Accueil Non classé Atelier d’écriture du 2 septembre 2019

Atelier d’écriture du 2 septembre 2019

0
0
43

Devoir : un sandwich
« Son génie n’avait d’égal que sa folie….
… Voilà comment cette histoire s’est terminée ».
On peut inverser les 2 phrases.

Génie

Son génie n’avait d’égal que sa folie.
La naissance d’Esquen fut longue et douloureuse. Le bassin étroit de sa mère l’étreignait. Plus encore, le cordon de vie se noua sur son cou. Après maints efforts térébrants, une tête bleue émergea, qui ne cria pas. La matrone coupa le garrot dans le sexe même de la femme. Le corps fut expulsé inerte dans un flot de sang rouge. La femme sage le secoua sans ménagement. Alors on entendit dans toute la maison un cri sauvage comme celui du lion de mer en colère. Mais ce n’était pas un courroux. C’était une explosion de liberté. Un message insensé et déchainé adressé à son peuple. Il disait : je suis différent et indifférent. Je suis le sens et le contresens. Vous m’aimerez et aurez grand peur de moi.
On amena le nouveau-né à la nourrice la plus opulente, la plus abondante. Tarie, il fallut la remplacer au bout de deux mois. Le garçon croissait rapidement. Un long corps maigre surmonté d’un gros crâne que les premiers massages avaient rendu oblong. Des yeux noirs que les paupières avaient du mal à recouvrir. La tête  qui s’agitait tout le jour, comme celle d’un rapace. A tout voir, à tout entendre, par tous les sens. Sa première dent précéda son entrée dans ce monde. A six mois, son premier mot l’y introduisit : veux !
Il marcha à neuf mois, sut nager à deux ans. Ce corps étique et miraculeux obéissait à tous ses désirs. A trois ans, il savait parler et même discourir. Réclamer la nourriture des adultes, l’idiome de son peuple, la science des anciens. Ceux-ci vinrent en nombre constater ce prodige. On sut alors qu’il avait été conçu lors d’une nuit  de pleine lune. Que ce soir-là la lune était bleue, cyanogène, la treizième de l’an 700.
Son père était fils de roi. Esquen apprit rapidement qu’il était mort à la guerre, glorieusement. Chez les Chimu un garçon est seulement fils de son père et une fille de sa mère. Personne ne lui désigna jamais sa génitrice. Il l’identifia néanmoins, une reconnaissance animale. Cette grande femme au ventre creux et maintenant stérile, qu’on avait sauvée de sa délivrance. Ces grands yeux noirs toujours baissés, ces pommettes saillantes, ce long cou d’altière noblesse, ces jambes fuselées, ces mains démesurées…Tout la distinguait comme sa source, son gîte créateur.
Plus tard on dira qu’il avait la mémoire fœtale. Qu’il pouvait raconter l’intérieur de sa mère, décrire ses organes vitaux, son cœur tout proche, ne battant que pour lui. Il ne lui parla jamais. Est-il besoin d’un autre langage que celui de la sève, celui du sang coulant sur lui et en lui ?
A deux ans, on lui offrit un compagnon, un jeune alpaga de deux mois. Il le nomma Chan et ce fut son frère. Chan lui apprit l’agilité, la course, le lointain des montagnes escarpées. Jamais rassasiés de liberté, ils envahissaient le monde. L’enfant dormait dans la laine drue du huacaya brun, à l’abri du froid, des regards. Chan lui apprit aussi à meuler comme le renard des Andes. Il lui montra les morsures, les coups de pattes. Il lui inculqua la violence inéluctable et injuste. Il lui apprit à cracher le plus loin et le plus précisément possible.
Esquen apprenait tout plus vite qu’on ne le lui enseignait. Un jour il croisa sur un chemin un coureur messager. Il le rattrapa à la joute. Étonné, celui-ci s’arrêta et lui montra le message inscrit sur son quipu. Cet ensemble de cordelettes à nœuds complexes attachées à une corde mère servait de mémoire. D’écriture que son peuple n’avait pas. Dans le mois qui suivit l’enfant s’en fabriqua plusieurs, plus hautes que lui. Elles disaient les quatre éléments. La fureur des vents, comparable à la sienne. Le langage de Chan et la douceur des alpagas. Lui seul savait se relire et il était son propre dieu.
Les deux amis suscitaient la surprise des savants mais aussi l’angoisse des agriculteurs. Ensemble, ils déviaient le dédale des canaux d’irrigation pour favoriser les champs de haricots verts, délices de l’animal et assécher les champs de patates que le sale gosse détestait. Le peuple se plaignait de ces turbulents tourbillons qui faisaient choir les étals, les grands-mères et les enfants disciplinés.
En conséquence, lors d’une cérémonie de pleine lune, on exhiba à la foule réunie la tache du condor. Surpris lui aussi, Esquen comprit qu’il avait au-dessus du nombril une tache de vin en forme de vautour. L’insigne de l’intelligence, le signe de la fin de la fin. Maintenant tout lui était permis. Les villageois le saluaient à sa sortie des remparts de la cité. Les murailles d’adobe dépassaient les dix mètres mais l’esprit de l’enfant volait au-dessus de la terre, de la mer et peut-être du feu.
