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Atelier d’écriture du 2 mars 2020

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DEVOIR : un sandwich

Il eut aussitôt le sentiment que l’homme qui se trouvait devant lui était sur ses gardes...

Le froid le réveilla en sursaut, il avait dormi près de deux heures.
(Meurtriers sans visage – Henning Mankell)


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Panne d’écriture

Il eut aussitôt le sentiment que l’homme qui se trouvait devant lui était sur ses gardes. Il était grand et large, une véritable armoire anguleuse. Un bonnet de laine bleu-marine recouvrait ses sourcils. Le bas du visage était mangé par une barbe neigeuse abondante, touffue. Un gros nez épaté en topinambour dominait ce buisson sans forme. Les creux orbitaires étaient deux cavernes dont aucun regard ne s’échappait. Cette tête sans cou surmontait une longue pèlerine grise qui elle-même recouvrait une sorte de soutane noire trainant jusqu’au sol. On n’en voyait pas le boutonnage. Il ne saurait dire s’il l’avait déjà vu. En fait on ne le voyait pas. On ne le devinait pas.
Cet être sortait de l’imagination bornée d’un mauvais auteur de polar. Un personnage anonyme. Indescriptible donc anonyme. On ne pouvait supposer qu’il émette une quelconque parole. Que pouvait-il manigancer ? Un risque, un danger ? ce qui bloquait la situation. Le narrateur cherchait vainement à la faire évoluer. Le ruisseau de l’imagination était tari. Plutôt gelé.
Il s’aperçut alors qu’il neigeait, abondamment. Comment et quand était-ce apparu ? Des flocons denses, plus compacts qu’à l’habitude. Comme de la laine sale. Derrière le personnage immobile et muet on ne voyait plus les maisons. La rue semblait déserte. Les sons étaient amortis, à peine perceptibles. Les battements d’un vieux cœur agonique. Aucune odeur. Pas de vent. L’air épais lui emplissait la bouche et le nez comme lors d’une noyade glacée.
Comment installer un dialogue avec cette masse inerte, inexpressive ? Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, une forme de paralysie s’installait. Le personnage et le narrateur semblaient maintenant enfermés. Plaqués sur une toile au cadre de deuil. Le peintre, un maître de l’obscur qui vénérerait le noir et blanc. Le noir sur blanc qui ne peut rien dire. Sauf la peur.
A court d’idées, le narrateur sombra dans une torpeur indolente. Lui aussi était mûr pour la camisole. Sans forces. Pire, il avait perdu son sens créatif. Le tableau séchait, se durcissait. La neige devenait grise, par nuances successives. Quand elle fut anthracite il crut deviner un mouvement de sa créature. La statue au long manteau sépulcral écartait lentement les bras. Très lentement. Ce manque de relief. Tous ces gris confondus. Il ne s’aperçut qu’au dernier moment que les bras tentaculaires venaient vers son cou. Il suffoqua, émit un cri aphone. La vie le quittait. Dans le noir maintenant absolu. Son roman ne verrait jamais le jour.
Gisant sur le sol de marbre blanc, le froid le réveilla en sursaut, il avait dormi plus de deux heures.
Bertrand

