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Atelier d’écriture du 13 janvier 2020

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DEVOIR : Drôle de métier
Refileur de patates chaudes

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 L’adieu au Connemara

Depuis que Jack était né, il en avait vu mourir des voisins, des amis, des parents, mais aucune mort ne lui avait fait plus mal que celle de Cathleen, son amie, sa sœur, son amoureuse.
Jack habitait Killemore, un petit village près du lac du Connemara, dans le comté de Galway. Il aimait son village, sa région, son pays… Mais depuis de longues années, déjà, il ne faisait pas bon y vivre.
La grand famine avait recouvert de son manteau noir les verdoyants paysages d’antan.
Et ces chiens d’Anglais n’avaient rien fait. Devant leurs ports débordants de victuailles, ils les avaient regardé crever. « Que peut-on attendre d’une nation qui ne vit que de pommes de terre , » avait même ironisé Treyvelan, haut-fonctionnaire en charges des actions de secours. Et tout ça parce qu’ils n’avaient pas la même religion !
Alors oui, ils allaient tous crever. Pourtant, il ne savait par quel miracle ou quelle malédiction, la petite parcelle de ses parents avait été épargnée par le mildiou et les pommes de terre y poussaient saines. Il aurait pu sauver Cathleen, mais son père lui avait défendu d’en parler à qui que ce soit… Il n’y avait pas de quoi faire des festins tous les jours, loin de là, mais ils arrivaient à ne pas mourir, à la condition expresse de n’en donner à personne.
Alors, quand Cathleen avait rendu son dernier soupir dans ses bras, il avait juré qu’il n’y aurait plus de morts.
Il avait mis le chaudron au mitan du chemin et avait fait un grand feu. Puis, il avait plongé toutes les patates dans l’eau fumante, agrémentée d’herbes sauvages. Et dès que des voisins passaient par là, il leur distribuait les fameux tubercules, parce ce qu’il était bon et généreux…
Ça s’était vite su que le fils Dawson refilait des pommes de terres et bien vite, il y eut foule devant chez eux. Tous l’appelèrent le « refileur de patates chaudes ».
Les réserves s’épuisèrent rapidement… Alors pour ne pas mourir à son tour, Jack décida de quitter cette Irlande maudite et de partir vers le Nouveau Monde.
Quand il embarqua le 10 avril 1912 à Southampton sur un magnifique paquebot, il se retrouva sur la passerelle avec une très belle jeune fille, qui n’était pas sans lui rappeler sa chère Cathleen, mais avec quelque chose de plus effronté dans le regard. Elle lui sourit quand sa mère l’appela « Rose ! Rose ! Attends-nous ».
Ce paquebot n’arriva jamais aux États-Unis, il s’appelait le Titanic… Mais ceci est une autre histoire…
Fabienne