Les deux lascars allaient souvent au bord de la falaise qui dominait l’océan d’une dizaine de mètres. A marée haute le gamin sautait dans l’eau en riant à tue-tête. Les rares témoins assuraient que l’enfant-condor volait. Les ayant vus alignés sur la grève, Esquen se fabriqua un petit cheval de totopa. C’est ainsi que l’on nommera ces petits esquifs de roseau à l’avant recourbé vers le haut. Connaissant les courants de baïnes, il remontait et surfait les vagues, jusqu’à rendre son corps noir de soleil et de plaisir. Les dauphins venaient glisser avec lui. Et Chan meulait de jalousie depuis la plage.
A huit ans il se constitua un quipu qui disait la voute céleste. Les nuits sans lune, il mémorisait ce qui pourrait un jour le guider. Il fabriqua encore une machine à compter. Des graines de quinoa que l’on plaçait et déplaçait dans des cases sculptées sur une demi bûche. Il profita de l’absence du forgeron pour façonner de fines flèches en argent. Avec son arc en bambou, il devint un pêcheur émérite, décochant des fléchettes du haut des rochers. Les poissons que les loutres de mer lui laissaient, il les ramenait chez lui. Mais, où était-ce chez lui ? Il était partout chez lui, d’autorité.
Pour ses dix ans il se fit apprenti chez un céramiste réputé qui produisait les plus belles poteries de la région, noires et luisantes. Il s’en vint loger chez l’artisan, avec Chan. Le chien de la maison fut sommé de céder la place. Le génie de l’adolescent qu’il était déjà fit rapidement ses preuves. Il confectionna, à la manière des ancêtres Moche, un double vase siffleur. L’argile semblait se modeler seule dans ses longs doigts déliés. Branchée sur un des corps du vase, il fusela une tête d’oiseau à bec pointu, celle du colibri bleu. Sur ce long appendice, il perça de petits trous à la manière d’une flûte. L’anse qui joignait les deux corps était creuse. L’eau et l’air pouvaient ainsi circuler librement entre les vases. Intuitivement, Esquen posa dans la tête une anche de roseau. Il en calcula, après quelques essais, la forme, l’épaisseur et la position pour produire des timbres aigus. En soufflant dans l’encolure ou en remuant les deux vases demi remplis il produisait des sons ironiques et insolents. Grâce à cet instrument, il passait beaucoup de temps à imiter les oiseaux que Chan reconnaissait. Son chant préféré restait celui du colibri bleu. Des témoins dignes de foi auraient rapporté une jolie histoire à ce sujet. C’est Chan qui l’a racontée. Oui Chan parle, à ceux qui veulent bien l’écouter ! A l’automne, dans un champ de maïs, Esquen se serait caché dans un buisson, non loin de jeunes glaneuses. Pendant de longues minutes il aurait essaimé les notes d’une musique ensorceleuse, celle du colibri. Les jeunes femmes se seraient alors dévêtues et couchées sur le dos dans la paille, espérant une fécondation par l’oiseau inséminateur d’orchidées. Mais si Chan est génial, il est sans doute un peu fou, lui aussi.
Tout, génie comme folie, désignait Esquen comme le futur guide de son peuple. On parlait de lui à des lieues à la ronde. Le temps de sa gloire viendrait.
Pourtant, dans sa treizième année, une nuit de pleine lune, à marée montante, Esquen se leva en silence. Chan et lui gagnèrent le bord de la falaise, face à l’océan noir. Muets, ils savaient l’instant grave.  Ils se gavèrent de l’odeur sucrée et corrompue des algues. Puis ils s’allongèrent fixant la lune au zénith. La musique du colibri s’éleva vers l’astre nocturne, lente et majestueuse. La lune pleura. Les longs cils de l’alpaga se courbèrent sous le poids des larmes. Peu après la fin de ce chant d’amour, le ciel gronda au loin. Un petit enfant jaloux envoyait au peuple Chimu sa bile noire.
Pendant plusieurs mois, mais on ne pouvait plus les compter, la lune ne revint pas voir ses adorateurs paniqués. Le soleil, lui-même, était enténébré. Pluies violentes, tempêtes, foudre se succédèrent sans relâche. Les pêcheurs ne sortaient plus. Les canalisations étaient détruites et les champs dévastés. Les murailles d’argile se fissuraient. Les anciens se réunirent sous la direction de la grand-mère chamane.
Dix jours plus tard, on prépara les enfants pour le rite sacré. Ils furent conduits près de l’étang noir, à l’étage de la pyramide huaca. Esquen et Chan menaient la troupe silencieuse. Seul le vase siffleur émit une plainte pourtant joyeuse. Pour calmer l’enfant jaloux, le couteau sacrificiel d’or enchâssé de turquoises, fit son office.
Voilà comment cette histoire s’est terminée.
Bertrand