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Panique sur la ville


Il eut aussitôt le sentiment que l’homme qui se trouvait devant lui était sur ses gardes.
Il allait devoir jouer serré. Le douanier avait un masque sanitaire ; ça sentait pas bon, se dit-il, alors qu’il lui présentait un document à remplir.
La première question : venez-vous d’une zone à risque ?
Il cocha aussitôt la case « non », bien qu’il sût que c’était absolument faux.
Il avait fait un périple des plus compliqués pour rentrer en France afin qu’il soit quasiment impossible de suivre sa trace.
L’autre en face étudia longtemps le document, le regarda puis, à contrecœur, le laissa passer.
La fouille de ses bagages ne présenta aucun problème. Il sortit de l’aéroport en poussant un grand soupir de soulagement.
Il était minuit et, normalement, sa femme devait l’attendre. Sauf qu’il n’y avait personne.
Il l’appela sur son portable.
-       Chérie, je ne te vois pas, tu es où ?
-       Je ne suis pas venue
-       Mais enfin, pourquoi ?
-       Pourquoi ? Parce que tu reviens d’Italie.
-       Oui, et alors ?
-       Ne te fous pas de moi ! Tu sais bien que dans le village de Lombardie où tu étais, tous les habitants ont été confinés. Interdit de sortir. Alors, comment as-tu fait ?
-       Je me suis arrangé. Mais ne t’inquiète pas, Chérie, tout va bien. Bon, je prends un taxi et j’arrive…
-       Ah non !!! Tu vas où tu veux pendant deux semaines, mais tu ne viens pas à la maison !!! Cria-t-elle en raccrochant.
Il en fut interloqué. Lui qui pensait que sa femme allait l’accueillir à bras ouverts après cette longue absence et les risques qu’il avait courus.
Puis il se ressaisit et se dit qu’après tout, ce serait une bonne occasion pour passer quelques temps avec Odile, sa nouvelle maitresse. En y pensant, il eut un petit sourire. Et puis, c’était cool parce qu’il avait assez d’affaires dans sa valise pour passer 15 jours. Sauf que son linge était sale. Pas grave, Odile serait ravie de lui laver et repasser…
Il prit un taxi pour descendre en ville et erra un moment dans les rues désertes. Il se dit qu’il était trop tard pour aller chez Odile maintenant et qu’il ferait bien d’attendre le lendemain matin. Il était fatigué, il se sentait un peu fiévreux.
Il s’assit sur un banc, et sans s’en rendre compte s’endormit.
Le froid le réveilla en sursaut, il avait dormi près de deux heures.
Fabienne

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Le froid me réveille en sursaut, j‘ai dormi près de deux heures. La fenêtre s’est encore ouverte avec le vent. Je me lève péniblement, traînant ma carcasse pour fermer l’écoutille. Maintenant bien réveillée par la morsure glacée, je retourne m’asseoir dans mon fauteuil, sans fermer les yeux cette fois. Je prends une grande inspiration, et l’expiration ne chasse pas la fatigue qui m’est devenue chronique. Je regarde ma montre : 15h28. Quelle heure détestable ! Trop tôt pour commencer une sieste, trop tard pour manger. Les seuls qui aiment cet horaire, ce sont les marmots bruyants qui finissent l’école. Je suis trop vieille pour aimer ça, 15h28. Je suis trop vieille tout court.
Je suis Angèle Rallonge, et mon nom je le porte bien. Ça fait 104 ans et presque 6 mois que je suis née, en 1916. Ma mère et mon père étaient de grands résistants, et je suis sortie presque sous les balles. J’ai eu un premier mari, mais bien vite la deuxième guerre me l’a pris, avec mon premier fils.
Je me suis remariée en 1947, et j’ai eu trois enfants avec mon homme. J’ai vu des choses durant ma vie. J’ai vu la métamorphose du siècle, j’ai participé au premier vote français, j’ai vu Neil Armstrong marcher sur la lune, j’ai vu le mur de Berlin être construit et être détruit. J’ai rencontré mes arrière-petits-enfants et vu mes enfants mourir. J’ai habité six lieux au total, et maintenant c’est dans une maison de retraite que je vis. J’en suis la doyenne. Les médecins me répètent que je suis un miracle, qu’avoir une si parfaite santé à mon âge c’est inhumain, que de se souvenir de tout après cent ans est tellement improbable que je suis presque un Graal de la médecine. Presque. Quand le docteur m’a dit ça, je lui ai répondu « J’ai pas assez attendu, peut-être ? ».
Parce que tout ce que je fais, c’est attendre. Je ne vis pas, je survis. Mon être s’accroche à l’existence malgré moi. À longueur de journée, j’attends que quelque chose de bien passe à la télé. J’attends que la nuit tombe et que je puisse enfin dormir sans qu’on vienne me réveiller avant longtemps. J’attends sans espoir que quelqu’un me donne la clé de ma cage, qu’on l’ouvre pour que je puisse me jeter dans le vide. Je ne suis plus qu’un ersatz de ce que je fus, une pâle copie de la belle Madame Rallonge. Elle, elle est bien morte. Je ne sais pas quand je me suis perdue moi-même, mais c’est bien arrivé à un moment.
Je me lève de mon fauteuil lentement. La chambre est calme et silencieuse. J’en profite pour allumer la bougie mon autel, qui se réduit à un portrait de Jésus au-dessus d’un petit cierge et d’un chapelet en bois. Je fais une petite prière sans conviction. Rien ne perturbe le silence pendant quelques secondes. De toute façon, on ne me rend pas de visites ; mes proches (qui ne le sont pas) vivent ailleurs, et dans la maison de retraite je n’ai pas d’amis.
Comme je n’en peux plus, j’ai déjà essayé de partir par mes propres moyens. J’ai traversé le passage piéton au rouge, et l’aide-soignant m’a rattrapé avant que le camion passe. J’ai tenté de me jeter par la fenêtre, mais l’infirmière m’a entendu quand j’ai cassé le carreau avec ma lampe de chevet en métal. Depuis, on me traque presque tout le temps, il y a une caméra dans ma chambre (qui est au rez-de-chaussée), et les autres vieux me trouvent trop morbide pour être acceptable.
Quelqu’un frappe à la porte. Un infirmier tout jeune, sans doute un stagiaire, entre timidement, presque en tremblant. Il me donne son nom et m’explique que c’est lui qui va me laver ce soir. Oui, je suis même trop vieille pour me laver moi-même. Quel déchet impotent que je suis… Quoique, impotent… Ne dit-on pas que celui qui n’a rien à perdre n’a besoin que d’un bâton pour vaincre une armée ? Je regarde avec insistance la croix de mon chapelet. Je n’avais jamais réalisé à quel point elle était longue et effilée. Je me tourne vers le jeune, et bien que je ne lève pas les yeux du collier, j’ai aussitôt le sentiment que l’homme qui se trouve devant moi est sur ses gardes.
Loup


