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Atelier du 17 juin 2019

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DEVOIR : 5 mots extraordinaires

Épicène – akène – alumelle – acmé – marcassite

paté

Je crois que j’ai contracté la marcassite. C’est une cochonnerie de maladie, mais sauvage. C’est Fabienne qui me l’a refilée, j’en suis sûr. En tout bien, tout honneur, rassurez-vous. Après, elle s’est « bien » sentie et ce fut tout à mon « honneur ».
A midi, elle avait dégusté une terrine de marcassin. Rien qu’à sentir son haleine, à distance respectueuse, j’ai su confusément que c’était malsain. Elle a voulu m’escobarder en me disant que c’était cuisiné avec un poca de la chaîne. Elle a prétendu que c’était une alumelle, une femelle. Ces truies sauvages sont particulièrement cochonnes et provocantes. En cachette, j’ai fouillé sa poubelle. J’ai retrouvé la boite. C’était bien de fabrication locale par la firme Mutileur. Le marcassin était cependant chinois, importé par sampan. Ils laissaient des morceaux dans la boite pour faire authentique, avec les soies. Là je me suis énervé. Je lui ai fait une épicène. Une scène au bord de la crise de nerfs, pour les connaisseurs :
- Tu ne te rends pas compte, lui ai-je dit. En Chine, ils ont la peste porcine en ce moment !
C’est pour ça qu’elle empestait. La poubelle, pas Fabienne, qui s’était parfumée au n° 69 de Marie Chanel. Notez que quand Zaza a voulu me faire la bise, tout de suite après, j’ai su qu’elle avait fini la boite. Pauvre bête. L’alumelle accusée à tort, pas Zaza.
Maintenant j’ai tous les symptômes. Ça a débuté par une akène de toux. Ensuite j’ai vomi par les deux bouts. La fièvre m’a pris puis une sorte de coma. Je crois que je vais mourir. Néanmoins c’est grisant, vertigineux, un peu la sensation de l’acmé des profondeurs.
En tout cas on ne m’y reprendra plus. L’haleine de Fabienne, plus celle de Zaza en quelques minutes, c’est létal.

NDLR : les prénoms utilisés dans ce texte n’ont pas été changés par souci de prévention des maladies endémiques. Attention Arnaud !
Bertrand

 spiritisme

Ça y est ! J’ai trouvé ma vocation !
C’est un travail très gratifiant, à tous les sens du terme.
Je suis medium ! Enfin, je me suis déclarée medium. Dans mon salon obscur, je ne reçois que la « bonne société ».
Un de mes plus fervents adeptes est Victor Hugo. Ah ! Lui, on pourrait lui faire croire n’importe quoi du  moment qu’il pense que c’est Léopoldine qui veut lui parler Un esprit par ailleurs si brillant, quel dommage ! Mais quelle manne pour moi !
Hier soir, il est venu avec quelques amis dont le jeune Nerval, alors, j’ai sorti le grand jeu. J’ai posé trois alumelles sur la table, des bougies, en fait, que j’ai décorées de dessins cabalistiques. Elles éclairaient à peine, mais projetaient de grandes ombres sur le mur. Ça crée une ambiance mystique, un peu effrayante aussi. Ensuite, j’ai sorti la marcassite, une planche avec des lettres d’un côté, oui et non de l’autre. Au-dessus, un anneau suspendu à un fil se balance. C’est ce qui me permet de communiquer avec l’au-delà.
J’aime bien inventer des mots assez mystérieux, ça fait pro. D’ailleurs, entre nous, nous nous appelons « épicène », suivi de l’initiale de notre prénom.
Ça évite que les autres, les « akènes », autrement dit les profanes, comprennent.
J’ai demandé à mes invités de poser les mains sur la table, toutes reliées entre elles, puis j’ai exigé le plus grand silence pendant que je me mettais en transe. C’est « épicène V » qui a posé la première question. Il a demandé si sa chère fille était là. Son acmé, autrement dit son fantôme, n’a pas tardé à nous rejoindre.
« Épicène G » a voulu appeler à son tour l’acmé de sa mère. Elle est morte quand il avait deux ans et il ne s’en remet pas. Elle a mis un peu de temps à venir. Oui, quelquefois, je fais durer le suspense… ça met de l’ambiance !
Bien sûr qu’il y a un truc ! J’ai un complice qui bouge l’anneau… mais chut ! Je ne vous dirai pas comment. C’est vraiment bien fait, on y croirait… Et d’ailleurs, ils y croient.
Fabienne


