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Atelier du 20 mai 2019

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DEVOIR : Drôle (et dernier) de métier : pousseur de mémés dans les orties.

 Mémé

Je suis vieux. Je suis vieux et je m’ennuie. C’est bien pour vous que je parle civilement. J’aurais bu trois ou quatre topettes, je vous l’aurais fait plus nature.
Je suis vieux et j’abhorre les femmes. Non, pas j’adore, j’abhorre. Toutes les femmes. La pire, c’était la mienne. D’ailleurs, je l’ai tuée. Il y a plus de vingt ans, environ. Drame passionnel.
Devant le juge d’instruction, j’ai bien expliqué la chose. A ma façon. Voilà, on était dans la cuisine. Je désossais le gigot. Vous savez avec cette petite lame courte, épaisse et pointue comme une alène. Pendant ce temps-là, elle découpait en tranches un vieux pain pour faire griller. Avec ce grand couteau à pain, crénelé et lourd. Comme d’habitude, on s’engueulait, en se tournant le dos. Tout à trac, elle m’a traité de couilles molles. Au pluriel, qu’elle a dit, Monsieur le juge. Une couille ça passe, mais là, ça m‘a gonflé. Sauf votre respect, Monsieur le juge.
Du coup, je me retourne. Comme un fait exprès, elle aussi. Face à face, quasiment ventre à ventre, le couteau à la main. Comme à OK Corral, on a dégainé ensemble. Sa lame était plus longue. Elle m’a atteint le premier. Elle m’a traversé le biceps gauche. Vous pouvez facilement voir la cicatrice vu que je m’promène qu’en marcel. Sous la douleur, j’ai répliqué : j’ai piqué. Au cœur, Monsieur le juge. J’croyais qu’elle en avait pas.  En plein dans le sein gauche. C’était pas trop protecteur, vu qu’elle les a à la ceinture, les seins. Voilà longtemps que je les avais pas touchées, ses papayes.
En fait, ça c’est pas exactement passé comme ça. Vous pourriez le raconter. Y a prescription. Et puis on ne juge pas deux fois le même crime. Quand elle a vomi ses insultes, de manière répétée et jouissive, je me suis retourné. A pas de loup, je me suis approché d’elle. Comme elle continuait de médire de mes superbes attributs, j’y ais tapé sur l’épaule. Là, elle m’a fait face, les bras ballants les mains vides, hypnotisée par mon coustil. Vous vous souvenez peut-être que j’ai été garçon boucher, comme Delon. Je savais où ficher ma pointe, entre deux côtes, à gauche du sternum. Elle a ouvert la bouche en cul de poule. Puis un dernier « couille molle » pour la route et elle est morte. Presque pas de sang. Un truc très propre. Là, j’ai vu le couteau à pain. Je l’ai pris. J’ai tiré la peau au dessus de mon biceps gauche et je me suis fait une boutonnière. J’ai pressé un peu pour que ça saigne et je lui en ais mis sur la main droite. Dans le moment, je ne me suis plus souvenu qu’elle était gauchère, la vieille truie. Mais vu le témoignage de tous mes potes des alentours, l’enquête a été bâclée. Crime passionnel, j’vous dit.
Je hais les femmes. Voyez, je le prouve. Même ma mère et ma grand-mère. Elles m’ont déshérité, les salopes. On donne rien à un alcoolo, qu’elles ont dit. C’est la haine qui les tient en vie. Qu’elles fassent gaffe. Il faut se méfier d’une alène d’alcoolo. Heureusement j’ai pas de fille. J’ai eu quatre gars. De sacrés pistolets, les mecs et à l’apéro, pas les derniers. Couilles molles qu’elle m’avait dit !
Là, maintenant, je peux assouvir ma détestation. Depuis un an je suis dans une maison de retraite. Mes fils paient, mais ils ne viennent pas me voir. Bah, ils ont d’autres chattes à fouetter. Dans cet hospice, y a que des vieilles ou peu s’en faut. Avec elles, hypocrite, je fais le joli cœur. Si vous êtes sage, je vous aiderais pour votre promenade. Celles que je vise d’habitude, elles sont autonomes, autotractées. J’en isole une, comme pour les vaches à marquer. Je mets le grappin dessus.
Au fond du jardin, il y a une allée en cendrée. Celle-ci est en pente, qui mène à la rivière. C’est une très jolie promenade. Cette étroite charmille se termine par un à-pic de quatre à cinq mètres. En bas, devinez quoi ! Un magnifique massif d’orties, dense et fourni en toutes saisons. Il paraît que ça calme les douleurs. Curieusement le parapet est d’à peine dix centimètres. Juste assez pour la bascule en fauteuil. Comme j’ai desserré les vis de frein de la voiture d’infirme, il suffit de donner le bon cap, d’attendre joyeusement le bruit de fracas puis de donner l’alerte en courant vers l’infirmerie. Enfin, quand je dis en courant…
En un an, c’est la troisième qui clamse. Il va falloir que je me calme, provisoirement.
Je hais les femmes, encore plus les vieilles biques. Mais il me faut reconnaître qu’elles me procurent une grande joie, sur mes vieux jours. Celle d’être un pousseur de mémés dans les orties.
Parce que, le reste du temps, je suis un vieux con… et je m’emmerde à cent sous l’heure.
Bertrand