- Voilà comment cette histoire s’est terminé, termina Papa en refermant le livre.
- ça veut dire qu’il est mort tout seul, oublié de tous ? Demanda Petit Paul d’une petite voix triste.
- Sans doute seul, mais à mon avis, l’Histoire (avec un grand H) l’a redécouvert…
- Mais quand même, il a fait beaucoup de choses pour les hommes. De grand choses qui nous servent encore.
- Certes, il a fait de grandes et belles choses, mais comme tu l’as vu, il a aussi beaucoup fait la guerre, tué, pillé, affamé…
Et comme la plupart des grands hommes, son génie n’avait d’égal que sa folie.
Fabienne

 Water

Son génie n’avait d’égal que sa folie.
Cette idée était digne des plus grands savants toqués. Un brillant mélange d’intelligence et d’inconscience, comme pour tous les grands esprits. Mais, revenons dans les temps anciens, quand nous réalisâmes ladite idée, quand nous étions jeunes et beaux… Enfin, nous comblions notre manque de beauté par notre jeunesse excessive. Nous étions cinq fous. Cinq voyageurs insensés, préparés à leur épreuve. Nous comptions dans nos rangs Sylvian, Maël, Marius, Romane, et moi-même.
Sylvian était mon père et notre doyen. Avoisinant les quarante ans à l’époque, il bénéficiait d’un niveau de folie très irrégulier. Capable des extrêmes, et de passer de l’un à l’autre en un instant. Capable de réaliser des katas, des mouvements de sabre japonais compliqués, pendant quatre heures dans un calme parfait, puis de pratiquement convulser devant son ordi après une victoire sur Counter Strike.
Ensuite venait mon petit cousin Maël, le plus jeune de ce corps expéditionnaire que nous formions. Atteignant à peine la taille minimum en hauteur, mais explosant celle en largeur, il possédait une joie innocente, constante, candide. Il était venu avec le naïf espoir que nous pourrions vaincre en deux temps trois mouvements ! C’est dire à quel point sa folie, bien qu’il l’ignorât, était d’un force rare.
Marius était le seul enfant de la famille à être mon aîné. Âgé d’un an de plus que moi, il avait, de par son père, une belle peau mate qui luisait au soleil, même sans monoï, et des cheveux crépus si dispersés et indomptables que je compris plus tard qu’ils étaient un reflet de sa démence.
Romane était ma sœur, de trois ans ma cadette, et elle n’a pas trop physiquement changé depuis cette escapade. Grande pour son âge, filiforme mais se trouvant grosse, elle avait hérité de la folie paternelle. Le même type de  folie, paradoxal à souhait. Capable de dormir jusqu’à onze heures du matin, et vingt minutes après de vagir et sauter sur tout le monde dans le jardin.
Et puis, flanqué de ces malades mentaux, il y avait moi. Sans doute celui à la fois le plus mature et immature. Capable d’avoir deux vingt sur vingt en une journée, puis d’oublier ses crayons de couleurs pour l’épreuve du brevet. Et les exemples ne manquent pas, mais cessons cette folie un instant pour se reconcentrer.
Nous étions arrivés devant notre destination : Le terrible water slide des grandes plaines du Kuendu Beach. Nous étions des habitués du lieu, et venions fréquemment. Il s’agissait d’un des peu communs espaces où on pouvait vociférer pas mal de choses tout en prenant une bonne dose d’adrénaline, parfaite pour évacuer un peu, comme disait Higelin, « La folie qui m’accompagne et qui jamais ne m’a trahi… Champagne ! ». Nous connaissions bien l’endroit et les règles. Et c’était pourquoi nous voulions jouer avec elles. Nous ne supportions plus d’être sans cesse muselés par ces normes et précautions. Sécurité ? Quel genre de fou se soucie de la sécurité ? Nous n’avions plus de patience, mais une démence inouïe à revendre, couplée à la certaine ivresse que procure la transgression des consignes.
