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Atelier d’écriture du 4 mars 2019

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DEVOIR :

écrire un texte qui doit finir par : « Ce furent ses dernières paroles… »
Contrainte 3 mots : arrosoir – lettre – écart (dans l’ordre que vous voulez)

paroles

Le temps qui lui était imparti

Aujourd’hui les feuilles sont à l’envers. Les arbres penchent vers l’est. La femme vivait encore, assise dans son fauteuil trop vaste, face à la baie. Sur ses genoux, la lettre de son fils que les larmes avaient rendue illisible. La nounou de la nuit avait retiré le plateau roulant. Elle n’avait pas touché à son repas pourtant frugal. La pomme rouge était une insulte à ses gencives douloureuses. D’habitude, le moindre écart à son régime alimentaire était relevé. Elles lui faisaient de gentils reproches, ses « dames de compagnie ». Mais elle ressassait ces remontrances qui tournaient dans sa tête comme un vinyle rayé. Ce soir l’arrosoir céleste troublait la vue derrière la baie vitrée. Le soir venait. La dépression recouvrait la ville et se cherchait un prénom de cyclone. Bientôt elle ne vit plus le paysage tropical.
Aujourd’hui, les feuilles des arbres étaient à l’envers. Et ce furent ses dernières paroles.
Bertrand

Grand-père Florimond était le pire des hypocondriaques que l’on ait jamais vu. Il passait sa vie à prendre tout un tas de médicaments pour ci et de pilules pour ça. Toute la famille se moquait de son anxiété excessive en ce qui concernait sa santé. On ne manquait d’ailleurs pas de lui dire à chaque visite : « Grand-Père, tu nous enterreras tous ! ».
Son médecin en avait plus qu’assez de le voir toutes les semaines dans son cabinet pour des maladies qu’il considérait comme imaginaires. Toutefois, pour le rassurer, il lui prescrivait toutes sortes de placebo qui n’avaient, selon lui, aucune chance de l’intoxiquer.
Florimond était contre l’homéopathie qu’il pensait une vaste escroquerie. En effet, comment des petites granules de sucre pouvaient-elles soigner ? Les huiles essentielles ne lui plaisaient pas plus, il les considérait même toxiques.
Il n’avait foi qu’en de vrais médicaments, créés et commercialisés par d’honorables laboratoires pharmaceutiques.
Le jour de ses quatre-vingt-dix ans, nous avions décidé de lui faire une grande fête. Ce matin-là, quand je l’appelai pour savoir comment il allait, il me dit qu’il ne se sentait pas bien, une douleur lancinante dans la poitrine. Après l’avoir rassuré de paroles lénifiantes, je le quittai sur un :
- Tu sais bien Grand-Père que tu nous enterreras tous ! Allez, à toute à l’heure !
Et je raccrochai.
Quand nous arrivâmes chez lui, nous le cherchâmes tout d’abord dans le jardin, c’est là qu’il était le plus souvent, à cultiver ses fleurs.
L’arrosoir était abandonné par terre. Un peu inquiets quand même, nous pénétrâmes dans la cuisine pour déposer toutes les bonnes choses que nous avions cuisinées pour ce grand jour. Il n’était pas là non plus.
Nous l’appelâmes, mais seul le silence nous répondit. Finalement, je le découvris à l’écart, recroquevillé dans un fauteuil du salon. Je me précipitai vers lui.
- Ça va Grand-Père ?
- Non, ça ne va pas du tout, il faut appeler le SAMU.
- Je vais te donner les gouttes que ton médecin a prescrites.
- Tu sais bien que ce n’est pas un vrai médicament ! Attends, ne bouge pas… J’ai laissé dans le tiroir de ma table de nuit, une lettre pour toi.
- Oui, une lettre pour t’expliquer… que je suis VRAIMENT MALADE ! me dit-il dans un souffle qui fut son dernier, comme ce furent ses dernières paroles.
Fabienne

Assis près d’un arrosoir, le lettré écrit une lettre, un peu à l’écart.
Solennel, il se lève, et veut répéter son discours :
- Je voudrais commencer par vous dire…
Crise cardiaque foudroyante…
Ce furent ses dernières paroles…
Georges