Depuis sa plus tendre enfance, Petit Paul avait entendu dire dans sa famille « qu’il ne fallait pas pousser Mémé dans les orties »
Papa quand il regardait les actualités à la télévision ;
Maman, quand elle était au marché et qu’elle déplorait le prix des légumes ;
Oncle Ferdinand quand il faisait son tiercé, le dimanche ;
Tante Agathe quand elle parlait de ses fiancés, aussi nombreux que nuls, selon elle ;
Et surtout, Mémé elle-même, à tout bout de champ.
Aussi fut-il normal, qu’arrivé à l’âge de raison, Petit Paul se posât quelques questions :
1 – il ne lui serait jamais venu à l’esprit de pousser sa mémé, dans les orties ou ailleurs. Alors pourquoi était-il si important de ne pas le faire ?
2 – pourquoi justement dans les orties ?
3 – qu’est-ce que Mémé avait à voir dans tout ça ?
4 – Et d’ailleurs, s’agissait-il vraiment de sa mémé à lui, ou de quelqu’un d’autre ?

Ces questions sans réponse n’arrêtaient pas de tourner et retourner dans sa tête ; il ne pouvait évidemment pas les poser à haute voix à l’un ou à l’autre des membres de sa famille, sans passer pour le dernier des abrutis.
Elles le hantèrent durant toute sa scolarité, de l’école primaire au collège, sans qu’il pût avoir le moindre début d’explication.
Quand il eut dix-sept ans, alors qu’il revenait du cimetière un matin, justement en compagnie de Mémé qui suivait péniblement – la pauvre, elle avait beaucoup d’arthrite – il aperçut des orties sur le bord du chemin. Il ne put résister et d’un légère bourrade – Mémé était fragile – il  la poussa.
Elle roula dans le fossé, au milieu des orties, cul par-dessus tête.
Pendant un long moment, rien ne bougea.
Petit Paul vit qu’il avait fait une grosse bêtise et s’avança pour voir si tout allait bien, l’aider à remonter et surtout, s’excuser. Mais, alors qu’il tendait la main, il entendit un rire énorme. De Mémé, il ne voyait plus que sa grande culotte de flanelle ! Inquiet, il se dit qu’elle était tombée sur une pierre et qu’elle avait un traumatisme crânien. Le rire était clair et joyeux et dura longtemps avant qu’il puisse la retourner.
Tout à coup, elle se releva d’un bond et se mit à sautiller. Il n’en crut pas ses yeux.
- Merci, mon Petit Paul ! Les orties ont soigné mon arthrite ! Je n’ai plus mal !!!
Ils rentrèrent tous deux, bras dessus, bras dessous, en sautillant.
Petit Paul était émerveillé. Il pensa qu’il pourrait grandement contribuer au bien-être des anciennes du village.
Aussi, depuis ce jour, quand les mémés souffrent un peu trop, elles s’en vont promener du côté du cimetière. Et là, elles sont sûres que Petit Paul – qui a été officiellement déclaré « Pousseur de Mémés dans les orties » – les soulagera… d’une manière ou d’une autre ; car il a beau être très délicat, il y en a qui, malgré tout, ne survivent pas à la poussée, aussi légère soit-elle. Mais la quantité est négligeable.
Fabienne

