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ATELIER D’ECRITURE DU 25 MAI 2020

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DEVOIR : Dans cette petite rue, peu fréquentée, elle entra dans une boutique curieuse, sur l’enseigne était écrit : vendeur de souvenirs désagréables…

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Prudemment, elle ouvrit la porte du haut de l’immeuble. Le vent soufflait un peu, la nuit était tombée, et la ville de Glass s’était parée de ses plus beaux atours. Les immeubles, plus grands les uns que les autres, arboraient de démesurées affiches holographiques, des lignes de pub géantes et visibles de tous, des titres de puissantes corporations.
Chaque bâtiment fourmillait sans doute de beaucoup de monde, finissant leur travail, faisant une garde de nuit, bref, des gens normaux. Des Bosseurs. Du haut du gratte-ciel, Faith se dit comme chaque soir, « Quelle beauté. Si seulement cette magnifique pomme n’était pas infestée de vers. » L’insidieuse mais omniprésente corruption de la cité n’épargnait personne. Heureusement, Faith n’était pas une Bosseuse. Enfin, plus maintenant.
Elle avait été pendant longtemps une esclave consentante de cette société trop parfaite, tenue en laisse par une promesse de statut social et d’argent par ce satané Conglomérat. Comme tous les autres. Elle s’était rendu compte que ça ne pouvait plus durer, même malgré les avertissements de ses supérieurs. Elle avait tenté d’organiser une discrète rébellion, mais elle s’était heurtée à la réticence de ses collègues. Elle fut dénoncée, et fut obligée de tout quitter pour vivre clandestinement. Elle avait fini par rejoindre il y a peu la seule caste de gens vraiment libres dans ce monde de fous, les Messagers.
Des coureurs et acrobates traversant les immeubles de la ville pour livrer des missives ou parfois des colis, une communauté à propos de laquelle le Conglomérat fermait les yeux depuis plus de vingt ans. Elle était revenue à la vie en devenant Messagère. La seule chose qui lui importait maintenant, c’était de courir. Elle se foutait de tout le reste, et elle savait qu’un jour elle glisserait et chuterait de cinquante mètres de haut. Ça aussi elle s’en foutait, elle voulait mourir de sa passion.
Ce soir, elle devait s’acquitter d’une mission de livraison, dans un magasin plutôt étrange, un vendeur de souvenirs désagréables. De haut de son immeuble, elle repéra un escalier de secours en fer, par lequel elle descendit à toute vitesse pour atteindre le sol, même si elle détestait y aller et marcher sur la terre ferme. Elle se dépêcha de suivre le plan qu’on lui avait fourni sur sa puce GPS modifiée, implantée dans son cerveau, et se retrouva face à la curieuse devanture, comme enchâssée dans une allée étroite et sombre, contrastant avec la splendeur lumineuse du reste de Glass. Elle frappa en entrant, et se retrouva face à un vieillard singulier. On aurait dit Morgan Freeman, bien qu’il fût décédé depuis longtemps. Il lança à Faith :
- C’est toi la Messagère, n’est-ce pas ? Oui, je reconnais bien cet accoutrement. Viens, je vais te donner ton chargement.
- Vous vendez des souvenirs désagréables ? demanda la fille tout en le suivant. Comment ?
- Oh, j’ai commencé il y a longtemps en bricolant des puces mémorielles avec des circuits hors du réseau. Ensuite, en retraçant des entrées plus ou moins confidentielles, j’ai extirpé quelques beaux souvenirs désagréables, particulièrement venant de personnalités publiques et/ou de gens qu’il vaudrait mieux laisser tranquilles. Ces souvenirs provoquent des insomnies, de la paranoïa, des hallucinations, et ça peut aller encore très loin. Mais tout ce charabia technique importe peu, l’essentiel c’est que tu vas transporter un truc très important. Les souvenirs désagréables de Gabriel Kruger.
- Quoi ? s’étrangla Faith. Vous voulez que je trimballe une arme contre le chef du Conglomérat lui-même ? Si je me fais arrêter c’est ma tête qui tombe.
- Je sais bien. Mais je sais aussi que tu as du mal à joindre les bouts. J’offre gros pour ce boulot. Tu ne peux pas refuser.
Après un regard mi-colérique mi-excédé, la coureuse attrapa « l’implanteur » de mauvais souvenirs, qui ressemblait à une sorte de petit pavé blanc léger. Après l’avoir mis dans sa poche, elle sortit du magasin en faisant un signe de la main au vieux comme seul salut.
Elle remonta le long de l’escalier de secours. Une fois sur le haut de l’immeuble de nouveau, elle attendit que sa puce GPS indique où aller, puis commença à courir. Elle sprinta le long d’un mur et en sauta pour atteindre une corniche, à laquelle elle se balança pour atteindre la suivante, puis remonta et marcha le long de poutres de métal d’un bâtiment en construction. Soudain, un drone de surveillance la surprit, la faisant presque tomber. Merde alors ! Il fallait qu’elle se débarrasse de cet importun. Elle pourrait le semer bientôt : elle redoubla d’effort et atteignit un passage nommé « Le gouffre de Mordred ». Il y a longtemps, un Messager surnommé Mordred avait lancé une corde équipée d’aimants au bout d’une grue située entre deux grands et hauts complexes, ce qui lui coûta la vie mais simplifia celle de beaucoup de ses semblables en évitant un long et fastidieux détour. Faith se jeta dans le vide et attrapa in extremis la corde, se balança sans sécurité à près de cent mètres du sol, et atterrit finalement sans rien se casser.
Le drone, déconcerté par ce geste et ayant perdu de vue la fille, se résigna à retourner près de la zone de chantier sans avoir pu la dénoncer aux autorités. En réprimant un cri de joie, la fille en question n’était plus très loin de son objectif. Elle sauta sur deux ou trois autres toits avant d’arriver au lieu de la livraison, un bel appartement dans un quartier huppé. Elle frappa à la porte, et elle n’eut pas à attendre longtemps.
Elle, elle fut frappée de stupéfaction quand elle vit le bénéficiaire de ses services : celui qui ouvrit la porte, prêt à récupérer les souvenirs désagréables de Gabriel Kruger, c’était Gabriel Kruger lui-même.
Loup

