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Atelier d’écriture du 9 mars 2020

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DEVOIR : 5 mots extraordinaires

Céiste – verne – parhélie – larmier – épitomé

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Zoreille est arrivée

J’avoue. Je suis zoreille. Arrivée depuis quelques semaines à Nouméa. Née à Roubaix, en fait je suis lusitano-flamande. Ma mère travaillait aux filatures. Elle appelait ça l’Usine.
L’usine à métissage. Je pense que vous connaissez tous la famille Verne. Nous sommes tout un tas. Mais chaque Verne est un cas. C’est vous dire, un enfant Verne adopté vient de Bali. Un vrai jules ! Mais tous nous avons la goût des voyages. La goût Verne.
J’ai été aux écoles. Mais je sais pas tout. J’chu pas comme les céistes qui font semblant de tout connaître. Pour le moment je vis seule à Rivière Salée. Le soir c’est un peu triste. Certaines nuits je remplirais des larmiers aussi grands que les bénitiers de la cathédrale.
Tiens plus rigolo. J’ai un anecdote à vous raconter. On dit un ou une ? La nuit dernière, je me réveille en sursaut. Je dors à poil pour ceux que ça n’intéresse pas. Mes jambes me faisaient mal. Une multitude de piqures. Je regarde. J’me dis que j’ai pas du me raser les jambes depuis longtemps. Des tas de poils noirs. Je chausse mes lunettes de myope. C’étaient pas des poils. Mais une nuée de parhélies. Oui, vous connaissez : des insectes suceurs de sang de la famille des coptères. Leur vrombissement est caractéristique. J’espère qu’ils ne transmettent pas de maladie. Parce que en ce moment, près de la mangrove, il y a une épitomé de corona qui viendrait du Mexique.
Bertrand

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C’est vers l’âge de treize ans que la très pieuse Jeanne, petite bergère pauvre de Domrémy commença à entendre des voix qui lui ordonnaient de « bouter les Anglais hors de France ». Très effrayée au début par ces voix pas céistes, Jeanne en fit rapidement sa raison de vivre. Elle s’éloigna dès lors des jeunes du village qui se moquaient de sa trop grande ferveur et pensaient qu’elle avait contracté un épitomé. Elle s’isola et rompit même ses fiançailles.
Ces voix, qu’elle reconnut comme celles de saintes Catherine et Marguerite, puis de l’archange saint Michel, ne la laissèrent plus tranquille. A l’âge de 17 ans, elles lui ordonnèrent de libérer le royaume de France de l’envahisseur et de mener le dauphin sur le trône. Des bandes armées pillèrent et brulèrent son village. Elle quitta donc ce larmier et se rendit en pays Verne pour rencontrer le capitaine de la forteresse.
Ce dernier la prit très au sérieux et lui donna une armure, un beau cheval et deux écuyers. C’est ainsi la très charismatique Jeanne, que certains qualifieront de schizophrène paranoïde souffrant de troubles de la personnalité, auréolée de parhélie, arriva à Chinon.
Fabienne

Duo pour cordes désaccordées

C’est un dialogue entre un auteur définitivement méconnu (sa famille a renoncé à le lire, le psy aussi) et son maître d’atelier ou sa maîtresse. Comme vous voulez. Lui il préférerait sa maîtresse parce que ça fait longtemps qu’il n’en a pas eue.
Depuis le CM2.
- Ah, mon Dieu !
- Stop !  Je t’arrête tout de suite. Tout faux, t’as déjà tout faux.
- Mais, j’ai encore rien dit.
- Si, trois mots, ça compte trois mots.
- Mais c’était juste…
- Pour ne rien dire, je sais. Cependant, ton inconscient a parlé, lui. Tu as dit MON Dieu. Et le Dieu des autres, alors. Un peu de respect pour l’altérité.
- Bon je veux bien me désaltérer. Je reprends : ah, Dieu ! En deux mots, j’ veux dire.
- Là encore, tout faux. Tu as mis Dieu au singulier. Pluriel, il faut être pluriel. A notre époque on ne dit plus monothéisme. Il y a quantité de sortes… de thé. Plus de mono. On ne dit plus monokini, plutôt tous poils à l’air : pas monocéros, bicorne ; pas monogame mais dialoguiste pour vagins ; pas monomaniaque mais bipopulaire. Tu vois, il faut que tu sois moderne. Que tu sois céiste. C comme Contemporain. Céiste ou pas céiste, tu choisis.
- Bon, je recommence : Ah !
- A, la lettre a ?
- Non, ah, l’exclamation. Je m’exclame, je m’excuse.
- Ah, tu peux t’en passer.
- Bé… qu’est-ce que je mets alors.
- Bon, vas-y, commence. Tu vas ennuyer le beau monde.
- Je voulais faire un bref exposé sur l’art Verne. Il est assez méconnu sauf dans le centre de la Gaule. Il date d’avant les Romains. Il se caractérise par ses œuvres d’évergétisme. Rien d’érotique mais ça fait du beau et du bien. Rien que de le dire.
- Où t’as trouvé ça ?
- Dans Wikipédia.
- Bon, alors j’ te crois.
- Je vais vous donner quelques exemples vernes, surtout des bijoux recueillis lors de fouilles récentes.
- Dans les tombeaux on a trouvé des parhélies. Ce sont des casques d’apparat. Le parhélie coïdal est surmonté d’une queue de cheval. Il y a le parhélie au marin pour navigateur. Le parhélie con pour membre de la fanfare pas très futé.
- Des larmiers aussi. Le larmier du salut pour militaires respectueux et généreux. Plusieurs modèles, larmier de terre, de l’air… Plus rare, le larmier des ombres qui protège des esprits.
- Ensuite, les objets fabriqués par épitomé. Bien entendu, ceux des tombeaux sont globalement des nécrotomies. Les craniotomies se mettent sur le crâne, les ototomies sur les oreilles et les pénectomies sur le…
- Et tu penses que ça va intéresser les foules, l’art verne ? Les auvergnats, et encore, les vieux, du temps de Vercingétorix.
- Céiste, mon vieux.  T’es pas céiste !
Bertrand

