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Atelier d’écriture du 16 décembre 2019

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DEVOIR : un sandwich

Elle n’était pas trop grande, mais dans l’ensemble, elle n’était pas mal…
… Malgré son ton aimable et sa gentillesse, elle voyait clair dans son jeu.

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Elle n’était pas trop grande, mais dans l’ensemble, elle n’était pas mal, cette salle de bain. C’était même la pièce la plus agréable de ce F3. La cuisine était vieillotte, pas du tout aménagée ; le salon était obscur et la chambre, de proportions modestes, donnait sur un mur aveugle. Rien en tout cas qui ne justifiât un loyer aussi élevé.
Alors, l’agent immobilier commença à réciter sa leçon. L’appartement était lumineux – à condition de rester dans la cuisine. Les pièces étaient grandes – ah oui ! mais pas le salon ! – L’immeuble était ancien, avec des murs épais qui garantissait l’intimité de chacun – ça, c’était intéressant, se dit-elle.
Mais bon, c’était décidément trop cher pour la prestation et le commercial n’avait qu’une seule idée en tête : lui refourguer cet appartement en location.
Anna ne s’y trompa pas car, malgré son ton aimable et sa gentillesse, elle voyait clair dans son jeu.
Fabienne

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Pas mal !

Elle n’était pas trop grande mais dans l’ensemble, elle n’était pas mal.
L’autre jour, je la suivais en voiture. Bien sûr, sur son scooter, elle n’atteignait pas les pédales. Moi je les perdais. Son petit short vert pomme laissait libre son épiderme d’agrumes à grumeaux. Sa peau vibrait aux trépidations de sa machine sur cette rue à ornières dans le fin fond de Rivière Salée. Pour ma joie, je pus l’observer longtemps. Elle habitait loin, loin de la mangrove, loin des conventions, loin de la belle vie. Je vivais ailleurs, au sud, mais je faisais comme si je connaissais le coin. J’avais l’air presque impassible de celui qui reconnaît les rues. Celle de l’épicerie Van, du bar Sylvestre ou celle du nakamal nivanuatu. En ce début décembre, l’été flemmardait. On disait de lui qu’il allait venir mais il procrastinait. On attendait impatiemment les larmes du ciel pour éteindre la brousse embrasée.
La vitre grande ouverte, le bras pendu dehors contre la portière, je me disais que le nombre de mes étés aurait dû éteindre mes enflammements intérieurs. Je la connaissais très peu cette petite « pas mal ». Pas mal, c’est mieux que pas trop mal. Pourtant pas mal, c’est encore moins bien. Néanmoins je m‘en foutais. Elle souriait joliment et avait la peau douce des Javanaises. Son métissage, probablement zoreille, expliquait l’enveloppement des cuisses et le développement des seins. Mais à vingt-cinq ans, tout tient en place, sauf sur le scooter !
Quand nous avions pris un cappuccino chantilly à l’Étrave, j’avais effleuré le dos soyeux de sa main. J’en ressentais encore comme une brûlure et une odeur de cinnamome. Après avoir regardé longuement le lagon en silence, elle m’avait dit :
-  Si tu n’es pas pressé, suis-moi en voiture vers le nord. J’habite là-bas, assez loin. Mon père ne vit pas avec nous. Je sais que ma mère a préparé pour ce soir des samoussas au gingembre et à la coriandre. Si tu es sage et respectueux elle te permettra de les goûter avec nous, après le coucher du soleil. Mais je t’avertis, pas d’alcool ni d’autre folie !

En arrivant devant la petite maison en bois, je me suis garé à côté du deux-roues, très près, à couple.  Comme si ma Clio prenait une pose de propriétaire.
Le petit jardin était très fleuri, bien ordonné, visiblement arrosé malgré la sécheresse. Un tout petit potager le côtoyait qui mêlait au parfum des fleurs celui de la menthe, du persil chinois, du thym. L’air était dense et épicé.
Sur le seuil, immobile et me faisant face, le presque sosie de mon guide tenait fermement de ses mains fines les deux côtés du chambranle en tek. La mère jumelle avait sans doute vingt ans de plus que « pas mal ». Pas une ride ne barrait son front. Peut-être une ridule au coin des yeux, face au soleil couchant…
Mon pantalon de lin, ma chemise blanche repassée, mes bateaux empoussiérés, tout ça eut l’heur de plaire. Cependant, quand elle me dit :
-  C’est vraiment votre voiture ?
J’ai compris qu’elle aurait préféré une Mercedes, au pire une « Boulette Ma Woiture ». Ce soir, je ne ferai pas danser la Javanaise.
Malgré son ton aimable et sa gentillesse, je voyais clair dans son jeu.
Bertrand