Le water slide ne proposait que deux toboggans : le blanc, ouvert, où l’on entrait seul et sans bouée, et le bleu, fermé, où on venait avec des amis et une bouée. Les bouées en question étaient disponibles en deux formats : deux ou trois personnes, pas trop grasses. Nous comptions nous enfourner à cinq dont un adulte et un obèse dans une bouée pour trois. Nous avions gravi la pente abrupte nous séparant de l’entrée du toboggan bleu. Car en effet, chaque glissade nécessitait l’escalade d’une montagne bétonnée, ce qui nous faisait brûler quelques calories à chaque fois.
Nous grimpâmes donc jusqu’à la source, au plus haut point de la colline, face au sombre gouffre du waterslide bleu. Nous avions noté derrière nous la présence imposante de deux grandes Wallis, dont le poids cumulé devait bien dépasser celui de nous cinq. Le trou de l’entrée, noir, béant et profond, avalait à chaque fois les visiteurs pour les déféquer dans la piscine commune tout en bas. Nous installâmes notre précaire embarcation, sous les regards amusés et les gloussements à peine contrôlés des deux dames. Nous montâmes dans le bateau gonflable, qui couina un peu plus à chaque passager. Nous étions dans la surcharge pondérale la plus totale, mais nous étions fous, et les fous ne prêtent pas attention à ce genre de détails annexes. Nous donnâmes une vive poussée à l’arrière de notre bouée, et nous engouffrâmes dans la gueule de l’obscur tuyau.
Dans les premiers instants, nous observâmes comme à notre habitude quelques secondes de silence rituel. Ces quelques secondes où on était encore en équilibre et où on ne dévalait pas encore la pente à toute vitesse. Cette fois-ci, lesdites secondes eurent un sens presque funèbre pour moi, me suggérant qu’il était trop tard pour renoncer au suicide collectif.
Puis, la bouée bascula de 45 degrés vers l’avant, et notre descente aux enfers débuta. Son poids anormalement élevé la faisait se balancer beaucoup trop fort dans les virages, inattendus à cause du noir tout autour. Nous hurlâmes tout notre soûl, et cette fois peut-être par réelle frayeur. Nous virions subitement mille fois plus que d’habitude, et nous nous cognions la tête presque tout le temps. Nous allions aussi extrêmement vite, la gravité nous rappelant que nul n’échappe à ses lois. Certains moments, nous étions presque à l’horizontale sur le côté du tube, à cause de la force centrifuge. Nous commencions à regretter notre coup de sang et de tête, et nous demandions si on pouvait ne pas se briser la nuque même avec cinq enragés empilés. Mais le pire arriva alors, à mi-chemin. Dans un passage moins truculent que les autres, nous stoppâmes notre course sans le vouloir. La bouée n’avançait plus. Nous étions incrédules : quel résultat inattendu pour notre expérience ! Nous tentions de tâter la texture du plastique du tuyau, de passer la main dans le courant d’eau qui y passait… nous pensions avoir un moment de répit, une pause pour nous calmer et reprendre notre souffle.