 

J’étais très embêtée : on était le  12 février et je n’avais toujours pas trouvé le cadeau pour Alan, à l’occasion de la Saint Valentin !
C’est qu’il était très difficile, mon amoureux, et s’il était frustré ou mécontent, il explosait d’une colère qui le submergeait et dont je faisais les frais : il fallait que ce soit un cadeau original, pensé spécialement pour lui, correspondant à ses goûts et à ses désirs du moment. Mais il se gardait bien de me les communiquer, il fallait que je les devine…
A chaque fête, anniversaire, célébration de notre rencontre, de notre premier baiser, à chaque Noël, Saint-Valentin, je vivais un enfer, craignant de mal faire et de voir apparaître sur le beau visage d’Alan cet air chiffonné que j’avais appris à connaître et qui me terrorisait.
Deux semaines avant la date fatidique, parfois plus, je me mettais en chasse : oubliés les parfums, les cravates, les boutons de manchettes, les cigares, les clubs de golf ! Même les baptêmes d’hélicoptère, la descente de rivière en rafting, la visite de nuit des catacombes ne pouvaient le satisfaire : il avait tout, il avait tout fait !
Cette année-là, j’étais à court d’idées et deux jours avant le 14 février, je n’avais rien trouvé. J’errais dans la ville, entrant dans chaque boutique, ressortant bredouille…
Dans une petite rue peu fréquentée je vis une ancienne boutique dont l’enseigne portait curieusement les mots : « vendeur de souvenirs désagréables ».
Loin de moi l’idée d’offrir ce genre de choses à Alan ! Il m’aurait tuée ! Mais, par curiosité j’entrai, espérant je ne sais quoi.
La personne qui me reçut était une vieille femme adorable aux cheveux blancs remontés en chignon d’où dépassaient des mèches follettes. Elle semblait aussi antique que sa boutique ! J’avais beau regarder autour de moi je ne voyais aucun objet, rien que des bocaux de verre qui avaient l’air vides. Cela m’intrigua.
Elle ne me demanda pas ce que je désirais, elle me prit la main, me fit asseoir, m’offrit une tasse de thé et me dit :
- Vous n’êtes pas très heureuse, n’est-ce pas ?
Je protestai vivement :
- Mais si, mais si !