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Elle n’était pas trop grande, mais dans l’ensemble, elle n’était pas mal. De belles formes, des boucles châtain, un maquillage discrètement efficace, rien d’exceptionnel, cependant le tout était mis en valeur par une robe cramoisie superbe, et donnait un résultat honorable. Valentin la jugea « appréciable », peut-être aurait-elle le temps pour un verre après la partie.
Il s’était bien évidemment inscrit au grand tournoi de coinche de Monaco, puisqu’il en avait été élu organisateur au sein de son club de milliardaires. Et comme il avait envie d’un peu de nouveauté, il s’était mis dans la catégorie « partenaires inconnus ». Il y avait beaucoup d’équipes en lice pour le tournoi normal, les 5 millions d’euros ayant fait de l’œil à pas mal de monde, mais seulement quatre personnes avaient décidé de faire équipe avec un étranger, juste assez pour faire une finale.
Il y avait, outre Valentin, Madame Juliette De Hautemain et Monsieur Jean-Yves De La Hoquetière, deux nobles richissimes qu’il connaissait vaguement. Et puis, il y avait l’ovni qu’il avait contemplé juste avant. Madame Rafaela Di Strazietto, une italienne qu’aucun des trois ne connaissait, qui semblait en quête d’aventures plus que d’argent.
Pour la catégorie « partenaires inconnus », la somme à gagner était de 3,5 millions d’euros. Une quantité réduite, mais beaucoup plus rentable compte tenu du handicap et du peu de participants.
Les joueurs arrivèrent le jour J séparément au casino de Monte-Carlo, privatisé pour l’occasion. Ils traversèrent chacun de leur côté les grandes salles de jeu pour le tournoi normal. Leur partie se déroulerait en huis clos, juste accompagnée de quelques gardes du corps et d’un croupier qui servirait d’arbitre.
Ils arrivèrent tous les quatre devant la salle, le croupier leur ouvrit et détermina au hasard que Valentin jouerait avec l’italienne, et les deux autres ensemble. Valentin, qui était là pour le sport autant que la récompense, trouva cette partenaire intéressante. Son regard énigmatique et son sourire à double tranchant lui donneraient-ils le pécule ? Ça, ça restait à voir…
Ils prirent place, Mme Di Strazietto coupa, M. De La Hoquetière distribua, Valentin partait. Il organisa sons jeu sans se presser : pas de carreau, le huit et le valet à pique, le neuf et le dix à cœur, et le valet, as, dame et huit à trèfle… Pas mal, il s’apprêta à parler quand il entendit une petite voix dans sa tête. Pas son intuition, une petite voix qui grommelait et marmonnait. La petite voix finit par devenir une voix quand elle lui dit « C’est pas mal ce que vous avez là ». Valentin leva discrètement les yeux en même temps, pour voir qui parlait comme ça, mais pas une lèvre ni un joueur ne bougea. Les trois autres scrutaient leurs mains, sans lui prêter attention.
D’où avaient pu provenir ces paroles ? Celles-ci revinrent d’ailleurs : « Dommage que nous ne nous trouvions pas à carreau, j’ai là une belle longue… Vous pouvez toujours parler à trèfle, c’est très bien aussi ». Pas de doute cette fois, c’était bien dans sa tête. Comment était-ce possible ? Était-il en train de délirer ? Il tenta de penser « Qui est-ce ? » pour voir si l’intrus répondrait, et celui-ci lui répondit dare-dare :
-        Enfin, grand nigaud ! C’est moi, Rafaela, juste en face ! Ne me regardez pas, ce serait louche. Si vous voulez parler à trèfle, je peux vous répondre, j’ai un neuf second.
-        Attendez, comment vous faites votre coup ? questionna Valentin, cachant avec ses cartes sa mine ébahie. C’est du chiqué, ou c’est du vrai ?
-        C’est du vrai pur et dur. Disons que je suis douée dans certains domaines… surprenants. Il n’y a pas que les mots ou l’encre pour communiquer, mon cher. Je cultive ce précieux talent et il sert mes intérêts… qui rejoignent les vôtres en ce moment. J’espérais que je serais placée avec vous.