Alors… nous les entendirent !
Les sons des hérauts de la Faucheuse, les trompettes des séraphins de la mort. Des gloussements rauques et hystériques, dont nous sentions l’émetteur se rapprocher avec célérité. Nous nous remémorâmes alors des deux délicates demoiselles qui devaient venir juste après nous. Celles-ci semblaient être aussi folles que nous, puisqu’elles n’avaient pas respecté l’intervalle de sécurité entre chaque descente. Nous nous souvînmes aussi de leur corpulence, et de la vitesse à laquelle une grande masse descendait ce waterslide. La frayeur noua nos estomacs et nos muscles. La force de la rage de vivre nous envahit. Nous étions toujours de grands fous, mais nous étions de grands fous avec un grand instinct de survie. Les rires, maintenant tonitruants, allaient nous percuter de plein fouet si nous restions au milieu de la voie. Nous nous agitâmes et poussâmes l’embarcation de tous nos bras chétifs et désespérés. Nous voulions avancer, et nous mîmes toute notre volonté dans cette tâche inespérée. Nous réussîmes tant bien que mal à remettre en mouvement la bouée. Elle reprit aussitôt sa course, alors que nous nous étions à peine remis dessus. Avec encore plus de terreur et de précarité, nous glissâmes le long de cet œsophage qui nous avait avalé.
Nous n’y restâmes d’ailleurs pas longtemps ; le prochain virage nous éjecta, et nous fûmes dispersés en un tas de fous désordonnés qui valsaient les uns sur les autres en essayant de sauver leur peau. Nous entendions les exclamations vulgaires et sonores des filles derrière, comme si elles nous les criaient à l’oreille tant elles étaient proches et bruyantes. La lumière nous apparut finalement au détour d’un énième virage brutal, signifiant le bout du chemin.
Était-ce la fin ? Je veux dire, une fin différente de la compression de nos corps.
Avec cette lumière, nous aperçûmes enfin nos poursuivantes. Leurs corps, immenses, stoïques et inquisiteurs, me donnent parfois encore des convulsions dans mon sommeil. Dans la dernière ligne droite, nous faisions tout pour sortir avant l’inévitable, pour nous échapper enfin, nous les cinq fous, de cette aventure qui avait mal tourné. Nous mettions toute la force qu’il nous restait dans cette dernière poussée vers le salut. Nous arrivâmes au bout du tunnel, et l’anus du waterslide nous chia dans l’eau trouble.
Alors que j’étais en train de remonter la tête du liquide de la piscine commune, je remarquai que je n’étais pas broyé. Juste tremblant et écorché. Mes camarades d’infortune se levaient un à un, me regardant, se regardant entre eux… Nous avions réussi ! Notre folie avait abouti ! Et nous étions revenus à peu près entiers d’un voyage aussi dangereux que littéralement démentiel !
Je vis du coin de l’œil les deux Wallisiennes, toujours sur leur bouée qui ployait sous la douleur ; elles finirent par la faire craquer et elle s’affaissa sous leurs fesses, les faisant disparaitre sous les flots. Une euphorie nous emporta, et nous criâmes de joie et de rire.
Nous nous fîmes réprimander par les maîtres nageurs, car nous étions cinq à tonner en chœur, mais nous n’en tenions pas compte. Car nous étions jeunes. Nous n’étions certes pas très beaux. Mais nous étions très fous. Voilà comment cette histoire s’est terminé.
Loup