Ultima verba, euthanator

La douleur, elle savait. Dès avant de faire la connaissance de son squatter, elle l’avait ressenti, ce mal animal. Toute la force du crabe, toutes les dents du rongeur, tous les étaux du constrictor.
Maintenant ce mal, on lui avait donné un nom, en toutes lettres. Elle savait où il habitait, enfin son habitation principale. C’était auparavant le logis de ses enfants, celui aussi des enfants qu’elle n’avait pas eus.
Il avait été question d’enlever l’antre du crustacé. Mais la résonance de ses atomes avait permis de déceler les maisons secondaires. Elle-même avait senti sous les côtes les boursouflures de son foie dilaté. La bête s’était aussi installée dans le corps d’une vertèbre lombaire. Chaque mouvement était devenu calvaire. Elle ne tenait plus la position assise. Pour tenter de la soulager, un chirurgien avait mis en place dans son dos une stimulation électrique. Les pulsions des électrodes entrèrent en compétition avec sa douleur qui se rebiffa. Elle ne sut dire ce qui la faisait le plus souffrir. On enleva le procédé. A la fin de l’anesthésie, le mal reprit possession de son corps, de son âme, de sa vie. Le peu qu’il en restait. Couchée en permanence, le moindre écart provoquait un cri incoercible.
Sa pompe à morphine, elle s’en servait tout le temps. Elle partait alors dans ses rêves. Le plus fréquent (et elle s’en souvenait) était celui du jardinage. Curieusement elle se voyait en une grand-mère qu’elle ne serait jamais.  Émerveillée, elle parcourait très lentement, à petits pas, les allées florales  tantôt armée d’une binette,  d’un sécateur. Parfois, avec difficulté elle portait un arrosoir bleu ciel, celui de leur maison de campagne au pays basque où elle avait été si heureuse. Puis le crabe reprenait son dû.
Ce soir son grand fils était venu. Les autres étaient loin, trop loin. Elle avait ouvert les yeux et regardé ce bel homme, flou dans le halo de la drogue. Sans un mot il lui avait pris la main droite. Puis il l’avait embrassée longuement. Sa joue était humide. Elle avait eu la force d’un pauvre sourire. « Tu vois, Jean, je sais que j’en ai fini avec tous mes maux ».
Alors comme on le lui avait montré, elle avait appuyé délicatement mais fermement sur le bouton bleu et le venin liquide était remonté dans son bras gauche.
Ce furent ses dernières paroles.
Bertrand

Assis un peu à l’écart, son arrosoir à ses pieds et une lettre à la main, le penseur pensait… Et ce furent ses dernières paroles.
Fabienne

Petite… puis grande !

La  mort fait son entrée dans le jardin d’Éden en même temps que la sexualité.
L’homme souffla face à la porte fermée. Pourtant le petit appartement vétuste n’était vraiment pas loin de la station rue de Rome. La montée des deux étages l’avait fatigué. La poignée était ronde. Il ne s’en souvenait pas. Dans la pénombre poussiéreuse il la tourna, peut-être à l’envers. Le clic de la clenche l’arrêta quelques secondes. Même le silence était poisseux. — -Bonsoir, dit-il d’une voix de gorge. Pas de réponse.
Elle était étendue sur la couche défaite. La pâleur de sa peau déliait les draps sombres pelotés sur elle. Les formes rondes s’emparèrent de son regard. Après avoir refermé la porte furtivement, il s’approcha lentement, très lentement. Mentalement il s’excusa. « Je suis loin de la patristique des Pères de l’Église ! » Par bonheur le cantique des cantiques l’avait plus rapproché de Rubens que de Mondrian.
Le frou-frou de sa robe était indécent. Défaire de ses doigts gourds ces innombrables boutons donnait au temps une dilatation coupable. Après avoir posé sur la tablette branlante la lettre et son enveloppe, il s’allongea près d’elle.
Maintenant, elle semblait dormir. Entre eux un petit écart s’était insinué. Il se sentait seul, animal triste. Penser à ses années de noviciat en Mayenne le rassérénait. Là-bas, on l’avait désigné jardinier, derrière le cloître. Il avait aimé ses outils chargés de sens : la binette, la serpe, le râteau, l’arrosoir et surtout la rêverie. L’utile complément de l’étude.
J’aime les créatures de Dieu se dit-il, depuis toujours. Et puis, en toute modestie, quelle belle vie ! De Neuilly-sur-Seine au quai Conti, en endossant la pourpre. La compagnie de Jésus avait été prévenante.
La femme entre deux âges se tourna vers lui. La tête posée sur la paume de sa main, mi sérieuse mi goguenarde, elle goûta le présent du moment. « Où puisez-vous cette vigueur biblique ? Quelle épectase mon père, ce mot que vous m’avez appris ! Et… merci pour tout.
Amen, ma fille !
L’homme s’assit brusquement. Son bon sourire devint rictus. Il se prit la poitrine à deux mains.
Ce furent ses dernières paroles.
Bertrand