Corentin était à bout. Il n’aurait jamais dû accepter cette proposition stupide. Le viager ! Quelle idée ! D’autant plus qu’il n’avait pas les moyens de se payer un autre appartement et devait donc cohabiter.
Rester dans la maison d’un ancêtre en attendant que celui-ci mange les pissenlits par la racine ! Certains savaient flairer le bon coup. Ils signaient le contrat, et paf ! Deux semaines plus tard, la mort était pile poil à l’heure. Corentin n’avait pas été de ceux-là. Depuis ses dix-neuf ans, il vivait avec Ghislaine Malletard, soit cinq ans.
Et celle-ci était l’archétype de la vieille mamie acariâtre. À quatre-vingt-trois ans, elle allait encore au marché, seule, avec sa Twingo rose fuchsia, elle faisait son jardin et la cuisine sans problème (même si elle ne mitonnait que ses propres repas). Elle restait triple championne régionale de Scrabble et de rami. Elle avait, durant sa longue vie, appris plus d’insultes que vous n’avez de doigts de pieds. Bref, on aurait dit qu’elle tardait à partir parce que la mort elle-même en avait peur.
Corentin, lui, était plus excédé qu’effrayé. Il se répétait sans cesse : “Et si je passais encore les dix prochaines années de ma vie avec ce fossile ?”.
Un soir, une violente dispute inter-colocataire éclata. La cause ? La vieille avait jeté les écouteurs sans fils du jeune, croyant qu’ils étaient cassés. Voyant trois mois d’économies se faire broyer devant ses yeux par un camion poubelle, Corentin avait réagi assez violemment. La vieille, malgré son dentier trop parfait pour être vrai, n’avait pas non plus mâché ses mots. Au final, les deux s’en allèrent dans leurs quartiers, sans même dîner. Ghislaine sortit de sa petite armoire à pharmacie un pot de gélules exagérément chères, puis le vida à moitié dans le trou béant de son œsophage. Elle s’effondra sur son lit, assommée par la surdose de somnifères. Corentin appela quelques amis, qui la plupart étaient aussi en viager, et les utilisa comme psychologues en leur racontant toute l’histoire. Ceux-ci compatirent sans trop parler, sans doute parce qu’ils avaient été réveillés par le coup de téléphone intempestif, passé trop tard pour être poli.
Durant la nuit, Corentin rumina dans son lit. Il conspira, se chuchota des idées à l’oreille, il fomenta un schéma d’actions machiavéliques. Il était si content de son plan diabolique qu’il en ricana tout seul durant la nuit, laissant entendre dans le bâtiment un rire sinistre. Bien sûr, le fossile ne pouvait rien ouïr, shooté aux médicaments.
Corentin se réveilla tôt. Il vit que la vieille n’était pas sur le point de se réveiller. Il profita de ce temps pour tendre une multitude de pièges à Ghislaine pour en être enfin débarrassé. Il fit un tour en ville, en passant par la quincaillerie, la droguerie, et d’autres endroits plus douteux encore.
Une fois revenu, il empoisonna l’eau des bouteilles du frigo. Puis il planta des clous sur le plancher pour que ses orteils butent dessus. Enfin, il disposa des punaises sur le canapé et cira le sol pour qu’il soit glissant. Tout était en place.
Ghislaine n’émergea de sa léthargie que vers 10h30. Dans un état encore comateux, elle se leva et se dirigea vers la cuisine. C’était sans doute un jour de chance pour l’ancêtre qui fut protégée par une intervention divine. Elle ne se prit aucun clou dans le pied, et la cire censée la faire tomber la fit juste aller plus vite. Oui oui, elle glissait littéralement sur le plancher. Roalh Dahl vous dirait “comme un maître d’hôtel” en référence à Matilda, mais ne nous égarons pas.
Elle prit son “Pétrichor, et la mémoire s’améliore !” (ses pilules pour la mémoire), et pour une fois elle avala les gélules sans eau, ce qui lui évita un empoisonnement efficace. Elle ne s’assit pas dans le canapé, et alla directement prendre l’air sur la terrasse. Corentin avait observé la scène surréaliste, caché dans le placard de l’immense vaisselier en bois massif. À bout de nerfs, il passa au plan B, et enfila sa cagoule. Bon, c’était un sac poubelle en vérité, mais il faisait une cagoule très convaincante.
Alors que l’entité vétuste respirait ses fleurs dans le patio, Corentin eut une idée. Il avait repéré la veille un buisson d’orties dans le jardin, que Ghislaine n’avait sans doute pas vu. Il ceintura sa cible. Celle-ci, qui était en train de renifler ses hibiscus, sniffa quelques pétales au passage. Le jeune homme la redéposa au sol, puis la poussa violemment dans les orties. Elle s’enchevêtra dans les tiges et les chardons, en vociférant un tas d’insultes plus ou moins raffinées. Cependant, vu que son dentier avait giclé en même temps qu’elle avait été projetée, elle ne pouvait qu’émettre un babil indistinct. Corentin ayant tout planifié, il partit faire un tour chez ses amis. Dans les trois heures suivant le malencontreux incident, il fut informé du décès de la pauvre Madame Malletard.
On lui expliqua qu’elle avait chu dans un plant d’orties d’une espèce particulièrement urticante, dont elle n’en était pas ressortie vivante. Il feignit la tristesse, puis hurla un grand cri de victoire après avoir raccroché. Il téléphona à tous ses amis, qui furent grandement impressionnés. La plupart d’entre eux vivaient aussi en viager et en colocation.
Ils demandèrent à Corentin s’il ne pouvait pas recommencer avec leurs vieilles. Corentin accepta. Il donna une partie de son plan de « super-orties » à ses amis, qui les plantèrent à l’insu de leurs hôtesses.
Dans le courant de la semaine, trois mamies se retrouvèrent six pieds sous terre en étant poussées dans un buisson d’orties. Corentin était devenu un meurtrier de créatures antédiluviennes, incognito, et cela lui plaisait bien.
Rapidement, dans le milieu des plus de soixante-quinze ans, une nouvelle menace plana au-dessus des esprits archaïques. On ne parlait que du tueur anonyme. Dans les grands rassemblements de Scrabble, dans les conventions de jeux de cartes, dans les conciliabules de retraités où on converse d’arcanes culinaires secrets… Même dans la plus petite conversation, tous les dinosaures humains ne parlaient que de ça. Si bien que, de nos jours encore, la légende court dans les couloirs des maisons de retraite que l’homme au masque de poubelle viendra un jour vous voir.
Alors prenez garde, ô relique du siècle dernier, car quand votre heure va bientôt arriver… le pousseur de mémés dans les orties vous attend au tournant.
Loup