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Refileur de patates chaudes

Pour cent patates, t’as plus rien !
Vous vous souvenez peut-être de cette expression populaire qui n’a plus cours. Et pour cause : les francs ont disparu. Les anciens d’abord puis les nouveaux.  Vivent les euros. En gros, cent patates c’est mille euros ou dix mille NF ou si vous êtes du cinquième âge, un million !
Eh ben, si, ça existe toujours ! Enfin pour moi.
Avec mon petit commerce, pour débuter, vous pouvez avoir rapidement cette modeste somme. Si vous n’avez pas d’ordinateur, demandez à Fabienne de vous aider. Elle a un mac qui s’occupe de tout, hyper-protecteur.
Si vous cherchez un emploi, faites comme bon nombre de Françaises et de Français de tous pays, adressez-vous à Pôle Emploi. Popol Taf pour les intimes, le cent boulots qui ne mange pas de pain. Vous y trouverez mes petites annonces sans cesse renouvelées (il vaut mieux). Dans la case départ, mettez vos choix, tous vos désidérata nommés désirs : métier, compétences, lieux de travail… N’oubliez pas votre adresse mail. Il faut aussi un numéro d’ordre qui caractérise votre offre ou un mot clé (votre code bancaire est facultatif). Après, c’est simple, je fais le tri de vos réponses. J’ai l’embarras du choix. Dans vos vœux il y a une phrase qui me fait arquer : « j’accepte la mobilité ». Un, vous acceptez d’aller à perpette. Deux, en fait, vous êtes au bout, à bout. Prête ou prêt à tout accepter sans barguigner. Alors, mon offre vous mènera là où vous n’imaginiez même pas travailler. Au bout du monde… et au delà !
En fonction de vos compétences (y a des cons pétants partout, surtout au dessus de leur cul) je vous envoie illico un mail prometteur. Si vous trichez sur votre CV j’suis pas chien, plutôt clephte.
Le bout du tunnel. Un effet bœuf.  C’est encore tout noir mais si vous allumez un cierge, ça ira mieux. Vous allez saliver. Vous me  répondez affirmativement, vous n’avez pas le choix. Dans la semaine, un vendredi (on perd deux jours ouvrables. S’il y a un pont, c’est encore mieux), dans la semaine donc, vous recevez une enveloppe avec une proposition écrite succincte et surtout un chèque. Mille euros, les fameuses cent patates. C’est comme dans un jeu radiophonique. Une notice explicative raconte que c’est pour vos premiers frais. Vous pouvez l’encaisser. Votre banque vous créditera puis vérifiera que c’est en bois environ dix jours plus tard. C’est pour ça que j’appelle ça des patates chaudes. D’abord pour vous, c’est de la braise. Ensuite pour moi, c’est le moment chaud avant de disparaître dans le néant du Net. Dans la notice je précise que vous êtes plusieurs sur le coup mais étant donné vos  compétences, votre dynamisme et votre foi, c’est vous à coup sûr qui serez l’élu.
Trois jours plus tard : patatras, patate chaude, c’est pas vous. Je l’ai refilée à quelqu’un d’autre. Un mec qui a fait Centrale et qui a pris la place à Fleury. Bon maintenant, faut me rembourser fissa. Du calme, y a pas de lézard. Je ne vous demande que 900 euros. Une fleur (en fait c’est le bouquet final). Petit détail insignifiant, il me faut la somme en mandat cash.
Chers lecteurs avisés, on ne vous la fait pas. Vous saviez bien que le chèque était pur teck. Du faux bouleau en quelque sorte.
J’avoue que mon petit business fonctionne très bien, sans anicroches pour le moment. Je suis un très bon refileur de patates chaudes.
J’ai placé mes économies à Chypre. Si vous êtes très malins, en cherchant bien, vous trouverez l’adresse de ma société conventionnelle (fictive pour les juristes Darty… spécialistes de machines à laver).
Porte 666, 13ème étage, Immeuble Les Carottes, 36 Avenue des Ipomées, Chypre, Larnaca. N’entrez pas malheureux, ça donne dans le vide.
Bertrand

Exercice 1 : mon œil droit est amoureux de mon œil gauche

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 Troisième œil

Vu la conjoncture magique, j’ai peur que mes deux zeuzios ne soient vraiment amoureux.
Ils clignent férocement et sans arrêt. Un nystagmus aphrodisiaque. Résultat, en marchant on a du mal à éviter les murs. La brosse à dents se retrouve dans les narines. On pisse à coté, mais ça c’est plutôt habituel. Ces pauvres amoureux clignent même la nuit.
Au niveau du cerveau, c’est la confusion la plus totale. On ne peut plus écrire, satisfaction des autres membres de l’atelier !
Mais surtout on ne peut plus lire. Sinon un mot sur trois entre les clignements. Il faut faire quelque chose. Moi, le troisième œil, là bas au fond entre les deux hémisphères, près du cerveau reptilien, je vais agir. J’ai exigé des muscles palpébraux leur aide. Demain matin, comme à l’habitude, nous prendrons le petit déjeuner face au soleil levant. La tête se dirigera à l’est et à mon signal les paupières s’ouvriront plein phares. Ce sera un éblouissement. On remettra le compteur à zéro. Lavage de cerveau par luminothérapie. On l’a déjà expérimenté à Guantanamo.
Ca y est, c’est fait ! Je pense que c’est réussi.
Mon œil ! Ils ont levé les yeux au ciel, bien en dedans.
Bertrand