Il eut aussitôt le sentiment que l’homme qui se trouvait devant lui était sur ses gardes…
En effet, ses deux gardes s’étaient endormis l’un près de l’autre. L’individu s’était installé au-dessus, un pied sur chacun d’eux !
- Je dois être en train de faire un cauchemar, se dit-il. Je vais essayer de me rendormir…
Le froid le réveilla en sursaut, il avait dormi près de deux heures.
Georges

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Le froid le réveilla en sursaut, il avait dormi près de deux heures sur ce banc. Un jour blafard déjà se levait. De la rue voisine, il entendait le tintouin du camion-poubelle ; c’est sans doute ce bruit qui l’avait fait émerger d’un sommeil léthargique. Juste avant de sombrer, Sam, groggy, était sorti en titubant de cette boite glauque où ses amis d’enfance, pour se marrer un peu, l’avait entrainé. Il avait beaucoup trop bu, pris également d’autres substances… II ne savait pas. Il ne savait plus.
Fred et Paulo étaient rentrés beaucoup plus tôt. Ils avaient bien tenté de le ramener sagement au bercail mais devant son obstination farouche, ils avaient fini par céder et l’avaient abandonné là, échoué sur une banquette de cette boite miteuse en compagnie d’une accorte blonde qui, pas de doute, allait le plumer mais… que faire ? ils ne pouvaient pas le trainer dehors de force tout de même ! Et voilà ! Sam était resté là jusqu’à ce qu’un videur lui fasse comprendre qu’il était temps de quitter les lieux et rapidement si possible.
Avec difficultés, il tenta de se maintenir debout ; La tête lui tournait et son estomac se tordait douloureusement. Par chance, tout près, un petit troquet ouvrait ses portes ; il entra.
-       Un expresso s’il vous plait !
Sur le bar, il y avait des œufs durs ; il en prit deux qu’il avala rapidement et commanda deux croissants. Face à lui, tout le long, un grand miroir permettait de distinguer la totalité de la salle. Aussi, quand, rassasié, il dressa la tête de son assiette, il se rendit compte qu’un autre client matinal s’était installé dans le fond du bistrot. Ce visage anguleux lui disait quelque chose… ce mec, il l’avait déjà vu mais où…  sortie d’un coin de sa mémoire embrumée, il eut une bribe de réponse. C’est cette nuit qu’il l’avait vu et même il s’en souvenait à présent, lui avait parlé mais… pour dire quoi ? Ça, mystère !
Curieusement plus il observait ce presque inconnu, plus il sentait en lui une sorte de malaise. Pour sa part, l’homme, le nez dans son breuvage, ne l’avait pas encore aperçu. Soudain, il leva la tête et lui aussi parut fortement troublé. Sam n’était pas un homme compliqué et il détestait les situations troubles. Décidé à affronter le problème, si problème il y avait, il descendit de son tabouret et, un sourire de convenance aux lèvres, s’approcha de l’individu. Il eut aussitôt le sentiment que l’homme qui se trouvait devant lui était sur ses gardes…
Patricia

 

Exercice 1 : Inventez un dialogue à partir de cette photo :

