Accueil Atelier d'écriture de la Maison du Livre ATELIER D’ECRITURE DU 11 MAI 2020 ET REMISE DU PRIX DU CONFINEMENT

ATELIER D’ECRITURE DU 11 MAI 2020 ET REMISE DU PRIX DU CONFINEMENT

0
0
52

Trop contents de se retrouver après ce mois et demi  !!!!
Le prix du confinement a été attribué à Loup, pour l’ensemble de son œuvre durant ce mois et demi de confinement :

image

Toutes nos félicitations au gagnant !!!!

NB : les textes de Loup sont à lire dans les précédents ateliers (ateliers de confinement)

 

Devoir : Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis ce manteau-là, se dit-elle en le sortant de la vieille armoire.
Machinalement, elle mit la main dans la poche et en sortit…

image
Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis ce manteau-là, se dit-elle en le sortant de la vieille armoire.
Machinalement, elle mit la main dans la poche et en sortit
une lettre.
Fripée, froissée, usée. Lue et relue cent fois…
Elle pâlit, son cœur s’accéléra.
C’était sa dernière lettre, la plus belle.
Celle où il lui disait qu’il l’aimerait jusqu’à la fin des temps.
La semaine d’après, il la quittait.
Au début, elle crut à une blague. Mais qui aurait pu faire une blague aussi sordide ?
Après vint le déni. Il est parti respirer un peu. Nous étions trop fusionnels.
Il va revenir, c’est sûr… dans pas longtemps.
Tous les jours, un seul mot revenait : pourquoi… pourquoiPourquoi ????
Le temps passant sans qu’il revînt, le désespoir s’installa. Lourd et étouffant. Elle souffrait comme jamais. Comme si un trou dans la poitrine laissait couler son sang, son oxygène, son énergie. Elle pensa que mourir serait plus doux… Mais la mort ne voulut pas d’elle… Heureusement.
Le désespoir resta longtemps avant de faire place à la culpabilité. Oui, je sais, c’est ma faute. Je n’ai pas su… pas pu… pas cru… J’aurais dû…
Ensuite, ce fut le tour de la colère bienvenue et salvatrice. Elle avait envie de tout casser. Quand elle était seule, elle l’invectivait, l’insultait.
Avec le temps, même la colère passa.
Il lui resta un goût amer dans le cœur et la volonté obstinée de ne plus se laisser avoir… La solitude désormais, comme seule compagne.
Les jambes tremblantes, la respiration haletante, elle s’assit sur une chaise.
Jamais, jamais elle ne pourrait se résoudre à l’indifférence.
Elle brula la lettre et reposa son manteau. Elle sortirait plus tard…
Fabienne

 image

Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis ce manteau-là, se dit-elle en le sortant de la vieille armoire.Machinalement, elle mit la main dans la poche et en sortit un petit miroir de poche pliable.
Qui avait bien pu le placer là ?
Cet objet de ses désirs, et en particulier de la certitude d’être belle, était habituellement noyé dans son sac au milieu d’un fatras de bimbeloterie. Le métal argenté était froid comme s’il sortait du frigo.
Autant contrôler avec son maquillage matinal ! Elle plaça donc la micro psyché devant son œil droit. Elle ne perçut rien d’autre que la vision du mascara sans défaut, du trait brun foncé de ligneur et du fard à paupières légèrement mordoré. Satisfaite, ô combien, par cette amande coupable de tous les charmes, elle se fit un clin d’œil qu’elle pensait innocent. L’image furtive était entrée incognito. La paupière fermée empêcha tout retour à une vie normale.
Le cristallin s’illumina durant une nanoseconde. L’humeur vitrée resta fluide. Elle était de bonne humeur ce soir-là. La rétine eut un léger spasme sans cependant décoller. Elle aurait dû. Mais la figure était trop leste. Le nerf optique s’électrisa lui aussi mais transmit le signal sans barguigner.
Au niveau du chiasma, le croisement des deux nerfs optiques, la division interne/externe habituelle ne se produisit pas. L’image s’engouffra entièrement à gauche pour gagner le fond du cerveau de la belle. Près de la jolie scissure calcarine, dans le cortex visuel primaire, puis secondaire. Là, elle se fixa en propriétaire.
Amandine était habillée pour sortir. Ce soir, elle allait à l’Opéra, seule, mais conquérante. Qui serait présent dans la loge présidentielle ce soir ? Présent au sens de cadeau !
Maintenant, elle faisait face à son lit aux draps de satin blanc. Tu aurais pu faire ton lit ce matin, lui reprocha son cortex visuel primaire droit. Son cortex visuel secondaire gauche lui conseilla plutôt de rester avec ce bel homme nu qui faisait semblant de dormir. C’était aussi de l’opéra.
La donna è mobile.
Bertrand