-        Ah oui ? Puis-je savoir pourquoi vous me gratifiez d’un si grand honneur ?
-        Parce que vous êtes un très bon joueur. J’ai entendu parler de vous, l’homme qui sait quand se soumettre et quand être téméraire pour gagner. Je sais que malgré tous vos amis, vous n’arrivez pas à trouver LE partenaire. De plus, je dois dire que votre réputation omet fort malheureusement de mentionner votre physique. Vous ne m’êtes pas désagréable, et j’ai bien lu la même réaction chez vous. Joignez vos forces aux miennes. Ensemble, imaginez notre potentiel ! L’argent que nous pourrions nous faire. Je pourrais vous apprendre la télépathie. Et surtout, quelle réputation nous pourrions nous forger, quelle légende notre duo bâtira ! Bien entendu, vous pouvez aussi refuser, ou dénoncer ma tricherie, bien que peu vous croiront. C’est votre choix.
Valentin hésita brièvement. C’était certes malhonnête, mais il ne pouvait passer à côté de tout cet argent et de ce pouvoir. Mieux encore, rien que pour le panache ! Pour le mythe vivant, puis le mythe mort qu’il deviendrait ! L’équipe adverse lui lança des regards l’exhortant à faire son annonce, et il décida sur un coup de tête.
-        80 trèfle, dit-il tout haut avec un sourcil levé vers sa coéquipière.
-        100 cœur, clama Madame De Hautemain.
-        130 trèfle, trancha l’Italienne.
M. De La Hoquetière lui jeta un œil torve. Elle semblait avoir plus de couilles et de bonnes cartes que lui, c’est pourquoi il passa. Valentin n’avait rien d’autre à dire, du moins pas tout haut, et Madame De Hautemain n’était pas assez folle pour monter à 140 sans une réponse positive. L’équipier de la télépathe demanda donc mentalement :
- Vous avez deux as en stock, le neuf de trèfle et pas mal de carreau. Quelques précisions ?
- J’ai un as sec à pique, pas de cœur, le neuf et le roi à trèfle, puis l’as, le dix, la dame, le huit et le neuf à carreau. Faites attention, je peux sonder uniquement les hommes. Je ne vois pas ce qu’a la mère Hautemain entre ses doigts, mais un joueur comme vous peut travailler par déduction, je suppose.
Prenant en compte ces informations, Valentin lança son valet de trèfle sur le tapis. Hautemain glissa le sept, Strazietto son roi, et Hoquetière pissa avec du cœur.
Récupérant le pli, Valentin poursuivit : Il mit son as de trèfle, Hautemain abandonna le dix à regret, Strazietto posa avec délectation son neuf, qui était maître, et Hoquetière continua de pisser avec du cœur. Six atouts étaient tombés, aucun n’était plus dans la nature. Seul Valentin pouvait couper à présent.
Il posa le valet de pique, feignant de chercher les as de sa partenaire. Hautemain posa prudemment une dame, Strazietto asséna son as comme attendu, et Hoquetière laissa son sept se faire emporter. Rafaela avait à présent la main, et sans plus tarder elle introduisit son as de carreau. Hoquetière se délesta de son sept de carreau, Valentin donna son dix de cœur, Hautemain son valet. Pli suivant, Rafaela mangea avec son dix le roi de carreau, et deux cartes de plus à cœur.
Le reste de la partie fut comme ça, les cartes furent distribuées et redistribuées toute la matinée. À l’ultime main, les deux invincibles avaient annoncé un capot, qu’ils étaient bien partis pour faire. Mme De Hautemain, dégoulinante de sueur, comptait désespérément sur son dernier as pour faire chuter ses ennemis. Mais elle savait au fond d’elle que les 3,5 millions lui passaient sous le nez. Valentin le sentit, Hoquetière le sentit. Strazietto sourit, comme un python qui coulisse lentement vers sa proie, un boa monstrueux qui sait déjà que la victoire est entre ses anneaux. Et l’autre femelle n’avait plus aucune chance, car malgré l’inefficacité de la combine ici, cette Rital l’avait bien eue, et malgré son ton aimable et sa gentillesse, elle voyait clair dans son jeu.
Loup