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-      Ça y est, voilà le pingouin ! Il faut que je trouve quelque chose de bien senti à lui dire…
-       Monsieur le Président, quel ciel de circonstance… gris de plomb ! Si j’étais vous, je me méfierais… Avez-vous pensé à emporter votre parapluie noir ?
-       Heu… heu…
-       Monsieur,  je n’ose vous dire que les meilleurs partent les premiers, et pourtant…
-       Au moins, Madame, vous êtes assurée de ne pas être veuve avant des décennies.
-       C’est un avantage qu’avec Julie, nous partageons, Monsieur le Président. j’ai eu le plaisir de voir son dernier film, intéressant ! Mais que les critiques ont été virulentes.  Je ne vous rappellerais pas comment les médias sont parfois cruels…
-       Heu…  heu..  pour ma part, j’ai eu le privilège d’entendre votre dernier CD, mon petit-fils avait monté la sono à fond et j’ai pu reconnaître votre charmant filet de voix. Comme votre époux doit être charmé par un si doux ronron…
-       Oh ! voilà qu’il pleut ! Vite ! Ouvrez votre parapluie moi j’ai dans mon sac à main un couvre-chef efficace.
-      « Un couvre-chef efficace »… comme vous savez choisir vos mots avec à propos !
-       Monsieur le Président, comme vous maniez l’ironie avec brio ! Votre esprit tortueux est aussi grinçant que le moteur de votre vieille mobylette !  Sur ce, je vous prie de bien vouloir excuser mon départ précipité mais j’aperçois mon époux qui m’attends et s’impatiente. Mes amitiés à votre compagne dont j’apprécie autant le talent que la liberté d’esprit… sinon le goût !
Patricia

 

-       Mais enfin, qu’est-ce qu’il a de plus que moi ? Tu peux me le dire maintenant ! On a la même taille, la même corpulence, quasiment le même âge… Je ne comprends pas… Ah si, je sais, ça doit être les cheveux… Mais tu sais quand je mets une casquette, ça me rajeunit, et ça me va bien…
-       Bon, ce n’est pas le moment de parler de lui…
-       Mais si, parce que moi, j’aimerais bien comprendre pourquoi ! Et puis, tu sais, il parait que je suis un bon coup… Enfin, ça, c’est pas moi qui le dis…
-       Justement !
-       Justement quoi ?
-       Justement, si tu la fermais un peu, on pourrait peut-être penser que tu n’es pas si con !
Fabienne

Gros texte !

 

Carla, minaudant doucement, moderato cantabile : non, non, non, je pense pas, je crois pas.
François : si, si, c’est Valéry qui l’a trouvé dans la chambre de la reine. Troisième tiroir en bas de la table de nuit de droite.
Carla, encore plus doucement, chuchoté : je pense encore moins, si possible.
François : mais si. On t’en veut pas, c’était marrant.
Carla, tout bas, tout en bas de ses 1 m 80 : non, non et encore non. Je crois pas. Je crois seulement en Jésus, Marie, Joseph.
François : alors là, t’as raison. Ce truc là, c’est encore mieux que le petit jésus. Un grand jésus, j’veux dire. Dans le genre lyonnais. Il s’esclaffe.
Carla avec une seule demi-corde vocale : chu jamais allée à Lyon, ou alors j’men souviens pas !
François : ceci dit, Valéry en a bien profité pendant son court séjour à l’Élysée et en Inde. Le paradis, l’Élysée, tu vois ! Il re s’esclaffe.
Carla tout haut mais à peine audible : là, j’en suis sûre. L’Élysée c’est pas le paradis. Parce que le nain qui hausse les épaules, il est pas comme les autres nains. Il a un tout petit truc et le soir il oublie de remettre des piles neuves.
François : tu vois ! On finit toujours par avouer. Mais t’auras pas besoin de te confesser au pape. On dira rien. Maintenant, tu vois, c’est Julie qui s’en sert. Tout le temps. Il re re re s’esclaffe.
Bertrand

- Psst… Carla…
- Oui ?
- Où qu’il est passé, le Sarko ?
- Je sais pas… Il doit être parti…
- Dis… Tu penses que peut-être, nous deux…
- Non, Hollande, non…
- Mais tu as divorcé, non ? Je veux dire, tu peux faire ce que tu veux ?
- Ce que je veux, pas ce que tu veux !
- Mais enfin… Hier soir, tout de même…
- Oublie. J’étais bourrée, voilà.
- Pourtant, mon petit doigt m’a dit que tu m’aimais encore…
- Il pleut déjà, tu vas faire des éclairs !