De quoi se mêlait-elle ? Mais aussitôt je ressentis une grande tristesse ; elle avait raison !  Et sans le vouloir, je me confiai  à elle. Les mots sortaient tout seuls :
- J’ai un amoureux, je l’aime mais…il me terrorise, j’ai peur de ne pas être à la hauteur, il me compare toujours à une autre femme, à mon désavantage : sa mère était plus aimante, sa sœur plus musicienne, sa première fiancée plus cultivée, sa cousine plus belle etc.
J’ai l’impression d’être minable, je dois faire des efforts sans cesse, et pour la Saint-Valentin, je n’ai pas de cadeau, il se moquera de mon manque d’inventivité, de ma stupidité.
Et je me mis à pleurer.
- J’ai exactement ce qu’il vous faut, je vais vous préparer ça : un mauvais souvenir avec chacune de ces femmes va lui rabattre le caquet une fois pour toute, vous verrez.
Elle se retira dans l’arrière boutique et revint avec un beau flacon ventru plein de… vide ! Elle se moquait de moi ?
Elle rit :
- Non, non, ma petite fille, ne soyez pas inquiète, l’air de ce flacon est chargé de mauvais souvenirs : la fois où sa mère l’a oublié dans un grand magasin parce qu’elle était occupée à choisir  des robes et des chapeaux, la fois où sa sœur l’a laissé accuser à sa place  d’avoir cassé son violon, où sa cousine a refusé son bras à un bal parce qu’elle ne le jugeait pas assez beau pour lui servir de cavalier  et enfin celle où sa fiancée s’est moquée en public de son ignorance de l’orthographe en montrant à tous les fautes qu’il avait faites dans la lettre d’amour qu’il lui avait envoyée.
Je fus sidérée :
- Mais, c’est vrai, tout ça ?
- Non, sans aucun doute, mais dès qu’il aura ouvert le flacon et qu’il le respirera il le croira, c’est le plus important. Toutes les humiliations que ces femmes lui ont fait subir le ramèneront à de meilleurs sentiments envers vous. Je vous assure, ma chère enfant, qu’il vous parera de mille qualités après !
En un tournemain elle me fit un paquet enrubanné de doré et de plumes qui donnait au cadeau un air de luxe et de mystère.
Quand Alan l’ouvrit, sa réaction fut d’abord de surprise un peu contrariée :
- Tu m’offres du vide ? C’est tout ce que tu as trouvé d’original ?
Puis quand l’air s’échappa et vint à ses narines, son visage brusquement se décomposa. Il blêmit, fit une affreuse grimace.
Le tsunami des mauvais souvenirs déferla sur lui : il suffoquait sous le coup du dépit, de l’humiliation. Il ressentait au plus profond de lui la blessure de l’abandon, du rejet. Il ne put le supporter et tenta de me culpabiliser en m’accusant. J’étais folle ! Qu’avais-je fait ?
J’aurais dû m’excuser, me jeter à ses pieds en pleurant, mais curieusement je me sentis d’un coup détachée. Sa mine défaite et son regard courroucé ne me touchaient plus :   j’éclatai de rire :
- Je te quitte, Alan !
Huguette