 

Exercice 1 :  La Cène de Léonard de Vinci
Contrainte : la scène se passe de nos jours… ou dans le futur

Cène

La réunion des grands états devait avoir lieu en l’an de grâce 3088. Un sommet qui se déroulerait sans caméra, et où les dirigeants des différents partis viendraient apporter des suggestions et solutions. Car ce n’étaient pas les problèmes qui manquaient. L’humanité s’était conduite à sa perte au fil des ans. La Terre était maintenant dans un état déplorable. Elle était devenue inhabitable à cause de la pollution et des déchets nucléaires. Progressivement, l’humanité avait construit sa propre prison. La planète étant devenue radioactive et son atmosphère irrespirable, il avait fallu innover.
On avait donc construit en Europe la Villemonde, la mégalopole qui contiendrait toute l’espèce humaine. Autour d’elle se trouvaient des barrières magnétiques, qui repoussaient les radiations et les vents toxiques. À l’intérieur, l’air était respirable et on pouvait sortir à l’air libre sans attraper de cancer. Mais la situation pressait. L’humanité était dans un état déplorable. La fertilité était presque nulle. L’espérance de vie ne dépassait pas soixante ans, car presque tout le monde travaillait dans les champs pour nourrir des milliards de bouches. Et malgré cela, les terres devenaient infertiles elles aussi, puisque ça faisait presque cinq générations qu’on les recultivait. Les finances étaient au plus bas, le moral encore plus, et ne parlons pas de l’environnement puisqu’il n’y en avait plus du tout.
La folie des hommes avait tout détruit. Et maintenant, une question se posait lors de ce sommet des grands états. Le projet Allstar allait-Il être mis en place ? Il s’agissait d’une initiative datant du 23ème siècle. 700 ans auparavant, comme une solution de la dernière chance pour les futurs habitants de la planète bleue, on avait décidé de créer un réseau de fusées sous la surface, pour embarquer l’humanité sait-on où s’il y avait un pépin. On avait retrouvé le complexe de lancement à peu près cinquante ans avant aujourd’hui. Les fusées étaient dans un état hasardeux et difficile à diagnostiquer. On n’avait pas pu les rafistoler parfaitement, faute de bras et de moyens. La vraie question de la réunion des grands états était donc : Allstar allait-Il être utilisé ?
Personne ne sut jamais. Les membres du sommet sont morts de vieillesse tant leur débat dura longtemps, et comme on avait donné l’ordre de ne rentrer sous aucun prétexte, l’humanité les suivit dans leur tombe.
Loup

JC avait mis un post sur son mur : samedi, il allait faire une super teuf !
Il nous avait dit de ne pas nous occuper du pain et du vin, il avait l’habitude de gérer… Et on savait qu’avec lui, on n’allait pas manquer.
On aimait bien aller chez JC, y’avait toujours de l’ambiance. Simon de son nom de scène Pierrot, faisait du rap. Jean, lui, préférait le slam.
Officiellement, c’était une teuf de mecs, mais exceptionnellement, Marcus avait amené une copine qui venait des States, Mary. Tous les potes étaient autour et voulaient la pécho.
Elle, comme une meuf, elle minaudait. Elle avait quand même dit qu’il y en avait un qui lui plaisait, mais on ne savait pas exactement qui c’était. Peut-être Marco qui lui avait mis direct la main dans le soutif.  Jeannot pensait que c’était Tom, le beau gosse… Lui, il disait qu’il ne croyait que ce qu’il voyait et qu’il fallait attendre un peu.
Quand JC a sorti la beu, on a applaudi. C’était de la bonne ! Mais bien vite, on a déchanté parce que les keufs sont arrivés. Qui avait bien pu nous balancer ? Pas les voisins, ils étaient partis en week-end. Finalement on a su que c’était ce traitre de Judas qui les avait appelés, il était keuf lui-même en immersion pour nous serrer. Ah, celui-là, si on l’attrape, je te jure, on le crucifie !
Fabienne


Exercice 2
 : Chacun écrit un titre de film sur un morceau de papier et le donne à qui il veut. Ce titre servira de thème à un texte.