Auguste s’adonnait à une activité qu’il aimait par-dessus tout : jardiner.
L’arrosoir à la main, il s’occupait de ses fleurs, les soignait, les arrosait et leur parlait. Elles étaient les plus belles du quartier et il en était très fier.
C’était sa femme qui les avait plantées, il y avait bien longtemps. En souvenir de son amour, c’est lui qui, maintenant les faisait pousser. Il adorait particulièrement les discrètes violettes qui étaient dans un petit coin à l’écart.
Violette… elle était morte depuis… il calcula rapidement… vingt ans !
Vingt ans qu’il était inconsolable. Elle lui manquait chaque minute de chaque jour…
Il vit le facteur s’arrêter et chassa ses sombres pensées.
- Bonjour Auguste, alors, toujours dans tes fleurs ?
- Comme tu vois, Marcel…
- Tiens, j’ai une lettre recommandée pour toi.
Auguste fut surpris, il recevait peu de courrier, à part les factures courantes. Ne pressentant rien de bon, il la décacheta rapidement après avoir signé le registre. C’était une lettre très officielle, avec plein de tampons et de belles signatures. Une lettre de la mairie avec, pour objet : ordonnance d’expropriation pour utilité publique.
Son sang se figea. Certains de ses voisins avaient déjà reçu leur lettre et ils étaient heureux de partir avec une belle somme s’acheter une maison dans un quartier à la mode avec des commerces et des transports.
Alors, la colère le submergea. Cette maison, c’était toute sa vie. Il y avait passé une enfance insouciante, aimé par ses parents qui étaient partis trop tôt. Il avait alors rencontré Violette, la discrète et aimante Violette. Une vie de labeur avec elle, pour entretenir ce bien. Une vie de joies et de peines aussi. La plus grande : celle de ne pas avoir eu d’enfant.
Il sentit une vigueur nouvelle l’envahir.
Soudain, une  fulgurante douleur lui serra la poitrine, son bras gauche se paralysa. Il ne pouvait plus respirer et s’écroula. Il eut le temps de murmurer :
- Ah ! Mais ça ne se passera pas comme ça !
Ce furent ses dernières paroles.
Fabienne

Un soir, Odile

Odile ne dormait pas. Etendue, seule sur son lit, elle lisait. Elle tournait les pages dans le flou du silence. Les phrases, les mots, les lettres, eux et elles aussi tournaient en une danse silencieuse. Celle des derviches vêtus du linceul blanc de la résurrection. L’histoire vraie qu’elle se racontait était celle de son corps, flexible comme une liane. Toutes ses phrases, ses mots, ses lettres caressaient ses formes quasi adolescentes, comme un arrosoir d’eau douce calme la terre impatiente. Sa minceur faisait pâlir d’envie ses collègues infirmières. La danse sans nul doute. A quelques mois de la retraite, elle faisait encore le grand écart.
Son corps lui disait l’amour, celui que les mots peuvent bonnir. Ce plaisir joyeux qui fait l’esprit léger, cette volupté que seule la nudité permet. Elle avait pris le petit appareil dans le tiroir de sa table de nuit. La machine têtue avait ronronné comme un greffier. Quand vint la petite mort, elle était prête. Les mots jouisseurs firent écho dans sa chambre.
Elle ferma les yeux dans cette presque obscurité de la fin du jour. Des lèvres effleurèrent les siennes.
Tu étais là !
Oui je t’accompagnais sans qu’un seul mot ne soit à rajouter. Si, maintenant… Je t’aime.
Moi aussi, je t’aime.
Et, pour ce soir, ce furent ses dernières paroles.
Bertrand