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Au début, je n’en étais pas vraiment sûre, mais à bien les observer, il n’y avait pas de doute : mon œil droit était amoureux de mon œil gauche.
La première fois que je surpris vraiment une attitude équivoque fut le jour où je vis mon œil droit faire un clin d’œil à gauche.
Du coup, mon œil gauche a louché pour mieux regarder son amoureux et je me suis cassé la figure !!! Forcément, à ne s’occuper que d’eux et de leur minable romance, ils ne remplissaient plus leur fonction, la vue, et je tombais régulièrement, je ne pouvais plus conduire tant c’était dangereux pour moi et les autres. Je n’arrivais plus à marcher, à faire la cuisine, ni même – et c’était dramatique pour moi – à lire.
Cette situation ne pouvait plus durer. J’ai donc pris rendez-vous avec un ophtalmo.
Quand je lui ai expliqué mon problème, il a hoché la tête d’un air entendu et m’a dit :
- Vous avez bien de la chance !
- De la chance, vous rigolez !
- Pas du tout, la semaine dernière, j’ai vu un homme dont les deux yeux se détestaient et c’était nettement plus violent !
Fabienne


Exercice 2
 : Janvier nous prit par la main pour nous faire entrer dans cette nouvelle année qui allait être…

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L’émoi de Janvier

Cette année, pour le réveillon du jour de l’An, j’avais invité mon cher ami Janvier.
Il était tout heureux d’être là. Alors quand les douze coups de minuit ont retenti, il m’a dit qu’il était ému car pendant un mois, j’allais lui faire sa fête.
Avais-je bien entendu ? Et qu’est-ce que ça voulait dire ?
J’étais perplexe, alors, il m’a prise par la main pour me faire entrer dans cette nouvelle année qui, à ce qu’il me dit, allait être vraiment « spéciale » pour moi.
« Spéciale », ça voulait dire quoi ? Bonne ou mauvaise ? Allai-je encore être malade ? Tomber et rester handicapée ? Ou bien gagnerai-je au loto une somme astronomique ? (ce qui m’étonnerait car je ne joue jamais).
Et comment pouvait-il savoir, lui, ce qui allait m’arriver ? Était-il devin ?
Quand je lui posai la question, il me regarda longtemps puis m’embrassa.
Surprise dans un premier temps, je me dis qu’effectivement, cette année allait être vraiment spéciale… du moins jusqu’au 1er février !
Fabienne

Janvier nous prit par la main pour nous faire entrer dans cette nouvelle année qui allait être… la dernière, pour lui.
J’aimais bien Janvier, mon valet de chambre. Il commençait tout correctement  mais ne finissait jamais rien. Un seul de mes souliers était ciré. La manche gauche de mes chemises n’était jamais repassée. J’avais un pyjama sur mon lit un soir sur deux. Idem pour le préservatif sur ma table de nuit. Et tutti quanti. Voilà, cet homme perdait la mémoire.
Il est dans les frimas de la vie. Je vais lui donner des vacances… en EHPAD. C’est un beau pays. Là bas, les soignants vous aiment beaucoup. C’est vrai que je viens d’acheter des actions de cet établissement. L’équivalent d’une chambre pour personne seule. A la fin du mois, nous l’amènerons.
J’ai engagé un jeune. Je ne sais pas pourquoi mais je pense qu’avec lui, ce sera plus court. Février, qu’il se nomme.
Néanmoins, pour toutes ces histoires de petit personnel, on ne va pas y passer l’année, tout de même !
Bertrand

 

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