8

Elles étaient huit. Seulement huit. Huit femmes en colère, décidées à tout pour se faire entendre. Elles étaient postées à l’entrée du Parlement et hurlaient à tue-tête des slogans pour avoir le droit de vote.
Non, mais franchement, vous imaginez un pays où les femmes pourraient voter pour nous représenter ? Elles choisiraient sans doute le plus beau parleur ou bien un cul béni.
Pire, si on allait dans leur sens, à la longue, elles pourraient même se présenter elles-mêmes aux plus hautes fonctions !!!
Laissez-moi rire. Elles sont incapables de penser, de réfléchir et ne réagissent qu’en fonction de leurs émotions, de leurs… hystéries…
C’est pourquoi, moi, Président du Parlement, j’ai appelé la police pour arrêter ces furies et les mettre quelques jours en prison. Juste pour leur donner une bonne leçon !
Mais, qu’est-ce que je vois ??? Ma femme, eu milieu du groupe… embarquée sans ménagement par les agents. Bon, je vais essayer de négocier avec le Chef de la police, il me doit bien ça, pour qu’elle ne rejoigne pas les autres, sinon ça va encore être l’enfer à la maison !
Fabienne

baisers

Le Golem

Toutes les nuits, le magicien épiait le village en contrebas, depuis la grande fenêtre de sa haute tour. Il scrutait les géopuges de ses yeux mauves, et il attendait que sorte de sa chaumière la belle Emma. Là, le sorcier la contemplait avec avidité. Elle était si belle… mais il ne pouvait descendre la chercher. D’un, elle n’aurait jamais accepté de l’accompagner. De deux, elle préférait sans doute ces grands nodocéphales de bûcherons musclés. De trois, le jeteur de sorts ne pouvait aller au village. Il était déjà mal vu en restant dans sa tour, alors il se ferait lapider de loin par tous ces maubecs apeurés par la magie.
Et malgré tout, malgré son grand esprit de savoir et de logique, il la désirait plus que tout. « Le cœur a ses raisons que la raison ne ignore » (Descartes). Tous les soirs, il tripotait sa boule de cristal pour avoir une image endormie de celle qu’il voulait.
Alors il rusa et prit dans son atelier de l’argile. Une tonne d’argile. Il la mit dans son laboratoire et la malaxa, jour et nuit, imprégnant sa sorcellerie à la matière. Après moult efforts, il finit sa création : un grand golem de glaise. Bien meilleur physiquement que lui. La créature ni morte ni vivante eut pour mission, le soir même, de ramener dans la tour la belle Emma. Et ce, par tous les moyens nécessaires et peu importe qu’elle résistât.
Le golem fit donc une demi-douzaine de morts et une captive cette nuit. Il la ramena, terrorisée, aux premières lueurs de l’aube au maître. Celui-ci fut prit de frénétiques velléités, ayant enfin à sa portée ce qu’il attendait tant, tel un enfant à Noël. Il se rua sur la donzelle, qui ne put se débattre. Il n’y alla pas de main morte, se démenant pour vivre pleinement son rêve.
Tellement pleinement que son vieux corps ne tint pas le coup. Pendant l’acte, il se crispa et se raidit en même temps ; son cœur en train de lâcher fit balancer hasardeusement tout son être. N’arrivant pas à se retenir, il s’approcha dangereusement de la fenêtre. Il tenta de se faire sauver par le golem, mais celui-ci était dépourvu de volonté comme d’initiative, et son créateur n’était pas en état de donner des directives. Le golem resta donc stoïque. Le sorcier, se sentant trahi, tenta une ultime gesticulation de vengeance magique envers son engeance ou la fille. Ces sorciers devraient investir dans des vitres plus solides et des tours moins hautes, car en remuant un peu trop il brisa le verre, et chut vers sa mort à toute vitesse.
Loup

Envoyé de mon iPad
Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par joie55
Charger d'autres écrits dans Non classé

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Atelier d’écriture du 30 novembre 2020

DEVOIR : un sandwich Un coup de lumière éblouissant entra par toutes les fenêtres, palpita…