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Atelier d’écriture du 4 novembre 2019

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DEVOIR : 5 mots extraordinaires

Safre – pruine – époi – ceste – gibbeux

La culture d'époi

La culture d’époi

Comment cultiver l’époi

L’époi, légume très apprécié l’hiver et entrant dans nombres de recettes populaires comprend 3 grandes catégories :
-       L’époi Son
-       L’époi Chiche (ou pas d’ailleurs)
-       L’époi Trine
Cette dernière catégorie, la meilleure et la plus prisée des agriculteurs, comprend elle-même 3 sous-catégories :
-       L’époi Trine en poire
-       L’époi Trine en pomme
-       L’époi Trine plate, dite également « limande »

Vers la mi-octobre, préparez vos sols. Les sols gibbeux sont les plus propices à la culture d’époi. Mais si le vôtre ne l’est pas, pas la peine de désespérer : mettez tous les engrais que vous trouverez. Dans ce cas-là, évidemment, ne mangez pas l’époi, vendez-le.
Début novembre, il est temps de planter. Du ceste auguste du semeur, lancez les graines à l’envi. Attendez trois petites semaines avant que sortent  les jeunes pousses. Vous les reconnaitrez à leur jolie couleur bleu mandarine. S’il fait trop froid, qu’apparaissent des pruines nocturnes ou les premiers safres de l’hiver, couvrez votre champ d’un grand cache-nez. Quand l’époi atteint votre palier, il est temps de récolter. Si vous en avez trop, vous pouvez les conserver en bocaux.
Évitez de tout manger car, quand il n’y a plus d’époi, c’est la fin des haricots !
Fabienne

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5 mots 11.19.

La sonnerie venait de retentir. Ou bien était-ce un gong ? J’aime bien ce mot : gong. Ma maman, Dieu la bénisse, me disait souvent : arrête de faire le gong à tous moments. Du coup, on ne sait plus si c’est l’heure du safre. Pour notre famille et je crois seulement pour nous, le geste de mettre un pistil de safran sur la coupelle en cuivre devant l’autel des ancêtres avait un horaire précis. Au troisième coup de gong, il fallait que ça pruine.
Les gibbeux de bois sculpté qui soutiennent la petite coupelle sont très fins et fragiles. Un vrai château de cartes. Pourtant, ma petite sœur, qui est beaucoup plus jeune que moi, avait le droit de poser le pistil de ses jolis doigts graciles. Moi non. L’époi de mes doigts ? J’aimerais bien que ça ceste, cette discrimination sexiste. Est-ce qu’on me prendrait pour un ceau parce que je me tais ?
Vous l’ai-je dit, la sonnerie venait de retentir. Et pourquoi donc mettez-vous une cédille à çonnerie ???
Bertrand

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En courant vers un époi, Pierre avait trébuché sur une pierre. Tout le monde s’était alors moqué de lui. C’était le comble d’un Pierre de tomber sur une pierre. Mal à l’aise, Pierre s’était empressé de rentrer chez lui pour raconter cette pruine à sa maman. Elle allait être furieuse d’apprendre que ses copains avaient fait de lui un gibbeux, et qu’ils s’étaient tous moqués ! Malheureusement, quand il arriva dans la cuisine, sa maman n’était pas là. Elle avait laissé un mot sur le frigo. Celui-ci lisait « Il y a du ceste dans le frigo ! Je ne rentrerai pas avant 20 heures. » Décidément, Pierre allait devoir se débrouiller avec ses imbéciles de copains, et porter le safre de « Pierre qui tombe sur une pierre » toute sa vie.
Chloé

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Scène de ménage

-       Epoi, epoi epoi ? Et pis quoi encore ? Une histoire de pois pour détourner la conversation ?
-       De suis enrhubée ! D’ai pas dit epoi, D’ai dit : et MOI ?
-       Toi, toi toi ! Tu me pruines la vie avec tes exigences de féministe post-soixante-huitarde. C’est dépassé, ma vieille ceste !
-       Vieux gibbeux ! Tu me pruines aussi, tiens !
-       Et bien hors de ma vue !
-       C’est ça, je pars, je fais mes valises, tu l’auras voulu.
-       T’emballe pas, va…
-       Alors arrête de me tourmenter. Tu cesses et je reste
-       Reste et viens m’embrasser
-       Non, toi !
-       Chameau !
-       Safré voyou !
-       Ma douce…
-       Mon doudou…
Huguette

Il le safre comme jamais, lui brise l’époi sans ménagement, et le martèle de ses poings vengeurs. Le ceau en piteux état, l’autre rampe, tente de fuir, en vain. Il marche dans la traînée de pruine que laisse l’autre dans son funeste sillage. Enfin, il lui donne le coup fatal. Il s’en repart d’où il vient, satisfait plus qu’heureux. La ceste avait bien été effectuée.
Loup