L’hallali d’Ali

Jusque-là, Ali Yennais avait suivi à la lettre les recommandations de son enseignant de français : exprime-toi !
Hier avait été un grand jour : on fêtait son quart de siècle. Beaucoup de monde dans le salon. La famille bien sûr. Kar son frère ainé, Prom et Dèm ses sœurs, Morige sa mère et Ass son oncle paternel. Tous ses amis qui l’avaient suivi depuis la maternelle jusqu’au café du commerce. Le prof de français lui faisait l’honneur de sa présence. Tout ce monde savait à quoi s’en tenir. Tenus d’être  là, on écouterait sans mot dire. Depuis son premier cri jusqu’à ce jour, un flot ininterrompu de sons dégoulinait de la bouche d’Ali. Parfois dans l’ordre mais le plus souvent dans le désordre d’un cerveau abracadabrantesque. Ce bavardage n’avait pas de sens. Au moins n’y avait-il pas d’écarts de langage.
Habituellement, tout le monde, famille incluse fuyait Ali de peur d’être noyé dans ces cataractes de paroles. Depuis les premiers jours de sa vie il dormait dans une chambre isolée phoniquement. Le jour il déambulait seul dans les rues animées de sa ville natale. On le repérait de loin, sa tête haute surmontée d’une grande pomme d’arrosoir attachée sous le menton par un large élastique. Il n’avait pas trouvé d’entonnoir convenant à sa coiffure en brosse.
Seul son professeur de français s’intéressait vraiment à lui. A ses moments perdus, il enregistrait la logorrhée d’Ali. Un peu comme ces amateurs qui recueillent la musique des étoiles dans l’espoir de déceler un langage extraterrestre.
Hier donc, le prof avait emmené son magnétophone. Et il avait bien fait. La fête battait son plein, musique à fond : du rap. C’est ce qui accompagnait le mieux Ali. Pour la première fois on confia un grand couteau au prince du jour.  Fier comme un paon criant raoul il brandit l’instrument.  D’un geste ample, et sans regarder, il l’abattit sur le gâteau géant. Et se transperça la paume. Le sang coula dans le coulis. Ali se tut devant la foule muette. On pensa que ce serait provisoire. Un flux avait remplacé l’autre. Le sang pour le son.
Pesto ! dit Ali, pour une fois compréhensible. Mais ce furent ses dernières paroles.

Atelier d'écriture du 4 mars 2019

Richard, retraité à la fin de vie paisible, passait le temps qu’il lui restait avant le grand voyage dans sa maison, située dans une résidence privée, calme et tranquille. Lui qui avait travaillé comme un Romain toute sa vie, il n’avait jamais eu le temps d’avoir une famille ou même des hobbies. La retraite lui avait prouvé qu’il avait la main verte. Ainsi, son jardin était certes petit, mais d’une grande beauté. Un immense pied de pommes liane remplissait son mur et commençait à empiéter sur son toit ; il avait planté dans un coin un peu d’aloe vera  qui lui servait parfois pour soigner des brûlures mineures ; dans son “carré potager” poussaient tomates, persil, et même une énorme citrouille, toujours en train de pousser bien qu’elle soit là depuis une éternité. En bref, Richard se la coulait douce, passant tout son temps à chouchouter son jardin. Cela l’avait d’ailleurs fait rencontrer sa voisine de droite, Mme Kellerman, qui nourrissait elle aussi une profonde passion florale. Les deux retraités étaient devenus de bons amis, et comme Mme Kellerman voyageait souvent, ils s’envoyaient mutuellement lettres sur lettres pour parler de tout et de rien.
La vieille dame racontait ses visites aux musées et monuments célébrissimes, et Richard, qui n’avait pas eu souvent l’occasion de prendre l’avion, se délectait de ses histoires. En échange, celui-ci entretenait le jardin de son amie en plus du sien. En même temps qu‘il arrosait ses pensées et bougainvilliers, il lisait ses péripéties épistolaires à voix haute, faisant valser son arrosoir et créant ainsi une pluie artificielle rien que pour le petit coin de verdure.
Seulement, lors d’un voyage en Europe, Mme Kellerman envoya une lettre différente des autres.
Au début, Richard n’en sut rien. Il fut juste réjoui de voir dans sa boîte aux lettres une enveloppe de sa voisine. Se préparant à exécuter son petit rituel, il sortit son arrosoir et emporta la lettre, qu’il ouvrit sur sa table de jardin. Ils commença la lecture, lisant les beaux caractères écrits au stylo bleu.
“Cher Richard,
J’ai aujourd’hui visité la Sagrada Família et je dois admettre que je n’ai jamais rien vu de tel. La façade principale est sculptée de sorte que les murs ressemblent à des feuilles de salade, ce qui donne un splendide effet végétal que j’apprécie à sa juste valeur. Sur cette même façade, les sculptures de personnages sont toutes penchées en avant, tenant en équilibre sur de minuscules plateformes, si bien que l’on a l’impression qu’ils ont dû arracher une partie du mur pour avoir de quoi se tenir debout ! À l’entrée, les vitraux savamment orientés en fonction des cycles du soleil projettent sur tous les visiteurs des lueurs rouges et vertes, donnant l’impression qu’il s’agit de fantômes qui déambulent dans la salle.
Les piliers de marbre blanc, dont la largeur dépasse celle de ma nièce (ce qui n’est pas un mince exploit), montent à une hauteur astronomique avant de se séparer en ramifications plus petites, donnant ainsi l’impression de marcher dans une forêt aux arbres démesurés. À tout cela, ajoutez le plafond richement sculpté, une crypte dans les profondeurs souterraines de l’église et enfin une statue du Christ suspendue autour de la table du prêtre, et vous aurez une idée déjà un peu plus précise de la splendeur des lieux.
J’espère que chez nous, vous allez bien et ne vous ennuyez pas trop. N’oubliez pas, je reviens dans une semaine jour pour jour !
Dans l’excitation autant que l’impatience de vous revoir,
Annie Kellerman.”