 

J’aime pas mémé ! D’abord, c’est pas ma mémé, vu que je crois que j’ai été adopté. Et puis c’est une naine, un gnome.
Il y a plus de vingt ans, pour ses 80 ans, la famille lui a payé un check-up de santé. A la clinique « Les Oubliettes », ils l’avaient jaugée de pied en cap. Le docteur du village nous avait donné un double du devis. Pardon, du compte-rendu. 1 m 32 qu’elle toisait, pour 47 kilos. Au jour d’aujourd’hui je supputerai 1 m 20, pas plus. J’ vous décrirais pas toutes ses laideurs, vous diriez que j’ suis méchant, sénilophobe comme dirait l’instit. Plus de cheveux, plus de dents, plus de cils. Que des rides de la tête aux pieds même sur ses chevilles enflées, violacées. Heureusement, presque tout est couvert par une robe de bure, comme celle des moines qui font vœu de pas se laver. Et avec ça, méchante et perverse, comment voudriez-vous qu’on l’aime ? Eh ben si ! Tout le monde l‘adorait, le troll, sauf moi. Enfin, ils disaient qu’ils l’aimaient, pas pour elle, pour sa mixture. Elle tenait de son arrière grand-mère une recette de décoction d’orties de derrière les fagots.
Dans tout le pays d’Auge, et au-delà, on savait la décoction de la mémé. Un liquide vert doré, clair, à l’odeur de purin végétal qui vous piquait le nez comme vinaigre. On le vendait pas trop cher mais c’était une fortune pour nous, pauvres paysans.
La croyance populaire disait que le breuvage guérissait à peu près tout, y compris la maladie qu’on avait pas encore. Et cela depuis plus de trois siècles, de mémoire de mémé. Il faisait des centenaires, y compris pour les difformes, à voir mémé !
Depuis tout petit, enfin depuis longtemps vu que je culmine à 1 m 50,  elle m’a embauché pour préparer son pot-pourri. Je suis donc un des rares à en connaître la composition, en gros. C’est fait essentiellement d’orties brûlantes. Dans notre contrée humide, elles poussent en toutes saisons. On fait une coupe par moi, sauf entre fin novembre et fin mars. Si on cueille avant la floraison les pousses sont plus tendres. Les gelées peuvent les ratiboiser mais les racines de ces saloperies urticantes persistent. Plus on les coupe, plus ça repousse.
On en a tout un petit champ au sommet du coteau, pas très loin de la maison. Je ramasse aussi les racines comme des cordes souterraines. Des orties, j’ai dû en porter des tonnes dans la grange. Y a belle lurette que mémé ne fait plus le ramassage. Elle ne veut personne d’autre que moi pour l’aider et c’est mon seul métier, avec faire la vaisselle…
Pour sûr, je suis logé, dans le foin, nourri, à la soupe d’orties, blanchi. Ma robe de toile est lavée une fois par mois, après la récolte.
La marmite de géant, je l’ai toujours connue. Je suppose que c’est un forgeron du village qui l’a martelée.  Elle fait 1 m 50 de diamètre pour une peu plus d’un mètre de hauteur, un joli bain à remous. Elle repose sur six pieds, en forme de griffes de dragons, elles aussi en fonte noircie. Ils* plantent leurs serres dans la terre battue au centre de la grange. Sous cet immense fait-tout qui ne cuit que les orties, il y a un creux où autrefois on jetait les braises. Depuis cinquante ans, j’ai installé le gaz. Je change la grande bouteille tous les ans, c’est pas trop cher. Après la pose du gros brûleur, j’ai fabriqué une estrade circulaire autour de la cocotte cyclopéenne. Mémé a un petit escalier pour y monter et touiller facilement le médicament phyto. Pour ce faire, je lui ai taillé un beau bâton de coudrier.
Au fait, vous connaissez le coudrier ? Si vous passez par chez nous, je vous en donnerais une baguette, un baromètre. C’est une tige fine de noisetier d’environ 25 cm dont on a gardé deux pouces de la branche attenante. Le tout est démasclé. Comme les branches de l’arbre vivant, elle se lève quand il va pleuvoir le lendemain. Quand il va faire beau, les branches se baissent pour garder la fraîcheur sous la frondaison. Il fait longtemps que mon petit coudrier personnel n’a pas prévu la pluie !