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Rondouillard, chauve, larmier et besogneux, une myopie qui lui servait d’excuse pour ne plus reconnaitre ses voisins dès qu’ils s’éloignaient du cadre miteux de son immeuble, tel était Monsieur Machin, le locataire d’en face. Par une surprenante parhélie, je l’avais assimilé à un des personnages de mon roman préféré. Le plus terne, du moins en apparence, mais en fait celui qui, dans l’ombre tirait les ficelles de l’intrigue. Pour une raison qui me restait obscure, je me mis à le suivre ou plutôt à le pister, recherchant dans les méandres de sa petite existence le céiste insoupçonné qui me révèlerait le bien-fondé de mon enquête.
Je n’eus pas à aller bien loin pour constater que ce Monsieur Toulmonde dont j’apercevais de loin en loin l’épouse effacée, menait, en fait, une double vie. Oh ! n’allez pas imaginer des frasques adultères ! Non ! Mon voisin, mécanicien le jour, se rendait chaque soir à un cours de théâtre et, à l’occasion, jouait de petits rôles dans des séries B !
Jamais au grand jamais je n’avais imaginé que ce personnage falot, sans la moindre verne et sans ce petit truc qui même chez une personne disgracieuse attire favorablement l’attention, pouvait intéresser les caméras ou capter un quelconque public ; non ! pour moi, il ne pouvait avoir de rôle que dans mes divagations et non dans la vie réelle. Mais alors, pourquoi l’avais-je suivi ?
L’épitomé de cette enquête incongrue, avec le recul, je le comprends à présent, est à rechercher dans mes tendres années. Mon père, héros anonyme d’une vie banale, s’absentait régulièrement de la demeure familiale pour une cause inconnue. Ce comportement surprenant avait émoustillé mon imagination juvénile. Ces départs fréquents devaient, à n’en pas douter, correspondre à des missions secrètes. Qui sait ? Peut-être exerçait-il le difficile métier d’agent secret ?
Hélas ! Mon père décéda avant mes dix ans et ces multiples absences demeurèrent un lourd mystère dont je ressens jusqu’à ce jour la frustration. En enquêtant sur ce voisin, peut-être avais-je cherché, inconsciemment, à comprendre et justifier l’apparent manque d’intérêt de mon père pour l’enfant aimant que j’étais alors.
Patricia

Exercice 1 : hier soir, j’ai eu une discussion avec Socrate

Photo de Bertrand POUGET

Photo de Bertrand POUGET

Hier soir j’ai eu une discussion avec Socrate, il avait besoin de partager son mal-être : il se sent diminué.
S’il ne s’agissait que de son index gauche qui lui manque (fruit d’un malencontreux coup de couteau alors qu’il partageait une gaufre apportée par Fabienne), mais pire, voilà qu’il s’est réveillé ce matin raccourci de moitié. Non seulement il ne peut plus se mouvoir à sa guise et dépend désormais du bon vouloir de tiers pour aller de la chambre au salon, mais sa virilité est anéantie, ratiboisée, disparue !
J’ai bien essayé de lui faire entendre raison, le sachant philosophe je pensais que la sagesse l’emporterai sur la sidération, que nenni !
Je crois pouvoir dire qu’il est finalement comme tous les hommes : le moindre petit bobo les plongent dans une douleur incommensurable !
C’est pas pour dire mais la Joconde est dans un état identique et on ne l’a jamais entendue se plaindre.
Dominique