Sous cette signature, une flèche tracée au stylo noir indiquait que la lettre en avait plus à révéler. Tournant la page, Richard remarqua que la lettre avait été froissée puis défroissée, et vit un post-scriptum dont le tracé des derniers mots formait une grande ligne noire, qui hachurait la page comme si on l’avait tranchée en deux. Ou plutôt comme si Mme Kellerman avait brusquement glissé lors de sa rédaction… Richard s’empressa de lire la suite.
“P.S : Je me trouve actuellement à l’entrée de la Sagrada Família, et j’écris ce PS assisse sur une des marches de l’escalier pour aller dans le monument. Les gendarmes présents à l’intérieur ont ordonné une évacuation d’urgence du bâtiment. Je ne sais pas ce qui se passe mais tout le monde a l’air nerveux. Je suis un peu inquiète, aussi ne vais-je pas tarder. Je vous en dirai plus lorsque je serai sortie de ce pétrin. J’essaierai de vous écrire demain, mais je ne suis pas sure que je pourrai…
En attendant, je vou…”

Le deuxième rebord du u remontait jusqu’à dépasser du papier en un trait fin et net. Anxieux, Richard se demanda s’il était arrivé quelque chose à sa voisine. Il alluma sa télé, mais à six heures du matin aucune chaine ne diffusait les infos. Il se précipita sur sa fameuse boîte aux lettres, où comme il l’espérait, le journal en édition “spéciale matinale” attendait. Après l’avoir extrait, il mit ses lunettes et lut le gros titre de la première page.

 ATTENTAT À BARCELONE – AU MOINS 13 MORTS

 Refusant de deviner ce qui s’était passé, Richard déploya les pages imprimées. Il regarda page trois, et lut la liste provisoire des décès établis.

1-Paolo Garcia Lopez
2-Juan Alcázar Sanchez
3-Jack Whittletea
4-Emma Romero Díaz
5-Ulrich Usseldörf
6-Annie Kellerman

Richard n’eut pas la force de lire les sept autres noms. Ils s’écroula dans son fauteuil rapiécé aussi lourdement que si une balle l’avait atteint, lui aussi. Les yeux plus qu’embués, il regarda le post-scriptum, dont l’encre noire trouait le blanc du papier à chaque mot. “En attendant, je vou…”. Si jusqu’ici rien n’était sûr, maintenant le doute n’était plus permis… Ce furent ses dernières paroles.
Loup