 image

Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis ce manteau-là se dit-elle en le sortant de la vieille armoire. Machinalement, elle mit la main dans la poche et en sortit une photo d’identité de sa mère. Le petit portrait légèrement chiffonné et jauni avait dormi trois édifiantes années, bien au chaud dans sa cachette où flottait encore des effluves du parfum Lolita Lempicka.
Sur cette photo à visée administrative, il ne fallait pas sourire, c’était la règle mais la simple évocation de ce visage ravivait en elle mille souvenirs et mille rires partagés. Elle se souvint alors comme étonnée, combien le décès de sa maman, outre le chagrin immense, avait changé sa vie. Brusquement passée à l’âge adulte, n’étant plus « la petite » de personne, elle avait dû assumer le poids des années empilées presque à son insu. Trois ans… trois ans déjà !
Cet après-midi, elle irait au cimetière porter quelques fleurs sur la tombe où sur une pierre rectangulaire étaient gravés les mots insolites « À la plus rêveuse d‘entre nous ». Oui, sa mère était une grande rêveuse, un peu affabulatrice, un peu poète, un peu artiste. A la fin de sa vie, sous ses doigts vieillis, le piano ne chantait plus vraiment mais l’inspiration et le cœur étaient toujours présents.
En regardant avec tendresse cette photo elle revoit (je devrais dire « je revois » car « elle » n’est autre que « moi ») la télévision, fidèle compagne, en permanence allumée, présence nécessaire que la famille ne pouvait malheureusement toujours lui offrir. Et pourtant, elle accueillait chaque visite avec un grand sourire suivi bien vite de multiples commentaires sur l’actualité qu’elle avait eu tout le temps d’analyser et même parfois, d’interpréter…
Comme cette simple photo d’identité, par hasard retrouvée m’a fait délicieusement remonter le temps !
Je vais la ranger soigneusement car je sens qu’elle sera désormais le sésame de ces précieux souvenirs.
Patricia

 image

Une histoire de clé

Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis ce manteau-là, se dit-elle en le sortant de la vieille armoire. Elle était confinée depuis deux semaines et avait entrepris un tri drastique de tout ce qu’elle ne portait plus pour le proposer à la Croix Rouge.
Machinalement elle mit la main dans la poche et en sortit une petite clé plate chromée dont l’anneau, recouvert en partie de caoutchouc bleu, portait la marque Silca. Elle n’avait aucun souvenir de cette clé…
On dirait  une clé de boîte aux lettres se dit-elle. Elle alla chercher la sienne : non, les tiges ne se ressemblaient pas du tout : ce n’était pas un double. Elle n’avait pas déménagé depuis dix ans et ce manteau, quand l’avait-elle mis pour la dernière fois ? Bof, oublions, c’est sûrement sans importance. Je vais la jeter et donner ce manteau inutile pour moi maintenant que je n’irai plus dans un pays froid avant longtemps.
Mais non, elle ne parvenait pas à se sortir cette clé de la tête. Elle alluma son ordinateur et fit une recherche dans ses photos, année après année. Ah, en voilà une où elle porte ce manteau ! Datée de 2017, trois ans, déjà, que ma mère est morte, et cette photo a été prise le jour de son enterrement, c’était l’hiver en métropole. Alors cette clé appartenait à sa mère. Pourquoi l’avait-elle prise et qu’ouvrait-elle ?
Elle ne le saurait pas avant très longtemps, peut-être même jamais, elle avait annulé son voyage pour cause de pandémie et mis la maison en vente l’été précédent avant son retour à Nouméa.
Tout à coup tout lui revint ! La clé du coffre que son père avait fabriqué lui-même, un coffre artisanal scellé dans un mur de la cave, planqué derrière l’étagère à  bouteilles ! Il y avait là des documents, des bijoux, de l’or  et de l’argent que sa mère, méfiante envers les banques conservait près d’elle. Elle avait eu l’intention de l’ouvrir, ce coffre dont elle connaissait l’existence, et puis elle avait oublié !
Et dire qu’elle venait de signer à distance le compromis de vente de la maison !
Huguette