Sa sacrée soupe, sa soupe sacrée, est connue jusqu’en Bretagne. Depuis les égyptiens on sait qu’elle soigne l’arthrite, calme l’asthme et l’eczéma, fait pisser clair et lutte contre tous les microbes. Pour en améliorer les effets mémé me fait aussi récolter toutes sortes de plantes. Comme les coquelicots, les mauves, les soucis, l’hamamélis, le millepertuis et beaucoup de verge d’or, qu’elle fait sécher sur des claies.
Je ne vous dis pas tous ses secrets. Je n’en connais pas les proportions. Ce savoir se transmet par les femmes, sauf que mes cousines germaines n’ont pas voulu apprendre. Quand elle a recueilli le bouillon et mis en bouteille, mémé me donne du moût. C’est sensé faire repousser les cheveux en application sous le bonnet de nuit. Mémé a  dû s’en mettre sur le visage, vu sa barbe fournie et ses sourcils broussailleux.  Le spectacle nocturne de mémé tournant autour du pot dans la grange seulement éclairée par le brûleur, est satanique. Elle marmonne des phrases incompréhensibles, du viking probablement, un idiome paumé. Il paraît que ce jargon est indispensable pour l’efficacité du breuvage.
Hier mémé avait bu. Et pas que de sa soupe. Étant donné que c’est à peu près de la même couleur elle a dû confondre avec le calva. Elle m’a insulté, blessé. Elle m’a soutenu mordicus que je lui avais ramassé de l’ortie jaune et aussi de la rouge et, pourquoi pas, de la morte, qui pique pas. Elle m’a dit que j’étais comme mon père que j’ai pas connu, un jean-foutre, un foutriquet. Elle m’a dit que je devrais prendre plus de soupe pour me dégonfler la prostate. Les orties me sont montées au nez, comme la moutarde. Y a des limites à tout, mais insulter mon dabe, j’oublierai jamais.
La nuit dernière, quand elle faisait la harpie autour de la marmite, j’ai mis le gaz à fond. J’ai attendu que l’ébullition fasse comme le bruit de la lave d’un volcan. Dans le noir, je me suis glissé derrière elle. Alors j’ai poussé mémé dans ses orties. Elle n’a même pas crié. Pendant quelques minutes seuls la barbe, son nez variqueux et les énormes sourcils ont surnagé au milieu des tiges herbacées. J’ai prié le diable de la recevoir en son enfer. Y a sans doute une marmite là bas.
Le lendemain j’ai regretté, surtout quand il a fallu l’extraire de la soupe. Elle était trop cuite et se détachait en morceaux qui collaient dans la brouette.
Y a une cousine à mémé, du même âge à peu près qu’elle, qui a appris le malheur de sa disparition inexpliquée.  Elle m’a fait dire qu’elle pourrait bien la remplacer, vu qu’elle connaît la recette familiale. Je crois que je vais accepter. Il me plairait bien de devenir un sérial pousseur de mémés dans les orties.
Bertrand

Petit Pierre passait ses vacances d’été chaque année chez sa grand-mère. Elle l’adorait mais qu’est-ce qu’elle était collante ! Elle lui faisait des câlins à tout bout de champ et ne le laissait jamais tranquille plus de dix minutes.
Petit Pierre n’en pouvait plus ! Il venait au bord de la mer pour se reposer, pas pour se coltiner sa grand-mère pendant trois mois. Il fallait absolument qu’il fasse quelque chose pour faire comprendre à Mémé Joséphine qu’il en avait marre.
Un jour, alors qu’ils se promenaient tous deux dans le village, Petit Pierre aperçut un buisson d’orties dans une allée entre la boulangerie et la poissonnerie.
Il ne s’en était jamais rendu compte mais le village de Mémé Joséphine était en fait rempli d’orties ! Et soudain, l’idée lui vint. A chaque fois que Mémé Joséphine s’approcherait pour lui faire un câlin, Petit Pierre l’esquiverait et la pousserait de sorte qu’elle tombe dans les orties. Elle comprendrait le message un de ces quatre…
Depuis ce jour, Petit Pierre pousse dans les orties Mémé Joséphine à chaque fois qu’elle s’avance vers lui. Elle l’aime tellement qu’elle ne le gronde jamais mais lui glisse un petit « Il ne faut pas pousser mémé dans les orties ! »
Chloé