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Socratès

Hier soir je regardais Arte. Enfin une émission intéressante. Un match de foot. Un très vieux match des années 80, en Espagne.
Fantastique, de quoi faire rêver.
Ce soir là, il avait illuminé le terrain, à lui tout seul. Il avait perdu mais avec une grande élégance. A la fin du match il souriait. Ses cheveux bouclés luisaient de sueur. Le beau n’avait pas gagné. Il est simplement resté dans les mémoires.
Je me suis endormi calmement. Socrates est venu me voir. Les cris de la foule s’étaient tus. Moi, autodidacte du foot, je me suis lancé dans un dialogue avec lui. Comme moi, il était médecin. Comme moi, il avait pratiqué notre sport très longtemps. Comme moi, il aimait le beau jeu, le « bon joco ». Sans violence. Comme moi, il aimait l’ironie. Comme moi, il voulait la démocratie, la fameuse démocratie corinthienne. Comme moi, il avait succombé à l’alcool.
Sans vraiment le flatter, je lui ai dit qu’il y avait les pré-socratiques : Pelé, Didi,  Vava, Zico… Et puis maintenant les petits cons. Ces milliardaires décérébrés qui tapent dans un ballon devant des foules hurlant leur racisme, leur sexisme, leur haine de l’étranger, leur vénération du fric.
Toi, Socratès, tu étais le meilleur.
Bertrand

-       Ta tête me dit quelque chose mais je n’arrive pas à mettre un nom dessus ??
-       Socrate. Je m’appelle Socrate !
-       Awaoua !!! ça, ça va épater mes copines… Je peux faire un selfy ?
-       Un quoi ???
-       Ben, un selfy. Tu sais pas ce que c’est ? Mais tu viens d’où ?
-       De l’antiquité.
-       Et c’est où ?
-       De la Grèce antique, ignare !
-       Je vais tout de suite mettre ça sur Facebook !
-       Qu’est-ce que FB ? Un grand livre
-       Ô mon pauvre ! Mais les livres, ça n’existe plus. Maintenant, on écrit ce qu’on veut, de préférence des conneries, sur tout et n’importe quoi !
-       Comme un papyrus qu’on se passerait de main en main ?
-       Un peu, oui, mais avec des gens du monde entier. Et surtout des gens qu’on ne voit pas, qui font plein de fautes d’orthographe et avec qui on est ami, mais qu’on connait pas.
-       Comment peut-on être ami avec quelqu’un que l’on ne connait pas ? Quelle absurdité ! Le monde entier, dis-tu ? Il y a donc d’autres régions peuplées ?
-       Partout, il y a du monde partout, des milliards de gens. Dis donc, j’aime bien ton look, c’est super pratique pour un pays chaud comme ici. Et puis, super sexy aussi ! Tu fais quoi ce soir ? On va en boite ? Tu préfères quoi ? Electro ? Métal ?
-       Ah non, alors, je ne veux pas m’enfermer dans une boite ! Et c’est quoi Electro, métal ?
-       Des styles de musique… Mouais, t’es pas mal, mais je crois pas que je vais pas te sortir, finalement, trop off ! je vais te garder pour moi…
Fabienne

socrate

Nous savons que le kanéka est une invention musicale récente qui ne trouve pas son origine dans la coutume mélanésienne.
Quant au Pilou, danse largement répandue sur la Grande Terre et les Iles, il s’agit d’un emprunt.
Pour preuve, la statue que vous pouvez admirer aujourd’hui : Socrate s’adonnant avec force au rythme d’un pilou endiablé.
Patricia

- Hé ! Monsieur, monsieur !
- Euh… Oui ?
- Vous êtes pas un peu célèbre, par hasard ? Votre visage me dit quelque chose…
- Oui, c’est vrai que j’ai mené quelques projets dont je suis assez fier !
- Je peux avoir un autographe, siouplaît ?
- Ah non, désolé, mais je suis formellement contre…
- Oh, tant pis… Attendez, je suis sûr de vous connaître, mais votre nom me revient pas… Ne dites rien… C’est vous avec le tonneau, non ?
- Ça, c’est Diogène.
- Alors c’est vous le « cogito ergo sum » ?
- Ça, c’est Descartes.
- Ah, j’y suis ! « On ne se baigne jamais dans le même fleuve » ?
- Ça c’est Héraclite…
- Je commence à sécher… Le communisme, ce serait pas de vous, par hasard ?
- J’ai la gueule de Marx, non plus ? Bon écoutez, je suis un penseur de l’antiquité considéré comme le fondateur de la philosophie moderne, notamment grâce à mon allégorie de la caverne. J’ai une femme horrible et on m’a fait boire la cigüe parce que je réponds aux sophistes et je corromps la jeunesse ! Je suis qui ?!
- JE L’AI ! PLATON !
Loup