 image

Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas mis ce manteau-là, se dit-elle en le sortant de la vieille armoire.
Machinalement, elle mit la main dans la poche et en sortit 
un ticket de caisse, un bonbon et une vieille publicité : de celle qui vante les bienfaits d’un grand guérisseur africain qui fait venir la richesse et revenir l’être aimé. Aucun trésor : aller simple pour la poubelle !
Elle découvrit que la poche gauche était perçée, alors elle s’aventura dans la doublure ; elle y trouva une feuille de papier, jaunie par les ans et couverte d’une belle écriture ; elle la déplia avec soin, découvrit qu’il y avait plusieurs feuillets et, curieuse, ne pu s’empêcher de lire les premières lignes « ma chère Lucette, je t’aime mais je dois partir ce soir de Mont-Luçon… ».
Ce manteau passait de femme en femme dans la famille depuis des années, elle l’avait vu porté par sa mère,  sa tante et une de ses cousines ; ce prénom, c’était celui de sa grand-mère maternelle, originaire de Mont-Luçon justement. Simple coïncidence ?  Elle alla directement à la fin de la lettre pour lire la signature de l’auteur. Si  cette lettre appartenait à sa grand-mère alors elle s’attendait à y lire « Gaston », le prénom de son grand-père. elle y trouva « Fernand » !
Elle regarda sa montre : impossible de poursuivre la lecture à cet instant, elle était déjà très en retard. Alors, à contre cœur elle replia la lettre, la remit dans la doublure de la poche gauche et se promit d’y revenir ce soir.
Dominique

image

Jamais trop tard ?

Chapitre 1

Le miroir embué :
Paul s’était marié à vingt ans avec Lucie. Ce fut le résultat logique d’un coup de foudre réciproque.
En tout cas, c’est ce qu’il avait toujours pensé être La vérité.
Dix ans de bonheur simple, de joies partagées, de soucis somme toute ordinaires, se sont écoulés  sans heurt.
Jusqu’au jour où Paul apprit que Lucie avait repris contact avec son premier petit ami.
Il avait découvert par hasard ( ?) les recherches qu’elle avait effectuées minutieusement, pendant plusieurs mois, jusqu’à  retrouver la trace de celui qui avait été le premier homme dans sa vie.
Elle eut beau lui dire que c’était par simple curiosité, il fut ébranlé, et le doute s’instilla dans son esprit. Jusqu’à lézarder la confiance qu’il avait toujours mise en elle.
Elle lui était devenue étrangère, insaisissable. Le visage de la douce Lucie était devenu flou.
Comme dans un miroir embué.
Du jour au lendemain, Paul la quitta, sans un mot plus haut que l’autre.
Vivre à ses côtés lui était devenu tout simplement insupportable.
Le doute l’avait rongé comme un vieil os oublié par un chien dans la terre.
Il sollicita auprès de son chef d’agence une mutation rapide à l’étranger, dans n’importe quel pays. Ses compétences n’étaient plus à prouver, sa mobilité fut récompensée.
Deux mois plus tard, il décrochait la direction d’une nouvelle plate-forme logistique à Oslo.
Paul était ainsi fait : pas un regard en arrière quand il s’agit de prendre une décision qui s’imposait.