C’était ma voisine ; la nana la plus irritante et, je dois le reconnaître, la plus sexy qu’il m’ait été donné de côtoyer. Pour elle, pas de bottes ou de tablier de jardinage. Non, un mini short, des sandales à hauts talons compensés, le tout surmonté d’un teeshirt de la taille d’une brassière  découvrant largement un ventre bronzé orné d’un bijou scintillant planté triomphalement dans son nombril délicat. Et la voilà qui se dandine entre les allées de rosiers tenant du bout de ses longs ongles manucurés  un petit arrosoir fushia.  Évidemment, tous les mâles du quartier étaient tentés de s’abandonner aux joies innocentes du jardinage ! Les propositions désintéressées pour donner un « petit coup de main » étaient légions tandis que la gracieuse souriait niaisement (du moins c’est mon humble avis !) en continuant à chalouper entre ses massifs d’azalées. Je rêvais de la voir s’emmêler les pieds et s’étaler platement. Hélas ! Les lois de l’équilibre étaient malencontreusement en sa faveur et la chute tant espérée n’eut jamais lieu. J’aurais bien un peu aider le destin mais je craignais que cet écart de conduite ne nuise  à mes relations de bon voisinage et n’occasionne une lettre de plainte adressée au syndic. Comment aurais-je pu justifier ma conduite ? Cependant, cette greluche m’exaspérait tant qu’il me fallait absolument trouver un moyen de rabattre son caquet. J’en avais assez de voir mon tendre époux se tordre le cou derrière son journal pour zieuter cette créature.
Une occasion inespérée se présenta bientôt sous la forme d’une nouvelle mode «  la fête des voisins ». Je savais déjà qu’elle serait trop contente de parader pour refuser d’y participer. Je préparai donc pour la rencontre de délicieux cupcakes dont un lui était tout spécialement destiné. J’avais pris soin d’ajouter aux ingrédients habituels un vomitif et un laxatif puissant dont le goût était masqué par de nombreuses épices. Gourmande, elle ne fit qu’une bouchée du gâteau et, comme à son habitude, papillonna de voisin en voisin armée de son plus beau sourire. Le soir tombait à présent et nous allions bientôt nous séparer quand, tout à coup, elle devint blême, son visage se crispa et on entendit distinctement un affreux gargouillis qui m’indiqua clairement que mon but était atteint et qu’elle n’y pouvait plus grand chose. Un inutile « où sont les toilettes ? » prononcé comme un sanglot émergea de sa gorge serrée. Ce soir là, se furent ses dernières paroles.
Patricia

Exercice : Écrire la biographie d’une mouche

 Mouche

Ce jour-là, ma mère avait pondu plus de mille œufs dans une odorante poubelle de cuisine.
Au bout de huit heures seulement, J’ai été la première à devenir asticot et me suis tout de suite mise à dévorer les délicieux reliefs de repas. Cette poubelle, c’était le paradis ! Mes nombreux frères et sœurs m’ont rapidement rejointe. Il y avait tellement de déchets dans cette poubelle de pays riche qu’on aurait pu nourrir des colonies et des colonies de mouches domestiques !
Comme je grandissais rapidement, la boite à ordures ne me suffisait plus et j’ai commencé à m’aventurer dans la cuisine, rapidement suivie par la famille.
C’est là que j’ai entendu un cri !
- Marie, vous n’avez pas vidé la poubelle, il y a des asticots partout. C’est dégoûtant !
Dégoûtant ? Oh que non !!! Nous étions de ravissantes petites choses blanches qui ondulaient sur le sol.
Nous avons été vite balayées et jetées dans la pénombre d’une grande poubelle collective. C’est là que je suis devenue adulte. Les autres me suivaient : j’entendais bourdonner…
Quelqu’un vint, ouvrit le couvercle… Et j’en profitais pour m’échapper. A moi la liberté !!! Le soleil écrasant, la chaleur moite… Quel bonheur de voler !! Je me posais sur tout ce qui sentait… Et dieu sait que tout sentait bon ! Mais ce que je préférais, c’était le clochard du bout de la rue. Il avait une odeur enivrante ! Peut-être d’ailleurs était-ce pour ça qu’il était toujours bourré ?
C’est là que j’ai rencontré un superbe mâle, noir et velu… Il m’a regardé de ses multiples yeux et m’ai fait chavirer le cœur. Je savais qu’il fallait que je me dépêche, j’avais déjà douze jours… Mon Apollon était beaucoup plus vieux, il en avait quinze.
Nous nous aimâmes… une éternité… trois jours… Puis je l’ai quitté, pour aller semer la vie à mon tour. J’ai pondu longtemps et beaucoup, sur une magnifique crotte de chien qui fleurait bon. Je me suis dit que j’avais vraiment eu de la chance d’échapper à la tapette et au gecko ! J’ai aussi pensé un moment à mes enfants, puis, dans un dernier rayon de soleil, je me suis endormie pour toujours.
Fabienne