TNT

Epicène : la fin

Ma vie a changé au début des années 2000.
Vingt ans plus tard, j’ai 38 ans, j’ai mûri. Mais il me semble avoir conservé l’énergie de mon adolescence. Je vénère l’utopie. Cette utopie qui fait peur tant elle est belle. Cette utopie qui nous mène au seigneur, au soigneur, au grand thérapeute, celui qui amadoue Thanator. L’utopia, je ne l’ai pas rencontrée au coin d’une rue, ni dans une cathédrale, ni dans un café philosophie, ni lors d’une analyse lacanienne. Je l’ai trouvée en moi. Comme une révélation. Je suis un homme, un putain d’organisme terrestre. Mon avenir est là et pas ailleurs. Mes rêves, ne pas en tenir compte. Mes pulsions, les laisser faire. Lâcher prise. Les autres, les sauver malgré eux. Pas besoin de s’élever au ciel. Ici et maintenant. JE SUIS MOI !
L’absolu n’est pas ce que vous croyez. Ces mots me définissent et me contourent. Ambigu, partial. Sans aucune recherche de la vérité. Vous tous, vous fuyez, moi pas.
Quand j’ai loué cette fermette dans la Creuse, j’ai à peine maté la maison. Quasiment une seule grande pièce, avec une petite salle d’eau. Pas de dalle bétonnée, pas de plancher, de la terre battue. Quel symbole. La terre battue, humiliée, outragée, brimée, martyrisée. La terre, que je libèrerai.
Ce qui m’a vraiment plu : à quelques empans, le silo à grains de quatre mètres de haut. Cylindrique, droit, hiératique. Quelle contenance ? Environ 15 m3 m’a dit l’agent immobilier, environ cent barriques anglaises. Dur, dur, de la remplir de pinard, a-t-il lourdement plaisanté.
Je vais y mettre à ras bord, vingt tonnes de marcassite. La quantité que je souhaitais. Presque l’équivalent d’une gigatonne TNT. Il ne me reste plus qu’à la transférer depuis la remorque qui stationne devant la masure creusoise.
La marcassite, cette matière noire luisante, c’est moi qui l’ai trouvée et extraite des Monts d’Auvergne. Un peu la même histoire que la kryptonite. Dans les années 40, le grand savant Foolish Verrückt l’avait nomenclaturée. Mais vous tous, les mécréants, vous n’y avez pas ajouté foi. La marcassite, tout juste bonne à jeter aux cochons. Vous ne pensiez pas si bien dire. Bande de tarés !
Maintenant, il me faut enfouir au centre du silo, l’akène, le déclencheur. Qui sera embrasé par l’alumelle, un long cordon à combustion lente. Une bonne vieille mèche, tout simplement, pour me laisser le temps de faire décoller mon hélico. L’acmé, le moment sacré, je l’ai choisie. Ce sera minuit, la première heure du matin, du jour nouveau, le 14 juillet 2019.
D’après mes calculs, l’énergie ultra-lourde restera au niveau du sol et se répandra à la vitesse du son. Pas de champignon. Les amas de neutrons abattront tout jusqu’à Moscou, en quelques minutes. Je sais et vous pouvez me faire confiance, je sais qu’il n’y aura pas de radioactivité résiduelle. La marcassite est propre. Mais pas un seul Européen ne survivra, même pas Boris Johnson, le brexité.
Du présent je fais table rase. Et ce sera L’Epicène, la plus belle époque de l’anthropocène.  Les hommes nouveaux seront enfin heureux, je le garantis. Ma religion c’est Moi.
Signé : Dr Folehèn.
Bertrand