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Jumelle fausse

 

Elle n’était pas grande mais, dans l’ensemble, elle n’était pas mal, pas mal du tout…
Svelte, les joues creuses, un grand front, des yeux chafouins marron clair, presque dorés, un petit nez mutin, un sourire de perles. Le cou un peu court avec presque un goitre qui rendait ses jugulaires très apparentes sans qu’elle fasse d’effort ni ne bloque sa respiration.
Quand j’étais toute petite et que nous lisions une histoire, couchées sur mon lit, j’aimais suivre avec l’index ce petit ruisselet bleu marine depuis l’oreille jusqu’à la clavicule. Sur le trajet, au mitan du cou, je butais souvent sur une  petite bosse intrigante. J’appris plus tard que c’était une valvule qui empêchait le sang de remonter à la tête.
Un soir, après le travail harassant, j’ai vu tante Olive lui masser ces deux veines vers le bas, pour faire passer un mal de tête. Depuis, plusieurs fois par semaine, je posais la question :
- Ma petite maman, as-tu mal au crâne ?
Mais moi, je faisais maintes fois une douce caresse et ma mère s’endormait avant la fin de l’histoire.
Je ne lui ressemblais pas, au contraire de ma jumelle Doria, une fausse jumelle. Maintenant je dirais une jumelle fausse. Moi, Mina la tendre, elle Doria la belle.
A qui ressemblais-je ? Je ne le savais pas et le saurai sans doute jamais. L’homme, éternel fuyant, était parti tôt le matin, tôt dans ma vie. Peut-être avait-il ces prunelles vertes qui hypnotisent mes copains malgré mon visage ingrat. Peut-être aussi ces petites oreilles rondes que maman a toujours croquées, de ses canines pointues.
Très tôt dans notre vie, Doria a commandé au Père Noël un jeu électronique. Je n’en voulais pas, préférant les livres. Le lien d’amour avec maman fatiguée. Ne faisant pas de sport, Doria a forci, devenant un peu grosse et très grossière. Très vite elle a eu les seins que j’ai toujours remplacés par du coton. Quand nous nous bagarrions, elle m’écrasait et me bavait dessus pour me faire sentir son poids. Notre relation, classique, était celle de deux sœurs, alternant bécots et griffures. Mais ses morsures ont pu laisser des cicatrices.
Bien que vivant jusqu’à notre bachot sous le même toit, la vie nous a séparées. Mina la douce et Doria la superbe.
Nous n’avions jamais partagé nos goûts, les même classes. Jamais un ou une amie commune. Seule Suzanne, qui avait notre âge, a eu le courage et la persévérance d’affronter nos différences.
Doria n’a pas supporté cette grandeur d’âme. Dépasser les différences, quelle connerie ! A 14 ans elle a séduit le copain de Suzanne. Comme si elle fauchait un paquet de chewing-gum sur le présentoir de la buraliste pendant qu’elle causait à maman. En ne lui reprochant rien, Suzanne m’enseigna l’intelligence du cœur. Ce petit ami était bien petit, sans doute.
L’année de ses 18 ans, Suzanne est partie. Une maladie rare et terrible. Pour montrer sa belle humanité, Doria est venue la voir le dernier dimanche, à l’Hôpital St Camille. La petite troupe l’accompagnant en bruissant nous a volé du silence. Doria se pavanait, clamait qu’elle serait un jour un médecin, ou mieux, une chirurgienne. Avec elle, tout le monde serait guéri, sensément.
Suzanne souriait et approuvait, les yeux brillants dans son visage cave. Malgré son air aimable et sa gentillesse, elle voyait clair dans son jeu.
Bertrand

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Elle n’était pas trop grande, mais dans l’ensemble, elle n’était pas trop mal.
Elle avait surtout ce petit truc qui fait qu’un visage sort de l’anonymat et laisse en vous son empreinte. La trentaine dynamique, sans grande difficulté, elle avait été recrutée depuis cinq ans déjà par une agence de presse et s’occupait du secteur mode. Son carnet d’adresses était impressionnant, ses articles percutants étaient appréciés. Bref ! tout roulait, même si côté-cœur ça coinçait un peu. Bon ! La vie de célibataire avait ses avantages : pas de chaussettes à ramasser, de poils de barbe dans son lavabo et pas besoin de supporter les hurlements d’un match de foot ou pire ! de rugby. Ça comptait ça, non ?
Dans la boite où elle travaillait, l’ambiance était plutôt sympa : décor high tech, patron imposant mais laissant une large autonomie à ses collaborateurs, collègues dans l’ensemble assez cools. Cependant, depuis quelques temps le comportement de William avait éveillé son attention. Lui, si réservé et d’habitude si peu liant, avait commencé par lui adresser quelques sourires appuyés, lui dire bonjour et, comme par hasard, se trouver pile à la machine à café quand elle s’y rendait.
Au début, surprise, elle s’était interrogée. Pourvu qu’il ne se soit pas mis en tête d’essayer de la draguer parce que, pour sa part, il la laissait de marbre avec sa tête de premier de la classe. Mais peu à peu elle eut quelques soupçons. D’abord le sujet fut timidement effleuré, juste un intérêt mesuré de bon aloi entre collègues. Mais, progressivement, les questions sur sa vision du boulot, ses projets et surtout « le projet » se firent plus précises. Ce requin au regard doux et aux manières policées savait mordre. Elle n’en doutait pas un instant ! Malgré son ton aimable et sa gentillesse elle voyait clair dans son jeu.
Patricia