Dans cette petite rue peu fréquentée, j’entrai dans une boutique curieuse : sur l’enseigne était écrit « vendeur de souvenirs désagréables ».
À peine passé le pas de porte, j’eus comme une révélation et sortis aussitôt. Je courus jusqu’à la maison, et attrapai une grande valise.
Les salsifis et les choux de Bruxelles de mon enfance : dans la valise !
J’y mis également le train loupé le soir du départ en vacances, mon entorse et la conversation de l’amoureux qui prend le large et n’en est déjà plus un. L’échec à un examen qui me tenait à cœur, la tache indélébile sur cette robe tout juste achetée, l’extinction de voix alors que j’avais une présentation importante à faire, les fâcheries pour des détails insignifiants, les personnes toxiques, la peur au ventre le soir des attentats : tout cela trouva sa place dans la valise.
Je la refermai avant que quoi que ce soit ne s’échappe, et ajoutai même un cadenas : on n’est jamais trop prudent !
La valise était lourde, et me causa quelques désagréments sur le chemin : elle perdit une roue alors que je la hissais sur le trottoir, puis elle tomba plusieurs fois sur les pavés, mais j’étais déterminée.
Bientôt je fus en vue de la boutique : elle était fermée.
Occupée à ma tâche, je ne m’étais pas rendu compte que les heures avaient défilé. Au final j’en fus ravie : cela allait m’épargner de longs conciliabules avec le vendeur.
Je déposai la valise contre la devanture, et me servis de l’étiquette de bagage pour y glisser un petit mot à son attention :  » puisque vous faites commerce de souvenirs désagréables, c’est avec bonheur que je vous dépose les miens ! Je vous les remets gracieusement.
J’espère de tout cœur que vous en tirerez un bon prix ».
J’ouvris la poche extérieure pour y déposer la roue cassée et les pavés.
Je repartis le cœur léger, heureuse d’avoir libéré toute cette place pour les jolis souvenirs, passés et à venir.
Dominique

Je m’étais perdue dans le dédale des petites rues de ce quartier.
Je me perdais beaucoup : je n’avais aucun sens de l’orientation. Mais je ne le regrettais pas car j’avais très souvent de bonnes surprises : paysages à couper le souffle, oubliés des touristes, trésors d’architectures non répertoriés, petits chemins bucoliques et silencieux…
Aujourd’hui, rien de tout ça. En revanche, alors que je passais dans une rue peu fréquentée, une drôle de boutique attira mon regard. Je levais les yeux et lus « vente de souvenirs désagréables ». Ma curiosité soudain éveillée par une telle enseigne, je décidai d’entrer.
Un vieux carillon annonça ma présence. La boutique était agréable et la décoration un tantinet surannée.
Je m’approchai des nombreux rayons pour en savoir un peu plus.
Chaque mauvais souvenir était présenté dans une magnifique boite de chocolats. Au-dessus de chaque boite, une notice explicative. Je lus la première :
« Une bimbo se moque de vous, vous rabaisse constamment et se la pète ? Pas de souci, offrez-lui ce mauvais souvenir : alors qu’elle parade devant tous les mâles ébahis et admiratifs, elle glisse et tombe, sans se blesser, mais cul par-dessus tête, montrant une culotte pas du tout sexy  ! Vous vous mettez à rire, déclenchant l’hilarité générale, ce qui lui rabattra définitivement son caquet ».
Génial ! je pensais à cette fausse copine, fausse blonde, qui se servait de moi comme d’un faire-valoir… Le prix était vraiment abordable…
Je continuai ma visite.
« Votre meilleure amie vous a piqué votre amoureux ? Offrez-lui ces macarons aux différents parfums : son nouvel amoureux dont elle est follement éprise lui préfèrera…  votre plus grand copain ». Tiens ! Tiens ! Pas mal ! Mon ex-meilleure amie s’exhibait en ce moment au bras de mon ex-petit ami… Une très bonne idée. J’en souriais d’avance…
Pour chaque mauvais souvenir que j’avais, pour tout le mal qu’on m’avait fait, il y avait une façon de me venger !!! Oui, me venger… Et soudain, ce mot me fit horreur. Me venger n’atténuerait en rien ma douleur passée… Et puis, le temps qui guérit tout avait coulé… Et puis, … La vie se chargerait sûrement des indélicats.
Au moment où je me retournai pour sortir, un vieux monsieur, que je n’avais pas vu était en train de m’observer de ses yeux tout à la fois perçants et bienveillants :
-       Puis-je vous aider, Madame ?
-       Je vous remercie, Monsieur, mais je ne crois pas. Vous avez vraiment des produits très originaux, mais je pense qu’ils ne sont pas faits pour moi…
-       C’est exactement ce que je pensais, au revoir, Madame.
Fabienne