Exercice 2
 : J’ai des absences…

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J’ai des absences… De plus en plus souvent…
Serait-ce le début d’Alzheimer ? Pourtant, je peux réciter l’alphabet à l’envers, je peux aussi donner le nom de tous les philosophes, de l’antiquité à nos jours, je peux… bref, plein de trucs qui ne servent à rien…
Mais il m’arrive de ne pas savoir comment a fini la soirée d’hier… Il faut dire que je fréquente de vrais poètes  et l’inspiration coule à flots…
Est-ce inquiétant ? Je ne crois pas… Car à chaque fois, j’ai le sentiment d’une soirée très… réussie !
Fabienne

J’ai des absences…
Quand je peux plus me supporter, pouf ! je disparais…
Mon corps devient transparent et ma conscience se met sur « pause ». Quel délicieux repos ! mais hélas ! de courte durée car je reviens m’habiter et dois à nouveau faire face à mes angoisses. Je voulais disparaitre vraiment mais n’y parvenais pas alors j’ai tenté de me faire plus petit. J’ai commencé par raccourcir mon ombre puis, à la supprimer totalement.
Je me suis ensuite attaqué à mon reflet dans les miroirs, les vitres, les flaques… Pouf ! Plus aucun double !
N’étant plus que moi-même j’ai voulu passer inaperçu et me suis tout de gris vêtu. On ne me remarquait plus ; c’était déjà un progrès mais moi j’avais toujours conscience de mes insuffisances et je souhaitais d’un trait de gomme pouvoir m’effacer.
Je me suis mis aux abonnés absents, j’ai fermé ma maison et jeté la clef par la fenêtre côté jardin puis j’ai disparu, de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps et un jour… j’ai enfin réussi à m’oublier.
Patricia

j’ai des absences et, quoi qu’on en pense, leur présence m’envahit.
Là par exemple l’inspiration s’échappe.
Alors tel le sprinter j’essaye de la rattraper ; inspiration, expiration, inspiration, expiration : l’essoufflement est proche !
je sais bien que mon effort est vain. V.A.I.N ou V.I.N ? à propos, j’ai encore la présence d’esprit de soigner mes absences par l’absinthe
Dominique

Docteur, j’ai des absences.
Je n’attends pas de vous que vous me les expliquiez. Ni même une évaluation de leur gravité. Simplement votre présence. Qui colmate mes absences.
Tout cela, je ne puis vous le dire en face. Vous êtes trop loin. Trop loin de moi, qui m’éloigne de l’avenir.
Absent pour moi. Alors que dans mes pensées solitaires, vous êtes là. Souriant de mes rêves les plus impertinents. Caressant mon âme comme une fourrure. Votre regard bleu me sculpte. Et je me noie sans bouger. Puis votre attention prend le large.
Et je me noie plus profond encore.
Autour le vent passe, sirocco de poussières dorées. Le flou revient, balayure incertaine. Et je ne suis plus là. Ce là où vous étiez.
Cependant revient le temps. Qui s’écoule à nouveau. Celui que vous perdez, peut-être, à la tête de mon lit. Je vous vois qui décrypte. Qui raisonne le mal. Et le bien aussi. Un tout petit peu. La flamme d’un cierge. Vous dites ce qu’il faut. Ce qu’il faudrait plutôt. Pas ce qu’il aurait fallu. Puisque les minutes de cet acte me disent la tombée. La fin de votre visite.
Quand l’infirmière referme son cahier. Me prend la main. Cette main flageolante et grêlée de taches brunes. Qui ne me nourrit plus. Et ne serre ni ne s’élève.
Docteur j’ai des absences. Donnez-moi la dernière…
Celle où vous serez de garde. Rien que pour moi.
Bertrand

Quand je reste seul l’après-midi chez moi,
Quand je divague alors que les autres se remplissent la panse,
Quand je saute des lignes de mon livre sans émoi,
Je le sens, j’ai des absences.

Quand mon regard glisse le long d’une peinture,
Quand parfois ça arrive que l’on m’encense,
Quand je suis sur mon lit et dos au mur,
Je le sens, j’ai des absences.

Peut-être un jour arrivera,
Où ma conscience reviendra,
En attendant, j’ai des absences.

J’écouterai ce qui se dit
Au lieu de dériver au paradis,
Mais en attendant, j’ai des absences…
Loup

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