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Son safre avait duré trop longtemps. Une pruine sans nom avait accompagné sa vie depuis le berceau. Armance décida que s’en était fini désormais. Une nouvelle vie, voilà ce qu’elle désirait !
Alors, fini le temps des contraintes, des obligations, du train- train morose ! Fini le respect étouffant à des parents enlisés dans l’époi des habitudes ! Vivre ! Elle voulait vivre ! Respirer ! Suivre ses aspirations profondes. La ceste qui lui dictait la manière de faire, de dire, de se comporter en toutes circonstances lui était devenue insupportable. Tant pis pour tous ces envieux qui colporteraient des ragots. Elle n’avait que faire de ces gibbeux qui finiraient lamentablement dans le pot-au-feu d’un quotidien sans intérêt.
Alors, ce matin-là, sans plus de raison qu’à l’ordinaire, elle fit son baluchon et, sans un mot, claqua la porte à son enfance.
Patricia

Marnais de sécurité

Ben, entre, Bertrand, c’est ouvert. J’ai pas cleyé. Ent’ j’ te dis ! Reste pas accroupi comme ça. Qu’est-ce t’a à rester jouate comme un gibbeux. T’es fatigué par les safres de la vie. Ou alors t’as becqué les fesses du bouc toute la nuit. Entre mais enlève tes souliers. La patronne, elle vient d’passer la bêche. Allez viens mon gars, viens t’aicheta à coté d’moi. T’as dîné au moins, il est midi passé. Ouais, un petit pain à l’époi avec du sauciflard. Mon gars faut pas te renchâgner comme ça comme un ours, un peu plus tu vas chougner. Allez viens tuter une pruine. Celle-là j’te dis pas. Non, j’ai pus de poire. J’en eu eu, mais ça se fait rare. Allez tute moi ça, ça guérit tout, même la fouire. S’agit pas d’goblayer, juste pour te redonner le moral. En plus j’te mets une part de tôt-fait. La vieille vient juste de l’faire, ça se laisse engueuler tout seul.
Verrat d’verrat ! J’m’en vais t’en sortir moi d’ta déprime. Faut que ça ceste ! Et pis, arrête de nicasser, ça m’énerve et j’contrôle plus. Une aut’ pruine ?
Bertrand

Et la vraie signification de ces mots :

Safre : verre bleu coloré à l’oxyde de cobalt
Pruine : couche cireuse et poudreuse qui recouvre certains végétaux (ex : sur les raisins)
Époi : andouiller ou cor de cerf ou de chevreuil
Ceste : gant de combat
Gibbeux : bossu

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Exercice 1 :  suite au vernissage de l’exposition d’Alain Menant, écrivez une histoire sur le tableau d’Alain que vous avez préféré.

 Coup de pêche

Il était cinq heures du matin… Le soleil qui s’était levé soulignait chaque brin d’herbe, chaque feuille, chaque caillou d’une netteté surnaturelle. Le ciel était d’un bleu plus profond que la mer.
La veille, pour s’avancer un peu, ils avaient sorti le bateau du hangar. Il trônait dans la cour. Quelques poules commençaient à le visiter…
Gégé et Tit’Loup étaient levés depuis un bon moment déjà. Ils avaient pris un solide petit déjeuner en prévision de cette longue journée de pêche, puis avaient commencé à charger « l’indispensable » comme ils disaient : les trois cartons de Number One, la grosse glacière de glaçons, la glacière du « à manger » – saucissons de cerf, fromages, jambon cru, andouillettes, pâtés de canard, sans oublier les fameux achards et la confiture de goyave de la vieille.
Ils avaient aussi prévu quatre à cinq bouteilles de rouge, un minimum…
Et puis du rechange, au cas où ils se baigneraient, de la crème solaire… Il allait faire chaud, au milieu du lagon…
Ensuite, des leurres, des mouches, des boites entières de calamars surgelés…
Bref, le bateau était plus chargé qu’une mule.
C’est à ce moment que Gégé interpela Ptit’Loup :
-       Je crois que cette fois-ci, c’est bon !
Ptit’Loup confirma. Mais tout d’un coup, Gégé jeta un rapide coup d’œil et soupira :
-       Ben, manque encore les cannes… comme la dernière fois…
Et oui, comme la dernière fois, leur partie de pêche se terminerait en gueuleton sur l’eau, suivi d’une sieste..
Fabienne

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La maison Brûlenuit trône, au centre de son univers.
Au-dehors, le néant, les ténèbres qui engloutissent le foyer.
Rien ne bouge, exceptés les grands traits chromatiques dans le ciel qui n’en est pas un. Ce sont eux, les voleurs. Ils prennent toute l’énergie du monde. Ils déchirent l’espace, tantôt d’un bleu profond, tantôt d’un rouge brasier. Le côté gauche abrite la tour blanche, chétive, qui penche dangereusement vers les abysses. Un jour, elle tombera. Et la maison Brûlenuit ne sera plus jamais le phare illuminateur.
En fait, ce jour-là, elle ne sera plus jamais tout court. Mais ce jour n’est pas arrivé. Et même si le destin ne peut être évité, sa procrastination rallonge petit à petit la vie de l’endroit, désormais réduit à une simple île flottant au milieu de nulle part. Bien que strictement rien ne se passe par ici, le logis continue sa mission. Elle ne faillira à son rôle qu’à l’ultime descente.
Loup