 

Exercice 1 : Les petits papiers

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Un grille-pain arthritique
Une cafetière boiteuse

Dans ma cuisine, plus rien ne va !
Mon grille-pain, qui n’est pas dans sa première jeunesse, est arthritique : il a du mal à se mettre en marche et quand il y arrive, il ne toaste pas du tout le pain. Il tremble, comme s’il avait mal, le pauvre. Autant dire qu’il ne sert à rien, mais je le garde quand même parce que j’ai le culte des vieilles choses et j’ai du mal à jeter, surtout un vieux compagnon pareil qui a assisté à tous mes réveils, des plus joyeux aux plus… douloureux !
Je fais avec, je ne lui en veut pas… Moi-même, j’ai de plus en plus de mal le matin… Tant que je n’ai pas bu mon café.
Ce matin donc, je me suis levée de bonne heure. Il faisait frisquet, gris et moche, dans mon appartement de banlieue, … Je me suis dit qu’un bon petit déjeuner me rendrait le sourire… Mais lorsque j’ai mis la cafetière en route, elle a penché du côté gauche… Misère… L’eau qui coulait a débordé, mettant du café brûlant partout… sauf dans la tasse !!!
Pour le coup, j’étais vraiment en rogne. Cette cafetière boiteuse n’était pas si vieille, dix ans, tout au plus…
Alors, je suis allée directement sur mon ordinateur. Pourquoi sur mon ordinateur, me direz-vous ? Parce que, justement, je connais une association qui répare de vieux appareils ménagers. Et c’est ce matin !
J’embarque donc mon grille-pain et ma cafetière.
Il y a du monde et j’attends pas mal de temps… Mais la visite valait le coup parce que je ressors avec mes vieux amis dans les bras… quasiment tout neufs ! Mon grille-pain avait retrouvé la vigueur de sa jeunesse et ma cafetière marche droit !
Fabienne

 

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Ma vie est un enfer. Je me lève aux aurores pour aller trimer toute la journée, subir des collègues horribles ou des supérieurs étouffants, et renter la nuit tombée dans une maison où tout est encore à faire. Dans une journée lambda, le matin et le soir devraient être mes moments de répit, me direz-vous. Non. Hélas, hélas, trois fois hélas ! L’une est gâchée par un grille-pain arthritique et l’autre par un lave-linge boiteux.
Lorsque je prends mon déjeuner, composé de belles tartines beurre-confiture comme me l’a recommandé la psy, il me faut bien faire griller mon pain. C’est sans compter sur cette maudite machine. Elle tousse, rouspète, je pourrais presque l’entendre se plaindre et dire qu’elle veut faire grève : elle coince ses côtes métalliques, et elle refuse de laisser s’échapper ma précieuse pitance. Je suis obligé de lui arracher mes fameuses calories amidonnées, ce qui lui arrache en même temps un grincement effroyable, tout ça pour une tartine le plus souvent cramée. Au final, j’ai appris à l’apprécier, c’est un peu comme du « Vegemite bio ».
Et le soir, alors ? Le soir,  je dois m’atteler aux tâches ménagères, puisque mon emploi minable ne me permet pas d’embaucher un « agent de maintien et d’entretien de surface ». Oh pardon, déformation professionnelle, une femme de ménage. Donc, je fais ma vaisselle, je passe l’aspiro, je plie mes draps, et surtout, je dois faire ma lessive. Avec un lave-linge boiteux, c’est pas une promenade de santé. Il claque, s’ébranle, je pourrais presque l’entendre se plaindre et demander l’avocat comme le syndicat : il ne tient pas en place et tape du pied sur le sol à répétition, comme une mégère mécontente. Quand ce ne sont pas les habits qui sautent du tambour, c’est le compteur qui saute, et je ne compte plus les interruptions de mes séances de lectures nocturnes par manque de lumière.
Toutefois, j’ai trouvé la solution. J’ai réussi le concours, et je vais devenir infirmier en service de nuit. Je ne sais pas si le grille-pain sera plus dispos en soirée ou si le lave-linge sera dans ses bonnes grâces au levant, mais je suis prêt à le découvrir !
Loup