 

Chapitre 2

Oslo, un an après :

Un an s’est écoulé depuis la séparation quand Paul ressort le manteau de l’hiver passé.
Celui qu’il avait acheté avec Lucie juste avant leur séparation, son préféré.
En plongeant sa main dans les poches, ses doigts touchent un petit papier froissé.
Il le sort, le déplie avec soin, le pose sur la table du salon.
Il s’agit d’un résultat de prise de sang au nom de Lucie.
Un test de grossesse positif.
- Je m’en doutais, pense t’il, elle l’a revu, même si elle m’a juré le contraire,  et elle est tombée enceinte de lui.
Fou de rage, il prend le papier et le déchire en petits morceaux.

OU

Chapitre 2

Oslo, cinq ans après :

Cinq ans se sont écoulés depuis la séparation quand Paul ressort le vieux manteau d’hiver oublié au fond d’une des malles de voyage.
Celui qu’il avait acheté avec Lucie juste avant leur séparation.
- Pas mal, ce manteau avec son petit look vintage, se dit il en l’examinant attentivement. Je l’avais complètement oublié celui-là !
Il revoit Lucie lui remonter le col d’un geste affectueux en lui souriant dans le miroir de la cabine d’essayage.
- Tu es beau comme un cœur, il te va bien, ce manteau, on l’achète !
Un petit pincement lui serre le cœur.
Paul vit seul. A qui bon refaire sa vie, quand on l’a défaite comme on déballe un paquet cadeau, en l’arrachant avec impatience ?
Depuis, il a connu deux femmes seulement, mais aucune n’arrive à la cheville de Lucie, il en est pleinement conscient. C’est le prix fort à payer pour une réaction d’orgueil.
En plongeant sa main dans les poches du vieux manteau, ses doigts touchent un petit papier froissé.
Il le sort, le déplie avec soin, le pose sur la table du salon.
Il s’agit d’un résultat de prise de sang au nom de Lucie.
Un test de grossesse positif.
Paul pâlit. Sa bouche devient sèche, ses mains se mettent à trembler, sans qu’il puisse les contrôler.
Il se raccroche au fauteuil le plus proche. Il s’assied lourdement.
Il relit le document, le caresse du bout des doigts. Il le replie lentement, petite feuille fragile comme du verre.
Il ferme les yeux, se passe la main dans les cheveux, il baisse la tête.
Devant lui, son téléphone.
Depuis cinq ans, aucune nouvelle de Lucie. Sans doute a t’elle changé de numéro de portable ?
A la première tentative, on décroche :
- Bonjour… Lucie ?  C’est moi, Paul.
- Bonjour Paul, viens, je t’attends avec ton fils.

 OU

Chapitre 2

Oslo, vingt ans après :