Nick travaillait pour un consortium pharmaceutique et s’était spécialisé dans le domaine de l’esthétique. Chercheur apprécié en son temps, il était depuis deux ans en perte de vitesse et ramait pour conserver son emploi. Pour s’en sortir, il tentait de mettre rapidement au point un produit visant principalement une clientèle du troisième âge.
De nos jours, toutes les femmes se devaient de rester belles et attirantes sans limite d’âge et c’est sur la base de ce concept qu’il comptait bien commercialiser le fruit de ses études. Le produit miracle ? un composé naturel extrait à partir d’orties blanches issues de cultures biologiques qui serait dispensé sous formes d’injections visant le comblement des rides,  même profondes, sans rigidité excessive du visage.
Il était sur le point d’aboutir, cette fois c’était la bonne. Il le savait, le sentait au plus profond de lui. Finies les années de vaches maigres ! La fortune s’annonçait au bout du tunnel…
Tom, son plus proche collaborateur et ami de longue date le charriait parfois, l’affublant de l’improbable surnom de « pousseur de mémés dans les orties ». Nick faisait la grimace mais encaissait sans broncher ces blagues de potache car il savait que derrière cette plaisanterie il n’y avait aucune mauvaise intention. De plus, il en était certain, Tom allait rapidement constater que les essais pratiqués sur un panel de cougars volontaires seraient probants et l’effet particulièrement efficace sur leur peau mature. L’avenir, la réputation et les finances de Nick s’annonçaient prometteurs.
Les recherches avançaient rapidement mais le sujet (et ses retombées) le captivait tellement que la tête emplie de formules chimiques et de rêves démesurés il n’arrivait plus à dormir correctement. Une nuit où, par bonheur, il avait réussi à plonger dans le sommeil, il fit un cauchemar affreux : une horde de mémés les cheveux blancs en bataille et le regard féroce, le poursuivait armée d’immenses seringues remplies d’acide hyaluronique et d’une décoction d’orties blanches en hurlant qu’elles allaient faire de lui un nouveau Bogdanoff.
En sueur, cœur battant et souffle court, se fut sa propre voix qui dans un râle angoissant l’éveilla brusquement. Ouf ! Ce n’était qu’un mauvais rêve, rien de plus ! Nick s’éjecta de son lit moite, fit rapidement sa toilette, ingurgita une tasse de café brûlant puis, comme chaque jour, se rendit au labo.
Le « pousseur de mémés dans les orties » n’était pas prêt à renoncer à une substance si pleine de promesses. La journée, tout comme la peau de ses futures clientes, s’annonçait radieuse !
Patricia


Exercice
: Logorallye

Je donne la première phrase avec laquelle vous commencez une histoire, puis, toutes les 3 minutes je donne une nouvelle phrase. Il faut que ces phrases s’intègrent parfaitement à votre histoire:

- Le brouillard cache toujours une clarté secrète
- C’est au cours d’une de ces soirées qu’elle apparut
- Cette observation était certes sensée
- Il rétorqua avec esprit qu’il valait mieux avoir un cheveu sur la langue que pas du tout sur la tête

Le brouillard cache toujours une clarté secrète. Dans le tréfonds de son crâne embrumé par quelques verres de vodka, Igor eut soudain comme un flash. La solution à toutes ses interrogations était là, tapie depuis sa naissance dans les méandres de son cerveau : sa sœur Hortense n’était pas comme on le lui avait fait croire, sa sœur ainée, mais celle qui l’avait porté en son sein, en fait, sa propre mère !
La probabilité de cette idée incongrue peu à peu en lui fit son chemin, surtout chaque samedi, quand son taux d’alcoolémie était à son apogée.
D’ailleurs, c’est au cours d’une de ces soirées arrosées que cette révélation s’était soudain imposée à lui ; hélas ! au matin tout n’était plus aussi probant…
Néanmoins, progressivement sa mémoire revint le titiller et de déductions en déductions il finit par admettre que cette observation était certes sensée compte tenu de l’attitude qu’Hortense avait toujours eu à son égard. Il en fut si bouleversé qu’il ne parvenait plus à trouver ses mots et se mettait souvent à bégayer et à zozoter. Ses amis se moquèrent de lui et il rétorqua avec esprit qu’il valait mieux avoir un cheveu sur la langue que pas du tout sur la tête. Comme parmi ses copains de beuverie, quatre étaient quasiment chauves, sa répartie fit mouche. Cependant s’il put ainsi sauver les apparences, il n’en restait pas moins qu’il était le fruit d’un grand mystère qu’il lui faudrait, avec tact, élucider…
Pour noyer ses angoisses, il but cul sec cinq grands verres de vodka. Aussitôt le brouillard dans son esprit se dissipa et ce qui n’était au début qu’une intuition devint pour lui une certitude. Mais alors une autre question le tarauda : si Hortense était sa mère, qui donc pouvait bien être son père ? Pour tenter d’en savoir plus, il acheva la bouteille…
Patricia