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En me levant ce matin, les yeux encore embués de fatigue, j’allumai ma toute nouvelle machine à café, achetée il de ça une semaine. Il s’agit d’un de ces modèles qui broie les grains de café entiers, avec une buse sur la façade avant. Outre le très bon café qui avait convaincu mon mari, j’appréciais surtout d’avoir enfin l’eau chaude de mon thé servie illico à la parfaite température.
Alors que la machine préchauffait, je me dirigeai vers le placard sous l’évier pour choisir quel parfum de thé allait bien pouvoir m’aider à émerger. A côté des boites empilées aux couleurs évocatrices, je remarquai ma vieille bouilloire, remisée ici depuis mon nouvel achat.
Je me frottai les yeux. Non, je ne rêvais pas ! Ma vieille bouilloire, d’ordinaire blanc immaculée, avait viré au jaune-verdâtre pas vraiment engageant ! Zut, que se passe-t-il ? Je remplis d’eau le réservoir et la banchai vite pour contrôle son état de marche. CA-TAS-TROPHE ! Des bruits inquiétants de gargouillis, un tremblement évident, et surtout une immense flaque d’eau sous le socle… Le diagnostic était posé : ma bouilloire est patraque !
Etait-ce une crise de jalousie face à sa jeune remplaçante ? Un coup de déprime d’avoir été mise aussi subitement au placard ? Après un court embarras, j’optai pour la solution écologique afin de redonner son éclat à ma vieille machine. J’attrapai quelques fleurs fraiches et transformai la vieillerie en un vase improvisé. Croyez-moi si vous voulez, mais une heure plus tard, ma petite patiente semblait guérie !
Julie

Une machine à laver boutonneuse déprimé
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Allo monsieur le réparateur ? Je vous appelle à propos de ma machine à laver.
- Je vous écoute, elle est en panne je suppose ?
- Pas vraiment, elle est un peu cyclothymique en ce moment…
- Cyclothymique ? Vous pouvez développer ? Je ne comprends pas bien.
- Eh bien voilà : elle fonctionne uniquement quand elle veut alors que ce que j’aimerais, c’est qu’elle fonctionne quand moi je le souhaite.
- Vous pouvez me décrire la situation pour que je vois quelles pièces apporter lors de mon intervention ?
- Oui, bien sûr. Voyez-vous, c’est une machine un peu ancienne, un de ces modèles avec plein de boutons. Hier, j’ai appuyé sur celui de la température, celui de la fonction demi-charge et encore celui du programme rapide : rien ne s’est passé alors que j’étais pressée. Alors que dimanche elle fonctionnait encore parfaitement et qu’aujourd’hui le programme s’est mis en route sans problème
- Attendez, je réfléchis… Une vieille machine boutonneuse vous me dites…  Je crois savoir ce qui se passe : mettez-vous quelques minutes à sa place. Vous êtes dans la fleur de l’âge, et alors que votre adolescence est terminée vous vous retrouvez toute boutonneuse comme après une poussée d’acné. Et en plus quelqu’un appuie dessus : il y a de quoi être déprimée, vous ne croyez pas ?
- Ah oui, je n’avais pas envisagé la situation sous cet angle. Et vous pouvez y faire quelque chose ?
- Oui bien sûr, vous avez fait appel à un professionnel ! Je suis diplômé en psychologie « es appareils ménagers ». Après une séance en privé et contre la modique somme de 400 euros elle sera requinquée et de nouveau opérationnelle
- 400 euros ! C’est un peu cher quand même !
- C’est vous qui voyez, chère madame, après vous pouvez tout aussi bien faire appel à un dépanneur moins diplômé que moi…
Dominique