Bio d’une mouche

La vie commence à la conception. Deux collégiens y assistèrent. Ils en firent un compte-rendu détaillé et très imagé à l’étude suivante.
- L’enculé ! dit le premier.
- Tu l’as dit bouffi ! approuva le second.
Un œuf parmi tant d’autres.
La mouche dut subir une psychanalyse durant toute sa vie. Personne ne put lui dire qui était sa mère. L’expression calédonienne du collégien (l’enculé) ne donnait qu’un adjectif très peu qualificatif. Quant à son père, comme les autres il s’était envolé.
L’éclosion. Ce fut un sale moment.
Une merde de mouche ce n’est rien mais par milliers, ce ne sont pas les cadeaux du père Noël.
La mouche naquit dans ce champ coprologique.
Plus adroite et moins visqueuse que les autres elle s’en tira. On lui prédit alors une longue vie de mouche de 400 heures.
Vie.
Malheureusement et on ne le lui avait pas dit, c’était une mouche à merde.
Ce qui fait qu’elle quitta le monde des mouches pour celui des humains. Seule la taille excrémentielle différa, en mieux. Par chance, elle bénéficia de toilettes à la turque. En général les défécations y sont mieux exposées et surtout il s’agit d’une expo permanente (comme au Centre Djibaou). Pour la mouche, c’était une vie formidable bien qu’une vie de merde.
Trépas. Un soir, un Turc plus costaud et plus constipé que les autres, si tant est qu’il y ait des concours de constipation en Anatolie, un Turc donc, improductif depuis trois semaines, lâcha après maints efforts intraduisibles (je ne connais pas le turc, c’est une langue à chier), lâcha un étron gigantesque. Il écrasa la pauvre bête qui n’avait rien vu venir. Seul le Turc l’avait senti passer.
Moralité : quand on est dans la merde, c’est difficile de s’en sortir.
Fallait pas m’asticoter !
Bertrand

Elle était née asticot dans la douceur d’un dessert abandonné sur une table de jardin. Autour d’elle, toute sa parentèle vibrionnait et ce concert velouté avait été son premier contact avec la symphonie du monde. Très vite, elle sut prendre son envol et partit à l’aventure, guidée par le charme envoutant des  odeurs et parfums. Elle voletait de place en place et, sur les tables dressées, de plat en plat. Croisant ses comparses, elle s’adonnait à d’incessantes rondes, jouant parfois de l’inattention d’un petit écolier prisonnier d’une salle obscure mais dès qu’on entrouvrait les fenêtres, fofolle, elle s’élançait, ivre de cette liberté retrouvée. Quand de lourds nuages plombaient les fins d’après-midi, elle se faisait pesante et, de ses ailes sombres, s’aventurait à caresser les peaux moites des dormeurs alanguis par une sieste tardive. Souvent, d’un brusque mouvement, ils tentaient de la chasser mais, habile et virevoltante, en zigzagant, elle s’échappait.

Mais le temps passe si vite au pays des mouches… Bientôt elle se sentit moins alerte,  plus gauche, moins affamée, plus essoufflée… Le lendemain, dans une  petite flaque de grenadine, juste au pied d’un verre abandonné, on put voir  une dérisoire tache brune dont les ailes bizarrement froissées signaient la fin du parcours.
Patricia

Mouche numéro 33, appelée plus communément par ses amies « bzz bzz ».
Mouche née le vendredi 1er mars, dans une maison de Nouméa. Ponte à 21h13.
Mouche ayant copulé avec bz, bzzz, bz bzzz et bzzz bz. A pondu les moucherons suivants : bzz, zzb, zbz, zzbz, zbzzz et enfin bz junior.
Date et lieu de décès : lundi quatre mars à 15h29, lycée Lapérouse.
Causes de la mort : incrustation instantanée sur tableau blanc par prof de maths sadique, nerveux et en hyperthermie (signe distinctif identifié : auréoles sur la chemise).
Remarque(s) concernant le décès : bzz bzz a, plus de vingt minutes durant, tournoyé autour du prof avant de se prendre le manuel « Maths terminale » – édition 530 pages – alors qu’elle reprenait son souffle sur le tableau. Selon le rapport de nos informateurs, l’agent de nettoyage chargé de la salle où le cadavre aplati de bzz bzz repose est toujours en train d’essayer d’essuyer les dernières taches de tripes de mouche, qui ont l’air de particulièrement adhérer à la surface du tableau.
Loup