Tjibaou by night

Des faisceaux de lumière jouent à cache-cache sur les toits pentus des grandes cases puis vont se perdre, tout là-haut, dans le ciel irisé d’une nuit incarnat.
Au sol, leurs reflets tremblants se noient dans une mer d’huile tiède qu’un vin liquoreux a nappé de pourpre et d’or.
Plus bas, la signature fantôme du peintre : Alain Menant.
Patricia

Peindre et dépeindre

Un peintre est-il forcément un artiste ?
Oui, s’il est célèbre, riche, provocateur, doté d’un bel organe, beau… et con à la fois.
Ceux que j’ai la chance de connaître n’ont rien de tout ça. Le plus célèbre on ne le reconnaît pas au Centre Djibaou. La plus belle est in-photographiable. La plus intello ne lit qu’un livre par an. Le plus aimable chante faux. Aucun(e) n’est con !
Quel est le trait commun ? Ce que l’on trouve en grattant sous la peinture.
Bertrand

 

Exercice 2 : Dans le peau d’un tee-shirt

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Bande d’obsédés !
Vous y pensiez tous. Les mecs comme les nanas.
Tous aussi paillards tant que vous êtes. Eh bien oui c’était hier le concours !
Et c’est moi qui ai gagné le droit d’être porté. On m’a amené triomphalement sur l’estrade où un beauf à bretelles sur un marcel hurlait dans le micro. Larsen à gogo.  Moi qui suis XXL on m’a tiré à hue et à dia.
Doucement ! Fragile ! Made in China.
La gagnante a été tirée au sort. Le règlement l’obligeait à ne rien mettre sous moi, ni vêtement ni sous-vêtement. Sur l’estrade le seau d’eau froide était prêt.
Je savais que ça ne serait pas mon jour.
Gagnante : Germaine C., 86 ans, 69 kgs pour 1 m 50 environ.
Je n’ai pas réussi à cacher grand chose et les nichons dépassaient au niveau du nombril.
Bertrand

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Je fus beau. Il y a longtemps… Il eut même un temps où elle me sortait en boite, tous les samedis soir.
D’un noir profond, sur ma face avant était écrit, en paillettes : « I am a super star… »
Mais hélas, à force d’être lavé, le noir a blanchi et les paillettes ont disparu.
J’étais son tee-shirt fétiche, celui qu’elle portait sur un jean bien serré, celui qui laissait deviner sa poitrine libre et arrogante, sur laquelle tous les garçons se retournaient.
Puis le temps a passé… Mais je suis resté son tee-shirt préféré, celui dans lequel désormais elle se love, le soir, solitaire et glacée, pour rêver de sa gloire passée…
Fabienne

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Dans la peau d’un T-shirt ?
Tu parles, peau mon œil ! Je suis fait en coton synthétique. Eh oui, le naturel a un prix que peu sont prêts à payer.
Mais chut ! taisez-vous, un client arrive et il a l’air d’un obèse plein de bon goût.
Parfait, je suis un magnifique et onéreux vêtement en taille 3XL ; je finissais par me demander quand je sortirais de ce trou à mites !
Loup

Mes couleurs sont défraichies et mon encolure baille un peu. J’ai été malmené par une vie de labeur mais les lavages fréquents ont fait de moi un nid tout doux et accueillant.
Jeanne m’emprunte souvent clandestinement. Me porter est comme un gros câlin quand Pierre n’est pas là. Pour lui faire plaisir, je garde dans mes fibres le parfum d’after shave qu’elle aime tant.
Pierre avait l’intention de me mettre au rancart et de se faire beau avec un tricot flambant neuf mais Jeanne a refusé tout net :
- Ce vieux tee-shirt, c’est un peu mon doudou, tu sais, lui a-t-elle avoué avec un sourire tendre.
Ouf ! C’est sûr ! J’en ai encore pour de longues années !
Patricia

Dans la peau d’un tee-shirt…

 Je passe mes hivers au fond du placard,
Alors que les manteaux font leurs malins,
Avec les shorts je mets le bazar,
Se moquent donc de nous les hauts en lin,

 Dès que l’été approche,
Elle me décroche,
M’essaie et m’aime à nouveau,
Et je retourne au boulot,

 J’ai quelques petits trous,
Mais je vais avec tout,
Je suis très versatile,
M’avez-vous vu avec une paire d’espadrilles ?

 Je suis certes un basique,
Mais je suis aussi magique !
Portez-moi pour faire vos courses,
Ou avec une jupe ultra-courte.
Chloé

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