-LE BROUILLARD CACHE TOUJOURS UNE CLARTÉ SECRÈTE, disait parfois le mentor à son acolyte quand sa marmite se mettait à fumer. Le sorcier fou avait peut-être un peu perdu la tête, mais il n’avait certainement pas perdu la main. Il avait toujours un bon nombre de commandes des quatre coins du royaume, et il était d’ailleurs tellement respecté que beaucoup d’autres rebouteux avaient fermé boutique.
Le magicien, dans son atelier occupé, préparait de nouveaux sorts, étudiait des signes cabalistiques, envoyait des pigeons messagers à des gens importants… bref, il avait de quoi faire.
Si bien qu’un jour, il songea à prendre un assistant : ce fut chose faite, et l’assistant fut en fait une assistante. Malheureusement, personne ne voudrait passer ses journées avec l’ancêtre qu’il était. Il réfléchissait, seul chez lui la nuit, à réfléchir au-dessus des rapports de recensement des villes voisines. CE FUT AU COURS D’UNE DE CES SOIRÉES QU’ELLE APPARUT. Citra, fille de Caled et Fokille, montrait selon ses papiers « un certain intérêt pour la magie et le mysticisme, ainsi qu’une curiosité débordante ». Un mélange parfait pour faire une bonne petite main, et qui sait, peut-être une bonne jeteuse de sorts. Elle reçut la proposition et n’hésita pas : le lendemain, elle arriva et fit la connaissance de son maître. Un avantage qu’elle avait dans son CV : elle s’y connaissait en herboristerie, grâce à un oncle apothicaire. Elle faisait donc souvent la préparation de quelques breuvages commandés par des clients, alors que le maître travaillait sur sa thèse de pilosité des espèces selon le milieu. Vous pourriez dire qu’en fait de maître et assistante, ils étaient un parfait duo, CETTE OBSERVATION EST CERTES SENSÉE, mais parfois l’opiniâtreté de l’ancien se faisait sentir, et le rapport inégal entre les deux personnages ressortait.
Un jour , préparant une potion pour un gobelin victime d’un enchantement maléfique, elle ajouta trois gouttes d’aconit, un peu de belladone… Citra s’aperçut qu’elle avait utilisé hier le dernier flacon de sirop d’orties. Le sorcier lui dit de remplacer les plantes avec de la bouse de troll. Cet élément, précieux bien qu’odorant, était corrosif et à manier avec une extrême prudence. De plus, étant très peut concentré, il fallait en mettre une quantité d’autant plus importante. Néanmoins, tout se passa comme sur des roulettes. Lors de la réception du colis, le gobelin prit la parole, et les deux ermites se rendirent compte qu’il zozotait fortement. N’ayant toujours pas fini sa thèse sur la pilosité des espèces selon le milieu, le magicien demanda au gobelin s’il pouvait lui permettre d’étudier un peu l’énorme cheveu qu’il avait sur la langue. Très vexé, mais peu crédible avec sa voix, le sujet refusa, reprenant sa commande et lâchant quelques pièces à Citra. Puis, il surprit ses fournisseurs grâce à une intelligence qu’on ne connaissait pas aux gobelins. Toisant malgré sa petite taille la sphère luisante qui servait de crâne au maître, IL RÉTORQUA AVEC ESPRIT QU’IL VALAIT MIEUX AVOIR UN CHEVEU SUR LA LANGUE QUE PAS DU TOUT SUR LA TÊTE.
Loup