Exercice 2 : 2 sardines discutent au fond d’une boite

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- Pssst ! Hé, Jo !
- Hein ? Christiane ? Oh non, quoi encore ?
- T’as vu le beau poisson juste là ?
- Bien sûr que je l’ai vu, je suis collée à lui.
- Hiiii ! Alors, raconte !
- Raconte quoi ?
- Ben, comment il sent…
- L’huile et la sardine. Serais-tu frappée d’anosmie ?
- Mais non andouille, c’est comment d’être près de lui ? Oh, je suis certaine qu’il a de si belles écailles. Comme elles doivent bien glisser !
- C’est parce qu’on baigne dans l’huile, Jo.
- Rhooo, que tu es prosaïque ! Imagine un peu… partir avec lui… qu’il te montre toute son anatomie…
- Je la vois déjà, son anatomie. C’est pas comme si on avait beaucoup d’intimité.
- Dis tout de suite si je gêne ! Ahhh, je suis sûre qu’il a des arêtes énormes…
- Elles le sont. C’est pas très pratique d’ailleurs, j’en ai une qui me titille.
- Oh la la ! J’en peux plus ! Plus c’est gros plus ça passe ! Il est trop… Jo, je crois que je suis en chaleur !
- Non Christiane, c’est le micro-ondes.
- Quoi ? On nous bouffe chauffées ? Ça doit être un sacré taré, celui qui nous a achetées.
- Peut-être. En tout cas, pour un humain il est pas mal.
- Ah, t’es dégueulasse avec tes fantasmes interraciaux ! Tu sais même pas à quoi il ressemble, ton humain.
- Si si, il y a une fente dans la conserve. J’arrive à le voir. Quand le plateau passe à son niveau.
- Et donc, verdict ?
- En tout cas, il est grossier. La fente a fait couler de l’huile et il jure en nettoyant. Mais j’aime les bad boys.
- Rien d’autre ?
- Je pense que c’est un psychopathe.
- Pourquoi ?
- Premier indice : il mange ses sardines chauffées, et à part mordre dans les glaces je crois pas qu’il y ait de meilleur indicateur. Deuxième indice : il est, conformément aux standards humains, très beau. Tous les psychopathes sont beaux, non ? Il doit en être un.
- Jo, arrête, je crois que je vais vomir…
- Ah non hein ! Ça va puer et il va nous jeter. Remarque, on pue déjà pour lui…
- S’il mange un truc qui pue, c’est vraiment un psychopathe.
- Pas forcément. Beaucoup d’entre eux graillent du lait tourné, périmé et parfois agrémenté de moisissure.
- Pitié, stop ! Dis, moi je trouve pas qu’on pue. Ton voisin, par exemple, je le reniflerais bien.
- T’inquiète pas, on sera bientôt tous fondus et vous ne ferez qu’un.
- Ouais, mais dans l’estomac de ton monstre.
- Holà, du calme ma chère. Il n’est pas encore mien.
- Toi, tu es sienne, non ?
- Certes… Bah, bad boy pour bad boy… Tiens, il nous sort déjà ? Il doit y avoir un peu de bon en lui, tout de même.
- Hé, il fait quoi là ? Hé, c’est le mien celui-là ! Noooon ! Christiane !
- Quoi ? J’y suis pour rien, me regarde pas avec ces gros yeux !
- Mais je fais pas les gros yeux ! Et ton chéri a boulotté le mien !
- Tu exiges réparation, peut-être ? Hé, c’est quoi ça encore ? Oh non, non non non ! Aïe !
- Ouille ! Quelle chute ! Dis donc, il a pas la main stable ton assassin.
- Assassin ? Non mais tu as vu ? Ton chéri a étouffé le mien !
- J’y suis pour rien moi non plus ! Et puis, le mien était trop fort pour le tien.
- Trop fort ? Il avait des énormes arêtes, oui ! T’as toujours eu des goûts de merde de toute façon !
- Non mais tu t’es vue ? Pauvre loche ! Il aurait fallu qu’il te bouffe en premier !
- Bah, tu as toujours été trop collante de toute façon. Je me taille !
Loup