Exercice 1 : Les petits papiers

Un livre – un cahierun stylo – un pinceau – une gomme – un classeur – une trousse – un taille-crayon
Coupable –nerveux – menteur – méfiantinfidèle – primesautier – vantard – héroïque 

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Le cahier ne se souvenait plus comment tout avait commencé, mais tous les jours, le stylo venait lui écrire des mots d’amour. Des mots enflammés qui lui tournaient un peu la tête. Le stylo se penchait, sur chacune de ses pages, presque à les embrasser. Le cahier, qui, au départ était un peu timide, ne put résister à ces poèmes déchirants, à cet amour si envahissant ! Alors, chaque jour, il soulevait un peu plus ses pages… pour sentir la caresse des mots.
C’était un stylo magnifique, avec une plume en or. C’était quelque chose de précieux et de rare…
Le cahier se disait qu’il n’avait jamais été aimé à ce point, jamais autant été désiré.
Un jour plus fiévreux qu’un autre, le cahier céda et se laissa aimer.
Il pensa qu’une belle idylle allait naitre, qu’ils feraient plein de petits… textes.
Mais le lendemain, le stylo se fit un peu absent, puis, de plus en plus rare. Ses mots n’étaient plus les mêmes, ils étaient impatients, détachés.
Une nuit, alors que le cahier était rangé dans le bureau, il entendit un autre cahier raconter comment le stylo était amoureux de lui… combien il était délicat et tendre.
Comment était-ce possible ? C’était à lui qu’on avait écrit ces mots-là, c’était lui qu’on avait aimé d’un amour si total et si pur. Mais il fallut bien se rendre à l’évidence, il était tombé sur un stylo infidèle !
C’était décidé, il ne s’en laisserait plus conter. Il allait se venger : il détacha toutes les pages de son rival qui se mirent à s’envoler…
Des mots, rien que des mots….
Non, il ne se laisserait plus avoir, il serait désormais un cahier méfiant !
Fabienne

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Chaque nuit elle avait hâte de retrouver cet amant délicieusement troublant qui, sans risque, émoustillait sa chair frémissante. Par avance charmée, elle le retrouvait au creux de ses draps blancs, l’attendant à l’endroit précis de sa dernière divagation. Vêtu de pourpre et d’or, il semblait attendre la caresse impatiente de la main mutine sur sa peau de vélin. Une main sensuelle et délicate qui soulignait parfois d’un trait léger les passages les plus évocateurs pour mieux, plus tard, y replonger avec ravissement.
La vie était douce… quand, un soir, ô stupeur ! Elle découvrit le très précieux tout raturé de traits rageurs.  Qui pouvait bien être l’auteur d’une telle profanation ? Qui avait eu l’audace de pénétrer dans l’intimité de sa chambre ? De violer, en quelque sorte, sa literie ? Elle ne le sut jamais et, d’une gomme nerveuse, elle dut s’escrimer de longues heures pour tenter d’effacer les signes de cet abominable outrage.
Elle aurait tant souhaité oublier à jamais cet épisode fâcheux mais, hélas ! Le destin lui réservait un malheur plus grand encore. Deux semaines plus tard, nuit pour nuit, sans aucun indice, le bel ouvrage disparut.
Sans son indispensable ami, les soirées devinrent bien monotones et elle sombra dans la mélancolie. Elle tenta bien, sans grande conviction, de se rabattre sur certains programmes de télévision, mais rien ne put égaler le charme désuet mais terriblement efficace des pages cent fois lues et relues de son merveilleux amant de papier. Les années passèrent et elle s’habitua peu à peu à une existence sans attrait.
Mais la vie est parfois surprenante ! Par une indiscrétion, elle apprit un jour, stupéfaite, que le vagabond avait voyagé de lits en alcôves et que cet infidèle de livre avait royalement fait le bonheur de ses amies et peut-être même de demoiselles ou d’épouses moins plaisantes. Elle ne put s’empêcher de sourire car, au fond, toutes ces dames lui étaient en quelque sorte redevables du plus charmant des secrets.
Patricia

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