a disparu, quasiment gommé, et tous les chefs d’accusation sont restés lettre morte.
Fabienne

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