Vingt ans ont passé depuis la séparation quand Paul se décide enfin à faire un grand rangement dans les effets personnels qu’il s’était fait expédier en Norvège, sans avoir eu le temps de les  trier au préalable.
C’est un peu comme après un long deuil. Un jour (pourquoi ce jour-là, précisément ?), on franchit le pas.
Paul ressort un vieux manteau d’hiver oublié au fond d’une des malles de voyage.
Celui qu’il avait acheté avec Lucie juste avant leur séparation.
Il s’en souvient très bien : il revoit le sourire de Lucie, elle lui avait fait un compliment, lui semble t’il.
En vingt ans, la dégringolade a été aussi lente que sa promotion à Oslo fut rapide.
Pas sur le plan professionnel, en tout cas pas les premières années.
Mais une immense solitude l’a desséché peu à peu.
Pas de compagne solide, pas d’enfant.
Il s’est mis à boire, de plus en plus souvent, jusqu’à inviter l’alcool au travail.
Son associé a pourtant tout tenté : cures de désintoxication, séjours en maison de repos, mais les rechutes succédaient aux crises. En désespoir de cause, il a alerté Hélène, la sœur cadette de Paul, qui a décidé de venir s’installer chez son frère pour tenter de le remettre sur pied.
Ce matin, Paul prépare la chambre d’amis en la débarrassant de ses vieux vêtements.
En plongeant sa main dans les poches du vieux manteau, ses doigts touchent un petit papier jauni et craquelé.
Il le sort, le déplie avec soin, le pose sur la table du salon.
Il s’agit d’un résultat de prise de sang au nom de Lucie.
Un test de grossesse positif.
Paul est abasourdi. Il réalise qu’il a abandonné Lucie alors qu’elle avait besoin de lui.
Sinon, pourquoi aurait-elle glissé ce résultat dans une poche de son manteau préféré ?
Il a abandonné Lucie et leur enfant. Comment est-ce possible, lui qui s’est toujours attaché à  être fidèle, intègre en amour, au risque de le payer au prix fort.
Paul a honte de sa lâcheté, rien ne peut l’excuser.
Le carillon de la porte d’entrée résonne.
Il jette les vêtements sur le lit, et va ouvrir :
- Bonjour Paul !
Devant lui se dresse sa sœur chérie, une petite valise à la main, un timide sourire sur les lèvres.
Elle n’est pas seule. A ses côtés se tient un jeune homme, les cheveux en vrac, grand, brun, un air de famille…
- Paul, voici ton fils Pablo, il veut te connaître.
Marie-Pierre


Exercice 1
 :

La cure de jouvence à laquelle il ne croyait pas, dépassa cependant toutes ses espérances.
Il rajeunit de dix ans. S’il avait été raisonnable, il en serait resté là…

image

La cure de jouvence à laquelle il ne croyait pas dépassa cependant toutes ses espérances. Il rajeunit de dix ans ! S’il avait été raisonnable il en serait resté là. Trente-cinq ans, c’était un bel âge. Et comme il avait pris soin de quitter Clarisse avant d’entreprendre sa cure, il était de nouveau célibataire.
Mais Pierre se dit que c’était aussi l’âge où l’on se dirige de plus en plus vite vers la maturité : quarante ans est tôt arrivé, il en savait quelque chose, et finies l’insouciance, les parties de plaisir, les fêtes avec les copains…
Non ! il fallait insister et retourner plus loin en arrière.
Sa deuxième cure fut plus longue et pénible que la première. Le médecin, surpris de le voir revenir insatisfait, ne lui cacha pas qu’il y avait des risques. Il insista même lourdement sur les possibles douleurs résiduelles et exprima son incertitude quant à la durée des effets de ce deuxième rajeunissement.
Mais notre héros ne voulut rien entendre : son idéal était de paraître vingt-cinq ans afin de pouvoir profiter de tous les plaisirs liés à cet âge, plaisirs qu’il imaginait, car il ne les avait pas vécus. Sa famille, modeste, et son éducation, stricte, les lui avaient refusés. Il était dons très motivé !
Le médecin fut stupéfait du résultat : son patient avait tout supporté vaillamment ! Et c’est un beau  jeune homme de vingt-cinq ans qui se tenait bien campé devant lui. Un jeune homme svelte, musclé, chevelu… prêt à se lancer dans la vie joyeuse d’un célibataire courtisé.
Pendant la première semaine, Pierre alla au-delà de tous les plaisirs que sa jeunesse lui permettait désormais : il passait ses nuits en boîte, dansait jusqu’au petit matin, buvait plus que de raison, ramenait une ou plusieurs filles chez lui, faisait l’amour sans jamais perdre ni sa virilité ni son désir.
Au soir du septième jour il rencontra une jeune femme, belle et spirituelle, et ils tombèrent amoureux au premier regard.
Leur nuit fut électrique…
C’est au matin du huitième jour que le drame se produisit : Pierre se réveilla auprès d’une femme de quarante-cinq ans en qui il reconnut… Clarisse !
Et le miroir lui renvoya sa propre image : son ancien visage !
Ainsi Clarisse et lui avaient fait la même cure, étaient passés par les mêmes étapes !
Le retour en arrière aurait pu être terrible, mais non ! L’ironie de la situation les secoua d’un éclat de rire tonitruant !
Huguette