- Le brouillard cache toujours une clarté secrète, dit Frank avec un léger bégaiement.
- Tu n’en as pas marre de nous réciter des poèmes ? Viens plutôt nous aider, répondit Ambre.
Frank se tut. Il savait très bien qu’il ne pouvait pas trop pousser le bouchon avec Ambre. Il la connaissait bien et se doutait que s’il continuait, elle exploserait. Ça faisait un bon bout de temps qu’ils étaient amis. Avant de la rencontrer, Frank était souvent seul. Son bégaiement l’avait traumatisé dès son plus jeune âge et il refusait de parler à des inconnus. Il allait parfois aux soirées apéros de son frère Jean, moqueur comme tout, mais n’y passait jamais plus de deux heures. C’est au cours d’une de ces soirées qu’elle apparut. Au premier coup d’œil, elle semblait silencieuse, timide même. Frank pensa qu’elle ne serait pas le genre à vouloir discuter. Cette observation était certes sensée mais dès qu’elle aperçut Frank, Ambre ne pouvait pas s’arrêter de parler. On pourrait dire qu’ils avaient immédiatement accrocher. Elle était la première personne à s’intéresser à lui et ses études de lettres plutôt qu’à son bégaiement et à ses cours d’orthophonie.
- Frank ! Arrête de regarder dans le vide et viens mettre la table, dit Ambre
- Tu ne veux pas nous raconter ce que t’as appris à l’école aujourd’hui ? Vous avez lu les Fables de Lafontaine ? interrogea Jean sur un ton moqueur.
Frank lança un regard noir à son frère, plus particulièrement à son crâne chauve, et décida de prendre son courage à deux mains et de lui répondre. Il rétorqua avec esprit qu’il valait mieux avoir un cheveu sur la langue que pas du tout sur la tête.
Chloé

Exercice : c’est l’histoire de…. 

C’est l’histoire d’une chanteuse muette

chanteuse

C’est l’histoire d’une chanteuse muette dont la réputation avait depuis longtemps dépassé le cadre de la région.
Sa renommée était telle qu’elle était conviée aux quatre coins de France. Son public ? différentes associations de sourds-muets qui, ébahis par tant de brio, lisaient religieusement chaque mot sur les lèvres de la diva.
Ce spectacle était si parfaitement mis au point, qu’au final, sans le moindre son, il fit grand bruit !
Patricia

C’est l’histoire d’une chanteuse muette. En fait, elle a un secret que personne ne connaît : elle peut communiquer par télépathie. Elle ne se produit qu’en concert, et plein de gens viennent la voir à chaque fois. Mais son frère, lui aussi muet, ne connaît pas le secret de la communication mentale : il veut attaquer sa sœur pour lui voler ce don. Ainsi, il mène un double jeu, et la nuit il se transforme en tueur masqué pour traquer sa sœur. Sauf qu’elle a des contacts ; elle connaît des extraterrestres et ce sont eux qui lui ont appris la télépathie. Elle mène l’enquête avec ses copains aliens chaque nuit, et elle met un masque pour ne pas être reconnue, notoriété oblige.
Ce projet s’appellera donc… MUTE-GIRL CONTRE MUTE-MAN !
- Steve, j’estime les chances que la production finance ce projet à moins de 0,001%. Mute-girl ? Sérieusement ?
- Mais je te jure ! J’ai eu la révélation samedi dernier !
- À la fête de Stan, je suppose ?
- Euh… oui.
- La fête où tu es tombé dans un coma éthylique de trois jours après avoir vomi trois fois tellement tu étais bourré ?
- Euh… oui aussi.
- Bon, si tu veux un conseil :  ne ramène plus jamais tes idées imbibées d’alcool au boulot !
Loup

 

Marie était muette. Elle l’avait été toute sa vie. Impossible de faire carrière dans la chanson, comme elle l’aurait tant voulu.
Parce qu’elle ne rêvait que de ça, chanter.
Chanter pour un public, se faire applaudir, recevoir des fleurs, enregistrer des albums, faire des tournées autour du monde, remplir les stades et filmer des clips.
Hélas, tout cela était impossible !
Un jour, alors que Marie faisait ses courses, une dame s’approcha d’elle.
- Excusez-moi de vous approcher aussi soudainement mais je vous ai repérée et j’aimerais beaucoup travailler avec vous. Je m’appelle Bertina… Bertina Solomon. J’ai une agence de casting et nous cherchons quelqu’un comme vous pour apparaitre dans un clip.
Marie lui fit comprendre qu’elle ne pouvait pas répondre mais sortit son portable pour s’exprimer. Une voix robotisée répondit :
- Comment voulez-vous que je fasse un clip si je suis muette ?
- Il nous faut quelqu’un pour du playback. Ça vous dirait ? Un style de chanteuse muette si vous voulez…
Chloé

C’est l’histoire d’une chanteuse muette, qui ne chantait que pour les sourds…
Et c’est dans un silence assourdissant qu’elle effectuait sa prestation.
A la fin de chaque concert, elle était applaudie et bissée, dans une absence de bruit totale. Alors, elle reprenait le refrain de sa plus belle chanson, sans aucune parole ni musique, suivie par ses fans, complètement mutiques.
Fabienne

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