Les Le Pen sont arrivés entretemps. Jean-Marie, ayant entendu ce qui se disait,  pousse un hurlement retentissant et rugit « JEANNE ? AU SECOURS ! ».
Les caméras se braquent sur François et Carla. Ils s’écartent l’un de l’autre, surpris, et se regardent bizarrement.
Le paparazzi prend alors la photo. Admirant sa prise, il ricane et déclare :
- Demain, mes mignons, vous faites la une de Voici !
Loup

Exercice 2 : ça n’arrive pas souvent…

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Dérision automobile (auto-dérision)

Sous-titre : pour écrire ça, j’me suis bougé ! Modestement mais réalistiquement.

Je parle après Loup (ou après Alain, une chance sur deux). Et c’est vrai. Je suis un des meilleurs écrivains du groupe !
Je vois, vous faites la confusion habituelle. Il y a longtemps, cela m’est arrivé lors d’une conférence où je prenais la parole devant d’éminents confrères.
Première phrase : je suis un peu gêné. Je suis le meilleur d’entre vous.
Trente secondes de rigolade !
J’évoquais le verbe suivre et eux ont pensé, il se croit, il est.
Vaillamment, j’ai repris et leur ai montré des trucs qu’ils n’avaient jamais vu.
Là, maintenant, je le crains, je vais pleurnicher, chleuasmer.
Eh, non, grâce à vous, toutes et tous, ça va mieux. Ce soir j’ai repris confiance. Mais ça n’arrive pas souvent.
Bertrand

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Ça n’arrive pas souvent
Des cerises en novembre.
Ça n’arrive pas souvent
Un baiser aussi tendre.
Ça n’arrive que rarement
Vieillir et rester enfant
Ça n’arrive que rarement
Un petit prince aux cheveux blancs
Ça n’arrive pas souvent
Un amour à cent ans
Ça n’arrive pas souvent
Et pourtant… Et pourtant…
Patricia

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La classe est agitée. La prof est affligée d’un terrible mal de tête dont elle a les secrets. Son troisième café, alors qu’il est à peine 9h, peine à atténuer la cacophonie. Je vois bien qu’elle est sur le point de craquer. Alors, pour faire taire le poulailler, elle me tend la feuille. Elle parvient à chuchoter « Lis fort et écrème ce qui sert à rien ! ». Je m’éclaircis la gorge et, d’une voix de stentor, entame la lecture. Un calme relatif revient presque aussitôt.
- L’igname est un élément fondamental de la culture kanak, je clame.
On commence à prendre des notes. La prof s’est effondrée sur son bureau, et l’air d’un soupir de soulagement soulève la masse blonde qui inonde sa tête.
- Le calendrier lui-même est basé sur les cycles et différentes étapes de culture, je continue.
Plus personne ne parle, et la prof tend un bras tremblant vers sa tasse. Elle boit avec l’avidité d’une toxicomane limitée par sa force de paraplégique.
Mais horreur et putréfaction : le passage qui arrive ne va laisser personne indifférent. Je crie néanmoins :
- L’igname est un symbole masculin puissant, ne serait-ce que par sa forme phallique.
Quelques murmures d’incompréhension parcourent l’assemblée ; les plus raffinés sourient d’avance. Un élève du premier rang demande à la prof :
- Madame, ça veut dire quoi phallique ?
- C’est en rapport avec l’homme… esquive le zombie.
- Ça a pas trop une forme d’homme, pourtant, répond-Il innocemment.
- La forme allongée, prononce la préceptrice.
- Je vois toujours pas…
- Oui bon, hein, phallique ! Phallus ! Long, allongé, masculin ! Ça fait tilt !?
Lui et ses camarades rougissent en comprenant. Des rires font leur apparition, et l’élève se targue d’être trop pur pour ça, que la prof à les idées mal placées. L’intéressée lui renvoie d’entre les mèches un regard digne de The Grudge et le fait taire. Sous son ordre, je répète et épèle haut et fort :
- PHALLIQUE, P H A L L I Q U E !
Ma voisine me regarde d’un air de dire « Il l’a fait ! ». C’est sûr que je ne pensais pas dire ça en classe un jour, surtout pas aussi fort. En effet, parler de ce genre de choses avec un tel volume sonore, ça n’arrive pas souvent…
Loup

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