image

La cure de jouvence à laquelle il ne croyait pas, dépassa cependant toutes ses espérances. Il rajeunit de dix ans.
Oui, mais voilà, ce rajeunissement lui avait ouvert des perspectives inespérées… Lui qui, il y a peu, se levait péniblement,  et vivait sa marche du matin comme un calvaire, le corps tout endolori, se surprit à trottiner, puis à courir, et puis… à jouer !
Il vit une fringante jeune fille venir à lui… Machinalement, il lui sentit le derrière. Il avait même retrouvé l’odorat ! Quel bonheur !
Sa maîtresse ne lui avait donné que quelques gouttes de ce médicament miraculeux…
Voyant ces effets aussi spectaculaires, la nuit venue, il alla dans la cuisine et but ce qui restait dans son bol !
Aussitôt, il se mit à uriner partout… à geindre comme un jeune chiot, à appeler sa mère – la pauvre, elle devait être morte depuis longtemps – et à se sentir tout pataud sur ses pattes branlantes… finalement, il en était revenu à son point de départ ! L’extrême vieillesse ressemble beaucoup à la prime jeunesse, se dit-il amèrement.
Ah ! s’il avait été raisonnable, il en serait resté là, il aurait retrouvé tous les plaisirs perdus, mais à trop vouloir, on perd tout !
Fabienne

image

Aujourd’hui il y avait trois jours, trois jours que ces illuminés avaient frappé à la porte d’Angèle. Pires que les témoins de Jéhovah, de vrais mystiques ! Et ils étaient pas vieux du tout en plus, si c’est pas malheureux de voir la jeunesse se laisser attraper par ce genre d’organisation… Avec leurs encens odorants, leurs robes élaborées et leurs barbes formant un écosystème indépendant à elles seules, ils avaient une drôle d’allure.
Ils avaient proposé un « rajeunissement miracle », et fait des promesses intenables, bref, tout le tintouin habituel. Ils étaient passés dans la résidence senior, en plus ! Comme quoi ils étaient peut-être fous mais pas encore bêtes.
Angèle n’avait rien demandé, c’était une petite mamie plus qu’ordinaire : elle attendait impatiemment toutes les visites, lisait en buvant un thé bien chaud et était au bord de la dépression chaque fois qu’elle avait affaire à la technologie. Elle pensait qu’elle avait assez vécu, et que, quand il faudrait s’en aller elle le ferait : pour reprendre ses mots, « j’attends la mort sans impatience ».
Cependant, ces zélotes lui avaient bien remué ce qui lui restait de crâne, et au bout du troisième jour après la visite, elle se décida à aller à l’adresse qu’on lui avait laissée. Elle fut contrainte de rentrer dans le culte pour accéder à la « fontaine de jouvence » comme ils l’appelaient ; elle mit les robes rituelles et rencontra les plus sages de la secte. Certains qui devaient avoir la trentaine prétendaient avoir plus de 3000 ans ! Un basané qui s’appelait Imothep prétendait être un authentique sorcier égyptien antique, ayant trouvé la fontaine le premier. Il disait que c’était un point fort que les gens les prennent pour des fous, ainsi la fontaine était préservée de ceux indignes de son eau. En tant que nouvelle recrue, Angèle n’aurait normalement pas dû avoir le privilège du « renouveau corporel », mais vu son âge avancé, on lui avait accordé cette chance.
On l’avait menée à une espèce de bassin à l’eau rouge ; elle avait cherché des projecteurs de piscine, en vain. Elle était entrée, hésitante, dans le liquide trouble qui s’était révélé plus visqueux qu’elle ne l’avait imaginé. Il avait fallu qu’elle s’immerge totalement pour que ça marche. Elle avait senti étrangement ses douleurs lombaires disparaître, ses os cesser de la lancer, et sa peau redevenir bien tendue et sans aucune pétéchie.
En sortant, elle avait rajeuni de dix ans.
On lui avait dit que pour sa première fois, elle devait en rester là car une surexposition serait très mauvaise pour ses synapses. Elle s’en foutait comme de l’an quarante, de ses synapses ! Elle voulait juste retourner à sa prime jeunesse, et puis, le temps guérit toutes les blessures, non ? Elle avait replongé, se libérant d’un coup de l’emprise des mystiques. Elle avait nagé, nagé jusqu’au fond, dans l’espoir de percer le secret de cette eau pour elle-même.
Elle y était presque, elle le sentait… Seul problème, un bambin a des poumons et des bras assez restreints. Angèle apprit la leçon un peu tard.
Le mieux est l’ennemi du bien…
Loup