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-       Alors, qu’est-ce qu’on fait ce soir ? Demande Martine la sardine.
-       Et si on allait en boite ! Réponds Églantine, sa copine.
-       Ah oui ! J’adore quand on est serrées !
-       Bon allez, on y va. Tu fermes bien la porte.
-       Oh ! Zut, j’ai laissé la clé à l’extérieur.
-       Comme d’hab, quoi !
-       Tu sais quoi ? Demande Églantine.
-       Non !
-       L’autre jour, un copain maquereau m’a appelé. Il a dit « allo ? » et j’ai répondu : « non ! à l’huile !!! J’en ris encore… Aie ! Aie !
-       Mais qu’est-ce que tu as ma pauvre copine ? Demande Martine,
-       Le citron et le piment m’ont piqué les yeux…
-       Mais t’es bête ou quoi ? on n’a même pas de tête !
-       Ah oui, c’est vrai ! Où ai-je la tête ?
-       Ben, justement, on sait pas ! Dis, tu crois qu’il y a des boites remplies de têtes ?
-       Oh ! Dis donc, ce serait génial si on les rencontrait ! Et puis, on se serrerait… Ah ! J’adore ! Et on chanterait : « Ah ! qu’est-ce qu’on est serrées au fond de cette boite…
Fabienne

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- Dis, excuse-moi, pourrais-tu te pousser un peu s’il-te-plait, je manque vraiment de place !
- C’est que je voudrais bien, mais je n’ai pas vraiment de marge de manœuvre ! Je suis moi-même serrée et confinée, à tel point que j’ai une arête qui me rentre dans la nageoire…
- Pfff c’est d’un triste ici !  En plus on n’y voit rien… et pour ce qui est de l’ambiance, on repassera !
- Hé, ne te plains pas, tu n’as pas l’air gênée par l’odeur qui règne ici, toi au moins ! C’est pourtant presque insoutenable. Je pense que je vais défaillir si je ne trouve pas rapidement un peu d’air frais…
- Oui tu as raison, on ferait mieux de rentrer. J’appelle un Uber et on se partage les frais ?
- Si tu veux, mais je ne suis pas sûre qu’un chauffeur accepte de nous ramener avec des déguisements pareils…
- Je te crois ! En tous cas je n’en reviens pas qu’on ait toutes les deux choisi ce costume ridicule… Je ne manquerai pas de me plaindre auprès du magasin de loc’ ! Entre ça et cette boîte ringarde et bondée… Sacrée soirée !
Julie

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Je m’en vais vous conter une histoire que je tiens de mon grand oncle, pêcheur breton de son état.
Il était parti en mer, un jour de pluie et de grand vent. La mer était déchaînée mais il fallait bien gagner sa croûte.
Alors, le petit Paul et lui avaient passé la digue, navigué tant bien que mal et mis leurs filets à l’eau.
Ils remontèrent le filet : quelques algues, rien d’autre !
Ils tentèrent une deuxième fois et burent un canon pour passer le temps. Cette fois, ce fut un ramassis de plastique qu’ils découvrirent dans le filet remonté.
Ils mirent encore du cœur à l’ouvrage et firent redescendre de nouveau le lourd filet. Ils trinquèrent et commencèrent à chanter à tue-tête : après tout, le temps était déjà si mauvais que quelques notes dissonantes n’aggraveraient pas la météo.
La journée passa et avec elle la mise à l’eau des filets, leur remontée à vide et les canons, toujours plus joyeux.
Oncle Gaston regarda l’heure. Ils avaient traîné et l’heure du marché était passée depuis longtemps ; il allait forcément se faire houspiller par la Raymonde. En même temps, elle n’aurait pas pu vendre les algues et les plastiques, alors il avait pris le parti de passer la journée à refaire le monde et à trinquer avec petit Paul.
Ils remontèrent une dernière fois le filet avant de rentrer au port : au fond une petite masse métallique, dont sortait distinctement deux voies fluettes : deux sardines discutaient au fond de la boîte.
Le soir venu, Caché derrière la porte j’entendis mon oncle Gaston essayer d’expliquer à Raymonde son histoire. A en juger par la nuit qu’il passa seul sur le sofa je crois pouvoir dire qu’il n’avait pas réussi à la convaincre !
Dominique

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