Blob fish

Blob fish

Épicène

La rumeur court que nous allons manquer de marcassite. Est-ce possible ? Grands dieux, nous sommes en 2069 ! L’espèce des néocochons sauvages s’éteindrait-elle, elle aussi ?
Cette marcassite, nous nous en servons d’aliment principal. Depuis les années 30, celles qui ont suivi la crise de 29. Conformément aux prévisions, les océans avaient débordé et leur pH était passé au-dessous de 7. Pour se suicider c’était facile : il suffisait de faire trempette pendant quelques minutes. Les derniers animaux marins avaient atterri, à la manière ancienne des coelacanthes. Les mammifères n’eurent pas le temps de s’adapter, même les cachalots à trois têtes. Heureusement la destruction complète de la couche d’ozone a permis toutes sortes de mutations. Les « mariages » entre espèces ont été possibles. Seuls les humains ont voulu rester purs, bons aryens jusqu’au bout !
Ironie de leur destinée, leur dernière loi promulguée a été le mariage pour les trans-genres. Leurs derniers anthropologues ont nommé cette période l’épicène. En quelque sorte la dernière scène de leur sabordage. Ils auraient du la nommer le crétinocène supérieur.
Nous les cafards, nous sommes unis aux blob fishs. Ces poissons des profondeurs nous concurrençaient pour le titre d’animal le plus affreux de la planète. Ils nous ont donné leur grosse tête gélatineuse et nous leur avons prêté notre carapace qui résiste aux radiations. La population des blob fards (blob fish + cafard) atteint maintenant plus de dix milliards d’individus, soit dix akènes. L’akène est la quantité annuelle d’individus supplémentaires. On dit, akène le blob fard nouveau ! Cette année est l’akène du cochon. Une année de fertilité probable, en tout état de cause fornicatoire.
Notre mode de reproduction est jubilatoire. Je ne résiste pas à vous le décrire succinctement. Comme tous les blob fards j’ai appris l’art du sexe en regardant faire mon grand frère. Vous aussi ? Le mariage des ADN a été parfait. Nous avons gardé une seule des nageoires du poisson abyssal. Elle est devenue une main à six doigts. Seul le sixième est rigide mais pas en permanence. Quand il est en forme coïtale, nous l’introduisons dans l’oreille gauche de notre concubine (la plupart des femelles ont mal à droite, en plus des migraines). Nous nous assurons que celle-ci est féconde quand son gros nez, qu’elle a très  sensible, grossit, devient rouge et humide. J’ai beaucoup de chance. Ma dulcinée est pivoine presque tout le temps, c’est une alumelle. Une fois que le petit doigt est introduit, elle sait tout de moi et je dépose mon ADN. Pour qu’elle oublie mes turpitudes, il suffit de faire sortir l’auriculaire par l’autre oreille. Les femelles sont nubiles dès la fin du premier mois de notre vie qui dure seulement quatre mois. Pas le temps de contracter une acmé juvénile. A partir de ce moment nous copulons à peu près vingt fois par jour, pour ceux qui sont vraiment à l’écoute de leur partenaire. En dehors de ces moments de bonheur purement cérébral, nous mangeons et dormons.
Je m’aperçois que j’ai oublié de  vous préciser que la marcassite est l’excrément des néo-marcassins. Pour survivre, les laies se sont « mélangées » aux anguilles électriques d’Amazonie. Nous les élevons en batteries. Leur lisier est découpé en briques éclairantes. Pour chaque blob fard une brique est à la fois son logis, sa nourriture et… son baisodrome. De surcroit, cet aliment nous rend fluorescents. Le sol terrestre est maintenant lumineux a giorno. Durant le dernier mois de ma vie, je vais me reposer. On appelle ce temps la retraite. Je vais l’employer à rechercher quelque chose de rare : des ossements humains enterrés. Ils sont saturés en plutonium et c’est un délice.
Bertrand

Pour ceux que ça intéresse, la vraie définition :
- Épicène : se dit d’un mot qui peut être employé au masculin ou au féminin sans variation de forme (ex : Dominique est un prénom épicène)
- Akène : petites graines sur la fraise
-
Alumelle :
1° Lame de couteau ou d’épée
2° Terme de marine. Petite plaque de fer qui sert à garnir la mortaise du gouvernail
3° Outil d’acier qui sert à polir et à achever les peignes.
- Acmé : le plus haut point d’une maladie
- marcassite : pierre semi-précieuse

Exercice : Mais quelle est donc cette secte ?

Atelier

Une fois par semaine,
Ils arrivent en file indienne
Apportant des offrandes,
C’est une joyeuse bande

Autour d’eux un drôle d’animal
Pour qui le rose est une couleur banale
Saute de joie
Et aboie

Mais quand parle la prêtresse
Qu’ils appellent aussi « Maitresse »
Le plus grand silence se fait
On entendrait une mouche voler

Ils écrivent frénétiquement
Leur pauvre vie en dépend
Il creuse tous les recoins de leur cervelle
Pour trouver une histoire, des idées nouvelles

Ils guettent anxieux, la réaction de Maitresse.
Quand, d’un petit signe de tête,
elle acquiesce, c’est la liesse !
Ils sont heureux, c’est une grande fête !

Alors, coule à flot le vin béni qui les enivre
Ils n’ont aucune limite, ils rient, sont libres
Ils nomment le vin « inspiration »
Car, grâce à lui, les textes sont bons
Fabienne


Exercice
: Je vais te donner un bon conseil


Je vais te donner un bon conseil : 
arrête de donner des exercices débiles à l’atelier d’écriture.
Les gens souffrent, ne savent pas quoi dire… Tu pourrais même voir une larme de sueur couler de leur front en ébullition…
Et pourtant ! A chaque fois, a lieu un petit miracle. Cet exercice débile qui n’inspire personne donne des textes sublimes ! Alors, ne tiens pas compte de mon conseil !
Fabienne

fumer

Femme en colère

 

On t’a dit : fumer tue. Mais c’est moi qui meurs de ton petit feu. Du noir de tes poumons je respire ton haleine. Passivement, j’épouse ton cancer. Quand tu es en manque je pleure tes colères. L’enfant que je porte est grâce à toi accro à la nicotine. Alors je vais te donner un bon conseil : fume la dernière ou je te quitte !
Bertrand

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