 

La cure de jouvence à laquelle il ne croyait pas dépassa cependant toutes ses espérances. Il rajeunit de dix ans. S’il avait été raisonnable, il en serait resté là.
D’une trentaine flamboyante, il était revenu à une vingtaine heureuse et pleine de promesses. À un corps ferme et musclé, il conjuguait désormais un esprit mature que l’expérience rendait plus prudent mais aussi plus affirmé. Ces pseudo vingt ans étaient une véritable aubaine dont il aurait dû jouir avec sagesse mais la tentation est mauvaise conseillère ! Une cure, si bénéfique, ne pourrait qu’améliorer son quotidien, il en était absolument certain ! Il entama donc avec entrain une deuxième cure, plus courte cette fois. S’en trouvant bien, il enchaina avec une troisième vite suivie d’une quatrième avant que les traitements précédents aient produit tous leurs effets.
Emporté par son enthousiasme, il était allé trop vite et surtout trop loin. Beaucoup trop loin… D’enfant, il était vite passé à la case grossesse pour se retrouver étourdi dans les testicules prodigues d’un vulgaire géniteur. Ce Casanova de province, peu avare de sa semence, faisait feu de tout bois.
Comme à son habitude, ce soir-là, il avait batifolé de fleur en fleur pour, épuisé, éviter la seule rose qu’il convoitait réellement. Cette Rose, si fraiche, qui embaumait ses rêves aurait dû logiquement neuf mois plus tard donner naissance à notre héros. Hélas ! il n’en fut rien ! La tendre Rose ne fut pas fécondée ce qui fait que nulle part, sinon au début de cette triste histoire, vous ne trouverez trace du personnage dont il était question. Il n’est que le phantasme de la malheureuse Rose qui, en représailles, n’adressa jamais plus la parole à son inconstant prétendant.
Patricia

image

La cure de jouvence à laquelle il ne croyait pas, dépassa cependant toutes ses espérances : il rajeunit de 10 ans. s’il avait été raisonnable il en serait resté là.
Mais du haut de ses quarante-six ans, il n’était plus raisonnable depuis de nombreuses années. Ses trente-six ans n’étaient pas sa meilleure époque, aussi souscrit-il ipso facto un abonnement supplémentaire qui se réalisa immédiatement : il retrouva avec bonheur ses vingt-six ans et Chloé son amoureuse de l’époque. Ah Chloé !!! Quel doux souvenir !!!!
Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’à cause d’une connexion capricieuse, il avait, en fait, validé trois autres souscriptions. A peine lové dans le bras de Chloé il fut expédié à l’époque de ces seize ans, autour du flipper et de sa bande de potes.
Mais là encore cela ne dura pas : c’était maintenant la plage de La Beaule, ses brassards aux bras et son seau : il entreprenait à présent de vider la mer.
Pauvre de lui, la roue du temps recula encore, et il se trouva engoncé dans une espèce d’enveloppe sombre et remuante ; il mis du temps à réaliser où il était, et ne fit le lien qu’en entendant une voix qui lui paraissait familière , celle de son père. Alors avec effroi il compris qu’il était revenu à l’état de spermatozoïde.
Dominique

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par joie55
Charger d'autres écrits dans Atelier d'écriture de la Maison du Livre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

E-atelier d’écriture pour le 1er avril 2021

Exercice : écrire un texte avec les mots suivants : Cuisine – voyager – triomphal – espoir…