Exercice : Et si…
Et si l’humanité était une espèce en voie de disparition…

FIN

Et si, et si, et si. Il n’y a pas de si, pas de mais et encore moins de néanmoins.
En disant ça, le vieux, qui avait maintenant dix-sept ans, regardait sa famille droit dans les yeux.  Ils en avaient cinq, en moyenne.
La plupart rampaient. Deux avaient appris à voler mais pas à éviter les arbres.
Ils mangeaient tous la gelée verte que leur amenaient toutes les semaines les robots casserolettes.
Chaque mois les robots éboueurs rapportaient les restes à l’usine, gelée et cadavres, pour les reconditionner et changer la date de fraîcheur.
Dernière tare, ils parlaient français. Heureusement ils ne l’écrivaient pas après les 666 réformes de l’orthographe. D’ailleurs avec quel membre auraient-ils pu taper sur leur clavier ?
Il n’y a pas de si, répéta le vieux de dix-sept ans. Nous allons vite disparaître et c’est tant mieux.
Bertrand

Ça y est, c’est officiel. L’humanité est de moins en moins féconde et va peu à peu disparaître…
La nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre ! A travers les déserts, les forêts et les océans, toutes les créatures s’en réjouissent…
Puis, vient la question :
- Dans combien de temps ?
- Quatre générations !
- C’est combien de temps ?
- Environ cent ans…
- C’est trop long, trop tard ! On ne peut plus attendre, il faut faire quelque chose !
Fabienne

 

Et si l’humanité était une espèce en voie de disparition…
Pff, ce serait trop surfait, trop téléphoné, trop vu, trop attendu ! Une myriade de réalisateurs, tous flanqués d’une kyrielle de films, ne font que ça de détruire la Terre, et toute vie dessus dans le processus.
Et vous, grand fou, vous voulez faire ça en vrai ! Tout le monde en serait blasé. Une arrivée extraterrestre hostile ? Depuis Independance day, tout le monde s’y attend. Un déferlement de catastrophes naturelles sur notre planète ? Navré, mais ce serait déborder sur les droits d’auteur de 2012.
En revanche, il y a une chose à laquelle vous, entité autant maléfique que sadique, pouvez songer si vous avez un minimum de matière dans le crâne. Une chose que les humains font au quotidien, le génocide le plus tordu et le plus efficace de tous les temps.
Certains en ont d’ailleurs eu la prémonition dans Game Of Thrones : laissez les humains s’entre-détruire. Manipulez-en quelques-uns, orientez quelques décisions et avis, et cela devrait suffire à votre plan génial. Restez autant spectateur que possible, n’agissant qu’à de rares reprises afin de faire de la fin du monde et de la fin des hommes le capharnaüm le plus planétairement chaotique que personne n’ait jamais vu.
C’est certain il y a dans l’ordre et la stabilité une beauté indéniable. Cependant, le chaos (et vous le savez, en bonne créature de destruction intensive) contient lui une splendeur exotique et dangereuse qui donne son piment à presque tout. Une vie (ou une mort) fade et sans goût ne vaut pas la peine d’être vécue, et ainsi le désordre et le bordel sont les épices fondamentales du grand carry de l’existence.
Loup

Si l’humanité était une espèce en voie de disparition, que resterait-il de nous sur la planète Terre ?
Pour un temps, quelques monuments, des livres et des documents numériques que plus personne ne saurait déchiffrer. A moins que… une autre espèce prenne le dessus. Une espèce animale peut-être, par exemple des bactéries ou des microbes ou encore des insectes. Et pourquoi pas des extraterrestres plus évolués qui garderaient en mémoire ce que, jadis, nous fûmes ?
C’est une hypothèse comme une autre, non ? Il se pourrait également qu’avec le déclin de l’humanité, l’histoire de l’Homme soit à jamais oubliée. Revenons  à l’idée d’une suprématie animale : libérés du joug des hommes, les animaux pourraient proliférer et, trop nombreux, finir par s’entretuer jusqu’à l’extermination de l’espèce. Quant aux extraterrestres ils auraient le choix de coloniser ou d’annexer la Terre ou, aussi fous que les hommes, de la détruire.
Si demain, de la planète Terre, il ne demeurait qu’un champ de particules tourbillonnant dans l’espace infini… Et si des molécules finissaient par s’agréger… Qui sait ?
Patricia

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